Ces dernières années, les relations commerciales tuniso-américaines ont connu des changements notables, tant en termes de dynamique des échanges que de nouvelles mesures tarifaires ou tensions potentielles.
- Croissance des échanges commerciaux : Le commerce bilatéral de biens a augmenté significativement récemment. En 2024, les échanges de biens entre les deux pays ont atteint environ 1,65 milliard de dollars, contre 1,3 milliard en 2022.
Les exportations américaines vers la Tunisie étaient d’environ 500 millions $ en 2024 (principalement des produits agricoles – par ex. céréales, soja – ainsi que des produits chimiques, machines et équipements de transport), tandis que les importations américaines depuis la Tunisie ont dépassé 1,1 milliard $ en 2024.
« L’excédent commercial tunisien vis-à-vis des États-Unis, longtemps présenté comme un signe de compétitivité, est aujourd’hui devenu un facteur de pénalisation tarifaire. Un paradoxe qui illustre les limites de l’absence d’accords commerciaux solides. »
La Tunisie dégage donc un excédent commercial notable vis-à-vis des États-Unis (en 2024, l’excédent tunisien était d’environ $620 millions). Cette hausse des exportations tunisiennes vers le marché américain s’explique par la forte progression de certains produits phares comme l’huile d’olive (dont les ventes aux USA ont grimpé de plus de 25% entre mai 2023 et avril 2024) et la vigueur soutenue d’autres secteurs (dattes, textiles, composants électroniques, etc.).
Ce dynamisme a été encouragé par la diversification des débouchés tunisiens hors UE et par l’intérêt des importateurs américains pour des produits tunisiens compétitifs en qualité/prix. (les chiffres des importations américaines en 2024 sont plus importants que les chiffres fournis par l’INS ! voir article en lien)
- Nouvelles mesures tarifaires américaines en 2025 : Au début de 2025, un tournant protectionniste de la politique commerciale américaine aura un impact direct sur la Tunisie.
En avril 2025, l’administration du président américain Donald Trump (élu pour un second mandat) a annoncé une série de hausses généralisées de tarifs douaniers visant les pays affichant des surplus commerciaux élevés avec les États-Unis ou appliquant des droits élevés aux produits américains.
Une tarification universelle de base de 10% sur toutes les importations aux USA a été instaurée, avec des surtaxes plus fortes pour les pays considérés comme “pires contrevenants commerciaux” selon Washington.
Dans ce cadre, la Tunisie a été identifiée comme l’un des pays les plus lourdement frappés: un droit de douane punitif de 28% est appliqué sur toutes les exportations tunisiennes vers les États-Unis à partir d’avril 2025. Cette surtaxe, ajoutée aux tarifs existants, représente un choc majeur pour les exportateurs tunisiens.
« L’imposition d’un droit de douane de 28% sur les produits tunisiens par l’administration américaine en 2025 n’est pas seulement une décision économique. C’est un signal politique fort dans un monde où le commerce devient une arme diplomatique. »
Elle touche de plein fouet certains secteurs clefs qui bénéficiaient jusque-là de l’accès au marché américain : notamment l’huile d’olive, les produits agro-alimentaires, le textile-habillement et les dattes. Par exemple, l’huile d’olive tunisienne – dont les États-Unis sont un débouché crucial – voit sa compétitivité sévèrement réduite par ce tarif additionnel de 28%. De même, les vêtements et textiles tunisiens, déjà soumis aux droits NPF, deviennent 28% plus chers pour les importateurs américains, ce qui risque de les évincer au profit de concurrents exempts de telles taxes (comme le Maroc, qui grâce à son accord de libre-échange, n’est soumis qu’au tarif de base de 10%).
La mesure américaine a été justifiée par l’objectif de « rééquilibrer les injustices du commerce mondial et de rapatrier des industries » selon le discours de l’administration Trump, la Tunisie étant citée pour ses droits de douane élevés (elle impose par exemple plus de 30% de droits sur les produits agricoles américains en moyenne).
Néanmoins, du côté tunisien, cette décision a été perçue comme disproportionnée et inquiétante, amplifiant le sentiment d’isolement économique du pays. Les autorités tunisiennes, prises de court, ont initialement gardé un silence officiel prudent, tout en examinant les options de riposte ou d’adaptation. Des organisations professionnelles en Tunisie ont exprimé publiquement leurs craintes quant à l’impact de ces nouveaux tarifs sur la compétitivité des exportations nationales.
- Négociations et tensions en cours : Suite à l’imposition de ces tarifs, les relations commerciales tuniso-américaines connaitrons des tensions accrues en 2025. Aucune négociation formelle d’un accord de libre-échange n’est en cours, mais des consultations pourraient s’engager dans le cadre du Conseil du TIFA pour atténuer ces frictions.
La Tunisie pourrait chercher à obtenir une exemption ou une réduction de ces surtaxes en argumentant de son statut de partenaire stratégique modeste et de la fragilité de son économie. Toutefois, la marge de manœuvre est étroite, car les mesures américaines s’inscrivent dans une politique globale touchant de nombreux pays simultanément.
Par ailleurs, le contexte géopolitique influe sur les discussions : d’aucuns ont noté que l’administration Trump pourrait lier d’éventuels allègements économiques à des concessions politiques de la Tunisie (un exemple évoqué médiatiquement a été la suggestion d’une aide financière américaine conditionnée à une normalisation diplomatique de la Tunisie avec Israël, bien que cela reste spéculatif).
« La suspension du SGP et les surtaxes imposées par les États-Unis mettent en lumière l’urgence pour la Tunisie de diversifier ses débouchés, de renforcer ses négociations bilatérales et de repenser en profondeur sa stratégie d’insertion dans les chaînes de valeur mondiales. »
En Tunisie, la conjoncture économique difficile – dette élevée, besoin de financements externes – rend le pays vulnérable aux pressions commerciales externes. En 2025, le gouvernement tunisien tente de diversifier ses partenaires et de renforcer ses exportations vers d’autres marchés (Afrique subsaharienne, Moyen-Orient) afin de réduire l’impact de la dépendance aux marchés européen et américain, étant donné les incertitudes actuelles.
- En somme, l’année 2025 marque un point critique dans les relations commerciales entre Tunis et Washington. Après des années de croissance progressive des échanges et d’efforts pour consolider les partenariats (via le TIFA et les préférences du SGP), une nouvelle donne protectionniste américaine vient perturber l’équilibre.
Les accords existants fournissent un cadre de dialogue, mais la situation récente met en évidence l’absence d’un accord commercial approfondi pour protéger la Tunisie. Les prochains mois verront si un dialogue bilatéral permettra d’ajuster ces mesures ou d’en atténuer les effets, ou si la Tunisie devra adapter sa stratégie commerciale face à un accès au marché américain devenu plus coûteux.
« Face à des hausses tarifaires unilatérales et imprévisibles, les entreprises tunisiennes se retrouvent sans filet. Cette crise révèle à quel point une diplomatie commerciale proactive est essentielle pour protéger nos exportateurs. »
Les observateurs soulignent également que le sort du programme SGP (s’il est réactivé ou non par le Congrès) aura une incidence sur la capacité de la Tunisie à maintenir la compétitivité de ses produits aux États-Unis. Les négociations commerciales internationales de la Tunisie, que ce soit avec les États-Unis, l’Union européenne ou au sein de l’AfCFTA africaine, seront donc déterminantes pour l’avenir de ses exportations.
EN BREF
Tunisie–États-Unis : la pression tarifaire s’accentue en 2025
- Échanges bilatéraux : 1,65 milliard $ en 2024
- Nouveaux droits US (avril 2025) : +28% sur toutes les exportations tunisiennes.
- Produits les plus touchés : huile d’olive, dattes, textile, composants industriels.
- « Un choc tarifaire majeur pour la Tunisie, sans accord de libre-échange pour se protéger. »
- Riposte : incertitudes, consultations possibles via le TIFA.
Principales sources : Office of the United States Trade Representative (USTR) – Tunisia Trade Summary 2024 – ustr.gov – International Trade Administration, US Dept. of Commerce – Tunisia Country Commercial Guide: Trade Agreements – trade.gov – Avec Médias et recherches ChatGPT.
L’article Surtaxe US de 28% : Quel impact sur les échanges Tuniso-Américain ? est apparu en premier sur WMC.