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Ces «soldats» Tunisiens morts sur le front russo-ukrainien

31. Oktober 2026 um 10:45

Le 29 octobre 2026, la chaîne France 24 a diffusé une émission consacrée aux familles tunisiennes restées sans nouvelles de leurs enfants enrôlés dans l’armée russe pour aller combattre sur le front avec l’Ukraine. Ils seraient entre 1400 et 3 000 africains dans cette situation, venant du Kenya, d’Afrique du Sud, du Ghana, du Cameroun ou de la Tunisie, et dont les familles commencent à faire entendre leurs voix.

Latif Belhedi  

L’émission de France 24 montre des familles venues des différentes régions de Tunisie qui se sont rassemblées devant le ministère des Affaires étrangères (MAE) pour demander des nouvelles de leurs enfants disparues en Russie après avoir été enrôlés pour faire la guerre en Ukraine. «Mon fils travaillait en Russie et il s’est marié avec une Russe. Après quatre ans de travail, il s’est fait enrôler dans l’armée là-bas. Au bout d’un mois, il était sur le front à la frontière ukrainienne», rapporte le père de l’un de ces «soldats», Hamadi Ben Kheher, père de Zied Ben Khedher, dont la famille a reçu un certificat de décès sept mois après son déploiement mais n’arrive pas à avoir d’autres informations de la part du MAE ni de l’ambassade de Russie en Tunisie. «Je n’arrive pas à faire des allers-retours mais on ne me dit rien. Je veux savoir dans quelles circonstances il est mort et surtout, s’il est mort, qu’on me ramène son corps», raconte Hamadi, le père éploré.

Dans la maison familiale, à une soixantaine de kilomètres de Tunis, Hamadi communique toujours avec la femme de son fils restée en Russie. Selon elle, il aurait été enrôlé après qu’on lui ait promis la nationalité russe. Selon un rapport de l’ONG Amnesty International, ces méthodes de recrutement dans l’armée russe sont coercitives et visent surtout des personnes étrangères en situation irrégulière. «Nous, tout ce qu’on a, ce sont ses dernières photos et son matricule qu’il nous a envoyées. Après la communication a coupé. Le pire pour nous c’est de n’avoir aucune information, de ne pas savoir ce qui leur est arrivé là-bas», raconte encore le père.

Mounia Dhaouadi, mère d’Aymen Dhaouadi.
Hamadi Ben Khedher, père de Zied Ben Khedher.

France 24 rapporte le cas, encore plus complexe, d’une autre famille, dont le fils, Aymen Dhaouadi, était parti étudier en 2021 et travaillait parallèlement pour envoyer l’argent à sa famille. Il a été arrêté en 2022 dans une vague affaire de trafic de stupéfiants liée à la société de livraison dans laquelle il travaillait. «Ils l’ont mis en prison pendant 19 mois. On a payé un avocat. On a tout fait. L’avocat nous a dit que son dossier était vide et qu’il n’a rien fait. Et puis, du jour au lendemain, on a appris qu’il est enrôlé dans l’armée», raconte sa mère, Mounia Dhaouadi, en pleurs.

Pendant son incarcération, les autorités russes ont fait pression sur Aymen Dridi pour qu’il accepte de rejoindre l’armée. Cette méthode de recrutement des détenus a été institutionnalisée par le ministère de la défense russe depuis 2024. En mai 2025, le jeune Tunisien informe sa famille qu’il a enfin conclu un contrat avec les autorités militaires en échange de la suspension de sa détention. Quelques mois plus tard, il est déployé sur le front. Dans la dernière note vocale qu’il a envoyée à sa mère, il lui disait : «Maman, ça y est, on part. Il n’y a pas de réseau. Dès que j’arrive là-bas, je vous appelle et je vous en dirais plus. S’il te plaît, maman, ne pleure pas. Moi, je ne pleure pas parce que je suis dans l’armée. Je pleure parce que je suis fatigué, surtout à cause de la prison. Espérons que tout ira bien. Ne vous inquiétez pas !».

Aujourd’hui, la famille de Aymen ne sait pas où se trouve son fils, ni s’il est vivant ou mort.

A l’occasion du 3e sommet Russie-Afrique, l’ONG Amnesty International a demandé de nouveau dans une lettre ouverte du 27 octobre la fin de recrutement de soldats africains dans l’armée russe et appelé les dirigeants africains à ne pas rester silencieux sur ce drame. On ne sait pas si l’un d’eux l’a évoqué avec Vladimir Poutine. Mais rien n’a filtré dans les médias sur ce sujet.

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Air Algérie reprend ses vols vers la Guinée après 45 ans d’absence

31. Oktober 2026 um 09:03

Air Algérie a repris sa liaison avec Conakry le 25 octobre 2026, après 45 ans d’interruption. La compagnie assurera 3 vols par semaine entre Alger et la capitale guinéenne.

Cette reprise doit faciliter les déplacements entre les deux pays et soutenir les échanges commerciaux. Les autorités guinéennes souhaitent notamment renforcer les connexions aériennes avec l’Algérie pour accompagner les projets économiques inscrits dans le programme Simandou 2040. Une augmentation de la fréquence à cinq ou six vols hebdomadaires est également envisagée.

Cette liaison fait partie d’un programme d’ouverture de 5 nouvelles destinations annoncé par Air Algérie le 24 octobre. La compagnie prévoit également des vols vers Brazzaville, Lagos et Shanghai à partir du 26 octobre, puis vers Tripoli le 28 octobre 2026.

Destination

Date de lancement

Conakry (Guinée)

25 octobre 2026

Brazzaville (Congo)

26 octobre 2026

Lagos (Nigeria)

26 octobre 2026

Shanghai (Chine)

26 octobre 2026

Tripoli (Libye)

28 octobre 2026

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Un sommet Russie-Afrique avec vue sur la Méditerranée

31. Oktober 2026 um 07:30

Deux jours durant, Vladimir Poutine s’est adressé à l’Afrique. C’est pourtant l’Europe qui était censée entendre. L’Afrique est-elle en train de basculer du côté russe ? On ne peut pas l’affirmer. Le sommet de Moscou en dit davantage sur l’évolution de la stratégie du Kremlin que sur un éventuel changement de camp du continent. Les gouvernements africains ont appris depuis longtemps à traiter avec tout le monde à la fois : ils empruntent à la Chine, cherchent des débouchés en Europe, achètent des drones à la Turquie, lèvent des fonds dans le Golfe, et obtiennent céréales et protection de la Russie.

Amadou Diarra *

Le troisième sommet Russie-Afrique s’est achevé le 29 octobre 2026 exactement comme le Kremlin l’avait mis en scène : une déclaration, un plan d’action jusqu’en 2029, une photo de famille sous les lustres du Grand Palais du Kremlin. La télévision russe y a vu le triomphe de la «majorité mondiale». Les agences occidentales ont surtout retenu une participation en demi-teinte. Les deux lectures sont justes, mais aucune ne répond à la vraie question : pourquoi Moscou se donne-t-elle tant de mal, alors que la guerre qu’elle mène se joue ailleurs ?

La réponse, me semble-t-il, tient en une seule ligne de la déclaration finale.

L’essentiel de la déclaration de Moscou reprend le vocabulaire déjà entendu à Sotchi et à Saint-Pétersbourg : multipolarité, réforme du Conseil de sécurité de l’Onu, «ordre mondial juste». Mais au milieu de ces formules convenues figure un paragraphe condamnant la «saisie illégale d’avoirs souverains». Il n’apporte rien aux États africains : personne n’a gelé leurs réserves. Celles de la Russie, en revanche, le sont, et pour l’essentiel en Europe. Le Kremlin peut désormais brandir ce texte dans son bras de fer avec l’Union européenne (UE) et affirmer que des dizaines de pays du continent sont derrière lui.

C’est là, à mon sens, toute la logique de l’exercice. Moscou recevait l’Afrique, mais c’est à Bruxelles qu’elle adressait la facture.

La monnaie de la Russie

L’argent ne joue ici qu’un rôle secondaire. Les échanges entre la Russie et l’Afrique ont atteint environ 27 milliards de dollars l’an dernier, contre 348 milliards pour la Chine et 395 milliards pour l’UE. En 2019,  Poutine promettait 40 milliards ; l’objectif n’a jamais été atteint, alors il en a simplement annoncé un nouveau : 50. Ce commerce est en outre presque entièrement à sens unique. Sur ces 27 milliards, l’Afrique a acheté pour 22,7 milliards de produits russes et n’en a vendu à la Russie que pour 4,4 milliards. Pour un agriculteur ou un industriel du textile africain, un tel partenaire n’a pas grand-chose à offrir.

Moscou paie donc dans une autre monnaie : des armes, des instructeurs, de la protection. Elle a déjà signé des accords de coopération militaro-technique avec 45 pays africains. En marge du sommet, l’Éthiopie s’est entendue sur l’achat d’avions de chasse russes. Même le nouveau «dialogue permanent» avec l’Afrique porte sur l’antiterrorisme et la «sécurité de l’information», pas sur le commerce.

Le problème de ce produit, c’est qu’il protège les dirigeants mieux que les pays. Le Sahel, où l’Africa Corps russe soutient trois juntes militaires, compte aujourd’hui parmi les régions les plus meurtrières du continent. Selon Chatham House, la violence extrémiste y faisait en moyenne 927 morts par an entre 2016 et 2019 ; entre 2022 et 2025, plus de dix mille. En avril, des séparatistes touaregs alliés à des groupes liés à Al-Qaïda ont tué le ministre malien de la Défense et chassé les mercenaires russes de Kidal. La ville a été reprise en octobre. L’idée que Moscou garantit la stabilité sera plus difficile à reconquérir.

Ceux qui sont venus, et les autres

Le plus révélateur, à ce sommet, ce sont les absences. Cet été, Sergueï Lavrov s’est rendu en personne à Niamey pour transmettre l’invitation de Poutine aux présidents du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Assimi Goïta a fait le déplacement, ce qui se comprend : sans les militaires russes, son régime aurait eu bien du mal à tenir cette année. Le capitaine Ibrahim Traoré, en revanche, dont le portrait circule sur les réseaux sociaux pro-russes de Dakar à Nairobi, est resté chez lui et s’est fait représenter par son Premier ministre. Rescapé d’au moins cinq tentatives de coup d’État, il avait ses raisons de ne pas quitter Ouagadougou. Reste qu’au Kremlin, on n’a sans doute guère apprécié que l’admirateur le plus célèbre de la Russie en Afrique fasse l’impasse sur son grand rendez-vous africain.

Au total, 21 chefs d’État ont fait le voyage, alors que le Kremlin en avait d’abord annoncé 22. Ils étaient 17 à Saint-Pétersbourg en 2023 et 43 à Sotchi en 2019. Pour un pays sous sanctions, le résultat est honorable. Pour un pays qui se présente comme l’alternative à l’Occident, il est maigre.

La vraie carte : la Libye

Pour savoir où la présence russe en Afrique touche réellement l’Europe, il ne faut regarder ni vers Moscou ni même vers le Sahel, mais vers la Libye. Après la chute d’Assad, la Russie a perdu ses arrières confortables en Syrie et a déplacé son centre de gravité vers l’est libyen, sous l’aile du maréchal Khalifa Haftar. D’après Tearline, un projet de l’Agence nationale de renseignement géospatial américaine, les Russes construisent, financent et font fonctionner des infrastructures sur six bases aériennes libyennes, dont Al-Joufra, Al-Khadim et Brak al-Chati. De là, les avions repartent vers le sud : Mali, Burkina Faso, Centrafrique. Toute la «sécurité sahélienne» que vend Moscou repose, en pratique, sur des pistes libyennes.

En août, le fils du maréchal, Saddam Haftar, était reçu au Kremlin par Vladimir Poutine et le ministre de la Défense, Andreï Belooussov. La suite, le journaliste Sissoko l’a esquissée il y a quelques jours à l’agence italienne Nova : selon lui, Moscou veut couvrir Tobrouk et les bases de Haftar d’un bouclier anti-drones, car elle a besoin de Tobrouk et du ciel au-dessus du flanc sud de l’Otan. Il prend soin de préciser qu’aucun contrat public n’existe et que Rosoboronexport ne divulgue pas ses clients. Mais si ce bouclier voit le jour, l’est libyen dépendra pour des années des techniciens russes. Et la Libye elle-même, prévient Sissoko, risque de passer du statut de pays protégé à celui de cible.

Personne n’a encore vu de missiles pointés de là vers l’Europe, et il ne faut rien exagérer. Il n’empêche : une base russe fortifiée et protégée des drones sur la rive sud de la Méditerranée offre au Kremlin des options dont il se servira au moment de son choix.

Il existe un autre levier, plus discret et peut-être plus dangereux. C’est de Libye que part la route de la Méditerranée centrale vers l’Italie et Malte. Le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner, a ouvertement averti que la Russie pourrait utiliser les migrants comme une arme contre l’Europe. On a déjà vu comment cela fonctionne à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Au sud, le littoral est bien plus long, et l’influence de l’Europe bien plus faible.

Ni panique, ni complaisance

L’Afrique est-elle donc en train de basculer du côté russe ? Je ne le crois pas. Le sommet de Moscou en dit davantage sur l’évolution de la stratégie du Kremlin que sur un éventuel changement de camp du continent. Les gouvernements africains ont appris depuis longtemps à traiter avec tout le monde à la fois : ils empruntent à la Chine, cherchent des débouchés en Europe, achètent des drones à la Turquie, lèvent des fonds dans le Golfe, et obtiennent céréales et protection de la Russie. Le voyage à Moscou n’est qu’une étape parmi d’autres dans cet agenda.

Pour l’Europe, la consolation est mince. Le Kremlin n’a nul besoin de rallier tout le continent. Quelques points d’appui lui suffisent : des voix à l’Onu contre la saisie de ses avoirs, quelques juntes au Sahel, quelques aérodromes et un port en Libye. Cela suffit pour peser à la fois sur le flanc sud de l’Otan et sur la politique migratoire européenne.

Faute de pouvoir rivaliser avec l’Europe en Afrique comme partenaire commercial, la Russie mise sur une monnaie moins coûteuse : la peur. L’Europe peut répondre avec ce qui manque à Moscou, à savoir l’investissement, le commerce et un engagement sérieux en faveur de la réunification de la Libye. Si elle remet encore cela à plus tard, la Méditerranée méridionale pourrait bien devenir un nouveau front, et Bruxelles s’en apercevra trop tard.

* Eudiant-chercheur marocain installé à Rabat. 

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