Règles d’origine révisées : un tremplin pour les exportations tunisiennes, sous conditions
L’ARP a fini l’année avec la ratification des modifications des règles d’origine qui régissent ses échanges avec l’Union européenne. Ces changements visent principalement à faciliter et accroître les exportations tunisiennes vers le marché européen, en assouplissant les critères requis pour qu’un produit soit considéré comme « made in Tunisia ».
Les opportunités
Parmi les ajustements majeurs, on note une augmentation du seuil de tolérance pour les composants non originaires, une simplification des règles applicables à des secteurs clés tels que le textile et l’agroalimentaire, et un élargissement des possibilités de cumul d’origine avec d’autres pays partenaires de l’UE. Ces aménagements permettent aux entreprises tunisiennes d’intégrer plus facilement des matières premières ou des composants importés sans perdre l’accès aux avantages tarifaires préférentiels.
En pratique, ces nouvelles règles encouragent une intégration plus poussée de la Tunisie dans les chaînes de valeur européennes, en particulier dans des industries comme l’automobile, l’électronique et la mécanique. Les producteurs peuvent désormais recourir plus librement à des intrants d’origine européenne ou provenant de pays tiers liés à l’UE, tout en respectant des conditions de transformation substantielle assouplies. Cela rend la Tunisie plus attractive pour les investissements industriels et les partenariats de production, tout en soutenant la compétitivité à l’export.
À plus long terme, cette évolution réglementaire devrait contribuer à renforcer la position exportatrice de la Tunisie et à créer des emplois dans les secteurs orientés vers l’export. Si elle est bien exploitée, cette révision constitue une réelle opportunité de croissance et d’ancrage durable de la Tunisie dans l’espace économique européen.
Les risques
Bien évidemment, ces nouvelles règles présentent également des risques si elles ne s’adaptent pas rapidement.
En premier lieu, il y a la complexité administrative et le coût de la mise en conformité. Bien que les nouvelles règles soient conçues pour simplifier à long terme, leur mise en œuvre immédiate exige une montée en compétence technique et administrative. Les entreprises qui ne parviennent pas à s’organiser en interne ou à obtenir un accompagnement risquent de commettre des erreurs dans leurs déclarations d’origine, ce qui peut entraîner des pénalités douanières, des retards aux frontières, ou la perte du bénéfice tarifaire préférentiel. Par ailleurs, l’investissement initial en formation, en systèmes de traçabilité et en audit des fournisseurs peut peser sur les PME.
En second lieu, il y a la concurrence accrue, tant à l’export que sur le marché intérieur. En facilitant l’accès au marché européen, ces règles attirent aussi les investisseurs étrangers qui pourraient voir la Tunisie comme une plateforme de réexportation vers l’Europe. Si cela peut stimuler l’emploi, cela expose aussi les entreprises locales à une concurrence tuniso-tunisienne plus rude pour l’accès aux ressources, aux talents et aux partenariats. De plus, la possibilité d’utiliser davantage de composants importés pourrait fragiliser les fournisseurs locaux si les entreprises tunisiennes se tournent massivement vers des intrants étrangers moins chers ou plus standardisés, au détriment de la chaîne de valeur nationale.
Enfin, il y a la dépendance accrue au marché européen et la vulnérabilité aux changements réglementaires. Une intégration plus poussée dans les chaînes de valeur européennes signifie également une exposition plus forte aux fluctuations de la demande européenne et aux modifications futures des règles commerciales, surtout les normes environnementales. Les PME tunisiennes ne sont pas des championnes en la matière.
En tout, ces nouvelles règles représentent une opportunité économique majeure pour la Tunisie, à condition que les entreprises s’approprient rapidement les nouvelles règles et adaptent leur sourcing et leurs processus. L’enjeu est de transformer l’accès préférentiel au marché européen en investissements concrets et en emplois durables. Une stratégie proactive d’accompagnement, de formation et de diversification des marchés reste essentielle pour que les entreprises tunisiennes transforment ces risques en leviers de compétitivité.
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