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Antonio Tajani à Tunis : Le partenariat italo‑tunisien au cœur du Forum économique

24. Juni 2026 um 20:30

Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani est arrivé aujourd’hui à Tunis pour le Forum d’affaires tuniso-italien aux côtés de la cheffe du gouvernement Sarra Zaaafrani Zenzri au siège de l’Utica.

Environ 600 participants et représentants tunisiens italiens entreprises, associations patronales et institutions ont participé au forum.

Antonio Tajani a souligné l’importance stratégique du Forum économique italo‑tunisien, organisé à un moment crucial pour les échanges bilatéraux. Malgré des difficultés logistiques liées au port, les entreprises italiennes et tunisiennes affichent une volonté forte de coopération.

Antonio Tajani a rappelé les plus de soixante ans d’histoire commune entre les deux pays, depuis l’Antiquité de Carthage jusqu’aux liens contemporains qui voient de nombreux Italiens s’installer en Tunisie et vice versa, ainsi qu’une large pratique de la langue italienne parmi les Tunisiens. Ces proximités humaines et culturelles, a‑t‑il dit, confirment que le lien italo‑tunisien demeure solide et porteur.
Sur le plan politique, il a appelé à travailler ensemble pour créer de la valeur ajoutée et surmonter collectivement les obstacles qui entravent le développement des partenariats.

Du point de vue économique, il a rappelé les capacités de la Tunisie et évoqué la nécessité de projeter ce partenariat vers l’avenir, en particulier en direction du continent africain, « un enjeu commun » riche en ressources et opportunités, malgré des défis sociaux persistants.

M. Tajani a proposé la mise en place de guides pratiques pour faciliter les relations commerciales bilatérales et a identifié plusieurs secteurs prioritaires : tourisme, agriculture, énergie, et technologies. Il a salué l’avancée du projet Elmed et sa transition vers la phase de réalisation, estimant que ce projet et les centres d’innovation inaugurés récemment constituent des leviers pour la coopération technologique et industrielle.

Trois mots‑clés doivent, selon lui, guider cette coopération : formation, transfert technologique et compétitivité. Le gouvernement italien se dit prêt à accompagner la Tunisie sur l’aspect formation, y compris par des programmes de formation en Italie, afin d’encourager les jeunes tunisiens et italiens et de préparer l’avenir commun.

Il a également évoqué la possibilité de transformer une partie de la dette tunisienne en investissements (à hauteur de 70 millions d’euros évoqués) pour financer des projets structurants et créer des opportunités durables. Il a enfin rappelé que le sport, au‑delà de ses valeurs sociales, représente un secteur économique et d’investissement pertinent pour la Tunisie.

En conclusion, le ministre a réaffirmé la volonté d’établir un partenariat solide et durable entre l’Italie et la Tunisie, centré sur l’innovation, l’énergie et la formation, et tourné vers l’exploration des opportunités en Afrique et sur les marchés régionaux.

Antonio Tajani a clôturé sa visite par la découverte d’une rétrospective photographique sur les 70 ans de relations diplomatiques entre l’Italie et la Tunisie. L’exposition retrace sept décennies d’échanges politiques, économiques et humains entre les deux pays.

Plusieurs accords sont prévus  lors du forum : Ice signe avec Cepex pour l’échange d’informations et l’organisation conjointe d’événements visant à attirer des investissements ; Cdp, Sace et Simest concluront un partenariat avec la Chambre tuniso‑italienne de commerce et d’industrie pour soutenir l’internationalisation des entreprises en Tunisie ; la Ctici et l’Union Bancaire pour le Commerce et l’Industrie (Ubci) annonceront la création d’un desk Italie au sein de la banque. Comites Tunisie et Utica lanceront un recensement des compétences et des parcours de formation des jeunes italo‑tunisiens résidant en Tunisie pour faciliter leur insertion sur les marchés du travail tunisien et italien..

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Sarra Zaafrani Zenzri: « Ce forum doit servir de passerelle pour identifier de nouvelles opportunités d’investissement »

24. Juni 2026 um 18:38

La cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri a inauguré aujourd’hui le Forum économique tuniso‑italien, en présence d’Antonio Tajani et d’une importante délégation italienne.

Coïncidant avec le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays, ce rendez‑vous, organisé par l’UTICA, l’APII et l’Agence italienne pour le commerce, met en lumière une coopération en pleine diversification : énergie (projet ELMED), agriculture et eau (initiative TANIT), industrie et numérique. La Tunisie, qui achève son plan de développement 2026‑2030, mise sur la modernisation du cadre d’investissement, la digitalisation et la montée en valeur ajoutée des filières pour attirer des investissements qualitatifs et conforter son rôle de plateforme entre l’Europe et l’Afrique.

Elle rappelle que les relations tuniso‑italiennes reposent sur des liens historiques profonds, une proximité géographique et des affinités culturelles en Méditerranée. Elles ont connu récemment un essor qualitatif, avec une diversification tangible des échanges dans des secteurs clés : économie, investissement, commerce, énergie, culture, enseignement supérieur et recherche. Cette dynamique a hissé la coopération bilatérale à un niveau d’exception, fondé sur le dialogue, le respect mutuel et des projets à forte valeur ajoutée.

Elle souligne lors de son allocution que la Tunisie complète actuellement l’élaboration de son plan quinquennal 2026‑2030, fruit d’une démarche ascendante et participative, de la localité jusqu’au niveau national. Ce plan vise à instaurer un modèle de développement équitable et résilient, appuyé sur un cadre institutionnel rénové et des priorités nationales claires. L’État s’emploie à améliorer le climat des affaires : modernisation du cadre législatif et institutionnel de l’investissement, simplification et digitalisation des procédures, amélioration des services publics, accès facilité aux fonciers d’investissement, formation professionnelle adaptée, et modernisation des infrastructures portuaires, douanières et logistiques.

Elle ajoute lors de son allocution que la coopération tuniso‑italienne se traduit déjà par des avancées concrètes. L’Italie demeure un investisseur majeur en Tunisie, notamment dans le secteur énergétique, et se classe au troisième rang des partenaires pour les IDE, avec plus de 1 072 entreprises à participation italienne et un stock d’investissement estimé à environ 3,7 milliards de dinars. Les échanges commerciaux ont atteint près de 20,5 milliards de dinars en 2025, poursuivant une croissance  +8% sur les quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. Le tourisme illustre aussi ce partenariat : plus de 160 000 visiteurs italiens ont séjourné en Tunisie en 2025.

Au‑delà des chiffres, des projets structurants témoignent de l’ambition commune : le projet de ligne électrique ELMED, mené par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz et TERNA, constitue la première interconnexion directe entre l’Afrique du Nord et l’Europe, renforçant la sécurité énergétique et favorisant le déploiement des énergies renouvelables. Le projet TANIT, intégré au plan Mattei pour l’Afrique, illustre par ailleurs une coopération dans les secteurs de l’agriculture et de l’eau, fondée sur le partage d’expertise et le développement durable.

Malgré ces avancées, le potentiel de la relation bilatérale reste sous‑exploité. Ce forum doit servir de passerelle pour identifier de nouvelles opportunités d’investissement notamment dans les énergies renouvelables, l’industrie des composants automobiles, les technologies de l’information et de la communication, et l’économie numérique. La stratégie nationale de l’industrie et du renouvellement à l’horizon 2035 vise à moderniser la gouvernance industrielle, promouvoir l’innovation et renforcer les pôles technologiques, facilitant l’intégration des entreprises tunisiennes dans les chaînes de valeur mondiales.
Nos priorités incluent la montée en valeur ajoutée de l’industrie  mécanique, électronique, composants automobiles et aéronautiques, industries pharmaceutiques, agroalimentaires, chimiques, technologies environnementales, économie bleue et services numériques — ainsi que le soutien aux PME par des incitations à la modernisation et à l’intégration régionale.
La Tunisie et l’Italie partagent aussi des enjeux environnementaux communs : gestion des ressources naturelles, sécurité alimentaire, lutte contre l’érosion côtière et la pollution marine, adaptation agricole aux changements climatiques et préservation de la biodiversité méditerranéenne. La coopération bilatérale peut produire des solutions innovantes, depuis la gouvernance de l’eau jusqu’à l’économie bleue et la modernisation des filières agricoles.

Sur le plan régional, elle souligne que la Tunisie affirme son rôle de plateforme économique entre l’Europe et l’Afrique. Notre engagement dans la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAF) et notre adhésion à la COMESA témoignent de cette ambition. Des partenariats triangulaires réunissant savoir‑faire italien, compétences tunisiennes et opportunités africaines peuvent ouvrir des marchés importants dans les infrastructures, l’agriculture, l’eau, l’énergie, la santé, la formation et la numérisation.

La Mattei Initiative représente un cadre pertinent pour des projets respectueux des priorités nationales, de la souveraineté des États et axés sur la création de valeur locale. La Tunisie est prête à jouer un rôle actif comme plate‑forme d’investissement, de production et de formation, attirant des investissements qualitatifs afin de favoriser la création de richesse, la croissance et la justice sociale.

En conclusion, « ce forum doit s’inscrire comme une étape récurrente de dialogue et d’échanges pragmatiques entre acteurs tunisiens et italiens. Nous souhaitons qu’il contribue à concrétiser des projets communs, à approfondir une coopération stratégique et à ouvrir de nouvelles perspectives économiques, pour le bénéfice des peuples tunisien et italien ». conclut-elle.

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Slah Zouari : le budget 2027 doit suivre les priorités du plan 2026-2030

24. Juni 2026 um 12:22

Le budget de développement pour l’année 2027 devra impérativement s’aligner sur les orientations stratégiques du plan de développement 2026/2030. C’est ce qu’a souligné ce mardi à Tunis le ministre de l’Équipement et de l’Habitat et chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, Slah Zouari. Il s’exprimait de la sorte, lors d’une séance de travail consacrée à l’examen des propositions budgétaires de son département.

Le ministre a insisté sur le respect rigoureux des priorités adoptées afin de garantir l’efficacité des interventions de l’État et d’atteindre les objectifs fixés par le budget.

Un communiqué du ministère précise que M. Zouari a appelé à accélérer la finalisation des dossiers des projets proposés en vue de leur inscription dans le budget de la mission de l’Équipement et de l’Habitat pour 2027. Il a notamment exigé la préparation préalable des études de faisabilité, la libération définitive des emprises foncières, ainsi que la fixation précise des coûts des crédits et des délais d’exécution.

Cette séance de travail s’est déroulée conformément aux dispositions générales de la circulaire de la Cheffe du gouvernement n°2, datée du 14 avril 2026. Laquelle est relative à la préparation du budget de l’État pour l’année 2027. La réunion a également permis de passer en revue les principaux projets proposés pour l’exercice 2027 et de faire le point sur l’état d’avancement des chantiers en cours inscrits au budget 2026.

Enfin, notons que la réunion s’est tenue en présence du chef de cabinet, de directeurs de structures centrales et régionales ainsi que de plusieurs cadres du ministère.

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Keir Starmer | Du triomphe à la tragédie !

24. Juni 2026 um 08:03

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé sa démission le lundi 22 juin 2026. Celui qui a été l’artisan de l’alternance de l’été 2024 qui a mis fin à 14 ans de domination des Conservateurs avec une éclatante victoire du Parti travailliste (411 des 650 sièges du Parlement) se retrouve aujourd’hui très impopulaire et très contesté et a été acculé de démissionner. Comment le triomphe s’est-il mué en tragédie ? 

Imed Bahri

Rares sont ceux qui qualifieraient Keir Starmer de figure dramatique bien que sa carrière politique ressemble à un parcours presque shakespearien : à peine onze ans pour entrer au Parlement, mener le Parti travailliste à une victoire électorale que beaucoup jugeaient impossible, puis, dans les deux dernières années, tout gâcher, écrit  Peter Walker dans The Guardian, considérant la chute de l’ex-Premier ministre comme le reflet d’une époque sans précédent où la loyauté des électeurs s’est atomisée, où l’hégémonie bipartite s’est fragmentée en cinq partis et où, pour la première fois, le Parti travailliste a dû faire face à une menace à sa gauche comme à sa droite.

Le Guardian rapporte que même les plus proches alliés et partisans de Starmer admettent qu’il a largement commis des erreurs. Aucun Premier ministre moderne n’a semblé aussi bien préparé pour le poste sur le papier et aussi fondamentalement incompétent dans la pratique.

«Starmer était incompétent à trois égards», a déclaré Anthony Seldon, l’historien qui a écrit les biographies de tous les Premiers ministres, de John Major à Rishi Sunak. Il poursuit : «Premièrement, il n’a jamais compris en quoi consistait le poste, que fait un Premier ministre ? Deuxièmement, il n’a jamais su ce qu’il voulait faire, surtout pas en matière de politique économique. Et troisièmement, il ne savait pas qui nommer. Une fois ces trois problèmes réunis, rien ne peut fonctionner. C’est juste une question de temps avant que tout ne s’effondre».

Fossé entre la campagne et la gouvernance

Pris comme un résumé, cela peut paraître dur mais il est difficile de nier l’impression générale d’un homme politique habile à conquérir la direction du Parti travailliste, puis à mener le parti à la victoire, avant d’être paralysé par les choix incessants du pouvoir, se cachant derrière un vocabulaire toujours plus fourni de missions, d’objectifs et de plans de changement.

Ce fossé entre la campagne et la gouvernance a été constaté avec inquiétude par certains collaborateurs directs de Starmer dans les derniers jours précédant le triomphe électoral des Travaillistes en juillet 2024, une victoire écrasante en termes de sièges, sinon de suffrage populaire.

Un membre du staff a raconté avoir demandé pourquoi aucun plan de gouvernement n’avait encore été présenté et s’être entendu répondre qu’il n’y en avait apparemment pas. «Après la victoire, nous nous attendions à une avalanche de mesures politiques majeures. Au lieu de cela, le Premier ministre sillonnait le Royaume-Uni à la rencontre des maires. Beaucoup disaient : Ce n’est pas possible. Ce n’est pas comme ça qu’on fait de la politique»

Certains imputent une partie de la responsabilité de ce démarrage raté à Sue Gray, issue de la haute fonction publique qui était la directrice de cabinet de Starmer, un autre exemple de personne très compétente mais un poste inadapté à ses talents.

Arrivé au 10 Downing Street sans aucun plan

D’autres estiment que la faute incombe davantage à Starmer, incapable d’adapter son approche, lui qui était chef de l’opposition tentant de reconstruire son parti après les élections désastreuses de 2019, à celle de Premier ministre en devenir. Il est donc arrivé au 10 Downing Street sans aucun plan.

David Runciman, politologue et auteur, a déclaré : «Starmer pensait que la tâche serait ardue et que le véritable enjeu était la discipline et l’optimisation des gains potentiels lors des prochaines élections. Mais en réalité, à partir du milieu de la précédente législature environ –quasiment dès la nomination de Kwasi Kwarteng comme chancelier de l’Échiquier par Liz Truss– le Parti travailliste était certain de remporter les élections suivantes, quoi qu’il arrive. Ils avaient deux ans pour se préparer, et ils ne l’ont pas fait».

Gray fut rapidement remplacé par Morgan McSweeney, artisan de la renaissance fulgurante et inattendue du Labour après le départ de Jeremy Corbyn, mais tout aussi inadapté au poste et dont le principal héritage fut la nomination désastreuse de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington qui est aujourd’hui empêtré dans l’affaire Epstein. 

Si Starmer est manifestement un homme politique différent de Boris Johnson, ils partagent néanmoins des similitudes, notamment les changements répétés et infructueux de leurs équipes dirigeantes, suivis d’une prise de conscience progressive. Le problème ne venait pas des conseillers, mais de l’homme à la tête du parti.

Autre écho de l’ère Johnson : les documents relatifs à la nomination de Mandelson révèlent que Starmer n’était pas le décideur, les décisions étant prises ailleurs, le Premier ministre se contentant d’entériner les décisions.

Un responsable travailliste affirme que Starmer a toujours eu à cœur de déléguer et de laisser une large marge de manœuvre à ses conseillers de confiance, une tendance qui lui a été profitable lorsqu’il dirigeait le Service des poursuites de la Couronne* (CPS) puis en tant que chef de l’opposition. Il ajoute : «Sauf que gouverner est différent et ce système n’a pas fonctionné. Il devient très difficile d’assurer la cohérence car on se retrouve avec des personnes différentes, aux opinions divergentes, détenant un pouvoir considérable et sans véritable raison de se rallier à une vision commune».

D’autres ne partagent pas cet avis. Un proche ayant travaillé en étroite collaboration avec Starmer lorsqu’il était Premier ministre le décrit comme non seulement travailleur mais aussi efficace. Il déclare : «Il n’a pas le talent oratoire d’Obama mais rares sont ceux qui l’ont. Il possédait cependant de nombreux autres atouts pour ce poste, la plupart restés méconnus du public. Si vous recherchez un génie de la communication doté de toutes ces qualités, vous risquez d’attendre longtemps».

Ce proche précise qu’une grande partie du travail de Starmer reposait sur sa conviction profonde en l’équité. D’autres, cependant, affirment que l’une des principales raisons de son échec résidait dans l’absence d’un système de convictions politiques clairement défini.

«Une philosophie fondamentale, c’est ce qui vous maintient uni lorsque tout s’effondre», a déclaré Runciman qui ajoute : «Margaret Thatcher en était l’exemple parfait. Mais chez Starmer, je n’ai rien perçu de tel, et cette philosophie n’a jamais émergé. Si votre raison d’être au gouvernement est de se croire plus compétents que les autres, cela ne fonctionne pas quand la situation dégénère».

Sur un point essentiel, Starmer se distingue nettement des quatre anciens occupants du 10 Downing Street sous les conservateurs après le Brexit. Theresa May, Johnson, Liz Truss et Rishi Sunak étaient tous des personnalités atypiques, parfois maladroites, voire misanthropes, bornées au point d’être excentriques, ou encore distantes et grincheuses.

Ennuyeux, robotique et déconnecté de la réalité

À l’inverse, tous ceux qui connaissent Starmer soulignent sa grande normalité. Issu d’un milieu modeste de banlieue, passionné de football et de pubs, il semble avoir été créé pour une étude de marché. On apprécie également sa sociabilité et son vaste cercle d’amis dont beaucoup sont en dehors du monde politique. 

À la grande frustration de presque tous ceux qui ont travaillé avec Starmer, ce n’est pas cette personnalité qu’ils ont connue. Ils le décrivent comme non seulement ennuyeux et robotique mais aussi déconnecté de la réalité et –grâce à son titre de chevalier pour son travail au sein du CPS– très probablement aussi très snob.

Starmer avait déjà 52 ans lorsqu’il est entré au Parlement mais avec une carrière aussi brillante, il a immédiatement été pressenti comme un futur leader. Il lui a fallu quelques mois pour accéder au premier plan puis au cabinet fantôme** peu après.

C’était, bien sûr, sous Corbyn, une expérience éprouvante que Starmer a comparée plus tard à celle de jouer dans une équipe de football vouée à la relégation. Il a envisagé de démissionner à plusieurs reprises mais a estimé que le dossier du Brexit dont il était chargé était trop important pour être abandonné.

Après la démission de Corbyn suite à la défaite catastrophique aux élections de 2019, Starmer n’était pas initialement le favori. Les observateurs pensaient que les membres du Labour resteraient fidèles à la gauche du parti et choisiraient Rebecca Long-Bailey. Mais une campagne extrêmement bien organisée et les désormais célèbres dix promesses politiques de Starmer, intégrant des idées de gauche comme la nationalisation des services publics et la suppression des frais de scolarité, lui ont permis de remporter facilement l’élection. Commença alors ce que certains considèrent comme l’âge d’or de sa carrière politique, même si les germes de sa chute étaient déjà visibles.

La plupart des travaillistes voyaient en Starmer un Neil Kinnock ou un John Smith, quelqu’un qui s’attellerait à la tâche ardue de redresser un parti moribond et toxique mais qui n’accéderait jamais au pouvoir. Et pendant un temps, cela semblait tout à fait plausible.

Un peu plus d’un an après son accession à la tête du parti, Starmer envisagea brièvement de démissionner après la victoire du Parti conservateur de Johnson, galvanisé par l’effet positif de la vaccination contre la Covid-19, dans la circonscription travailliste de Hartlepool lors d’une élection partielle. L’écart que Starmer avait péniblement réduit dans les sondages nationaux s’est soudainement creusé à nouveau, offrant aux Conservateurs une avance de près de 20 points.

Mais la chance allait sourire à Starmer. Johnson s’est effondré, avant que Truss ne ruine l’image des conservateurs au-delà des efforts limités de Sunak pour la redresser. De même que les circonstances des élections de 2019 auraient pu être orchestrées pour favoriser Johnson, il en fut de même en 2024 pour le Labour.

Starmer avait néanmoins préparé son parti avec une brutalité bien connue de certains, y compris d’anciens collègues qui en ont fait les frais, mais surprenante pour d’autres, notamment publiquement, lorsqu’il a cherché à débarrasser le Labour de l’antisémitisme et du sentiment général que celui-ci avait été toléré sous Corbyn.

Quelques semaines après son accession à la tête du parti, il a limogé Long-Bailey de son cabinet fantôme à cause d’un tweet republié. Quelques mois plus tard, Corbyn perdait son soutien au groupe parlementaire. Des centaines de membres furent suspendus ou exclus.

Sous la direction de McSweeney, qui est passé du controversé think tank Labour Together à la tête de la campagne de Starmer pour diriger le parti, puis a été chargé de préparer les élections, le parti s’est fermement éloigné du populisme de gauche de Corbyn et les 10 promesses ont été largement oubliées.

En tant que méthode de remodelage du parti, son efficacité était indéniable. Cependant, le zèle avec lequel McSweeney et ses alliés ont purgé, rétrogradé, marginalisé ou dénigré les membres de l’aile gauche du Labour a sans doute contribué à affaiblir l’autorité de Starmer.

Une série de faux pas et de volte-face politiques

Cette campagne acharnée a également, comme on l’a vu, favorisé la création d’un parti déterminé à conquérir le pouvoir mais dont la stratégie pour l’exercer restait floue.

Il s’agit là d’une légère simplification. Le Labour de Starmer a mis en œuvre des propositions politiques assez radicales et planifiées de longue date, comme l’amélioration des droits des travailleurs et des locataires, ainsi que certaines avancées décidées une fois au pouvoir, telles que la suppression du plafond de deux allocations familiales.

Dès sa première semaine, le gouvernement a été miné par une série d’erreurs, à commencer par une polémique dommageable sur les cadeaux électoraux, suivie d’une série de faux pas et de volte-face politiques, notamment sur la réforme de la protection sociale et la réduction des allocations de chauffage hivernales pour les retraités.

Les efforts pour contrer Reform UK ont également échoué, avec un discours dur sur l’immigration culminant avec la référence de Starmer à une «île d’étrangers». Si cela n’a guère freiné le parti de Nigel Farage, un nombre croissant d’électeurs se sont tournés vers les Verts, se sentant activement indésirables par le Parti travailliste.

En même temps, certaines choses n’étaient pas de la faute de Starmer. Il n’aurait certainement pas souhaité la réélection de Donald Trump, et encore moins l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, qui a porté un coup dur à une économie en voie de reprise.

Parallèlement, la gestion de Trump et de la situation internationale délicate est l’un des rares domaines où Starmer a manifestement brillé et s’est attiré les faveurs de la population. Il a d’abord gagné l’affection de Trump –comment, Starmer l’a admis en privé, cela restait un mystère même pour lui– avant de faire face aux insultes avec dignité.

Malgré tous les succès que les députés travaillistes pouvaient mettre en avant, ou encore la probité et le zèle de Starmer, les chiffres étaient implacables. Le Labour a chuté à seulement 17% des intentions de vote, se retrouvant parfois en quatrième position. La popularité de Starmer était si catastrophique que seule Liz Truss l’a empêché de devenir le Premier ministre le plus impopulaire de l’histoire moderne des sondages. Dans les groupes de discussion, on le comparait à une «méduse» ou à un «paillasson».

Aujourd’hui, Starmer vient de démissionner et le parti profondément, si patiemment reconstruit, est meurtri va devoir tout recommencer à zéro. Le «starmerisme», s’il a jamais existé, sera enterré, rapidement et définitivement. Son projet étant désormais terminé et Andy Burnham, maire de Manchester, prêt à prendre la relève, Starmer restera probablement dans les mémoires, selon Runciman, comme un homme accablé par le poids d’une majorité écrasante qu’il n’a jamais su gérer et qui n’a jamais réussi la transition entre son rôle de bon chef de l’opposition et celui de Premier ministre.

Selon Seldon, Starmer restera dans les mémoires comme le quatrième Premier ministre travailliste, après Attlee, Wilson et Blair, à remporter une victoire écrasante aux élections, mais le premier à n’en avoir pratiquement rien fait. Il a déclaré : «C’est un homme intègre, travailleur et sérieux, qui aurait pu réussir mais, et c’est là son erreur fatale, il n’a pas su apprendre à exercer la fonction».

*Le Service des poursuites de la Couronne (The Crown Prosecution Service au Royaume-Uni ou procureur de la Couronne dans le système canadien) est l’autorité indépendante chargée de mener les poursuites pénales au nom de l’État.

**Le cabinet fantôme (shadow cabinet) au Royaume-Uni est une équipe formée par le principal parti d’opposition. Chaque «ministre fantôme» est chargé de surveiller et de critiquer un membre spécifique du gouvernement officiel, tout en proposant des politiques alternatives.

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Mondial Fifa | Sous Trump et Rubio, la coupe est vide

24. Juni 2026 um 07:11

En toute objectivité, indépendamment de ses qualités intrinsèques, l’équipe nationale des Etats-Unis de football possède les plus grandes chances de l’emporter. Elle a d’autant plus de chance que, après la calamiteuse campagne iranienne, Donald Trump en a un pressant besoin, et que son ami Gianni Infantino, le patron de la Fifa, ne le décevra certainement pas.

Dr Mounir Habablia *  

Si on s’en réfère au précédent le plus célèbre de machination ayant conduit une équipe nationale du pays hôte au succès final, la Coupe du monde de 1966 en Angleterre, alors il ne faudra pas s’étonner si un tacle trop appuyé met un de ces jours le célèbre Lionel Messi hors de combat, privant l’Argentine, le candidat le plus sérieux à la victoire finale, d’un de ses meilleurs arguments.

Le fan le plus célèbre de l’équipe nationale de la République démocratique du Congo, le sosie de Patrice Lumumba, est finalement présent en Amérique pour soutenir son équipe nationale. On ne saura pas qui sponsorise son voyage. Après un premier refus, lié semble-t-il à l’Ebola, il a finalement obtenu son visa.

Le plus étonnant, sous Trump et le secrétaire d’Etat Marco Rubio, c’est finalement que les autorités américaines ne se soient pas souvenues que l’ancien Premier ministre élu congolais, assassiné au début des années 60 à l’instigation des Belges, des Français, de la CIA, fût une figure de proue du socialisme et du tiers-mondisme, comparable à Fidel Castro dont il fut d’ailleurs l’ami. Que se serait-il passé si un sosie de Che Guevara s’était présenté au consulat américain de Buenos Aires pour une demande de séjour ? On ne dira pas de la Havane puisque le célèbre révolutionnaire était argentin, et cela fait plus de 60 ans que le gouvernement américain n’assure aucune présence à Cuba, mis à part la célèbre caserne-prison de Guantanamo.

Une fois débarrassé de sa douloureuse épine iranienne, le président américain n’aura que l’embarras du choix entre envahir Cuba, le Groenland, ou pourquoi pas, le Mexique, et à ce titre, une victoire de sa sélection peut stimuler la fibre nationaliste yankee dans le sens qui servirait ce dessein.

Heureusement que l’Amérique actuelle a la mémoire courte. Qui sait, peut-être dans 60 ans, un sosie de Ali Khamenei, de Kadhafi, ou de Ben Laden, pourra-t-il assister au Superbowl. 

* Médecin de libre pratique.  

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