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Une première en Méditerranée : la Tunisie lance à Djerba un bateau 100 % solaire

27. Juni 2026 um 13:10

La Tunisie franchit un cap majeur dans la transition énergétique et la protection des écosystèmes marins. Le 29 juin 2026, à Ajim sur l’île de Djerba, le WWF Afrique du Nord organisera une démonstration inédite : la première sortie en mer d’un petit bateau de pêche entièrement propulsé par un système électrique alimenté par énergie solaire.

Cette initiative s’inscrit dans un projet plus large intitulé « Décarboner la petite pêche en Tunisie : promouvoir les énergies propres pour des communautés côtières durables », financé par le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) du Royaume-Uni. Elle vise à accélérer l’adoption de solutions énergétiques propres dans le secteur de la pêche artisanale, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en améliorant les conditions de vie des pêcheurs.

La démonstration mettra en œuvre un dispositif intégré combinant trois éléments clés : un moteur de propulsion électrique adapté à la pêche côtière artisanale, une batterie rechargeable assurant l’autonomie des sorties en mer, et une station de recharge photovoltaïque alimentée par énergie solaire. Cette dernière sera mise à disposition des Groupements de Développement de la Pêche de Ghannouch (gouvernorat de Gabès) et d’Ajim (gouvernorat de Médenine).

Ajim a été choisie pour accueillir cette première expérimentation en raison de la vitalité de sa communauté de pêcheurs, de l’engagement des acteurs locaux dans la transition énergétique et d’un potentiel solaire particulièrement élevé.

Une avancée inédite pour la pêche artisanale tunisienne

Il s’agit de la première démonstration opérationnelle en Tunisie d’un système de propulsion électrique solaire appliqué à un bateau de pêche artisanale. Une innovation qui apporte la preuve concrète qu’une alternative fiable, durable et économiquement viable aux moteurs thermiques traditionnels est désormais possible.

Au-delà de la dimension nationale, ce projet place la Tunisie parmi les pays pionniers en Méditerranée dans la décarbonation de la petite pêche. Il ouvre la voie à de nouvelles approches conciliant protection des milieux marins, lutte contre le changement climatique et développement d’une économie bleue durable.

Les retombées attendues sont importantes. Sur le plan économique, la réduction des dépenses liées au carburant constitue un levier direct d’amélioration des revenus des pêcheurs. Sur le plan environnemental, le projet contribuera à la diminution des émissions de CO₂, à l’amélioration de la qualité de l’air dans les zones côtières et à la réduction de la pollution marine liée aux hydrocarbures.

Il permettra également de limiter les nuisances sonores sous-marines générées par les moteurs thermiques, un facteur souvent négligé mais crucial pour les écosystèmes marins. Enfin, l’initiative devrait renforcer la résilience économique des communautés côtières et offrir un modèle reproductible à l’échelle nationale et méditerranéenne.

Une étape structurante pour la transition énergétique du secteur

Déployé sur douze mois dans le golfe de Gabès, le projet vise à démontrer la viabilité technique et économique des technologies propres dans la pêche artisanale. Il ambitionne également de développer des mécanismes de financement innovants pour faciliter leur diffusion à plus grande échelle.

Parmi les principaux résultats attendus figurent l’équipement de huit embarcations de pêche avec des systèmes de propulsion électrique solaire, le renforcement des capacités de plus d’une centaine de pêcheurs et d’acteurs institutionnels, ainsi que la production d’études techniques et économiques accompagnées de recommandations politiques pour soutenir la stratégie nationale de transition énergétique du secteur.

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Les mariages mixtes en Tunisie joignent les deux rives de la Méditerranée

27. Juni 2026 um 12:19

En Tunisie, les mariages mixtes n’effacent pas l’identité du pays ; au contraire, ils en révèlent la nature profonde : plurielle, littorale, fluide et façonnée par des siècles d’échanges. La Tunisie est arabe et nord-africaine, mais aussi méditerranéenne ; elle est ancrée dans son histoire nationale tout en restant constamment ouverte à la mer, à la diaspora, à la France, à l’Italie, à l’Europe et à l’Afrique subsaharienne.

Paolo Paluzzi

Il existe une Tunisie qu’un Européen reconnaît instantanément, mais qui, simultanément, défie toute classification simpliste. C’est la Tunisie des cafés de Sidi Bou Saïd, des maisons blanches de La Marsa, des rues paisibles de Carthage et des écoles multilingues où les enfants passent du français à l’arabe tunisien, de l’anglais au «tounsi», avec une aisance naturelle ; ce que les adultes pourraient percevoir comme un choix délibéré, les enfants le vivent tout simplement comme leur quotidien.

Dans ces quartiers de la capitale et du littoral, les mariages mixtes ne sont plus une anomalie suscitant la curiosité ; ils sont devenus une présence familière, souvent discrète, mais bien visible. On y trouve des Tunisiens rentrant au pays avec un conjoint étranger après des années d’études ou de travail en France, en Italie ou au Canada ; des enfants de la diaspora revenant à Tunis avec des familles déjà binationales ; ainsi que des couples ayant vécu en Europe mais ayant choisi la Tunisie pour leur carrière, leurs racines familiales, leur qualité de vie ou, tout simplement, pour un lien affectif profond avec cette région méditerranéenne.

Ni figée dans la tradition ni totalement occidentalisée

Pour ceux qui arrivent d’outre-mer, ces familles révèlent un pays bien plus complexe que ne le suggèrent les stéréotypes. Il ne s’agit ni d’une Tunisie figée dans la tradition ni d’une société totalement occidentalisée, mais plutôt d’un espace intermédiaire où les identités interagissent au quotidien.

La langue parlée à la maison, la scolarité des enfants, les fêtes religieuses, les relations avec les grands-parents, la cuisine, les démarches administratives et même la manière de se présenter aux autres : tout cela participe à un équilibre qui se construit au fil du temps.

Le couscous du vendredi peut côtoyer un dessert français ou italien. L’Aïd peut devenir une fête inclusive où une grand-mère européenne apprend à préparer des briks et une famille tunisienne découvre une nouvelle façon d’être ensemble.

Les enfants grandissent en détenant deux passeports, mais aussi en possédant deux ensembles de souvenirs, deux vocabulaires émotionnels et deux manières d’habiter la Méditerranée. Ils ne sont pas pour autant moins Tunisiens, ni moins Européens. Ils sont plutôt le fruit vivant d’une région qui, depuis des siècles, mêle langues, échanges commerciaux, migrations et retours.

Ce phénomène reste difficile à quantifier. Si les statistiques officielles tunisiennes rendent compte de la baisse générale des taux de nuptialité et de l’évolution de la structure familiale, elles ne permettent pas d’obtenir une image détaillée et aisément accessible des unions mixtes. Par conséquent, la véritable portée de ce phénomène s’appréhende mieux par l’observation sociale que par les chiffres bruts : dans les quartiers cosmopolites de la banlieue nord de Tunis, à travers les écoles bilingues et internationales, au sein des familles binationales et parmi les individus de la deuxième génération qui reviennent au pays ou y entretiennent des liens durables. Certes, des défis subsistent. Les mariages mixtes mettent à l’épreuve les coutumes, les appartenances religieuses, les contraintes administratives et les attentes familiales.

Bien que la Tunisie dispose d’un cadre juridique relatif au statut personnel progressiste à l’échelle du monde arabe, les pratiques sociales ne suivent pas toujours le rythme des réformes législatives. L’abrogation, en 2017, de la circulaire qui empêchait auparavant les Tunisiennes d’épouser des hommes non musulmans a marqué un tournant symbolique majeur.

Toutefois, comme c’est souvent le cas lors de la transition entre la loi et la société, l’évolution formelle ne fait pas immédiatement disparaître les résistances, les hésitations et les interprétations conservatrices.

Méditerranée des familles, des langues et des cuisines partagées

Vue sous un angle italien ou européen, l’union mixte en Tunisie apparaît comme l’une des expressions les plus tangibles de la «vraie» Méditerranée. Non pas celle des sommets politiques, des déclarations diplomatiques ou des dossiers de coopération, mais celle des familles, des langues mêlées, des cuisines partagées et des retours. C’est une Méditerranée du quotidien et de la sphère privée — fondée sur le compromis et l’affection — plus discrète que le monde politique, mais souvent plus durable.

Dans cette perspective, le mariage mixte n’efface pas l’identité tunisienne ; au contraire, il en révèle la nature profonde : plurielle, littorale, fluide et façonnée par des siècles d’échanges. La Tunisie est arabe et nord-africaine, mais aussi méditerranéenne ; elle est ancrée dans son histoire nationale tout en restant constamment ouverte à la mer, à la diaspora, à la France, à l’Italie, à l’Europe et à l’Afrique subsaharienne.

Ces familles ne représentent donc pas une dilution de l’identité, mais plutôt son évolution. À une époque où les frontières sont souvent dépeintes comme des murs, les familles mixtes nous rappellent que la Méditerranée est aussi une maison commune. Une maison imparfaite, parfois fragile — traversée de tensions culturelles et sociales — mais capable de transformer la différence en continuité.

Traduit de l’italien.

 D’après Ansamed.

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