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13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse »

13. August 2026 um 13:00

Considéré depuis 1956 comme la « Constitution sociale » de la Tunisie, le Code du statut personnel (CSP) a longtemps fait figure de texte avant-gardiste. Mais entre inégalités successorales, dot et statut de chef de famille réservé à l’époux, ses limites sont aujourd’hui pointées du doigt. Khaled Dabbabi, enseignant-chercheur en droit public et en sciences politiques, dresse un constat sans concession et plaide pour un véritable code de la famille. Entretien.

Depuis 2011, plusieurs voix, notamment des juristes, des acteurs de la société civile et des militants, revendiquent une réforme du CSP. Quelles réformes demandent-ils précisément et pourquoi sont-elles jugées nécessaires ?

Le CSP revêt une importance capitale dans l’histoire institutionnelle de l’État tunisien. Il a été adopté puis promulgué en 1956, c’est-à-dire trois ans avant la promulgation de la Constitution de 1959. C’est la raison pour laquelle que le CSP est considéré comme la « Constitution sociale » de la Tunisie.
Dans son contexte historique, le CSP peut être considéré comme un texte avant-gardiste (certains spécialistes l’ont qualifié de véritable « révolution par le droit »). Il a apporté avec lui des mesures innovantes et avant-gardistes pour l’époque et pour l’aire culturelle et civilisationnelle arabo-musulmane, telles que l’abolition de la répudiation et l’exigence du divorce judiciaire, l’exigence d’un âge minimum pour le mariage, l’abolition de la tutelle du père et, surtout, l’interdiction de la polygamie et sa pénalisation.
Par la suite, et par touches successives, ce socle initial a été consolidé par d’autres mesures. Et ce, aussi bien par des textes externes au CSP, telle la loi 58-27 du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption, ou la loi 98-75 du 28 octobre 1998 relative à l’attribution d’un nom patronymique aux enfants abandonnés ou de filiation inconnue; que par la révision du CSP lui-même, dans le but de l’adapter davantage à l’évolution de la famille tunisienne. On peut citer, dans ce contexte, la loi 93-74 du 12 juillet 1993, qui a supprimé le devoir d’obéissance incombant à l’épouse.

Mais alors…?

Pourtant, et malgré tous ces efforts, le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse pour qu’il rime réellement avec le vécu de la famille tunisienne du XXIe siècle, et pour qu’il devienne enfin compatible et conforme aux dispositions constitutionnelles et internationales dûment ratifiées par l’État tunisien en matière d’égalité devant la loi et de non-discrimination.

Le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.

En effet, le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.
Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.
Même dans son style et sa rédaction, ce texte s’apparente davantage à un recueil de fiqh (مدونة فقهية) qu’à un véritable code de droit positif étatique. Même sa dénomination pose problème : le terme « statut personnel » n’est pas un terme juridique ; il est issu du jargon du fiqh et du droit musulman classique.

Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.

Ce référentiel religieux a malheureusement toujours enfermé la question de la famille tunisienne dans un débat purement identitaire et religieux. Alors qu’il s’agit en réalité d’une question de droit objectif, de droits subjectifs, de citoyenneté, d’égalité et de constitutionnalité.
La famille tunisienne mérite désormais un véritable code de la famille, et non un code du statut personnel, qui opère une rupture courageuse, totale et radicale avec cet héritage identitaire archaïque, et au sein duquel toute famille tunisienne, musulmane ou non, puisse s’intégrer. Un code qui oriente enfin le débat vers son champ sémantique naturel, celui des droits et de la légalité constitutionnelle.

Le Parlement, dans sa configuration actuelle, est-il en mesure d’examiner, de débattre et d’adopter des réformes aussi avant-gardistes ?

On sait tous que le Parlement actuel n’est qu’une simple chambre d’enregistrement, au sein d’un régime et d’un système politiques largement inégalitaires qui profitent au chef de l’État et chef de l’exécutif. On a pu observer la très faible qualité du fonctionnement de cette institution. Elle est très mal partie, voire structurellement incapable d’assumer une mission aussi délicate.
Pire encore, on a vu et entendu certains députés inciter au retour de la polygamie et légitimer le viol des femmes. Comme disent les Français : « Qui souffre d’un manque ne peut guère l’offrir ». On ne peut pas demander à ce Parlement, faible, effrité et conservateur, de penser à des réformes aussi audacieuses.

La société tunisienne serait-elle prête à accepter une telle réforme si elle était adoptée, notamment face aux éventuelles résistances des milieux conservateurs ?

Contrairement à ce que l’on croit, la société tunisienne est une société largement conservatrice, qui envisage presque tout sous l’angle de l’identité et de la religion. Certains députés qui se disent de gauche sont contre l’égalité. Certains responsables politiques qui se disent laïcs tiennent des propos radicalement contraires à la laïcité et à la modernité.
La magistrature est également conservatrice ; sa jurisprudence, notamment judiciaire, reste marquée par une tendance largement conservatrice, en particulier en matière de droits et de libertés. Le même constat vaut pour l’administration, et même pour certains universitaires : que dire alors du citoyen ordinaire ?
Toutefois, l’égalité, la modernité et la démocratie ne doivent jamais attendre le changement de cette mentalité dominante. Parfois, pour pouvoir avancer et opérer la rupture épistémologique souhaitée, il faut savoir choquer, ne pas se contenter des perceptions et mentalités dominantes, et aller au-delà pour proposer un nouveau modèle sociétal, moderne, en phase avec le XXIe siècle. Si la mentalité dominante est en retard et reste figée dans des idéaux que l’humanité a dépassés, l’État doit, lui, vivre dans le présent et raisonner pour l’avenir.
René Descartes disait : « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire tout à nouveau ». L’État tunisien est appelé ici à être, à la fois, audacieux et cartésien.

Comment sensibiliser l’opinion publique à l’importance d’une réforme en profondeur du Code du statut personnel ? Un débat sociétal préalable est-il indispensable pour parvenir à un consensus ?

Une loi efficiente et efficace est toujours une loi intériorisée par les citoyens.  On peut rédiger les plus beaux textes : ils resteront lettre morte s’ils ne reflètent pas un certain crédo politique et sociétal ancré dans la société, et une certaine maturité civilisationnelle enracinée.

La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.

J’ai dit que l’État ne doit jamais attendre le changement des mentalités ; mais, au-delà du volet juridique, il doit lui-même œuvrer à ce changement des perceptions archaïques et les éradiquer par d’autres moyens, non juridiques cette fois. C’est-à-dire par une stratégie claire visant une refonte totale et une véritable révolution de notre système éducatif, l’un des maillons les plus faibles du passé comme du présent.
La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant, et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.
Notre système fait sortir des sujets et non des citoyens.

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Fête de la Femme : Tunisie Autoroutes offre un badge de télépéage gratuit

Von: tmps
13. August 2026 um 13:54

La société “Tunisie Autoroutes” a annoncé qu’elle offre, à l’occasion de la fête de la femme, le 13 août 2026, un badge de télépéage gratuit au profit des usagers de la route.

Pour bénéficier de la gratuité du boîtier, les usagers de la route devront simplement s’acquitter des frais de recharge initiale: prix du badge: 0 dinar (au lieu de 30 D) et des frais de recharge obligatoire à partir de 30 D (crédit entièrement utilisable pour les passages), a indiqué la société dans un communiqué publié, jeudi.

L’opération d’achat est disponible ainsi, du 13 au 16 août 2026, dans les 10 points de vente de Tunisie Autoroutes (Béja, El Féja, Sidi Thabet, Menzel Jemil, Morneg, Hergla, Msaken, Sidi Saleh, Agareb et Gabès Nord) ainsi que dans le point de vente du siège de la société (Centre urbain Nord).

L’objectif de cette action est d’assurer un passage rapide tout en gagnant de temps et de permettre aux usagers de la route de voyager avec plus de confort et de sécurité, indique la société.

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Sana Ghenima : « À chaque fois qu’il y a une crise, ce sont les femmes qui sont pénalisées »

13. August 2026 um 10:43

En ce 13 août 2026, à l’occasion de la Journée nationale de la femme, les Tunisiennes s’affirment au fil des ans. D’ailleurs, au-delà de quelques avancées statistiques, cette affirmation se vérifie dans la réalité des carrières, dans la composition des conseils d’administration, dans l’accès aux postes les plus influents et dans la capacité des femmes à exercer pleinement leur autorité. Même si le combat est donc loin d’être terminé : il faut lutter contre les discriminations et amener la société à rompre avec les réflexes qui associent encore trop souvent le pouvoir à la figure masculine.

Mais au-delà de voir tout en rose, il y a des zones grises. Il ne s’agit pas réellement de célébrer les acquis des femmes ou d’évoquer leur amélioration. Le véritable enjeu, c’est avant tout de préserver ce qui existe déjà et, surtout, de mettre fin à la polémique qui resurgit chaque année à cette date, en plein été, autour des menaces supposées d’un retour à la polygamie, sous divers prétextes, nous rappelle Sana Ghenima, présidente de l’Association Femmes et Leadership.

Elle souligne à cet effet que cette menace n’a pas de réalité tangible. « Nous savons pertinemment que le Code du statut personnel (CSP) préserve intégralement les acquis des femmes. Et ce n’est pas seulement la femme tunisienne qu’il faut invoquer, mais bien la société tunisienne dans son ensemble. Dans sa majorité, celle-ci considère ces acquis comme faisant désormais partie intégrante de son ADN. Seule une minorité élève la voix pour un retour en arrière, soixante-dix ans après l’adoption du CSP. »

Lire aussi: 8 août 1956 – 8 août 2026 : qu’est-ce qui a vraiment changé pour la femme tunisienne ?

À ses yeux, il s’agit donc d’un pseudo-débat, d’une menace fantasmée qui sert à détourner l’attention de l’essentiel. « Et cet essentiel, je le résumerais ainsi : il ne concerne pas uniquement les acquis des femmes, mais bien ceux de toute la société tunisienne et de chaque citoyen, en matière de droits fondamentaux, de démocratie et de citoyenneté. C’est cela qui est aujourd’hui menacé, pour tous, hommes comme femmes. »

La priorité, insiste Sana Ghenima, est la libération des prisonniers d’opinion et des prisonniers politiques : Abir Moussi, Chaima Aissa, Saadiya Masbah et bien d’autres… « Jamais, dans l’histoire de la Tunisie, le nombre de femmes incarcérées pour des motifs politiques n’a atteint un tel niveau. Cela démontre clairement que la femme tunisienne ne se définit plus par son statut social ou marital, mais bien en tant que citoyenne à part entière. C’est pourquoi elle est activiste dans la société civile, engagée dans le champ politique; malgré toutes les contraintes et toutes les répressions que subissent les militants. »

Elle précise dans ce contexte : « La liberté pour ces prisonnières que nous connaissons bien est un enjeu majeur. Ces femmes sont des icônes du militantisme. On peut être d’accord ou non avec leurs idéologies, mais ce sont des activistes des droits économiques, politiques et civiques au sens large. »

Dès lors, la priorité n’est pas de distinguer hommes et femmes, ni de concentrer le débat uniquement sur les droits sociaux et économiques. « Certes, il est facile de parler des femmes en milieu rural et de retomber dans les mêmes discours récurrents. Ce n’est pas que cela ne soit pas important, mais c’est qu’il y a, pour le moment, des enjeux plus urgents, qui affectent toute la société, hommes et femmes. »

« Ce qui compte avant tout, c’est de rendre aux femmes tunisiennes, et plus largement à tous les citoyens, leur plein droit d’exercer leurs libertés, d’être protégées, de réviser ou d’abolir une constitution qui ne rime à rien et de revenir au consensus établi par la société tunisienne, avec tous ses courants idéologiques, politiques, économiques, etc.  »
« Il faut revenir aux fondamentaux : garantir les droits, garantir la liberté d’action dans l’espace politique et public. Ensuite seulement, on pourra revenir sur les détails de ce qui est menacé spécifiquement pour les femmes ou pour les hommes. »
 » Ce que je vois, c’est la misère qui s’installe dans le pays, la dégradation des droits fondamentaux les plus élémentaires, comme l’accès aux services publics. On ne parle donc pas de problèmes spécifiques aux femmes, mais bien de ceux qui touchent toute la société tunisienne. »

Elle terminera, comme toujours, par cette phrase de Simone de Beauvoir :  » À chaque fois qu’il y a une crise, ce sont les femmes qui sont pénalisées en premier. » Or, comme nous conjuguons aujourd’hui plusieurs types de crises, ce sont les femmes qui subissent, à la puissance N, l’impact de ces crises.
« Revenons donc aux fondamentaux : instaurer un État de droit tel qu’il se doit, une démocratie telle qu’elle se doit, une liberté telle qu’elle se doit. Ensuite, nous pourrons discuter des spécificités liées aux catégories socioprofessionnelles : femmes, jeunes, personnes handicapées, etc. Mais tant que le socle commun n’existe pas, il est chimérique, selon moi, de parler d’avancée des droits des femmes », conclut-elle.

En somme, tout cela nous amène à dire que l’avenir ne sera véritablement juste que lorsque les femmes n’auront plus à se battre deux fois plus pour prouver qu’elles méritent leur place. Et cet avenir, tôt ou tard, sera féminin.

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13 Août – Nebgha Driss : une trajectoire féminine au cœur de l’économie tunisienne

13. August 2026 um 10:06

À l’occasion du 69eme anniversaire du Code du statut personnel en Tunisie (CSP), le parcours de Nebgha Driss, président-directeur général de la COTUNACE, illustre celui d’une femme tunisienne qui a construit, dans la durée, une carrière au cœur d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.

COTUNACESon parcours professionnel est étroitement lié à celui de la COTUNACE, où Nebgha Driss a consacré près de quatre décennies à l’assurance-crédit. Au fil des années, elle a occupé différentes responsabilités qui lui ont permis d’acquérir une expertise approfondie du métier et une connaissance fine des enjeux auxquels sont confrontées les entreprises tunisiennes.

Avant d’accéder à la fonction de PDG en 2022, Mme Driss a notamment exercé la fonction de directrice centrale technico-commerciale. Cette évolution professionnelle, construite progressivement, témoigne d’un parcours fondé sur l’expertise, l’expérience du terrain et l’engagement.

De ses débuts au sein de la COTUNACE jusqu’aux plus hautes responsabilités, elle a ainsi construit sa légitimité professionnelle à travers une connaissance approfondie de l’assurance-crédit et une capacité à accompagner les évolutions de l’entreprise et de son environnement.

À la tête de la COTUNACE, Nebgha Driss poursuit cette trajectoire dans un contexte économique en pleine transformation, où l’accompagnement des entreprises tunisiennes, la sécurisation de leurs échanges commerciaux et le soutien à leur développement à l’international prennent une importance croissante.

Son parcours témoigne ainsi de l’évolution de la place des femmes tunisiennes dans le monde professionnel et dans les sphères de décision. Il illustre un leadership construit par la compétence, l’expérience, la persévérance et la capacité à prendre des responsabilités.

De l’expertise à la responsabilité, Nebgha Driss incarne une trajectoire de femme tunisienne qui s’est construite au fil des années, au service de son métier, de son institution et de l’économie nationale.

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13 août : Cinq femmes qui ont marqué l’histoire de la Tunisie

13. August 2026 um 08:54

Ce 13 août, la Tunisie célèbre, comme chaque année, la Fête nationale de la Femme, une journée qui rend hommage aux Tunisiennes et à leur contribution à la société, à la culture, à la politique et au développement du pays. Cette date coïncide avec l’anniversaire de la promulgation, en 1956, du Code du statut personnel, texte fondateur qui a profondément transformé le statut juridique et social des femmes tunisiennes.

Mais bien avant cette réforme majeure, et longtemps après, des femmes ont marqué l’histoire de la Tunisie par leur engagement, leur courage et leur capacité à briser les barrières de leur époque. De Aziza Othmana, figure emblématique du XVIIe siècle, aux pionnières de la médecine, du mouvement national, de la politique et de la défense des droits des femmes, leurs parcours racontent aussi une autre histoire de la Tunisie.

À l’occasion de cette journée, retour sur cinq femmes dont les noms restent associés à des étapes importantes de l’histoire tunisienne : Aziza Othmana, Bchira Ben Mrad, Tawhida Ben Cheikh, Habiba Menchari et Radhia Haddad.

Aziza Othmana, une figure de générosité à travers les siècles

Bien avant l’émergence des mouvements féministes et les grandes réformes du XXe siècle, Aziza Othmana avait déjà inscrit son nom dans l’histoire de la Tunisie.

Issue de la dynastie mouradite et connue pour son immense générosité, elle a consacré une partie importante de ses biens à des œuvres de bienfaisance. Son héritage reste notamment associé à l’aide aux plus démunis et au financement d’œuvres sociales et religieuses.

Son nom demeure aujourd’hui profondément ancré dans la mémoire collective tunisienne, notamment à travers l’hôpital Aziza Othmana, l’un des établissements hospitaliers les plus connus de Tunis. Plusieurs siècles après sa disparition, elle reste ainsi l’une des grandes figures féminines de l’histoire du pays.

Bchira Ben Mrad, une pionnière du mouvement féminin

Au XXe siècle, Bchira Ben Mrad s’impose comme l’une des premières grandes figures du militantisme féminin tunisien.

En 1936, elle fonde l’Union musulmane des femmes de Tunisie, l’une des premières organisations féminines du pays. Son engagement dépasse alors la seule question de la condition féminine. Elle œuvre également pour l’éducation des filles et participe à la mobilisation des femmes autour de la cause nationale, à une période où la Tunisie était encore sous protectorat français.

Son parcours symbolise l’entrée progressive des femmes tunisiennes dans l’espace public et leur participation au mouvement national.

Tawhida Ben Cheikh, ouvrir la voie aux femmes dans la médecine

Le nom de Tawhida Ben Cheikh est indissociable de l’histoire de la médecine tunisienne. Première femme médecin tunisienne, elle fait partie de ces pionnières qui ont ouvert aux femmes l’accès à des domaines longtemps réservés aux hommes.

Après ses études de médecine, elle s’engage dans plusieurs spécialités, notamment la pédiatrie et la gynécologie. Elle consacre également une partie importante de son parcours à la santé des femmes et à la planification familiale.

À travers son parcours exceptionnel, Tawhida Ben Cheikh a non seulement marqué l’histoire médicale du pays, mais elle est aussi devenue un symbole de réussite et d’émancipation pour plusieurs générations de Tunisiennes.

Habiba Menchari, une voix féministe avant l’heure

À une époque où la parole des femmes était largement absente du débat public, Habiba Menchari s’est distinguée par des prises de position audacieuses en faveur de l’émancipation féminine.

Au début du XXe siècle, elle participe aux débats sur la place des femmes dans la société et défend leur droit à l’éducation et à une plus grande liberté. Ses interventions, parfois controversées dans le contexte de l’époque, ont contribué à faire émerger une réflexion sur la condition féminine en Tunisie.

Son parcours témoigne de l’existence, bien avant l’indépendance et le Code du statut personnel, de voix tunisiennes qui remettaient déjà en question les normes sociales imposées aux femmes.

Radhia Haddad, de la lutte nationale à la vie politique

Figure du mouvement national puis de la Tunisie indépendante, Radhia Haddad a joué un rôle majeur dans la vie publique.

Elle a notamment présidé l’Union nationale de la femme tunisienne et fait partie des premières Tunisiennes à accéder aux institutions politiques du pays. Son engagement illustre la place progressivement conquise par les femmes dans les sphères de décision après l’indépendance.

Son parcours reste associé à une génération de femmes qui ont accompagné la construction de l’État tunisien moderne tout en défendant une plus grande participation féminine à la vie publique.

Cinq parcours, un héritage commun

Ces cinq femmes n’ont ni vécu à la même époque ni mené les mêmes combats. Aziza Othmana appartient à la Tunisie du XVIIe siècle, tandis que les autres ont marqué, chacune à leur manière, les transformations sociales et politiques des XIXe et XXe siècles.

Pourtant, leurs parcours se rejoignent sur un point essentiel : chacune a laissé une empreinte durable dans son domaine. Par la générosité et la solidarité, l’engagement national, la médecine, la prise de parole féministe, la politique ou la défense des libertés, elles ont contribué à élargir la place des femmes dans l’histoire tunisienne.

En ce 13 août, leur mémoire rappelle ainsi que les acquis dont bénéficient aujourd’hui les Tunisiennes ne sont pas seulement le résultat de réformes institutionnelles. Ils sont aussi l’héritage de femmes qui, à différentes périodes de l’histoire, ont ouvert des voies nouvelles et repoussé les limites imposées par leur époque.

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