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Sally Glamping, un projet d’écotourisme à Kef Abed (Bizerte)

18. September 2026 um 13:31

Faire du tourisme un levier de transition écologique et de développement local, tout en réduisant l’empreinte environnementale des structures d’accueil et en valorisant les ressources du territoire. Tel est l’objectif de Sally Glamping, un projet d’écotourisme situé à Kef Abed, sur la côte du gouvernorat de Bizerte, soutenu dans le cadre des programmes financés par l’Union européenne (UE) en faveur de l’entrepreneuriat vert en Tunisie.

L’initiative est présentée par la Délégation de l’UE en Tunisie, qui cite Sally Glamping comme un exemple de la rencontre entre entrepreneuriat féminin et transition écologique.

Porté par l’entrepreneuse tunisienne Wiem Tlich, le projet propose un modèle touristique ancré dans le territoire, intégrant la construction écologique, l’économie circulaire ainsi que la réduction et la meilleure gestion des déchets au sein de l’activité d’accueil.

Situé face à la mer à Kef Abed, l’établissement propose des hébergements en cabanes, des espaces de loisirs sur la plage, des activités en pleine nature et un service de restauration, avec pour ambition d’allier tourisme expérientiel et utilisation plus responsable des ressources locales.

Sally Glamping a bénéficié du programme «Women Go Green #2», mis en œuvre par RedStart Tunisie avec le soutien de Greenov’i et destiné aux femmes développant des entreprises dans les secteurs de l’économie verte, bleue et circulaire. L’initiative vise notamment à renforcer les compétences entrepreneuriales, à faciliter l’accès aux financements et aux marchés, et à développer des réseaux locaux pour soutenir l’éco-entrepreneuriat.

Des modèles de consommation plus durables

Selon la fiche officielle de Greenov’i, le programme Women Go Green #2 a une durée de 24 mois à compter de septembre 2024, un budget global d’environ 440 000 euros et une contribution de Greenov’i s’élevant à un peu plus de 392 000 euros. Le programme prévoit un accompagnement technique et financier pour cent éco-entrepreneures, réparties en quatre cohortes, ainsi que l’octroi de 48 prêts d’honneur.

Women Go Green #2 s’inscrit dans le cadre du projet plus vaste Greenov’i, financé par l’UE et mis en œuvre par Expertise France. Lancé en 2023 et prévu jusqu’en 2028 avec une dotation globale de 12 millions d’euros, Greenov’i soutient en Tunisie des entreprises et des acteurs opérant notamment dans les secteurs de l’innovation, de l’économie circulaire, du tourisme durable et de l’artisanat, dans le but de favoriser des modèles de production et de consommation plus durables. Le programme est mis en œuvre en collaboration avec le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (Citet), le ministère de l’Environnement et celui de l’Économie et de la Planification.

I. B. (avec Ansamed).

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Tunisie | Des journalistes visés par des campagnes d’incitation à la haine

18. September 2026 um 12:58

Plus de vingt campagnes d’incitation à la haine, de diffamation et de dénigrement visant des journalistes ont été recensées en Tunisie depuis le début de l’année 2026, a indiqué le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), annonçant son intention de déposer une série de plaintes, dès la semaine prochaine, contre des pages sur les réseaux sociaux et les personnes impliquées dans ces campagnes. (Photo : Manifesttation de journalistes à Tunis pour la défense de la liberté de la presse).

Selon le syndicat, les campagnes documentées incluent des atteintes à la réputation et à la vie privée, la remise en cause du professionnalisme et de la crédibilité des journalistes, la diffusion d’informations qualifiées de trompeuses, des discours de haine ainsi que des formes d’incitation directe qui, soutient le SNJT, peuvent également exposer à des risques les familles des professionnels de l’information.

Le syndicat affirme avoir procédé, dans la plupart des cas, à des vérifications et à la collecte des contenus publiés, des sources associées et d’autres éléments utiles, et indique être en train de finaliser les dossiers destinés à la justice. Parallèlement, une liste documentée des administrateurs des pages concernées et des personnes ayant participé à ces campagnes sera établie. Il appartiendra à la justice de qualifier pénalement les faits et d’établir les responsabilités.

Le SNJT précise qu’il considère le droit à la critique et la liberté d’expression comme des principes fondamentaux et reconnaît le droit de contester l’action des médias et des journalistes. Toutefois, le syndicat souligne que la critique ne saurait se transformer en atteintes à la vie privée, en diffamation ou en incitation à la haine contre des personnes. La responsabilité professionnelle des journalistes, ajoute-t-il, doit s’exercer par le biais du droit de réponse et de rectification, de la critique professionnelle et des mécanismes prévus par la loi.

Selon le SNJT, certaines des campagnes observées auraient en outre pris un caractère systématique, créant un climat de pression et de stigmatisation qui, dans plusieurs cas, aurait précédé des poursuites judiciaires, des arrestations ou des procès.

Le syndicat a récemment dénoncé une nouvelle fois la détérioration des conditions d’exercice de la profession. Cette nouvelle dénonciation intervient quelques jours après la mobilisation organisée par le SNJT en faveur des journalistes détenus, parmi lesquels figurent Mourad Zeghidi, Borhen Bsaïes, Zied El Heni et Mohamed Yousfi — rédacteur en chef du site d’investigation Alqatiba, arrêté début septembre.

I. B.

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Le commandant de la Sixième flotte des États-Unis reçu à Tunis

18. September 2026 um 12:36

Le ministre de la Défense, Khaled Sehili, a reçu à Tunis le vice-amiral Jeffrey Anderson, le commandant des forces navales américaines pour l’Europe et l’Afrique et le commandant de la Sixième flotte des États-Unis, en visite dans le pays à l’occasion de l’exercice naval multinational Phoenix Express 26, qui se déroule, du 6 au 18 septembre dans les eaux tunisiennes. L’ambassadeur des États-Unis et le chef d’état-major de la Marine tunisienne ont également pris part à cette réunion, qui s’est tenue mercredi 16 septembre 2026 au siège du ministère.

M. Sehili a souligné le niveau atteint par la coopération militaire entre la Tunisie et les États-Unis, laquelle englobe le soutien logistique et technique, le renforcement des capacités opérationnelles, la formation, l’échange d’expériences et les exercices conjoints, indique un communiqué du ministère.

Le ministre a cité, parmi les priorités, le développement accru de la collaboration en matière de réponse aux menaces maritimes, de renseignement et de renforcement des capacités ainsi que de la préparation opérationnelle de la Marine tunisienne, notamment face au terrorisme, à la criminalité organisée transfrontalière, à la traite des êtres humains, à la contrebande et au trafic de stupéfiants, précise la note.

Selon le ministère de la Défense, Tunis vise également à renforcer son rôle de plateforme régionale pour la formation militaire, notamment par le biais du Centre d’excellence des forces spéciales navales.

La nouvelle édition de Phoenix Express, a affirmé M. Sehili, démontre la capacité de la Tunisie à accueillir et à diriger des activités militaires multinationales ainsi qu’à développer l’interopérabilité entre sa propre marine et celles des pays partenaires.

De son côté, M. Anderson a confirmé l’engagement américain à poursuivre la coopération et le soutien aux capacités navales tunisiennes. «Le vice-amiral a assisté à une démonstration des forces maritimes combinées participant à l’exercice de cette année ; il a ainsi pu constater directement comment l’exercice Phoenix Express renforce la coopération et l’expertise en matière d’opérations de sécurité maritime dans le sud de la Méditerranée», a rapporté l’ambassade des Etats-Unis à Tunis sur sa page Facebook. Et d’ajouter : «Des événements tels que celui d’aujourd’hui témoignent de l’engagement commun de la Tunisie, des États-Unis et de nos partenaires régionaux et européens en faveur d’une Méditerranée sûre et stable.»

L’exercice Phoenix Express est organisé en collaboration avec le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom).

Le ministère avait annoncé la participation d’environ 400 militaires et observateurs issus de 13 pays : Tunisie, Algérie, Libye, Maroc, Égypte, Turquie, Malte, Italie, France, Espagne, Belgique, Géorgie et États-Unis. Les activités comprennent l’entraînement à l’interdiction maritime et à l’inspection des navires, le renseignement naval, l’utilisation de bâtiments de surface sans équipage, le soutien sanitaire ainsi que la lutte contre les menaces chimiques et biologiques.

L’Italie participe à la phase en mer avec le patrouilleur hauturier Vega, qui a navigué en formation en Méditerranée aux côtés du patrouilleur tunisien Sophonisbe, de la frégate turque Gaziantep, du navire français Achéron, de la frégate marocaine Mohammed V et de la frégate algérienne Erradii.

I. B. (avec Andamed)

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Football – Tunisie | Les joueurs convoqués par Mouine Chaâbani

18. September 2026 um 11:59

Le sélectionneur de l’équipe nationale de football, Mouine Chaâbani, a dévoilé ce vendredi 18 septembre 2026 la liste des joueurs convoqués pour les prochains rendez-vous de la Tunisie. Les Aigles de Carthage affronteront l’Ouganda et le Botswana dans le cadre des qualifications à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), avant de disputer un match amical face au Mali.

Ce sera le premier contact du nouvel entraîneur avec les joueurs trois mois après les lourdes défaites qu’ils ont subies lors de la dernière Coupe du Monde aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada.

Les joueurs, qui ont beaucoup déçu leurs supporters, ont une occasion pour se racheter et, surtout, pour redorer leur propre image qui a beaucoup été ternie par leurs lourdes défaites face à la Suède (1-5), les Pays-Bas (1-3) et le Japon (0-4).    

Gardiens : Aymen Dahmen; Moheb Chammakh; Sabri Ben Hassen.

Défenseurs : Yan Valery ; Moataz Nafati; Adam Arous; Mohamed Nasraoui; Montassar Talbi; Ala Ghram; Amine Ben Hamida; Amine Cherni; Ali Maaloul.

Milieux : Ellyes Skhiri; Ferjani Sassi; Hamza Rafia; Sami Chouchane; Mohamed Ali Ben Romdhane; Anis Ben Slimane; Ismaël Gharbi.

Attaquants : Khalil Ayari ; Seifallah Letaief; Elias Achouri; Sebastian Tounekti; Rayen Loumi; Hamza Mastouri; Sadok Kadida.

Il convient cependant de préciser que le milieu de terrain international et capitaine de la sélection tunisienne, Elyes Skhiri, a adressé à la Fédération tunisienne de football (FTF) une demande pour ne pas être convoqué en équipe nationale.

I. B.

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L’Allemand Knauf étend ses activités à Tataouine

18. September 2026 um 11:20

Le groupe allemand Knauf prévoit d’investir 70 millions de dinars en Tunisie pour la réalisation d’une unité industrielle d’extraction et de transformation du gypse dans la région de Tataouine. Ce projet en attente depuis 2012 pourrait enfin entrer dans une phase de concrétisation, rapporte l’agence Tap.

Knauf est un groupe international spécialisé dans les matériaux de construction, notamment ceux à base de gypse. le groupe s’est installé sur le marché tunisien en 2004 grâce au rachat de la société «Les Plâtres Tunisiens» située à Meknassi (gouvernorat de Sidi Bouzid). Cette plateforme centrale gère les activités commerciales du groupe pour l’ensemble du Maghreb et du continent africain. Mais ce dernier cherche à diversifier sa gamme de produits et à développer ses investissements dans la région.  

Le gouverneur de Tataouine, Amir Gabsi, a présidé jeudi 17 septembre 2026 une séance de travail consacrée à ce dossier, en présence des représentants des services régionaux concernés et du groupe Knauf. La réunion avait pour objectif d’accélérer les procédures, de résoudre les difficultés et de relancer un projet resté en suspens pendant plusieurs années.

La question foncière demeure au cœur des obstacles à surmonter. Les modalités juridiques relatives à l’exploitation du terrain n’ayant pas encore été définitivement arrêtées, le gouverneur a appelé les parties concernées à accélérer les démarches administratives nécessaires à la réalisation du projet.

Les différents services régionaux ont, pour leur part, exprimé leur disponibilité à accompagner l’investisseur jusqu’à l’entrée en exploitation de l’unité et à intervenir pour résoudre les difficultés susceptibles de se présenter au cours des différentes étapes du projet.

La séance a également permis de présenter les avantages fiscaux et financiers dont pourrait bénéficier le projet dans le cadre des dispositifs d’encouragement à l’investissement.

Le directeur administratif et financier de la filiale tunisienne de Knauf a, de son côté, salué la mobilisation des autorités régionales, estimant qu’elle avait «ravivé l’espoir» de voir le projet aboutir après plusieurs années d’attente.

Selon le responsable, la réalisation de cette unité pourrait également ouvrir la voie à d’autres investissements du groupe dans la région.

Le projet devrait, par ailleurs, contribuer à la création d’un nombre important d’emplois directs, avec la mise en place de programmes de formation adaptés aux besoins du secteur.

I. B. (avec Tap).

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Sommes-nous prêts pour affronter les répercussions de l’IA ?

18. September 2026 um 09:42

En affirmant que les gouvernements mondiaux ne sont pas prêts à affronter les répercussions de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi, la santé et l’éducation, Bill Gates a posé un diagnostic lucide mais incomplet. Pour les pays émergents, la vulnérabilité ne vient pas de la vitesse de la technologie, mais de l’archaïsme des modes de décision publique. Face à ce choc de rationalité, la réponse ne viendra ni de la panique réglementaire ni du mimétisme législatif, meublé de commissions théoriciennes, mais d’un basculement résolu vers l’ingénierie d’exécution et la souveraineté par la donnée.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Le réflexe des bureaucraties traditionnelles face aux ruptures technologiques est immuable : créer des comités d’éthique, rédiger des chartes d’usage et multiplier les séminaires sur la gouvernance. Cette agitation institutionnelle masque mal une impuissance structurelle. Réglementer l’IA sans posséder la moindre infrastructure de calcul locale, ni maîtriser l’hébergement de ses propres données massives, revient à administrer sa propre dépendance vis-à-vis des géants du secteur.

L’avertissement de Bill Gates prend une résonance particulière dans un contexte où les modèles propriétaires occidentaux et chinois s’affrontent pour le contrôle des flux d’information. Si la Tunisie se contente d’importer des cadres réglementaires préconçus, elle s’interdit toute marge de manœuvre stratégique. La véritable souveraineté numérique ne s’édicte pas par décret ; elle se bâtit par l’alignement des systèmes d’information nationaux sur des architectures souveraines, l’exploitation de modèles ouverts réentraînés localement et l’intégration de la preuve chiffrée dans la décision publique.

La fin du monopole technocratique

Comme nous le soulignions récemment, la véritable menace que représente l’IA partagée pour les gouvernances vieillissantes ne réside pas dans les failles de cybersécurité, que l’ingénierie sait parfaitement cloisonner. Elle réside dans la fin de l’asymétrie d’information. Historiquement, les structures d’autorité ont fondé leur hégémonie sur la rétention des données, l’opacité des arbitrages et le poids du statut.

L’accès généralisé à la puissance analytique vient désintégrer ce modèle vertical. Dès lors qu’un cadre bancaire, un chercheur ou un citoyen peut vérifier la cohérence d’un budget public, auditer un choix d’investissement ou modéliser l’impact d’une réforme, le discours d’autorité s’effondre. L’IA impose l’objectivité là où régnait la gestion statutaire. Cette démocratisation cognitive effraie les technocraties parce qu’elle exige d’elles une justification constante par les résultats et la performance réelle.

L’épreuve du terrain : ancrer l’expertise dans les territoires

    Pour éviter que les bénéfices de l’IA ne deviennent le privilège exclusif des états-majors de la capitale ou des grands groupes financiers, l’effort doit se porter sur le terrain régional. Dans des gouvernorats stratégiques comme Médenine et Tataouine, l’IA ne doit pas être perçue comme une curiosité théorique, mais comme un outil opérationnel pour optimiser la gestion de la ressource hydrique, modéliser les flux logistiques de la zone franche de Ben Guerdane ou anticiper le déploiement des grands projets d’énergies renouvelables.

    De même, dans les régions industrielles et agricoles du centre et du sud-ouest, à l’instar de Gafsa ou de Kasserine, la modélisation analytique permet de diagnostiquer objectivement la rentabilité des chaînes de valeur locales, d’anticiper la maintenance des infrastructures d’extraction et de rationaliser l’allocation des fonds de développement régional. En confiant cette capacité d’analyse directement aux acteurs territoriaux, l’État transforme le dialogue régional en une dynamique de projets audités, mesurables et souverains.

    Il est temps de dépasser la peur de l’obsolescence et le confort des gouvernances transitoires. L’avenir n’appartient pas aux administrations qui cherchent à freiner la transition par la bureaucratie, mais à celles qui embrassent la transparence des données, la rigueur de la preuve et l’exigence de l’exécution.

    * Ingénieur informatique, cadre de banque publique.

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    L’autoroute Donald J. Trump, colonne vertébrale du Sahara occidental

    18. September 2026 um 08:57

    «La voie express Tiznit-Dakhla a été baptisée Autoroute Donald J. Trump», l’annonce a été faite par Maghreb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse officielle marocaine, quand elle a rendu publique une lettre envoyée par le roi Mohammed VI le 2 juillet 2026 au président américain pour annoncer sa décision. Le souverain y souligne vouloir ainsi remercier M. Trump pour sa «reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara qui restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains. En hommage à ce témoignage d’amitié et de paix, j’ai pris la décision de baptiser l’une des infrastructures routières les plus importantes du royaume du nom d’Autoroute Donald J. Trump». L’ouvrage s’étend sur 1055 kilomètres, ce qui en fait la plus longue infrastructure routière d’Afrique. Suffisant pour satisfaire la folie de grandeur du président américain.

    Imed Bahri

    Il convient de rappeler qu’en décembre 2020, Trump avait apporté son soutien à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham.

    Le magazine américain Politico a publié une enquête de Memphis Barker intitulée «L’avenir du Sahara occidental passe par l’autoroute Donald J. Trump», une voie de 1 055 kilomètres qui semble jouer un rôle inhabituel dans la stratégie du président pour le Moyen-Orient. Pour le Royaume chérifien, cette autoroute au nom du président américain qui a reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental est une illustration de la domination exercée sur ce territoire et du bras de fer que le royaume est en train de remporter à l’international concernant cet épineux dossier. 

    Cette voie, anciennement connue sous le nom de Route Nationale 1, est la plus longue du Maroc et d’Afrique. Elle a été rebaptisée en l’honneur de Trump par le roi Mohammed VI, en signe de reconnaissance au président américain qui a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en 2020.

    Lors de son voyage sur cette route, qui porte encore son nom d’origine, l’autoroute Tiznit-Dakhla, dont la première phase débute dans la région de Guelmim-Oued Noun, le journaliste américain n’a remarqué ni le nom de Trump ni un drapeau américain. «Oui, j’en ai entendu parler dans les journaux», a déclaré le propriétaire d’un café routier où s’arrêtent les camions. Un autre homme, Ibrahim, a grommelé : «C’est la politique».

    Barker indique que parmi tous les hôtels, lieux de divertissement et cryptomonnaies portant le nom de Donald J. Trump, aucun n’égale cette autoroute en termes d’importance géopolitique. 

    Derrière le discours flatteur se cache un rêve plus grand

    En 2015, le roi Mohammed VI annonçait son projet de construction d’une autoroute plus longue que toutes celles existantes dans le pays. Il affirmait que cette voie renforcerait la position du Sahara comme pôle économique et reconnecterait le Maroc à ses racines africaines mais elle poursuivait également un objectif plus ambitieux.

    Dans le cadre du «Plan de développement des régions du Sud», nom officiel donné par le régime au Sahara occidental, le roi a présenté un plan visant à consolider le contrôle marocain sur le territoire. Il a également promis de construire des ports, de lancer des programmes de protection sociale et d’intégrer les Sahraouis au tissu social marocain.

    Politico ajoute que derrière ce discours flatteur pour les Nations Unies se cache un rêve plus grand. Depuis que la France et l’Espagne ont abandonné leurs protectorats marocains dans les années 1950, la dynastie alaouite au pouvoir, dont le roi Mohammed VI est le vingt-troisième monarque, a une priorité : la reconquête du Sahara occidental.

    La région est riche en ressources naturelles, du phosphate aux poissons mais cette volonté de reconquête du Sahara occidental trouve son origine dans le sentiment que les colonisateurs européens, en se retirant, ont tracé arbitrairement les frontières du Maroc, les jugeant trop étroites pour un pays dont la domination s’étendait autrefois au sud (à travers le Mali, la Mauritanie et le Sénégal) et à l’est (à travers des parties de l’Algérie actuelle).

    Dans son discours de 2015 commémorant le 40e anniversaire de la Marche Verte, lors de laquelle 350 000 personnes ont franchi la frontière pour se réfugier au Sahara occidental et ont contraint l’Espagne, qui contrôlait le territoire depuis longtemps, à accélérer son retrait, le roi Mohammed VI a déclaré : «J’ai décidé de consacrer tous les moyens disponibles à la restauration de l’intégrité territoriale du Royaume». Grâce à ces dépenses massives, totalisant environ 8 milliards de dollars, il espère surmonter le principal obstacle qui freine encore l’expansion du Maroc à savoir la réticence du peuple sahraoui à rejoindre le Maroc.

    Le Sahara occidental gardé par 100 000 soldats marocains

    La région est le théâtre d’une guerre intermittente menée par le Maroc contre le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du territoire. Les affrontements militaires se déroulent généralement à l’abri des regards, derrière une digue de sable de trois mètres de haut qui traverse le désert. Construite dans les années 1980 et toujours gardée par 100 000 soldats marocains, cette zone est l’une des plus minées au monde.

    Dans sa lettre à Trump confirmant le nouveau nom de l’autoroute, le roi Mohammed VI a exprimé sa profonde gratitude. Il a écrit que la décision du président en 2020 de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental «restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains». En retour, le roi a normalisé les relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, une mesure controversée dans un pays où la population soutient fortement la cause palestinienne. Cependant, cette initiative s’est avérée bien plus fructueuse.

    Avant l’intervention de Trump, la question de la souveraineté définitive sur le Sahara occidental restait en suspens sous l’égide des Nations Unies, qui avaient tenté, sans succès, de réunir les conditions d’un référendum après avoir négocié un cessez-le-feu en 1991. Suite à la reconnaissance de Trump, la situation a commencé à évoluer en faveur du Maroc. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne soutiennent désormais le projet du roi d’accorder «l’autonomie» au Sahara occidental sous son autorité. La plupart des États africains et arabes ont déjà donné leur accord.

    En baptisant la route du nom de Trump, le roi a rappelé aux derniers opposants, notamment le Front Polisario et ses alliés algériens, le soutien de la Maison-Blanche à la revendication de souveraineté du Maroc. Le président américain a écrit sur Truth Social : «J’espère emprunter un jour cette grande route et j’espère bientôt!».

    Politico a également indiqué que le Maroc interdisait depuis des années l’accès au Sahara occidental aux journalistes étrangers non accompagnés. En mai 2025, deux journalistes italiens, déguisés en touristes, ont été arrêtés à l’entrée de Laâyoune, capitale administrative de la région, puis conduits vers le nord et expulsés. Un journaliste espagnol avait subi le même sort quelques semaines auparavant.

    Pourtant, les autorités marocaines ont récemment commencé à inviter des personnalités politiques occidentales à visiter la ville et la compagnie aérienne low-cost Ryanair propose désormais des «aventures marocaines» à Dakhla, la péninsule située à l’extrémité sud de l’Autoroute Donald Trump, qui se positionne comme une destination prisée des kitesurfeurs. À la surprise générale des Sahraouis, le réalisateur britannico-américain Christopher Nolan y a tourné des scènes de son film ‘‘Odyssey’’.

    Une atmosphère pesante dans les «territoires du Sud»

    Depuis des décennies, le gouvernement attire les Marocains vers le sud grâce à des impôts plus bas, des salaires plus élevés, des subventions sur l’alimentation et le carburant, et la promesse d’un meilleur niveau de vie. On estime aujourd’hui que la majorité des quelque 600 000 habitants de la région sont originaires du nord. Cela suffirait, si le droit de vote à un éventuel référendum était étendu aux personnes arrivées après 1974, comme le souhaite Rabat, afin de faire basculer le vote en sa faveur.

    Memphis Barker a constaté une atmosphère pesante à Laâyoune, malgré les affirmations du gouvernement selon lesquelles tous ces investissements portent leurs fruits, même si les «territoires du Sud» ne représentent qu’un faible pourcentage de l’économie globale, estimé à environ 4% du PIB. Ce pourcentage est toutefois en augmentation, la région de Laâyoune a enregistré la plus forte croissance économique parmi les régions du pays en 2024, 7,4 %, selon les chiffres officiels. Elle affiche également le taux de pauvreté le plus bas du Maroc.

    Le PIB par habitant s’élève à 74 000 dirhams (7900 dollars américains), soit plus de deux fois et demie celui de la région de Marrakech, qui attire chaque année un grand nombre de touristes. Les critiques soulignent que plus d’un tiers de cette somme est alloué aux forces de sécurité. Bien que l’on dise généralement que les Sahraouis qui se sont retirés de la vie politique ne subissent aucune discrimination sur le marché du travail, beaucoup peinent encore à trouver un emploi.

    Le chômage dans la région a atteint 22% en 2024, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale de 13%. Un Sahraoui a déclaré : «C’est une farce. Ils construisent tout ça mais nous n’en profitons pas. Ni du phosphate ni du poisson ni des tomates».

    Dans le nord du pays, certains Marocains se demandent si toutes ces dépenses consacrées aux régions du sud n’ont pas contribué au désespoir qui s’est emparé d’autres parties du pays, poussant de nombreux jeunes à traverser la frontière à la nage pour rejoindre Ceuta.

    Le mouvement indépendantiste du Sahara s’essouffle

    Concrètement, le mouvement indépendantiste du Sahara occidental s’essouffle. En 2010, Rabat a écrasé le dernier grand défi à son autorité : un immense campement de protestation rassemblant 20 000 personnes aux abords de Laâyoune. Ses leaders étudiants sont désormais emprisonnés. Il ne reste du mouvement de protestation populaire dans la ville que des graffitis effacés à la hâte –«Libérez les prisonniers»– et de brefs rassemblements menés par des femmes, comme les chants qui ont suivi l’élimination du Maroc de la Coupe du monde en juillet.

    Militairement, le Front Polisario est lui aussi en perte de vitesse. Il est impuissant face aux drones marocains, qui anéantissent facilement les combattants qui sillonnaient les dunes à bord de Land Cruisers équipés de lance-roquettes.

    Le 28 juillet, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc, Richard Duke Buchan, fut l’un des premiers hauts responsables américains à fouler le sol de Laâyoune. Sur sa plateforme X, il publia une photo de lui devant le grand et impeccable McDonald’s de la ville, accompagnée du message suivant : «Des tajines du désert aux doubles hamburgers américains, Laâyoune a tout pour plaire». Il conclut sa publication par : «Sahara marocain, j’adore !».

    À terme, Rabat espère obtenir davantage –peut-être un consulat américain à part entière à Laâyoune– mais surtout, la poursuite du dialogue diplomatique pour résoudre le conflit persistant concernant le statut contesté du Sahara occidental.

    Riccardo Fabiani, directeur pour l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, affirme que le projet de rattachement du Sahara occidental accapare «80 à 90 % de l’attention de tous les ministères» et que les pressions américaines détermineront la suite des événements étant donné que Washington est le principal interlocuteur sur la question du Sahara occidental aux Nations Unies et le renouvellement du mandat de la mission, prévu le 31 octobre, pourrait mettre un terme définitif à cette opération de maintien de la paix vieille de 35 ans.

    Massad Boulos, envoyé spécial du président Trump pour les affaires arabes et africaines, mène des négociations directes et rares, entre l’Algérie, le Maroc et le Front Polisario. Il pourrait exercer une pression accrue sur les opposants à Rabat pour qu’ils acceptent le plan d’autonomie du roi, allant jusqu’à menacer de désigner le Front comme organisation terroriste, l’excluant ainsi de facto du processus de négociation. Il pourrait même relancer la demande du Maroc d’un vote sur le statut du Sahara occidental à l’AG de l’Onu, un vote que des années d’efforts diplomatiques ont déjà assuré au Maroc une victoire probable. Le mois dernier encore, la Colombie a déclaré son soutien total à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

    En 2021, Rabat a poussé 8 000 migrants à travers la frontière vers Ceuta pour protester contre la prise en charge médicale par l’Espagne de Brahim Ghali, le dirigeant de 76 ans du Front Polisario. Politico indique que le dernier afflux datant de cet été, bien plus important, semble être spontané cependant, la décision du Maroc de ne pas entraver le passage des migrants suggère une volonté de satisfaire et de plaire à la Maison-Blanche qui considère le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez comme l’incarnation de tous les maux de l’Europe : partialité anti-israélienne, soutien à l’immigration et insuffisance des dépenses de défense.

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    Phosphate | Washington lorgne le Maroc et la Tunisie

    18. September 2026 um 07:52

    Géopolitique des ressources, souveraineté alimentaire et occasion stratégique pour la Tunisie… Notre phosphate intéresse Washington. Celui des Marocains aussi. Mais derrière cette attention américaine se cache une question autrement plus importante pour notre pays : comment une richesse minière nationale, longtemps présentée comme un pilier de l’économie, pourrait-elle devenir un atout stratégique dans la nouvelle guerre mondiale des engrais et de la sécurité alimentaire ? Et surtout, la Tunisie saura-t-elle transformer ses réserves et ses capacités industrielles en véritable influence économique, plutôt que de rester un fournisseur fragilisé par ses propres blocages ?

    Moktar Lamari *

    L’analyse publiée par le Washington Institute for Near East Policy, sous le titre «The Phosphate Pivot : Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security» («Le pivot du phosphate : pourquoi le Maroc et la Tunisie sont importants pour la sécurité alimentaire des États-Unis»), place les deux pays du Maghreb au cœur d’une réflexion stratégique américaine.

    Un signal qui mérite une attention particulière à Tunis, où le phosphate demeure une ressource économique et industrielle majeure, mais dont le potentiel est régulièrement entravé par les difficultés de production, de transport et de gouvernance.

    La Chine ferme le robinet : l’Amérique découvre la fragilité de sa souveraineté alimentaire

    Premier transformateur mondial d’engrais, la Chine a fortement réduit ses exportations de phosphates en mars 2025. Selon le think tank américain, les exportations seraient passées de 950 000 tonnes à seulement 13 000 tonnes en un seul mois. L’institut rappelle également que Pékin a officialisé, en décembre, la suspension des exportations jusqu’en août 2026.

    Dans le même temps, les prix du phosphate diammonique (DAP), l’un des engrais phosphatés les plus couramment utilisés, ont bondi de 28 % en un an. Les auteurs de l’analyse, Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi, décrivent les conséquences pour l’agriculture américaine : «Les agriculteurs américains, qui se préparaient aux semis de printemps, ont été confrontés à une pénurie d’approvisionnement et à l’absence d’alternative fiable en perspective.»

    Washington a alors découvert une réalité peu confortable : la sécurité alimentaire des États-Unis pouvait être exposée aux décisions d’une puissance considérée comme rivale. Le phosphate a ainsi été ajouté à la liste américaine des minerais critiques pour 2025.

    Mais une inscription sur une liste ne produit ni engrais ni récoltes. Elle ne construit pas d’usines, ne sécurise pas les ports et ne garantit pas les livraisons aux agriculteurs. La vraie question est donc celle de l’approvisionnement : où trouver des sources fiables, diversifiées et politiquement sécurisées de phosphate ?

    Les auteurs résument leur approche en ces termes : «La solution ne réside pas dans le remplacement d’une dépendance par une autre, mais dans la mise en place d’un réseau diversifié de fournisseurs fiables, de capacités de production redondantes et de partenariats industriels politiquement alignés.»

    Et c’est précisément ici que la Tunisie devrait commencer à regarder les cartes géopolitiques avec davantage d’attention.

    Le Maroc : une puissance phosphatière que Washington ne peut ignorer

    Avec environ 70 % des réserves mondiales connues de phosphate, le Maroc constitue le premier maillon évident de la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements. À travers le groupe OCP, le Royaume a développé d’importantes capacités de raffinage, de transformation et de production d’engrais. Il investit également dans les chaînes d’approvisionnement africaines et dans des partenariats technologiques liés à l’agriculture.

    L’intérêt américain pour le Maroc ne relève donc pas seulement de ses réserves minières. Il repose aussi sur sa capacité à transformer la matière première, à développer une industrie des engrais et à s’insérer dans des réseaux commerciaux et technologiques internationaux.

    Les États-Unis possèdent eux-mêmes des gisements de phosphate, notamment en Floride, dans l’Idaho et en Caroline du Nord. Toutefois, leur production nationale connaît un déclin structurel depuis plusieurs décennies. Selon les auteurs, «les réserves américaines ne représentent qu’une fraction de celles du Maroc, et les coûts d’extraction augmentent».

    Pour Washington, le Maroc offre ainsi une combinaison de ressources naturelles, de capacités industrielles et d’alignement géopolitique.

    Le Royaume est présenté comme le plus ancien allié africain des États-Unis, une relation formalisée par le Traité d’amitié de 1786, toujours en vigueur. Ce partenariat a été renforcé en 2004, lorsque le Maroc a été désigné comme Allié majeur non membre de l’Otan, reconnaissant son rôle de partenaire de sécurité et de porte d’entrée entre l’Afrique, l’Europe et le monde atlantique.

    Les auteurs soulignent également les liens économiques étroits du Maroc avec l’Europe et les États-Unis. Dans leur lecture, le Royaume représente un pilier de stabilité, de modération et d’engagement transatlantique dans une région méditerranéenne de plus en plus soumise à la compétition géopolitique et aux influences extérieures.

    Leur conclusion est explicite : tout effort sérieux visant à construire une infrastructure robuste d’approvisionnement en engrais, compatible avec les intérêts occidentaux en matière de sécurité des chaînes d’approvisionnement au Maghreb, doit commencer par le Maroc. Le Royaume dispose déjà d’une position dominante dans l’économie mondiale du phosphate.

    Et la Tunisie dans tout cela ? Le second nœud que Washington ne peut négliger

    C’est à ce moment précis que l’analyse devient particulièrement intéressante pour les Tunisiens.

    Car le Maroc, malgré sa puissance phosphatière, ne peut à lui seul garantir la résilience à long terme de l’approvisionnement occidental en engrais. Les auteurs estiment que sa domination rend justement nécessaire la création d’un second nœud d’approvisionnement. Et ce second nœud, selon eux, pourrait être la Tunisie.

    La formule mérite d’être soulignée : la Tunisie ne serait pas simplement un concurrent du Maroc, mais un complément logique dans une architecture régionale de sécurisation des engrais.

    Pourquoi ? Parce qu’une chaîne d’approvisionnement concentrée dans un seul pays, même performant et allié, présente une fragilité intrinsèque. Une panne industrielle, une crise politique, un problème logistique, un conflit social ou une perturbation des exportations peut rapidement affecter l’ensemble du système.

    La diversification devient donc une exigence stratégique. Et c’est précisément ce qui redonne à la Tunisie une place potentiellement importante.

    Le pays possède une longue expérience de l’exploitation et de la transformation du phosphate. Son secteur a historiquement contribué aux exportations, à l’activité industrielle et aux recettes économiques. Pourtant, ses capacités restent exposées à des difficultés récurrentes : perturbations de la production, tensions sociales, contraintes logistiques et fragilités de la gouvernance industrielle.

    Le paradoxe tunisien est brutal : une ressource qui pourrait contribuer à renforcer la souveraineté économique et l’influence internationale du pays devient aussi le miroir de ses insuffisances productives et institutionnelles.

    Alors que les États-Unis cherchent à réduire leur vulnérabilité face à la Chine, la Tunisie devrait se demander comment réduire ses propres vulnérabilités : celles qui empêchent de produire régulièrement, de transporter efficacement et de valoriser davantage le phosphate.

    Le phosphate tunisien : une occasion stratégique, pas une simple mine à exploiter

    L’analyse américaine ne dit pas que la Tunisie dispose déjà des mêmes capacités que le Maroc. Elle met plutôt en évidence la complémentarité potentielle des deux pays dans un système d’approvisionnement plus diversifié.

    Pour la Tunisie, cette perspective ouvre plusieurs questions industrielles et économiques.

    Comment renforcer la fiabilité de la production ? Comment améliorer les infrastructures de transport et d’exportation ? Comment développer davantage la transformation locale et les engrais à plus forte valeur ajoutée ? Comment attirer des partenariats industriels et technologiques capables d’inscrire le phosphate tunisien dans des chaînes de valeur internationales plus solides ?

    Ces questions sont d’autant plus importantes que la sécurité alimentaire ne dépend pas seulement des terres agricoles ou de la disponibilité de l’eau. Elle dépend aussi de l’accès aux engrais, dont le phosphate constitue un élément essentiel.

    Pour les États-Unis, la sécurisation des approvisionnements est devenue une question de souveraineté stratégique. Pour la Tunisie, elle pourrait devenir une occasion de repenser son propre modèle industriel.

    Mais une occasion ne se transforme pas automatiquement en résultat. Elle exige des infrastructures, des investissements, une gouvernance prévisible, des capacités productives et une stratégie de long terme.

    Le Maroc a engagé une stratégie combinant extraction, industrie et géopolitique. Les auteurs soulignent notamment le rôle de ses infrastructures tournées vers l’Atlantique, dont le complexe portuaire de Tanger Med, qui contribue à relier l’Europe, l’Afrique et les grandes routes commerciales maritimes mondiales.

    La Tunisie, de son côté, doit réfléchir à la manière dont elle peut valoriser ses propres atouts géographiques, industriels et portuaires pour renforcer son intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales.

    Washington cherche la sécurité alimentaire. Tunis doit chercher la stratégie industrielle.

    Le message du Washington Institute est finalement plus large qu’une simple analyse des réserves de phosphate. Il décrit une transformation de la géopolitique des matières premières : les minerais essentiels, les engrais et les infrastructures industrielles deviennent des instruments de résilience économique et de sécurité nationale.

    La Chine a rappelé aux États-Unis les risques d’une dépendance excessive. Le Maroc apparaît comme un fournisseur stratégique disposant d’une position dominante. La Tunisie est identifiée comme un complément possible, capable de contribuer à la diversification de l’approvisionnement.

    Mais pour que cette reconnaissance se transforme en bénéfice concret, la Tunisie devra dépasser la logique de la ressource extraite et vendue. Elle devra renforcer la transformation industrielle, la fiabilité de la production et la capacité à nouer des partenariats durables.

    Le phosphate tunisien intéresse Washington parce qu’il peut contribuer à résoudre un problème américain. La question est désormais de savoir si Tunis saura utiliser cet intérêt pour résoudre ses propres problèmes économiques.

    Sinon, le phosphate restera une richesse géologique à la merci des blocages terrestres, tandis que d’autres pays transformeront la géologie en puissance industrielle, commerciale et géopolitique.

    * Economiste universitaire.

    Source : Washington Institute for Near East Policy, «The Phosphate Pivot: Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security», auteurs Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi.

    Blog de l’auteur : E4T.

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