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La relance de la Tunisie doit partir des régions : l’exemple du Kef

11. September 2026 um 12:30

Agriculture, industrie, emploi des jeunes et coopération transfrontalière : les leviers d’un développement territorial plus équilibré.

 

La Tunisie ne pourra pas construire une croissance durable et inclusive en concentrant les investissements, les emplois et les services dans quelques pôles économiques. Une véritable politique de relance doit partir des territoires, prendre en compte leurs réalités propres et transformer leurs ressources en opportunités concrètes pour leurs habitants : emplois, revenus, services publics, investissements et perspectives d’avenir.

Le gouvernorat du Kef illustre particulièrement bien ce défi. La région dispose de terres agricoles importantes, de ressources hydriques et minières, d’un patrimoine historique et culturel remarquable, d’espaces naturels préservés, d’une position frontalière stratégique et d’un potentiel humain considérable. Pourtant, ces atouts ne se traduisent pas encore par une dynamique économique à la hauteur de ses potentialités.

Le problème du Kef n’est donc pas l’absence de ressources. Il réside davantage dans leur insuffisante valorisation, la fragilité du tissu industriel, la faiblesse de l’investissement privé, l’insuffisance des infrastructures et le départ d’une partie de la population active vers les grands pôles économiques. Cette situation doit être replacée dans un contexte national marqué par la nécessité de construire une croissance plus inclusive.

Au deuxième trimestre 2026, le PIB tunisien a progressé de 2,3 % sur un an et de 1,4 % par rapport au trimestre précédent. Cette amélioration demeure toutefois insuffisante si la croissance ne s’accompagne pas d’une réduction des disparités territoriales.

Au cours de la même période, le taux de chômage national s’est établi à 14,9 %, avec 622 400 personnes sans emploi. Le chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a atteint 35,4 %. Tandis que celui des diplômés de l’enseignement supérieur s’est élevé à 26,6 %. Ces données sont nationales et ne peuvent être appliquées mécaniquement au gouvernorat du Kef. Elles illustrent néanmoins l’ampleur du défi auquel sont confrontées les régions de l’intérieur.

La question centrale est donc la suivante : comment transformer les ressources du Kef en une véritable dynamique de création de valeur, d’emplois et d’attractivité territoriale ?

 

Le Kef face au défi démographique

La situation démographique du Kef constitue un véritable signal d’alerte. Selon les données régionales de l’Institut national de la statistique, la population du gouvernorat s’élevait à 237 832 habitants au 1er juillet 2024, contre 247 844 habitants en 2023. Cette évolution représente une baisse d’environ 4 % en une année.

Ces chiffres doivent cependant être interprétés avec prudence, compte tenu de l’évolution des bases statistiques à la suite du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024.

L’INS a recensé 11 972 169 habitants en Tunisie en 2024. Alors que l’estimation nationale au 1er janvier 2026 atteignait 11 992 843 habitants.

Derrière ces statistiques se trouvent surtout des parcours humains. Des jeunes quittent Le Kef pour poursuivre leurs études ou chercher un emploi. Des agriculteurs réduisent leurs activités faute de financement, d’équipements ou de débouchés. Des entrepreneurs renoncent à investir en raison des difficultés foncières, administratives, financières ou logistiques.

La baisse démographique ne constitue donc pas seulement un phénomène statistique. Elle traduit également une perte progressive d’attractivité économique et sociale. Lorsqu’un territoire ne parvient plus à offrir suffisamment d’emplois, de services et de perspectives, il voit partir une partie de ses forces vives. À terme, ce phénomène affaiblit la consommation locale, réduit l’investissement, fragilise les services et accélère la perte de compétences. La priorité doit dès lors être claire : créer les conditions permettant aux habitants de rester, mais aussi à ceux qui sont partis de revenir et d’investir dans leur territoire.

 

Transformer les ressources en emplois

L’agriculture demeure l’une des principales bases économiques du Kef. Les céréales, l’élevage, l’oléiculture, les amandiers, les parcours et les ressources forestières constituent des atouts majeurs. Mais produire ne suffit plus. Le véritable enjeu consiste désormais à transformer localement une part beaucoup plus importante de cette production afin de conserver sur le territoire une plus grande partie de la valeur créée.

Le Kef ne doit plus se contenter de produire et d’expédier ses matières premières vers d’autres régions. Il doit développer des chaînes de valeur locales reliant la production, la transformation, le conditionnement, la commercialisation et, lorsque cela est possible, l’exportation.

Plusieurs filières pourraient être structurées autour de cette ambition :

  • le conditionnement et la transformation de l’huile d’olive ;
  • la production de lait, de fromages et de produits laitiers dérivés ;
  • la conservation et la surgélation des fruits et légumes ;
  • la transformation de la tomate et la fabrication de produits alimentaires ;
  • l’abattage, la transformation et le conditionnement des viandes ;
  • la fabrication d’aliments pour bétail ;
  • la valorisation des plantes aromatiques et médicinales ;
  • la transformation du bois d’olivier et des produits forestiers ;
  • la valorisation des ressources naturelles et des matériaux locaux ;
  • le recyclage et la valorisation des déchets.

L’objectif n’est évidemment pas de multiplier les projets de manière dispersée. Il s’agit au contraire de construire des écosystèmes économiques territoriaux cohérents, capables de relier producteurs, transformateurs, entreprises de services, centres de formation, structures de recherche et réseaux de commercialisation.

Une telle démarche permettrait d’améliorer les revenus des producteurs, de créer des emplois non agricoles, de favoriser l’émergence de petites et moyennes entreprises et de renforcer progressivement la base productive du gouvernorat.

La modernisation agricole doit également bénéficier aux petits exploitants. La mutualisation des équipements, le développement de sociétés de services agricoles, l’amélioration de l’accès au financement et le développement de mécanismes adaptés d’assurance agricole constituent des leviers essentiels.

Enfin, l’agriculture doit être beaucoup plus étroitement connectée à la formation professionnelle et à la recherche appliquée. Les établissements universitaires et de formation du Kef peuvent jouer un rôle déterminant dans la gestion de l’eau, l’amélioration des rendements, l’agriculture biologique, l’élevage, la transformation agroalimentaire et l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques.

Une stratégie régionale en cinq priorités

La relance du Kef doit s’inscrire dans une stratégie claire, lisible, réaliste et mesurable. Cinq priorités peuvent constituer le socle de cette stratégie.

  1. Moderniser l’agriculture

La première priorité consiste à améliorer la productivité agricole sans compromettre les ressources naturelles. Cela suppose notamment la réhabilitation des périmètres irrigués, l’entretien des pistes agricoles, une meilleure maîtrise de l’eau et une adaptation progressive des cultures aux effets du changement climatique.

L’agriculture biologique, les produits du terroir et les filières à forte valeur ajoutée peuvent également contribuer à améliorer les revenus des exploitants et à renforcer l’identité économique du territoire. L’enjeu n’est pas simplement de produire davantage, mais de produire mieux, transformer davantage et vendre mieux.

  1. Développer une industrie fondée sur les ressources locales

Le Kef a besoin d’une industrialisation adaptée à ses ressources et à sa position géographique. Les petites et moyennes unités agroalimentaires, les entreprises de transformation, les activités liées aux matériaux, au recyclage et aux services industriels peuvent constituer les bases d’un nouveau tissu productif régional.

La création annoncée d’une zone industrielle de 80 hectares à Sers représente à cet égard une opportunité importante. Sa réussite dépendra toutefois de la disponibilité effective des infrastructures nécessaires : routes, énergie, gaz naturel, télécommunications, gestion des déchets et services d’accompagnement. Une zone industrielle ne doit pas être conçue comme un simple espace foncier. Elle doit proposer aux entreprises un écosystème complet, compétitif et attractif.

  1. Investir dans les compétences

Aucune stratégie de développement régional ne peut réussir sans investissement massif dans les compétences. Les formations proposées doivent être davantage alignées sur les besoins actuels et futurs du territoire : agroalimentaire, maintenance industrielle, irrigation, élevage, logistique, commerce transfrontalier, numérique, tourisme culturel et services.

Les jeunes doivent pouvoir accéder à l’apprentissage, aux stages, aux incubateurs et pépinières d’entreprises, au financement et à un accompagnement entrepreneurial de proximité. L’entrepreneuriat ne doit cependant pas être présenté comme une simple réponse individuelle au chômage. Il doit être construit comme un véritable écosystème régional, associant formation, financement, accompagnement, innovation, réseaux professionnels et accès aux marchés.

  1. Transformer la frontière en opportunité

La proximité de l’Algérie constitue un avantage stratégique encore insuffisamment exploité. La frontière ne devrait pas être considérée uniquement comme une ligne de séparation, mais comme un espace potentiel de circulation, de coopération, d’échanges et d’investissement.

Le Kef pourrait développer davantage les plateformes d’entreposage, les services logistiques, les activités de transit ainsi que les partenariats tuniso-algériens dans l’agroalimentaire, l’artisanat, les services et le tourisme. Une coopération transfrontalière mieux structurée pourrait permettre aux entreprises locales d’élargir leurs marchés, de développer des partenariats et de mieux exploiter la position stratégique du gouvernorat.

  1. Valoriser le patrimoine et le territoire

Le Kef possède un patrimoine historique, culturel et naturel exceptionnel qui peut soutenir un modèle touristique différent du tourisme balnéaire traditionnel. Circuits historiques, randonnée, maisons d’hôtes, gastronomie, artisanat, produits du terroir, patrimoine minier et tourisme de nature peuvent constituer autant de sources de revenus pour les populations locales.

Mais un site historique ou un paysage naturel ne devient une véritable ressource économique que s’il est accessible, entretenu, signalé, sécurisé et intégré dans une offre touristique cohérente. La valorisation du patrimoine doit donc être pensée en réseau plutôt que sous forme de projets isolés.

Un tourisme fondé sur l’identité du territoire

Le développement touristique du Kef doit reposer sur une idée simple : faire du territoire lui-même un produit touristique. Cela implique de mieux articuler patrimoine, nature, artisanat, gastronomie, hébergement rural, randonnée, thermalisme et mémoire industrielle.

 

« Un village, un produit »

Le développement du concept « Un village, un produit » pourrait constituer l’un des instruments de cette stratégie. Chaque territoire pourrait progressivement construire une identité économique autour d’un ou de plusieurs produits emblématiques : artisanat, produits du terroir, huiles essentielles, plantes aromatiques et médicinales, savons naturels, miel biologique, bois d’olivier, tissage ou sculpture sur pierre.

Cette démarche pourrait s’appuyer sur les familles et les populations locales qui développent des gîtes ruraux, en intégrant à ces structures des activités artisanales, des démonstrations de savoir-faire et des espaces de commercialisation des produits locaux. La création de villages d’artisanat spécialisés permettrait également de renforcer la visibilité des productions locales et de créer de nouveaux pôles d’attraction.

Plusieurs localités pourraient jouer un rôle particulier :

Nebeur, située à proximité du barrage Mellègue, pourrait devenir un point d’appui pour la randonnée, le tourisme rural, les produits du terroir et les activités liées aux plantes aromatiques.

Sakiet Sidi Youssef, en raison de sa position frontalière et de sa proximité avec les massifs forestiers, pourrait renforcer sa vocation de carrefour commercial, artisanal et touristique entre la Tunisie et l’Algérie.

Touiref, implantée au cœur d’un espace forestier, pourrait devenir un relais majeur des circuits de randonnée et de découverte de la forêt, tout en développant des activités liées au bois, aux plantes aromatiques et à la distillation.

Kalaât Snène, porte d’accès à la Table de Jugurtha, pourrait développer une offre artisanale spécifique autour du tissage traditionnel, de la sculpture sur pierre et de la valorisation des savoir-faire locaux.

 

Préserver et valoriser la mémoire du territoire

La richesse naturelle et historique du Kef justifie également la création de nouveaux équipements culturels capables de préserver et de transmettre la mémoire du territoire. Des écomusées à Touiref et à Nebeur pourraient ainsi être envisagés afin de documenter la faune, la flore, les paysages et les savoir-faire liés aux ressources naturelles.

Ces structures pourraient également devenir des lieux de sensibilisation, de recherche et d’interprétation, tout en constituant des étapes des circuits de tourisme écologique et de randonnée.

À Djérissa, la création d’un musée d’archéologie minière à ciel ouvert permettrait de préserver la mémoire d’une activité qui a profondément marqué l’histoire économique et sociale de la région. L’inventaire des vestiges, leur documentation, leur conservation et leur intégration dans un parcours d’interprétation permettraient de transformer ce patrimoine industriel en un véritable produit culturel et touristique.

Le thermalisme : une ressource encore sous-exploitée

Le potentiel thermal du gouvernorat constitue également une opportunité de diversification touristique.

Hammam Mellègue

Situé à proximité du Kef, Hammam Mellègue dispose d’un patrimoine thermal et historique remarquable. Les vestiges d’anciens thermes témoignent de l’ancienneté de l’exploitation des eaux du site. La source, dont la température est d’environ 45 °C, bénéficie d’une fréquentation importante et d’une réputation ancienne auprès des curistes.

Le développement du site pourrait s’appuyer sur un projet intégré associant :

  • la valorisation du patrimoine thermal antique ;
  • la modernisation des infrastructures d’accueil ;
  • la création d’un établissement thermal répondant aux standards contemporains ;
  • le développement d’activités de bien-être et de remise en forme ;
  • l’intégration du site dans les circuits de tourisme thermal, culturel et naturel.

Une expertise scientifique et médicale devrait naturellement déterminer les propriétés et les indications thérapeutiques reconnues des eaux avant toute communication à caractère médical.

Hammam Bazez

Hammam Bazez constitue également une ressource susceptible d’être valorisée dans le cadre d’une stratégie de tourisme thermal et rural. Le site demeure cependant insuffisamment aménagé et nécessite, en préalable à tout investissement, une étude technique, hydrogéologique, sanitaire et environnementale permettant d’évaluer précisément le potentiel de la source. À terme, le site pourrait être intégré à une offre associant thermalisme, bien-être, tourisme rural et découverte des espaces naturels.

Valoriser le patrimoine archéologique et culturel

Le Kef dispose d’un patrimoine archéologique particulièrement riche, mais encore insuffisamment intégré dans une stratégie touristique globale.

La création de musées archéologiques au Kef et à Dahmani permettrait de mieux conserver et présenter la mémoire historique des villes et de leurs territoires.

À Dahmani, des possibilités pourraient être étudiées autour du site de Mdeina ou du site mégalithique d’Ellès, en fonction des études scientifiques et de faisabilité. Parallèlement, un effort doit être consacré à l’inventaire, à la documentation et à la mise en valeur des sites archéologiques.

Les sites déjà identifiés, notamment le site archéologique de Sidi Zin et les grottes de Sidi Mansour, pourraient progressivement être intégrés à des circuits touristiques thématiques.

La médina du Kef doit également occuper une place centrale dans cette stratégie. Sa valorisation passe par l’animation culturelle, la création de circuits thématiques, la valorisation de l’artisanat, la réhabilitation du bâti patrimonial et le développement de parcours d’interprétation.

La médina de Dahmani pourrait, elle aussi, faire l’objet d’un programme spécifique de réhabilitation et de mise en valeur. L’objectif est de passer d’un patrimoine simplement conservé à un patrimoine vivant, accessible, animé et créateur de valeur.

Les conditions de réussite : un véritable écosystème territorial

La réussite de cette stratégie suppose toutefois plusieurs mesures d’accompagnement.

Le premier chantier concerne le cadre réglementaire. Il convient d’examiner les contraintes qui limitent actuellement l’installation de gîtes ruraux et d’activités touristiques complémentaires dans les espaces agricoles ou à proximité des espaces forestiers, tout en préservant les équilibres environnementaux et fonciers.

Le deuxième chantier concerne les mécanismes d’incitation. La création et la réhabilitation de gîtes ruraux, les projets portés par les populations locales, les activités artisanales et la transformation des produits du terroir doivent pouvoir bénéficier de dispositifs d’accompagnement adaptés.

Le troisième chantier concerne les infrastructures touristiques douces, notamment les pistes pédestres et équestres permettant de relier les différents sites naturels, culturels et touristiques.

Une étude exploratoire pourrait identifier les tracés, les niveaux de difficulté, les points d’intérêt, les équipements nécessaires et les conditions de sécurisation des parcours. L’objectif est de créer progressivement un réseau territorial cohérent, dans lequel chaque site renforce l’attractivité des autres.

Commencer par les régions, revenir vers les habitants

La véritable rupture doit être à la fois institutionnelle et méthodologique.

Les politiques régionales ne doivent plus être conçues exclusivement depuis la capitale avant d’être ensuite déclinées dans les territoires. Elles doivent être élaborées avec les territoires et à partir de leurs réalités.

Agriculteurs, entreprises, municipalités, universitaires, associations, entrepreneurs et habitants doivent être associés à la définition des priorités.

Commencer par les régions signifie d’abord écouter leurs besoins réels.

Revenir vers elles signifie ensuite garantir des résultats visibles : des emplois créés, des entreprises implantées, des investissements réalisés, des services améliorés, des productions transformées localement et des jeunes accompagnés.

Pour Le Kef, cette stratégie pourrait être évaluée à partir d’indicateurs simples et régulièrement suivis :

  • nombre d’emplois créés ;
  • volume des investissements privés réalisés ;
  • nombre d’entreprises implantées ;
  • volume des produits agricoles transformés localement ;
  • nombre de jeunes formés et accompagnés ;
  • évolution des exportations régionales ;
  • amélioration des infrastructures ;
  • amélioration de la couverture numérique ;
  • fréquentation touristique ;
  • nombre de projets touristiques et artisanaux créés ;
  • évolution de l’attractivité démographique du territoire.

Ces indicateurs permettraient de passer d’une logique de projets dispersés à une véritable politique de résultats territoriaux.

Faire du Kef un laboratoire du développement régional

La relance de la Tunisie ne pourra être durable si elle laisse une partie de ses régions à l’écart.

La croissance ne doit pas être mesurée uniquement à travers l’évolution du PIB national. Elle doit également être appréciée à travers la capacité de chaque territoire à créer de la richesse, générer des emplois, retenir ses jeunes, attirer des investissements et offrir des perspectives d’avenir à ses habitants.

Le Kef possède les ressources nécessaires pour devenir un laboratoire d’une nouvelle politique régionale.

Son avenir peut s’appuyer sur cinq leviers complémentaires : la modernisation de l’agriculture, la transformation locale des ressources, une industrialisation adaptée au territoire, l’investissement dans les compétences et la valorisation de son patrimoine naturel, culturel et historique.

À ces leviers s’ajoute un avantage stratégique majeur : sa position frontalière, qui peut être transformée en espace de coopération économique avec l’Algérie.

Mais la région ne demande pas seulement de nouveaux projets. Elle a besoin d’une vision, d’une coordination, d’une gouvernance territoriale efficace et d’un engagement durable.

Le défi est donc de passer d’une politique qui consiste à apporter ponctuellement des projets aux régions à une politique qui fait des régions elles-mêmes les moteurs de leur développement.

Le Kef peut être l’un des territoires où cette nouvelle approche prend forme.

La relance de la Tunisie doit partir des régions. Et si elle doit commencer quelque part, Le Kef peut être l’un des territoires qui montrent la voie.

 

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Haythem Ayachi

Enseignant/chercheur

Institut supérieur de la comptabilité et d’administration des entreprises (ISCAE)

Université de La Manouba

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Tribune de Ferid Belhaj : « Recentrer l’ONU sur la paix grâce à l’article 99 »

01. September 2026 um 10:11

À l’heure où les Nations unies s’apprêtent à élire leur nouveau Secrétaire général, une tribune de l’ancien vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord Ferid Belhaj met l’accent sur l’importance d’opérer un recentrage stratégique : confier le développement aux acteurs les mieux outillés et faire de la paix, via l’article 99 de la Charte, la priorité absolue de l’institution.

L’idée est claire : recentrer l’action du Secrétaire général sur son rôle premier de prévention et de résolution des conflits, en s’appuyant sur la prérogative exceptionnelle de l’article 99, qui lui permet d’attirer l’attention du Conseil de sécurité sur toute menace à la paix et à la sécurité internationales. 

Dans cette note de politique publique, Ferid Belhaj soutient que l’Organisation des Nations unies s’est progressivement éloignée de sa mission centrale en accumulant un nombre croissant de responsabilités. Développement durable, changement climatique, santé, migrations, gouvernance numérique, financement, égalité entre les sexes et systèmes alimentaires : autant de domaines désormais associés à l’action du Secrétaire général. Ces enjeux sont essentiels, mais l’élargissement continu de l’agenda onusien aurait créé une forme d’ « inflation des missions » , caractérisée par la multiplication des priorités, des mécanismes de coordination, des sommets et des déclarations, sans que l’organisation dispose des moyens nécessaires pour obtenir des résultats concrets.

Lire aussi : Ferid Belhaj : “La souveraineté du XXIe siècle se mesure à la capacité d’un pays à organiser ses interdépendances”

Ferid Belhaj estime que le prochain Secrétaire général devrait donc renoncer à devenir le responsable de toutes les grandes questions mondiales. Il devrait plutôt recentrer son action sur les domaines dans lesquels l’ONU possède une véritable légitimité et des compétences difficilement remplaçables : la diplomatie préventive, la médiation, la sécurité collective et la préservation de la paix internationale.

Cette proposition repose sur un retour à l’architecture multilatérale conçue après la Seconde Guerre mondiale. Les accords de Dumbarton Oaks, de Bretton Woods et de San Francisco avaient établi un système décentralisé, dans lequel chaque institution devrait disposer d’un mandat, d’instruments et d’une expertise spécifiques. Le Fonds monétaire international devait assurer la coopération monétaire et répondre aux crises de balance des paiements. La Banque mondiale devait financer la reconstruction puis le développement. Les agences spécialisées, telles que l’Organisation internationale du travail, la FAO, l’UNESCO ou l’Organisation mondiale de la santé, devaient exercer leurs propres responsabilités techniques et conserver leurs structures de gouvernance.

Dans ce dispositif, le Secrétariat de l’ONU n’était pas conçu comme le gouvernement administratif de la planète. Le poste de Secrétaire général devait être avant tout politique, à la croisée de la diplomatie, du jugement et de la légitimité internationale. La Charte des Nations unies accorde d’ailleurs une place prioritaire à la paix et à la sécurité. Le Conseil de sécurité en assume la responsabilité principale, tandis que l’article 99 donne au Secrétaire général le pouvoir d’attirer l’attention du Conseil sur toute situation susceptible de menacer la paix internationale.

Ferid Belhaj souligne que cette logique de spécialisation fonctionnelle a progressivement été affaiblie. La décolonisation, les revendications du dialogue Nord-Sud, les crises humanitaires et l’optimisme multilatéral qui a suivi la fin de la guerre froide ont conduit l’ONU à élargir son rôle. Le Secrétaire général est devenu la figure publique d’un agenda mondial de plus en plus vaste. Les réformes du système de développement des Nations unies, notamment celle de 2018, ont renforcé la coordination depuis le centre, avec des coordonnateurs résidents davantage rattachés au Secrétaire général et une planification plus intégrée des équipes présentes dans les différents pays.

Cette réforme visait à remédier à la fragmentation du système. Le Groupe des Nations unies pour le développement durable rassemble aujourd’hui 37 agences, fonds et programmes opérant à travers 130 équipes de pays dans plus de 160 pays et territoires. Cependant, cette centralisation aurait également renforcé une tendance consistant à répondre au chevauchement des mandats par la création de nouveaux mécanismes de coordination, plutôt que par une définition plus précise des responsabilités

Ferid Belhaj distingue ainsi la “dérive des missions” de l’ “inflation des missions”. La première désigne l’extension progressive d’une organisation au-delà de son mandat initial. La seconde est plus profonde : les objectifs se multiplient plus vite que les pouvoirs et les instruments nécessaires pour les atteindre. L’organisation devient alors politiquement responsable de résultats qu’elle ne peut pas réellement produire. L’écart entre les promesses et les capacités risque ainsi d’affaiblir sa crédibilité.

Les Objectifs du millénaire pour le développement et les Objectifs de développement durable illustrent cette évolution. Les huit Objectifs du millénaire avaient permis de concentrer et de rendre lisible l’agenda du développement. Leur mise en œuvre reposait toutefois sur une division claire des tâches : les gouvernements adoptaient les réformes, les banques de développement finançaient les investissements, les agences spécialisées apportaient leur expertise et les donateurs bilatéraux fournissaient des subventions.

Avec les Objectifs de développement durable, l’ambition s’est considérablement élargie : 17 objectifs, 169 cibles et plus de 200 indicateurs couvrent presque tous les aspects des politiques économiques, sociales et environnementales. Cette démarche a constitué une réussite politique, mais elle a aussi rendu la priorisation plus difficile. Aucun acteur ne possède l’autorité ou les ressources nécessaires pour diriger la mise en œuvre d’un programme aussi vaste. La coordination est donc devenue une activité administrative lourde, mobilisant des plans intégrés, des mécanismes interagences, des examens nationaux et des procédures de suivi.

Pour l’auteur, le principal problème est que le Secrétariat acquiert des responsabilités sans disposer du contrôle correspondant. Le développement dépend en réalité des décisions des États, des investissements des entreprises, du financement des infrastructures, de la stabilité macroéconomique et du fonctionnement des services publics. L’ONU peut mobiliser, réunir les acteurs et donner une légitimité politique, mais elle ne doit pas confondre cette capacité d’influence avec les instruments opérationnels qui produisent effectivement les résultats.

Le coût de cette inflation des missions est d’autant plus important que la ressource la plus rare du Secrétaire général n’est pas seulement l’argent, mais aussi l’attention. Chaque nouvelle priorité réduit le temps et le capital politique disponibles pour les crises qui exigent une intervention diplomatique urgente.

Ferid Belhaj propose donc plusieurs orientations. La première consiste à replacer la paix et la sécurité au centre de l’action du Secrétaire général, en utilisant davantage l’article 99 et en développant une doctrine d’engagement politique précoce. La deuxième serait d’appliquer un « test de subsidiarité  à chaque nouvelle initiative » : une autre institution dispose-t-elle déjà du mandat et des instruments nécessaires ? L’intervention du Secrétariat apporterait-elle une véritable valeur ajoutée politique ? Que pourrait-il cesser de faire pour préserver ses capacités ?

La Banque mondiale et les banques régionales devraient diriger les dossiers nécessitant des financements et des investissements. Le FMI devrait rester l’acteur principal en matière de stabilité macroéconomique, de dette et de coopération monétaire. Les agences spécialisées devraient exercer leur leadership technique. Tandis que les gouvernements devraient rester responsables de la mise en œuvre nationale. Le Secrétariat pourrait continuer à réunir ces acteurs lorsqu’un obstacle politique l’exige, mais il devrait cesser de vouloir devenir leur centre opérationnel.

Enfin, l’ancien vice-président de la Banque mondiale préconise la suppression régulière des mandats devenus inutiles, la limitation des obligations de rapport et l’instauration de dates d’expiration pour les groupes d’experts et les envoyés spéciaux. La retenue ne serait pas un recul, mais une forme de puissance institutionnelle. Le prochain Secrétaire général devrait être jugé moins sur le nombre d’initiatives lancées que sur les crises désamorcées, les canaux de dialogue préservés et les guerres évitées.

La thèse finale est claire : une ONU qui entreprend moins de tâches, mais qui se montre indispensable dans les domaines qu’elle seule peut véritablement assumer, pourrait contribuer à rendre le multilatéralisme à nouveau crédible.

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Quand les grands projets redessinent le Maroc

17. August 2026 um 12:35
À Tanger, les porte-conteneurs se succèdent. Entre les grandes villes, les trains filent à grande vitesse. À Ouarzazate, le soleil produit de l’électricité. Et partout, routes, barrages et stations de dessalement modifient peu à peu le paysage. Derrière ces transformations,…

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