Tribune : les racines historiques de la guerre en Iran de 2026
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Le nouveau système européen d’entrée/sortie (Entry/Exit System – EES), désormais pleinement opérationnel aux frontières extérieures de l’espace Schengen, continue de susciter des difficultés dans plusieurs grands aéroports européens. C’est ce qu’indique un rapport de Capital publié le 5 juillet. Face aux longues files d’attente observées depuis le début de la saison estivale, les institutions européennes et les professionnels du transport aérien multiplient les initiatives pour améliorer son fonctionnement.
Mis en service progressivement à partir du 12 octobre 2025 avant une généralisation le 10 avril 2026, l’EES remplace le tampon manuel sur les passeports des voyageurs ressortissants de pays tiers par un enregistrement électronique des entrées et sorties. Le dispositif repose sur la collecte de données biométriques – photographie faciale et empreintes digitales – afin de renforcer la sécurité des frontières, lutter contre les dépassements de durée de séjour et limiter les fraudes à l’identité.
Si les objectifs du système sont largement partagés, sa mise en œuvre se révèle plus complexe que prévu dans plusieurs plateformes aéroportuaires très fréquentées. Les premières vérifications biométriques peuvent nécessiter plus d’une minute par passager, provoquant d’importants ralentissements aux postes de contrôle lors des pics de trafic estival. Des files d’attente de plusieurs heures ont été signalées dans certains aéroports d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de France et de Grèce.
Les principales organisations du secteur aérien, dont Airports Council International Europe (ACI Europe), Airlines for Europe (A4E) et l’Association du transport aérien international (IATA), ont demandé à la Commission européenne davantage de souplesse dans l’application du dispositif lorsque les infrastructures frontalières atteignent leurs limites opérationnelles. Elles plaident notamment pour des mécanismes temporaires permettant d’alléger les contrôles durant les périodes de très forte affluence, afin d’éviter des retards en cascade et des perturbations du trafic aérien.
La Commission européenne rappelle de son côté que l’EES constitue une réforme majeure de la gestion des frontières extérieures de l’Union. En centralisant les informations sur les voyageurs non européens, le système doit permettre un meilleur suivi des séjours autorisés, renforcer la coopération entre États membres et améliorer la détection des risques liés à la criminalité transfrontalière et au terrorisme.
Pour les voyageurs en provenance des pays du Maghreb, dont la Tunisie, le nouveau dispositif implique un premier passage aux frontières potentiellement plus long en raison de l’enregistrement biométrique initial. Les passages suivants devraient en revanche être plus rapides, les données étant déjà enregistrées dans la base européenne. Les autorités recommandent néanmoins d’arriver plus tôt dans les aéroports internationaux pendant toute la période estivale, le temps que les procédures soient pleinement maîtrisées par l’ensemble des postes-frontières.
Au-delà des ajustements techniques, ce chantier constitue une étape clé de la stratégie européenne de numérisation des frontières. Il précède l’entrée en vigueur du système ETIAS, qui imposera prochainement une autorisation électronique préalable aux voyageurs exemptés de visa souhaitant se rendre dans l’espace Schengen. À terme, Bruxelles espère conjuguer un niveau de sécurité renforcé avec des contrôles plus rapides grâce à la montée en puissance des outils biométriques et de l’automatisation des passages aux frontières.
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Sous prétexte de défendre le sacré, l’on a donné libre cours aux fantasmes les plus extrêmes, aux désirs les plus meurtriers et les plus primitifs et surtout à une méconnaissance totale de l’histoire de la civilisation et de la religion musulmanes. Le pêché de Saloua Charfi a été de dire en langage dialectal (derja) et avec un ton ironique, une infime partie de ce que l’historiographie arabe, toutes obédiences confondues avait largement divulguée. Car il aurait suffi d’ouvrir n’importe quel livre des historiens classiques musulmans, sunnites, chiites ou ibadites, comme Tabari, Beladhuri, Ibn Saad, pour avoir un point de vue objectif de la question qu’a toujours soulevée Aïsha, la plus jeune des femmes de l’envoyé de Dieu, et sa préférée. Et ce, tant son rôle dans la formation de la théologie musulmane et dans l’histoire même du Califat depuis la mort du prophète (632j.c-an 11 de l’hégire), a été immense. Une grande partie des hadiths, récits attribués au prophète dans la tradition sunnite est l’œuvre de Aïsha bint ABI Bakr, le premier Calife de l’Islam.
Comme Fatma la fille du prophète et l’épouse de son cousin Ali, comme Marie, chez les chrétiens catholiques, Aïsha est devenue avec le temps, la mère mythique des musulmans sunnites. Ce n’est pas par hasard qu’on l’a nommée, mère des croyants (Oum el moueminine), alors qu’elle n’a jamais eu d’enfants. Quel que soit son rôle réel et historique, et il est immense, c’est sa fonction mythique, qui s’est incrustée, le long de 14 siècle dans l’inconscient collectif des musulmans sunnites qui compte des centaines de millions actuellement.
Le post succinct, et qui sent la dérision, a réveillé le monstre qui somnole au fond de notre inconscient collectif, fait de fanatisme et d’ignorance, qui ne demande qu’à détruire sur son passage, tout ce qui menace sa certitude.
L’accusation d’istehzaa, qu’on peut traduire par tourner en ridicule la foi musulmane est passible dans la tradition sunnite ou chiite, de la peine de mort. Rappelons-nous le cas de Selman Rushid, et son ouvrage (Les versets sataniques) qui lui a valu une fatwa de la part de l’Imam Khomeiny, avec une sentence de mort. Ce qui l’amena à vivre toujours caché, avant qu’un fanatique chiite ne tente de l’assassinat, et qui finit actuellement, borgne, dans un endroit secret. Selman Rushdi n’avait fait lui aussi que reproduire un récit relaté par l’historiographie officielle sunnite. S. Charfi a-t-elle voulue jouer au Selman Rushdi ? Nous, nous en doutons connaissant la personne ! Pourtant l’universitaire, bien connue pour ses sorties iconoclastes, n’a aucunement offensé un sacré. Car Aïsha précisément, était un personnage hautement politique et était connue pour sa tendance à désacraliser même les paroles du prophète. Les récits à propos de ses flèches lancées au prophète lui-même, quand un verset n’est pas de son gout, abondent dans la littérature qui aborde la biographie de l’Envoyé de Dieu.
S. Charfi se serait contentée de rapporter un de ces récits authentifiés par les plus grandes autorités religieuses et juridiques: cela n’aurait jamais provoqué de réaction hostile, car ces récits eux-mêmes sont frappés du sceau du sacré. Mais user du dialectal en traitant une histoire considérée comme sacrée avec un ton sarcastique et en ayant recours à la dérision, c’est carrément une provocation sûrement voulue par l’auteure, mais dont elle n’avait pas prévu le tollé général qu’elle a provoquée. La preuve ? Elle a effacé rapidement son post et elle a raison.
Beaucoup de nos intellectuels ne savent pas qu’il existe une différence fondamentale entre l’histoire du sacré et l’histoire religieuse. Ce n’est pas ici notre propos de clarifier ce point. Et il suffit de lire Henri Corbin et le sens qu’il donne à l’herméneutique, en ayant recours à la phénoménologie. Son idée est que le sacré à sa propre histoire qu’on ne peut écrire avec les outils traditionnels de la recherche historique et ses méthodes. L’histoire de la foi a sa vérité propre, qui n’obéit forcément pas à la rationalité cartésienne.
Il convient donc de faire la différence entre la Aïsha historique et la Aïsha sacrée, comme pour le prophète. Voici par exemple comment Abi Mohammed Abdellah ibn Muslim ibn Qatiba, el Dinnawri, Imam et Jurisconsulte (faqih) né en 213 de l’hégire et décédé en 276,h, traite l’histoire de Aïsha, dans son ouvrage « Tarikh el Khoulafaa, Histoire des Califes », lors de la bay3a (Serment d’allégeance) à Ali : « L’on rapporte que lorsque Aïsha prit connaissance de la bayaa de Ali (prêter allégeance), alors qu’elle quittait Médine, on lui annonça que Othman, le 3 ème Calife, était mort assassiné et que les gens avaient prêté allégeance à Ali. Elle a dit : Je n’aurais prêté aucune importance si le ciel s’est écrasé sur la terre. Uthman fût tué injustement (madhloum), et je revendiquerais le prix de son sang. Obeïed lui répliqua : Mais tu es la première à avoir monté les gens contre lui et avoir mis en doute sa légitimité et tu as même dit : Tuez naal (Uthman), car il a dévié de la voie de Dieu ! Aïsha lui répliqua. Je jure devant Dieu que je l’ai dit, ainsi que d’autres gens. Mais ce que je dis actuellement est mieux que ce que j’ai dit avant…. Lorsque Aïsha su que les gens du Sham avaient rejeté la bayaa de Ali, et refusaient de le considérer comme légitime, elle a ordonné de lui apporter son hawdag (Palanquin blindé) en acier (pour combattre) qui comporte une ouverture au niveau de ses yeux, et est partie en rébellion contre Ali, en amenant avec elle, Talha, Abdellah ibn El Zoubeïer et Mohammed ibn Talha). Aïsha dirigea même le combat dans la bataille du Chameau (656j.c) qui fût remportée par Ali Ibn Abi Taleb.
Il est donc certain que cette femme a joué un rôle primordial dans la formation et le développement de la jeune religion. Et pour s’en convaincre, il n’y’a qu’à jeter un œil sur les livres des hadiths, où elle est considérée comme une des sources fiables principales du corpus, regroupant des dits du prophète. Donc une des fondatrices de ce qui deviendra l’Empire et la civilisation de l’Islam.
L’on ne peut alors aborder son histoire avec légèreté et désinvolte, sans tomber, dans la démagogie facile.
Le processus à travers lequel un symbole devient sacré est complexe et long. Et il existe au plus profond de l’âme humaine. On a tous notre sacré, même quand on est agnostique, car il ne faut pas confondre, religion et sacré.
Avant même l’existence des religions monothéistes, le sacré a toujours existé, car il donnait un sens à la vie de l’homme. L’anthropologie et l’archéologie le confirment chaque journée.
Peut-ont dès lors critiquer le sacré ? Certes le sacré est aussi l’œuvre de l’homme, mais désacraliser quelque chose n’est pas la profaner ! Beaucoup de choses et d’hommes ont perdu à travers l’histoire leur caractère sacré, car ce dernier n’est point éternel !
Mais la tendance, actuellement devenue une mode, à manipuler le sacré pour en faire une arme politique, crée son propre contraire, en poussant d’autres à profaner ce qui est considéré comme sacré chez leurs adversaires. Il n’y a pas plus dangereux que de permettre l’intrusion du sacré dans les batailles politiques, les guerres, les conflits sociaux, etc.. L’exemple le plus édifiant de cette tendance est la guerre entre L’Iran d’un côté et les USA et Israel de l’autre, où l’on fait feu de tout bois, pour abattre l’adversaire y compris en manipulant le sacré. D’ailleurs, recourir à la manipulation du sacré pour vaincre ses adversaires est la pire des méthodes. On n’en sort jamais indemne !
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Jusqu’où ira le gouvernement Netanyahou pour faire dérailler le train des négociations actuelles entre Washington et Téhéran ? Selon des sources concordantes citées par le New York Times et confirmées par le Washington Post, le renseignement américain aurait suspecté Israël de chercher à éliminer deux hauts responsables iraniens au moment où Washington menait au printemps dernier des négociations sensibles avec Téhéran en vue d’un accord de paix provisoire. Il s’agissait du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, ainsi que du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Le média newyorkais rapporte également que l’influent président du Parlement a été visé à plusieurs reprises. Il a d’ailleurs survécu à une frappe israélienne visant une réunion secrète de hauts responsables gouvernementaux dans un bunker sous une montagne, pendant le conflit de cette année, après avoir déjà échappé à une attaque lors de la guerre des douze jours de juin 2025.
D’après les sources du New York Times, Washington craignait qu’une attaque contre les négociateurs iraniens, directement impliqués dans les négociations diplomatiques, ne fasse échouer les délicates discussions engagées à partir d’avril en vue d’un accord de paix intérimaire entre les États-Unis et l’Iran et de raviver les hostilités. Et ce, d’autant plus qu’Israël avait fait de l’élimination de dirigeants iraniens un pilier central de sa stratégie depuis le début du conflit déclenché le 28 février par une frappe ayant tué le Guide suprême Ali Khamenei et plusieurs autres dirigeants.
Le Wall Street Journal (WSL) avait d’ailleurs déjà révélé en mars que Ghalibaf et Araghtchi figuraient sur une liste de cibles israélienne avant d’en être temporairement retirés au moment de l’ouverture des discussions avec Téhéran.
D’ailleurs, en avril dernier, à l’occasion d’un déplacement de Mohammad Bagher Ghalibaf à Islamabad pour rencontrer le vice-président américain JD Vance, les autorités iraniennes avaient demandé, par l’intermédiaire du Pakistan et du Qatar, des garanties de sécurité, craignant une tentative d’assassinat destinée à torpiller les négociations. C’est pour ces raisons, rapporte le New York times, que des chasseurs pakistanais auraient escorté l’avion transportant la délégation iranienne jusqu’au Pakistan puis lors du vol retour. Toujours selon la même source, une alerte faisant état d’une menace israélienne a conduit l’appareil à se poser en urgence à Mashhad, avant que la délégation ne rejoigne Téhéran par la route.
Faut-il rappeler à cet égard que le Mossad avait dès les premiers mois de la guerre contre l’Iran ciblé plusieurs hauts responsables iraniens, y compris des personnalités considérées à Washington comme des interlocuteurs potentiels, telles qu’Ali Larijani, responsable de la sécurité nationale, ou encore l’ancien ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi, tués dans des frappes israéliennes alors qu’ils participaient aux échanges avec les États-Unis.
Or, pour éviter que l’imprévisible Premier ministre israélien ne passe à l’action derrière son dos, l’administration Trump serait même allée jusqu’à solliciter plusieurs pays de la région afin qu’ils avertissent discrètement les autorités iraniennes d’un risque d’opération israélienne visant leurs principaux négociateurs. Mais, comme Washington et Téhéran n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980, cet avertissement aurait été transmis par des intermédiaires régionaux plutôt que directement.
Pourtant, et en dépit de ces menaces, les négociations se sont poursuivies : les hauts responsables iraniens participaient à des réunions au Qatar à la fin du mois de mai, puis en Suisse en juin, où ils ont rencontré J.D. Vance et la délégation américaine. Ces discussions, organisées à Islamabad avec une médiation partielle du vice-président américain, ont débouché sur l’accord-cadre conclu le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis pour mettre fin à leur guerre. Les deux pays observent désormais un cessez-le-feu de 60 jours, censé permettre aux négociations d’aboutir à un accord définitif.
Cela étant, pour certains observateurs, la décision américaine d’avertir Téhéran de ces risques d’assassinat est une nouvelle illustration de la divergence croissante entre les objectifs de guerre de Washington et d’Israël.
Israël et les États-Unis ont mené ensemble des frappes sur l’Iran depuis le 28 février 2026, dans l’objectif annoncé de faire chuter le régime. L’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi qu’un grand nombre de personnalités du régime des ayatollahs avaient été assassinés par l’aviation israélienne dès le premier jour, et durant les jours qui ont suivi. Mais à mesure que le temps passait, et qu’il devenait clair que le régime de la République islamique n’était pas sur le point de tomber, les divergences entre les deux alliés n’ont fait que grandir. Alors que les États-Unis décrétaient un cessez-le-feu après quelque 40 jours de guerre, les signes d’un mécontentement israélien se multipliaient. La méfiance a grandi entre les Américains et Israéliens, tant et si bien que les seconds ont été écartés des pourparlers engagés avec l’Iran depuis mars.
« Cela illustre la divergence des objectifs de guerre entre les États-Unis et Israël, ainsi que la volonté fondamentale du Premier ministre israélien de torpiller toute négociation que les États-Unis pourraient conclure », a déclaré David Miller, ancien responsable du département d’État, ayant occupé le poste de conseiller pour des administrations républicaines et démocrates. Reste à savoir si Netanyahou peut prendre le risque d’aller jusqu’au bout d’une aventure à haut risque, quitte à braquer son terrible allié américain.
Reste à savoir si le boucher de Gaza est réellement prêt à pousser cette stratégie jusqu’à son terme, au risque d’une confrontation ouverte avec son plus puissant et redoutable allié, les États-Unis de Trump.
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L’article Tribune – LF 2027 et Plan de développement : le choc de relance de l’UGTT face au goulot d’étranglement bancaire public est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Pourtant, derrière ces améliorations conjoncturelles se cache une réalité plus complexe. La Tunisie ressemble aujourd’hui à un navire qui a réussi à éviter la tempête la plus violente mais qui navigue encore dans une mer agitée, avec un équipage fatigué, des voiles usées et un cap qui reste parfois difficile à distinguer. De fait, la question fondamentale demeure entière : sommes-nous en train d’assister à une véritable reprise économique ou simplement à une phase de répit temporaire ?
Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord regarder au-delà de nos frontières. Depuis trois ans, l’économie mondiale vit une période de transition historique. Les États-Unis ralentissent après plusieurs années de croissance soutenue. L’Europe peine toujours à retrouver son dynamisme industriel. La Chine n’est plus la locomotive qu’elle était durant les décennies précédentes. Les tensions géopolitiques continuent de remodeler les chaînes de production mondiales.
Nous assistons à la fin d’un cycle économique et au début d’un autre. Les banques centrales occidentales, après avoir mené une lutte acharnée contre l’inflation, ont commencé à assouplir progressivement leurs politiques monétaires. Les taux d’intérêt reculent lentement. Les marchés financiers retrouvent une certaine sérénité. Pour la Tunisie, cette évolution représente une opportunité importante.
Pendant plusieurs années, le pays a dû faire face à un environnement international extrêmement hostile : hausse des prix énergétiques, inflation mondiale, augmentation du coût du financement extérieur, ralentissement européen. Aujourd’hui, certains de ces vents contraires perdent progressivement de leur force. Mais l’histoire économique enseigne une leçon fondamentale : les fenêtres d’opportunité ne restent jamais ouvertes éternellement.
L’un des faits marquants de cette année 2026 réside dans l’évolution de la politique monétaire. Le taux directeur de la Banque Centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % l’année précédente. Derrière cette demi-percentage apparemment anodine se cache un changement significatif. Durant plusieurs années, la Banque Centrale avait dû privilégier la lutte contre l’inflation au détriment du soutien à la croissance. Les taux élevés étaient devenus une nécessité pour préserver la stabilité des prix et protéger le dinar.
Cette stratégie a permis d’éviter des déséquilibres plus graves, mais elle a également pesé lourdement sur l’investissement, le crédit et l’activité économique. Aujourd’hui, la situation semble évoluer. Le taux du marché monétaire s’établit à 6,99 %, pratiquement au même niveau que le taux directeur. Cette proximité traduit une meilleure fluidité du système bancaire.
Plus révélateur encore, le volume global du refinancement accordé par la Banque Centrale est tombé à 10,5 milliards de dinars contre 14,6 milliards un an auparavant. Cette baisse de plus de 4 milliards de dinars constitue l’un des indicateurs les plus encourageants du moment. Elle signifie que les banques tunisiennes dépendent moins qu’auparavant de l’assistance permanente de la Banque Centrale. Autrement dit, le système bancaire recommence progressivement à respirer par lui-même. Pour reprendre une image médicale, le patient n’est pas encore sorti de l’hôpital, mais il n’est plus sous assistance respiratoire.
Cependant, une question fondamentale se pose. Pourquoi cette amélioration des conditions monétaires ne se traduit-elle pas encore par une forte accélération de l’investissement privé ? La réponse réside dans ce que les économistes appellent les facteurs non monétaires.
Les entrepreneurs tunisiens n’investissent pas uniquement en fonction des taux d’intérêt. Ils investissent lorsqu’ils ont confiance dans l’avenir, lorsqu’ils perçoivent une visibilité réglementaire, lorsqu’ils anticipent une demande future suffisante. Or, malgré les progrès observés, cette confiance reste fragile. De nombreuses entreprises continuent d’évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude administrative, fiscale et réglementaire. Le véritable défi de la Tunisie n’est donc plus seulement monétaire. Il devient institutionnel.
L’indicateur le plus fascinant des statistiques publiées reste sans doute celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,3 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme fiduciaire contre seulement 25 milliards il y a un an. Cette progression de plus de 17 % interpelle. Que nous dit-elle ? Elle nous raconte l’histoire d’une économie tunisienne qui continue à fonctionner largement en espèces. Elle nous parle de marchés, de commerces, de transactions informelles, de petites activités quotidiennes qui échappent souvent aux circuits bancaires traditionnels.
Elle nous rappelle surtout qu’il existe encore deux économies tunisiennes. La première est visible, fiscalisée, bancarisée. La seconde demeure largement informelle, liquide et difficile à mesurer. Cette dualité constitue probablement l’un des principaux freins au développement économique national. Car chaque dinar qui circule hors du système bancaire est un dinar qui ne finance ni l’investissement, ni l’innovation, ni la croissance future.
Il est impossible d’analyser l’économie tunisienne sans évoquer le rôle extraordinaire joué par les Tunisiens résidant à l’étranger. À fin juin 2026, leurs transferts atteignent 4,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse largement les recettes touristiques. Il dépasse également plusieurs grands secteurs économiques réunis. Derrière ces milliards se cachent des histoires humaines. Un ingénieur tunisien installé à Montréal qui aide ses parents à Sfax. Une infirmière vivant à Paris qui soutient ses frères et sœurs à Kairouan. Un entrepreneur basé à Milan qui finance les études de ses enfants restés au pays.
Chaque transfert raconte une histoire de sacrifice, d’attachement et de solidarité. Depuis plusieurs décennies, la diaspora tunisienne joue le rôle d’amortisseur économique et social. Lorsque l’économie ralentit, elle soutient les familles. Lorsque les devises se raréfient, elle renforce les réserves du pays. Lorsque les finances publiques traversent des moments difficiles, elle contribue indirectement à stabiliser l’ensemble du système. Cette contribution demeure souvent sous-estimée alors qu’elle constitue l’une des principales forces de résilience de l’économie tunisienne.
L’autre bonne nouvelle provient du secteur touristique. Les recettes cumulées atteignent désormais 3,35 milliards de dinars. Au-delà des chiffres, cette progression reflète un retour progressif de la confiance internationale envers la destination tunisienne. Dans les hôtels de Djerba, les restaurants de Sidi Bou Saïd, les maisons d’hôtes du Cap Bon ou les médinas historiques, une activité plus soutenue est observée depuis plusieurs mois. Le tourisme tunisien démontre une nouvelle fois sa capacité de résistance. Mais là encore, une réflexion plus profonde s’impose.
Peut-on construire durablement une stratégie de développement sur un secteur aussi dépendant des aléas géopolitiques, climatiques ou sécuritaires ? L’expérience des dernières décennies invite à la prudence. Le tourisme doit rester un pilier. Il ne peut devenir l’unique moteur.
Les avoirs nets en devises atteignent près de 24,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 97 jours d’importation. Le niveau demeure globalement satisfaisant. Pourtant, derrière cette apparente solidité, plusieurs fragilités subsistent. La Tunisie continue d’importer massivement son énergie, une partie importante de ses céréales et de nombreuses matières premières industrielles.
Elle reste donc exposée aux fluctuations des marchés internationaux. La stabilité actuelle repose largement sur la bonne tenue du tourisme, les transferts de la diaspora et une gestion prudente des équilibres financiers. Autrement dit, les réserves sont aujourd’hui suffisantes, mais elles ne sont pas encore le résultat d’une transformation structurelle de l’appareil productif.
Le service de la dette extérieure affiche une baisse spectaculaire par rapport à l’année précédente. Cette amélioration offre un répit appréciable aux finances publiques. Mais l’économie ressemble parfois à un ménage qui a obtenu un report temporaire de certaines échéances. Le soulagement est réel.
Le problème de fond demeure. La véritable solution ne réside pas uniquement dans la gestion des échéances. Elle réside dans la création de richesse. Une économie ne rembourse durablement ses dettes que lorsqu’elle produit davantage, exporte davantage et gagne davantage de parts de marché. C’est là que se situe le véritable défi tunisien.
Les indicateurs du 3 juillet 2026 révèlent une réalité encourageante : la Tunisie semble avoir retrouvé une certaine stabilité financière. Mais la stabilité n’est pas la croissance. La stabilité n’est pas l’emploi. La stabilité n’est pas le développement. Elle constitue simplement la condition préalable permettant de construire l’avenir. L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette accalmie financière en véritable renaissance économique. Cela suppose davantage d’investissements productifs, une montée en gamme industrielle, une meilleure intégration technologique, une administration plus efficace et une mobilisation accrue des compétences nationales.
Car l’histoire économique regorge de pays qui ont réussi à stabiliser leurs finances sans jamais réussir à décoller. Elle regorge également de nations qui ont su profiter d’une période de répit pour engager les transformations décisives.
Les chiffres de juin 2026 ne racontent pas encore l’histoire d’une victoire économique. Ils racontent plutôt celle d’une opportunité retrouvée. Une opportunité fragile, précieuse et peut-être historique. Comme souvent dans l’histoire des nations, ce ne sont pas les statistiques qui décideront de la suite du récit, mais la capacité collective à transformer cette embellie conjoncturelle en projet de développement durable. C’est là que se joue désormais l’essentiel.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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