Banques tunisiennes : l’État multiplie les sollicitations au risque d’étouffer le crédit
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Le texte prévoit 49,6 milliards de dinars de recettes fiscales, 4,33 milliards de recettes non fiscales et 350 millions de dinars de dons. Les crédits d’engagement atteignent 73 milliards. Aucune hypothèse macroéconomique ni ratio rapporté au PIB n’est précisé.
Les ressources de trésorerie totalisent 28,122 milliards de dinars : 19,845 milliards d’emprunts intérieurs, 6,877 milliards d’emprunts extérieurs et 1,4 milliard d’autres ressources. Elles couvrent le déficit, le remboursement de 13,307 milliards de dinars de principal de dette, dont 6,823 milliards intérieurs et 6,484 milliards extérieurs, ainsi que 200 millions de dinars de prêts et d’avances nets du Trésor. Le projet autorise exceptionnellement la Banque centrale à accorder au Trésor jusqu’à 9,8 milliards de dinars, sans intérêts, remboursables sur quinze ans, dont trois de différé. Leur articulation avec les ressources précitées n’est pas explicitée. Les garanties publiques sur les emprunts et sukuk sont plafonnées à 9 milliards de dinars, et les prêts du Trésor aux entreprises publiques à 250 millions de dinars.
Les effectifs publics autorisés atteignent 692 702 agents. Les établissements rattachés disposent de 1,692 milliard de dinars, les comptes spéciaux du Trésor de 2,014 milliards et les comptes de fonds de participation de 48,086 millions de dinars.
Le Fonds national de l’emploi mobilise plusieurs lignes de financement, nouvelles ou prolongées : 10 millions de dinars pour les start-up labellisées, sous forme de prêts de participation sans intérêts, 10 millions pour le fonds de roulement des petites entreprises accompagnées, 10 millions supplémentaires pour l’autofinancement des porteurs de projets et 5 millions pour les étudiants et stagiaires entrepreneurs.
Une enveloppe de 20 millions de dinars finance des prêts sans intérêts, plafonnés à 10 000 dinars et remboursables sur six ans, au profit des personnes à revenus modestes. Les dispositifs destinés aux personnes handicapées et aux entreprises des régions les moins développées sont renforcés respectivement de 5 et 10 millions de dinars. Les sociétés communautaires bénéficient de 40 millions supplémentaires, dont 5 millions pour des prêts d’autofinancement sans intérêts ni garantie.
Enfin, 5 millions de dinars sont consacrés à la prise en charge des cotisations sociales des nouveaux porteurs de projets éligibles, dans la limite du salaire minimum garanti : 100 % la première année, 75 % la deuxième et 50 % la troisième. La plupart des dispositifs sont prolongés jusqu’à fin 2028.
L’exonération fiscale instaurée en 2024 est étendue, sous conditions, aux entreprises créées entre 2027 et 2030. Plusieurs secteurs restent exclus, notamment la finance, le commerce, les télécommunications, les mines et l’énergie hors renouvelables. Les sommes perçues par les autoentrepreneurs sont dispensées de retenue à la source à compter du 1er janvier 2027.
Dans l’industrie, les avantages de TVA sur les équipements importés sans équivalent local sont étendus aux équipements similaires fabriqués en Tunisie. Des exonérations douanières concernent certains intrants du cuir, de la chaussure, des cosmétiques, du bois et de l’ameublement. Des avantages sont également prévus pour les équipements de laboratoire des pôles technologiques et certains intrants laitiers. Pour encourager les exportations vers l’Afrique, notamment dans le cadre du Comesa et de la Zlecaf, l’État prend en charge 50 % des primes d’assurance-exportation pendant douze mois, renouvelables une fois.
Des suspensions de TVA concernent aussi certaines activités maritimes, les simulateurs de vol, la formation des pilotes et les marchés publics financés par des ressources extérieures affectées. Les avantages accordés à la Compagnie tunisienne de navigation sont prolongés jusqu’à fin 2027.
Les batteries de stockage d’électricité sont exonérées de droits de douane, de TVA et de certaines taxes. Les droits de douane sur les panneaux solaires sont ramenés à 10 %. Le projet élargit également les dispositifs de mise à niveau environnementale des entreprises.
Pour reconstituer le cheptel bovin, 40 millions de dinars seront mobilisés entre 2027 et 2030 : 35 millions pour soutenir l’acquisition de génisses gestantes par les petits éleveurs et 5 millions pour leur élevage.
La filière oléicole bénéficie d’une ligne de 100 millions de dinars destinée aux crédits de campagne et d’investissement à taux préférentiels. Un compte spécial du Trésor sera notamment alimenté par 10 % des droits à l’exportation de certaines huiles non conditionnées. Un taux fixé en 2024 est ramené de 50 à 40 %. Malgré la priorité accordée à l’eau dans le préambule, aucune mesure spécifique ne lui est consacrée.
Le soutien à la Pharmacie centrale est prolongé jusqu’à fin 2027. Les avantages accordés à l’Agence nationale du médicament sont étendus à ses importations, tandis que le régime de TVA des services de santé est harmonisé. Les subventions destinées aux jardins d’enfants accueillant des enfants autistes et aux professionnels contractuels concernés deviennent non imposables. Le projet introduit également des dispositions fiscales relatives au logement social et à l’acquisition d’un premier logement.
Le fonds d’indemnisation des victimes sera financé notamment par 1 % de certaines primes d’assurance et des contributions annuelles de 3 ou 30 dinars selon les contrats. Les victimes d’accidents de la route disposent de trois ans pour saisir le compte de garantie. Pour financer la sécurité sociale, le prélèvement sur les jeux et concours passe de 40 à 60 %, le droit sur les voyages à l’étranger de 60 à 80 dinars et les droits de consommation sur certaines boissons alcoolisées augmentent.
L’État abandonne les pénalités fiscales de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale arrêtées au 31 décembre 2026. Il reprend également les dettes envers cette caisse de plusieurs entreprises publiques, notamment la Sncft, la Société des transports de Tunis, l’Office des terres domaniales et la Société nationale de la cellulose et du papier alfa. La dette de la Société tunisienne du sucre envers la Société nationale de distribution des pétroles fait aussi l’objet d’une reprise. L’Office de l’aviation civile et des aéroports bénéficie d’un abandon du principal de ses dettes fiscales et des pénalités.
Les plateformes numériques et les livreurs de produits vendus en ligne devront transmettre semestriellement au fisc l’identité de leurs fournisseurs et les montants des transactions. Les manquements seront sanctionnés par une pénalité de 5 % des opérations non déclarées, majorée de 200 dinars par information manquante ou erronée.
Les droits de douane sur les smartphones sont ramenés à 10 % et ceux sur les terminaux de paiement électronique à 0 %. Un droit de timbre de 20 dinars est instauré sur certains enregistrements supplémentaires de téléphones mobiles.
Enfin, le projet harmonise la TVA applicable au leasing et à l’ijara, adapte le régime d’enregistrement de certains marchés publics conclus avec des fournisseurs étrangers, simplifie des achats publics sensibles et allège les sanctions relatives aux infractions douanières purement formelles.
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À l’approche de la campagne oléicole 2026-2027, la Banque centrale de Tunisie (BCT) appelle les banques et les établissements financiers à renforcer leur soutien aux différents acteurs de la filière. Dans une note adressée le 16 octobre, l’institut d’émission insiste sur la nécessité de mettre à leur disposition les liquidités nécessaires au bon déroulement de la récolte et aux opérations qui suivent, de la transformation à l’exportation.
L’appel de la BCT concerne trois catégories d’intervenants : les agriculteurs, les propriétaires d’huileries et les exportateurs d’huile d’olive. L’objectif est de leur permettre de disposer des financements nécessaires à leurs activités au cours de la nouvelle campagne.
Les besoins ne se limitent pas à la récolte. Ils concernent également l’achat des olives, le fonctionnement des unités de transformation et les opérations commerciales liées à la mise en marché de l’huile. La disponibilité des liquidités constitue ainsi un enjeu pour l’ensemble de la chaîne oléicole.
Dans sa note, la BCT invite les établissements financiers à redoubler d’efforts afin de garantir les meilleures conditions pour la réussite de la campagne et d’améliorer la qualité des services bancaires proposés aux opérateurs.
L’institut d’émission réaffirme, à travers cette démarche, son engagement à soutenir les secteurs productifs et à contribuer à l’impulsion de l’investissement et du développement. Il souligne également la nécessité d’inscrire le financement de la filière oléicole dans une stratégie durable.
Cet appel intervient alors que l’huile d’olive occupe une place majeure dans les exportations agroalimentaires tunisiennes. Le financement des différents maillons de la filière représente donc un enjeu économique qui dépasse le seul déroulement de la récolte.
La note du 16 octobre ne précise toutefois ni le montant des financements attendus, ni les objectifs chiffrés de crédit, ni la mise en place de mécanismes spécifiques. Elle constitue avant tout un appel adressé aux banques pour qu’elles répondent aux besoins des opérateurs au cours de la campagne 2026-2027.
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Le projet de loi de finances 2027 (PLF 2027) prévoit d’autoriser la Banque centrale de Tunisie (BCT) à consentir à la Trésorerie générale de Tunisie des facilités de financement d’un montant maximal de 9,8 milliards de dinars. Pour ce faire, il déroge à l’article 25 de la loi n° 2016-35 du 25 avril 2016 fixant le statut de la BCT.
Ces avances de la BCT seraient accordées sans intérêts et remboursables sur 15 ans, avec un différé de trois ans. Une convention entre le ministre des Finances et le gouverneur de la BCT en précisera les modalités de mobilisation et de remboursement.
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A compter du 1er novembre 2026, les banques tunisiennes devront immobiliser davantage de liquidités auprès de la Banque centrale sur les dépôts à vue et les autres sommes dues à la clientèle. Le taux de réserves obligatoires passe de 1% à 3%, alors que le taux directeur reste fixé à 7%.
La Banque centrale de Tunisie (BCT) renforce les contraintes de réserves imposées aux banques. Dans sa circulaire n° 2026-11, datée du 9 octobre 2026, elle remplace la grille des taux figurant dans le manuel des opérations de politique monétaire.
Le taux applicable aux comptes à vue et aux autres sommes dues à la clientèle passe ainsi de 1% à 3%. La nouvelle grille entrera en vigueur le 1er novembre.
En revanche, les comptes spéciaux d’épargne, les autres comptes d’épargne, les dépôts à terme et les certificats de dépôt restent soumis à un taux de réserves obligatoires de 0%.
Les réserves obligatoires correspondent à la part des dépôts assujettis que les banques doivent conserver auprès de la BCT. En relevant le taux de 1% à 3%, l’institut d’émission augmente donc les ressources que les établissements bancaires doivent consacrer à cette obligation.
À titre d’exemple, pour un milliard de dinars de dépôts soumis à ce taux, les réserves exigées passent de 10 à 30 millions de dinars, soit 20 millions supplémentaires à immobiliser.
Cette mesure intervient alors que le taux directeur de la BCT est maintenu à 7%. Elle constitue ainsi un autre levier de politique monétaire, agissant sur les quantités de liquidités bancaires plutôt que par une modification du principal taux de référence.
La décision suscite des interrogations sur ses effets possibles sur le crédit. L’économiste Ridha Chkoundali estime que le relèvement des réserves obligatoires risque de réduire les marges de manœuvre des banques pour financer l’investissement privé et les petites et moyennes entreprises.
Il pointe également une tension possible entre cette mesure et les dispositifs publics destinés à faciliter l’accès au financement, notamment les prêts d’honneur sans intérêts.
Ces conséquences restent toutefois des risques avancés par l’économiste, et non des effets déjà constatés. La circulaire fixe les nouvelles obligations de réserves, mais ne présente pas explicitement une réduction du crédit comme son objectif.
Le mécanisme vise notamment à agir sur les liquidités disponibles dans le système bancaire et à renforcer la capacité de la Banque centrale à réguler le marché monétaire.
Le changement de taux ne signifie donc pas automatiquement que les banques réduiront leurs crédits ou en augmenteront le coût. Son effet dépendra aussi de leur situation de liquidité, de leurs choix de financement et de l’évolution de la demande de crédit.
La nouvelle grille s’appliquera à partir du 1er novembre 2026, conformément à la circulaire signée par le gouverneur de la BCT, Fethi Zouhaier Nouri.
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L’économiste universitaire Moez Soussi a qualifié d’inattendu le maintien à 7 % du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), car il anticipait personnellement une hausse d’au moins 50 points de base — pour le porter à 7,5 % — compte tenu des indicateurs économiques nationales et internationales et des pressions inflationnistes croissantes. Ce maintien du taux d’intérêt à 7 % ne durera pas longtemps, a-t-il cependant estimé.
M. Soussi, qui intervenait sur les ondes de Diwan FM, a expliqué que ses prévisions reposaient sur divers facteurs externes et internes, notamment l’évolution du marché mondial de l’énergie, la décision d’augmenter leur taux directeur par la plupart des grandes banques centrales, ainsi que les pressions pesant sur le dinar tunisien et la hausse du taux d’inflation.
S’agissant des facteurs externes, l’économiste a souligné la hausse des prix des hydrocarbures sur le marché mondial dans un contexte d’incertitude persistante, estimant que l’évolution des prix de l’énergie pourrait accentuer les pressions sur l’économie de la Tunisie qui doit importer plus de 60% de ses besoins énergétiques.
Il a également attiré l’attention sur la tendance des grandes banques centrales à durcir leur politique monétaire, évoquant la décision de la Fed, la Réserve fédérale américaine, de relever ses taux d’intérêt de 25 points de base — les portant de 3,75 % à 4 % — ainsi que celle de la Banque centrale européenne de les augmenter de 25 points de base, pour atteindre 2,65 %.
M. Soussi a souligné que la hausse du rendement du dollar et des devises étrangères exercerait une pression supplémentaire sur les flux de devises et sur le taux de change du dinar tunisien. Selon lui, cela nécessite de ménager une marge de manœuvre accrue pour atténuer les risques de change et limiter l’impact de l’inflation importée sur les coûts de production.
Sur le plan intérieur, M. Soussi a attiré l’attention sur plusieurs indicateurs économiques et monétaires, notamment l’écart entre l’hypothèse retenue dans la loi de finances 2026 et le prix du pétrole effectivement enregistré. Les prévisions budgétaires tablaient sur un prix de 63,3 dollars le baril, alors que la moyenne réelle, sur la période allant de janvier à septembre, s’est établie à environ 94 dollars le baril.
Il a également souligné le ralentissement de la croissance économique, passée de 2,6 % au premier trimestre à 2,3 % au deuxième, estimant que la baisse de la production pourrait accentuer les pressions sur les prix.
Concernant l’inflation, M. Soussi a relevé une hausse du taux en glissement annuel à 5,6 % en septembre, contre 4,8 % en début d’année, ajoutant que l’inflation a augmenté pour le deuxième mois consécutif en août et septembre, une première depuis 2023.
En se projetant sur la période à venir, l’économiste a estimé peu probable que le taux directeur soit maintenu à 7 % pour une longue durée. Selon lui, la BCT sera contrainte, prochainement, de le relever de 50 points de base, ajoutant que cette hausse éventuelle s’inscrit dans le cadre de sa politique monétaire, consistant à préserver la stabilité des prix, à protéger le pouvoir d’achat, à soutenir la stabilité de la valeur du dinar et à renforcer la compétitivité de l’économie nationale.
Rappelons qu’un taux directeur élevé, et le 7% en vigueur en Tunisie l’est à coup sûr. Censé juguler l’inflation, il entraîne plusieurs impacts négatifs majeurs : il renchérit le coût du crédit, baisse la capacité d’emprunt, freine l’investissement, ralentit l’activité économique et, notamment, le marché immobilier.
I. B.
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