La facture énergétique pénalisera l’économie
Donald Trump a ordonné un blocus naval du détroit d’Ormuz, dimanche 12 avril, ce qui réduira les espoirs d’une fin rapide du conflit au Moyen-Orient et intensifiera l’affrontement avec l’Iran qui a déjà déclenché l’un des pires chocs énergétiques de l’histoire. Le blocus entrera en vigueur, ce lundi 13 avril, ciblant les navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports et des zones côtières iraniens, y compris ceux du golfe Arabique et du golfe d’Oman.
Le prix du pétrole brut a bondi dès la reprise des échanges ce lundi, alors que les investisseurs s’efforçaient d’intégrer une nouvelle compression de l’offre du golfe Persique. A la rédaction de ces lignes, le Brent a dépassé les 100 dollars.
Approfondissement du choc pétrolier
Avant les frappes initiales des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026, 20 % du pétrole mondial transitait par le détroit d’Ormuz. Ce flux s’est depuis réduit à un filet, bouleversant les chaînes d’approvisionnement en pétrole, engrais et biens industriels. Un blocus total resserrerait encore davantage l’étau.
Les prix des matières premières comme les engrais et l’hélium devraient continuer à grimper, attisant une inflation déjà en accélération. La semaine dernière, les responsables du FMI et de la Banque mondiale ont indiqué qu’ils réviseraient à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale et à la hausse leurs projections d’inflation, avertissant que les marchés émergents seraient les plus durement touchés.
Pourtant, la réaction des prix a, jusqu’à présent, été modérée, et la croissance économique pourrait s’avérer plus résiliente que redouté. L’économie mondiale est moins dépendante du pétrole qu’autrefois, la consommation de pétrole par unité de PIB nécessitant désormais environ 40 % d’un baril, contre un baril complet au début des années 1970. L’éolien, le solaire et le nucléaire ont également diversifié le mix énergétique d’une manière qui n’existait pas il y a cinq décennies. Mais si le conflit s’intensifie encore, il est tout à fait possible que l’impact énergétique de cette crise commence à produire un choc négatif aussi important que celui de la crise des années 1970.
La Chine dans le viseur
Le blocus risque également d’entraîner la deuxième économie mondiale dans la confrontation. La Chine reste le plus grand acheteur de pétrole iranien et a continué à recevoir des cargaisons via le détroit depuis le début de la guerre. Une interdiction générale des pétroliers transportant du brut iranien menace de couper cet approvisionnement, ravivant potentiellement les tensions américano-chinoises avant le voyage prévu de Trump en Chine en mai prochain.
L’administration américaine a également menacé d’imposer un tarif supplémentaire de 50 % sur la Chine si Pékin fournissait des équipements de défense avancés à Téhéran. Des pays comme l’Inde et le Pakistan, qui ont négocié des arrangements de passage sûr avec l’Iran, pourraient également se retrouver pris dans le conflit.
Et la Tunisie dans tout cela ?
Pour nous, le canal de transmission le plus immédiat est celui des subventions énergétiques. Comme chaque dollar d’augmentation du prix moyen annuel du baril coûte 164 millions de dinars (MDT) supplémentaires, les niveaux de cours actuels posent un défi majeur aux finances publiques. La facture des subventions risque de s’envoler de centaines de millions de dinars, pouvant se rapprocher des 10 milliards de dinars en cas d’escalade prolongée.
Par ailleurs, l’inflation pourrait grimper sous l’effet de la hausse des prix du transport et des matières premières importées, rognant d’autant le pouvoir d’achat des ménages tunisiens.
Au-delà de l’énergie, c’est l’ensemble de l’économie tunisienne qui se trouve fragilisée. Les prévisions de croissance pour 2026 sont mécaniquement revues à la baisse. Les chaînes d’approvisionnement sont également affectées. Les coûts de fret explosent et les primes d’assurance maritime ont fortement augmenté, pénalisant particulièrement les PME dépendantes des échanges internationaux.
Enfin, le secteur touristique, vital pour le pays, redoute un reflux des visiteurs européens qui s’inquiètent de toute la région, tandis que les transferts des Tunisiens résidant dans les pays du Golfe pourraient diminuer, privant la Tunisie d’une précieuse source de devises.
A suivre de près.
L’article La facture énergétique pénalisera l’économie est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.