Le journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, arrêté et placé en garde-à-vue hier soir, vendredi 4 septembre 2026, a fait parvenir, par le biais de son avocate Hela Ben Salem, cette lettre à ses collègues journalistes et aux Tunisiens en général, pour les exhorter à défendre leur dignité et leurs droits. Nous traduisons cette lettre de l’arabe et la reproduisons ci-dessous…
Mohamed Yousfi *
Mon message aux journalistes indépendants de ce pays : N’ayez pas peur ; continuez à écrire, à vous exprimer, à porter la voix des citoyens, celle des personnes marginalisées et opprimées.
Défendez l’État de droit, les droits humains et la dignité du citoyen tunisien — une dignité que nous avons perdue dans ce pays.
Je m’adresse tout particulièrement à mes collègues d’Alqatiba : Poursuivez le chemin que nous avons tracé ; n’ayez crainte ; j’ai une immense confiance en vous. Les tentatives de harcèlement et d’acharnement dont je fais l’objet ne visent en réalité qu’à atteindre Alqatiba et à entraver la ligne éditoriale indépendante de cette entreprise.
Tous les Tunisiens connaissent la valeur de cette plateforme, ainsi que ses réalisations et sa contribution au droit d’accès à l’information et au journalisme d’investigation.
Aujourd’hui, les faits, enquêtes et données présentés par Alqatiba sont utilisés par la justice elle-même comme référence dans des affaires majeures d’évasion fiscale, de blanchiment d’argent et de corruption ; c’est l’un des derniers bastions de la liberté de pensée, d’expression et de la presse.
Ce n’est pas Mohamed Yousfi qui est sanctionné aujourd’hui, mais Alqatiba, pour son attachement à son indépendance et aux valeurs journalistiques léguées par la Révolution, au prix du sang des martyrs et des blessés. Il est donc impératif de poursuivre ce chemin, et j’ai une confiance totale en mes collègues d’Alqatiba.
Mon message aux Tunisiens : si je suis actuellement en garde à vue, c’est pour une raison très simple : j’exerce mon métier de journaliste de manière indépendante et professionnelle.
Je défends votre droit à une vie digne, à l’eau, à l’électricité, à la santé et à l’enseignement public, ainsi que votre droit de défendre votre dignité, de bénéficier d’une presse libre et d’accéder à l’information.
Les véritables criminels sont ces blogueurs corrompus qui tentent de salir la réputation des journalistes libres du pays ; mais le mensonge a les jambes courtes.
Aujourd’hui, j’ai été enlevé alors que j’exerçais mes fonctions de journaliste. On m’a appréhendé comme si j’avais été pris en flagrant délit ou que je tentais de fuir, alors qu’il aurait suffi de me convoquer : mon identité et mon adresse sont connues, et il n’y avait aucune raison de faire une telle démonstration de force.
Tenter de me discréditer en m’accusant de blanchiment d’argent relève de l’absurde et témoigne de la faillite de ce système.
Au moment de mon arrestation, je ne possédais rien : ni argent, ni biens immobiliers. Je vis de mon salaire et mon compte bancaire est même débiteur de quelques dinars.
Espérons que cette épreuve passera ; la vérité finira par éclater, tôt ou tard.
Pour les enfants de Kasserine, malmenés par la vie et ignorés par les faiseurs de pluies et de beau temps, qui grandiront avec dans le cœur l’amertume et la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Olfa Rhymy Abdelwahed *
J’ai passé le plus clair de ma vie à observer mes élèves. A jauger leurs regards. A essayer de sonder leurs âmes et comprendre ce qui s’y planque, dans un souci de les protéger, d’abord, et de les accompagner ensuite. Et j’ai cette tendresse spéciale pour mes élèves de bac maths que j’ai eu la chance d’enseigner l’année dernière aussi. Des élèves sérieux, studieux, silencieux. Un silence qui relève de la concentration plus que de la tristesse. Des élèves réservés et timides à qui je dis toujours que l’élément le plus turbulent de leur classe c’est la prof. J’arrive parfois à arracher un sourire. Je leur sors alors mon ultime blague-dicton : «Et Dieu dans sa colère pour punir les humains, créa les mathématiciens».
La maman remplace parfois l’enseignante
J’ai aussi cette habitude ou réflexe de regarder dans leurs trousses en faisant semblant de chercher un stylo. C’est malhonnête, je sais. Mais la maman surgit des fois en plein cours pour remplacer l’enseignante. Je n’ai jamais rien trouvé que des crayons.
Un jour, pendant que j’expliquais la leçon, j’ai remarqué que mes élèves faisaient passer un sac gonflé vers leurs camarades du fond de la classe. J’ai demandé avec fermeté de me dire ce qu’il y avait dans ce sac qui était tellement précieux jusqu’à les faire sortir de leur application naturelle. L’un d’eux, le plus courageux, a balbutié : «Un ballon Madame. Nous jouons au ballon après le cours dès que nous trouvons le temps et un terrain de fortune. D’ailleurs les jumeaux évoluent au sein de l’Avenir sportif de Kasserine (ASK).»
Les jumeaux que je n’arrive toujours pas à différencier lèvent la tête ensemble et me regardent avec un sourire pas timide cette fois, ni de complaisance. Un sourire heureux.
Je les vois tous les jours, sous tous climats, quelle que soit la saison comme des petits soldats, seuls ou en bataillons, le torse gonflé à bloc, le dos droit, la silhouette menue souvent frêle. La démarche déterminée, le regard vif. La posture presque martiale. C’est qu’ils vont jouer au foot. C’est qu’ils vont s’éclater. C’est qu’ils vont pouvoir rêver. C’est qu’ils vont pouvoir oublier, s’accrocher, se voir naître des ailes et voler… C’est qu’ils vont vivre.
Dans une ville, Kasserine, où tout est délabrement, pauvreté et désespoir, ces enfants ont inventé leur plan B.
La vie a eu l’idée de me faire rapprocher encore un peu de ce milieu à travers mon fils passionné de foot et de son papa, ancien joueur et fervent adepte du beau jeu.
J’ai vu grandir les coéquipiers de mon fils. Et j’ai vu grandir leurs passions et leurs talents avec eux. J’ai vibré avec eux au téléphone à chaque victoire et j’ai pleuré à chaque défaite.
Je connais aussi les bleus de leur âme
Je connais qui maitrise la technique du contrôle, du drible, de la conduite de balle, naturellement. Je connais qui parmi eux est rapide et explosif, capable d’accélérer et d’éliminer l’adversaire. Je sais qui a cette intelligence au jeu et sait se placer et prendre les bonnes décisions. Qui a de la confiance à en revendre et qui en manque. Je sais qui n’a pas peur de demander le ballon et celui qui hésite toujours à franchir le pas. Je connais les créatifs et les craintifs. Ceux qui apprennent vite et ceux qui prennent leurs temps. Je connais qui a une vision du jeu et qui sait lire les espaces et anticiper et qui est plutôt dans le show. Je les connais tous bien à travers les discussions de mon mari et de mon fils.
Je connais aussi quelques bleus de leur âme à peine sorties de l’enfance. Je ne veux, ni peux, m’y attarder.
J’ai vu à quel point ils étaient solidaires et à quel point ils étaient sensibles aux peines de chacun. Je sais qu’il y en a qui pendant le déplacement garde son déjeuner pour que son coéquipier interne qui va trouver la cantine du lycée fermée puisse l’avoir comme diner. Je sais qu’ils se font des confidences qu’ils ne font à personne d’autre. Et qu’ils dorment sur les épaules les uns des autres en rentrant le soir des déplacements…
Je sais que le traumatisme de la perte foudroyante de l’un leurs camarades, Khaled, est toujours là vive et très douloureuse. Je sais qu’ils n’en guériront jamais car personne ne les a aidés à la surmonter.
Ils ont la malchance d’être nés ici
Ces enfants pleins de talents, portés par des rêves, animés par des ambitions légitimes pour beaucoup, débordants de qualités humaines et sportives, n’iront pas plus loin. Ils n’iront pas plus loin car ils sont tout simplement des «ici istes», comme disait si bien un humouriste français. Ils ont la malchance d’être nés ici. Dans les contrées du mépris, de l’abandon. Dans une ville pauvre. La plus pauvre dans un pays qui dans leurs petites têtes, en tout cas, les renie, leur est hostile et ne les aime pas.
J’ai écrit, d’abord pour mes élèves de bac maths qui ont tous eu le bac et laissé tomber le foot qui leur donnait un vrai sourire.
J’ai écrit ensuite pour les enfants de Kasserine pour leur dire que nous sommes fiers d’eux, de leurs médailles et de leurs mental de guerriers. Que nous les aimons tous.
J’ai écrit surtout pour Khaled pour lui dire que son dernier match était héroïque, magistral (ya baba !) comme seuls les derniers matchs peuvent l’être… et qu’il manquera toujours à l’équipe.
Ces enfants, malmenés par la vie et ignorés par les faiseurs de pluies et de beau temps, grandiront avec dans le cœur l’amertume et la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Dans le contexte de déficit énergétique structurel actuel de la Tunisie, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.(Photo : Le phosphate, une ressources minière nationale insuffisamment valorisée).
Elyes Kasri *
La Tunisie traverse une crise énergétique structurelle dont les répercussions se traduisent déjà par de graves perturbations de la vie sociale et économique (coupures d’électricité récurrentes, surcoûts industriels, dégradation de la compétitivité et du pouvoir d’achat).
Cette situation menace de s’aggraver sous la pression conjuguée de trois facteurs critiques : les perspectives alarmantes du réchauffement climatique qui accentuent le stress hydrique et les pics de consommation ; la volatilité extrême du marché mondial des hydrocarbures qui fragilise les finances publiques ; et la lenteur préoccupante de la transition vers les énergies renouvelables qui peine à atteindre les objectifs tracés et a peu de chances de combler le déficit actuel.
Dans ce contexte d’urgence, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.
Mathématiquement, la ressource est disponible dans notre sous-sol. Bien au-delà de la simple production d’électricité, cette formule pourrait devenir le moteur d’une véritable souveraineté énergétique, hydrique, industrielle et géopolitique à long terme.
Risques des choix énergétiques dogmatiques
L’histoire récente de l’Europe nous offre un cas d’école sur les dangers d’une mauvaise planification à long terme.
L’élan européen vers le démantèlement de la filière nucléaire fait aujourd’hui l’objet de profonds regrets. Ce renoncement, couplé au retard pris par la transition vers les énergies renouvelables, a provoqué une explosion inédite des coûts de l’énergie.
Cette crise est parvenue à fragiliser l’Allemagne, longtemps considérée comme le moteur économique incontesté de l’Europe. La vague inouïe de faillites et de licenciements massifs qui frappe tous les pans de l’industrie allemande — touchant jusqu’aux géants historiques de l’automobile — est désormais analysée comme la résultante directe de choix énergétiques douteux et d’une dépendance totale vis-à-vis du gaz russe qui n’a pas résisté à la volatilité géostratégique.
La question stratégique : face à ces enseignements historiques majeurs, la Tunisie peut-elle se permettre de calquer son avenir sur des modèles qui ont échoué ? Ne devons-nous pas, au contraire, sécuriser notre destin en sanctuarisant une source d’énergie de base stable, pilotable et locale, plutôt que de lier notre survie industrielle à des importations de gaz soumises aux mêmes instabilités mondiales ?
La souveraineté énergétique pour sanctuariser la Tunisie
La dépendance actuelle de la Tunisie vis-à-vis du gaz importé d’Algérie dicte en partie ses marges de manœuvre régionales, dans un environnement marqué par de profondes incertitudes.
Le principal fournisseur de gaz de la Tunisie se trouve aujourd’hui enserré par une ceinture d’instabilité et de feu à ses propres frontières, ce qui fait peser un risque permanent sur la fluidité et la continuité de sa situation politico-sécuritaire interne.
En parallèle, on observe des projets et des velléités de contourner la Tunisie par de nouveaux corridors de distribution de gaz et d’hydrogène vert. Même si la faisabilité technique et financière de ces tracés alternatifs reste hautement aléatoire à court terme, leur simple programmation dessine une volonté d’isolement géo-économique de notre pays qu’une démarche stratégique rigoureuse ne peut feindre d’ignorer.
La question stratégique : en développant une filière nucléaire civile autonome basée sur ses propres phosphates, la Tunisie ne s’offrirait-elle pas un véritable bouclier de souveraineté ? Cette autonomie énergétique absolue n’est-elle pas la condition sine qua non pour sanctuariser le pays face aux velléités hégémoniques régionales, déjouer les stratégies d’isolement infrastructurel et immuniser définitivement notre sécurité nationale contre les secousses politiques de notre voisinage ?
Le couplage énergie-eau comme réponse au stress hydrique
Le réchauffement climatique impose une pression sans précédent sur nos ressources en eau douce, faisant du dessalement de l’eau de mer une obligation vitale pour la survie du pays, bien que cette solution soit extrêmement lourde en consommation électrique.
Un programme nucléaire moderne offre la possibilité technique de concevoir des centrales à cogénération, capables de produire simultanément de l’électricité et de l’énergie thermique.
La question stratégique : en couplant directement la centrale nucléaire à des unités de dessalement de l’eau de mer, la Tunisie ne ferait-elle pas d’une pierre deux coups ? Ce programme ne permettrait-il pas de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des grands centres urbains et des régions agricoles du pays à un coût de production stable, décarboné et totalement déconnecté des fluctuations des énergies fossiles ?
Un saut industriel inédit pour une ambition technologique
Aujourd’hui, notre industrie des phosphates exporte une part importante de sa production sous forme de produits à faible ou moyenne valeur ajoutée (minerai brut, engrais classiques).
L’intégration d’unités de récupération de l’uranium au sein de nos complexes chimiques modifierait en profondeur l’économie globale du secteur.
La question stratégique : en transformant le Groupe chimique tunisien (GCT) en un producteur de métaux stratégiques de haute technologie, la Tunisie ne donnerait elle pas une impulsion décisive à la modernisation de son industrie minière, tout en générant des coproduits à très forte valeur ajoutée capables de financer la restructuration du bassin minier de Gafsa ?
Le développement d’une filière atomique civile est un projet de nation qui tire vers le haut l’ensemble du système éducatif, scientifique et industriel d’un pays. C’est un accélérateur de compétences pour la Tunisie. Il s’agit d’un domaine de haute technologie qui exige l’excellence dans la recherche, la métallurgie, la chimie de précision et la sécurité.
La question stratégique : en mettant en place un tel cap technologique, la Tunisie ne se donnerait-elle pas les moyens de stopper la fuite de ses cerveaux en offrant des carrières d’excellence à ses jeunes ingénieurs, et en élevant le standard de notre tissu industriel national aux normes de sécurité internationales les plus strictes ?
Le nucléaire comme socle du renouvelable
Par nature, les énergies renouvelables (solaire et éolien) sont intermittentes et nécessitent une énergie de «base» stable pour faire tourner les usines et les stations de dessalement de l’eau, jour et nuit.
La question stratégique : plutôt que d’opposer les technologies, la Tunisie ne gagnerait-elle pas à concevoir la formule «Phosphates-Uranium» comme le socle de base stable et décarboné de son réseau, qui permettrait d’intégrer et de sécuriser un déploiement massif et serein du solaire, de l’éolien et de sa propre filière hydrogène dans tout le pays ?
L’extraction de l’uranium des phosphates et son utilisation nucléaire ne sont pas un saut dans l’inconnu pour la Tunisie, mais une trajectoire d’émancipation énergétique et hydrique éprouvée par d’autres nations émergentes.
La crise industrielle qui frappe actuellement l’Europe nous rappelle brutalement que l’absence de base énergétique souveraine brise les plus grandes puissances économiques.
La question centrale pour les décideurs est de déterminer si la Tunisie doit inscrire sa planification énergétique dans le temps long — celui des grands projets de sécurité nationale — afin de bâtir une infrastructure résiliente face aux crises géopolitiques régionales et d’asseoir sa stabilité future sur sa propre double richesse : ses phosphates et son accès à la mer.
Trois des quatre composantes du Quartet du dialogue national, prix Nobel de la Paix 2015 * — la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat) et l’Union générale Tunisienne du Travail (UGTT) —reprennent la parole ensemble, dans un cadre de coordination commun face à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays. Et publient, ce jeudi 3 septembre 2026 le communiqué conjoint suivant sous le titre «La Tunisie d’abord, et le peuple au-dessus de toute considération».
La Tunisie traverse aujourd’hui une crise politique, économique et sociale profonde, résultat de choix et de politiques qui ont prouvé leur incapacité à résoudre les crises accumulées, et qui ont même contribué à aggraver la souffrance des Tunisiens, à affaiblir leur pouvoir d’achat, et à élargir les cercles de la pauvreté, du chômage et de la précarité — au point que le citoyen a perdu confiance dans les institutions de l’État et dans leur capacité à répondre à ses revendications légitimes.
Le pays connaît également un recul grave dans le domaine des droits et des libertés, un resserrement continu de l’action politique, syndicale et civile, ainsi qu’une instrumentalisation croissante de la justice dans les conflits politiques, portant atteinte à son indépendance, aux garanties d’un procès équitable et aux droits de la défense — ce qui frappe l’une des garanties les plus importantes de protection du citoyen et menace les fondements de l’État de droit et des institutions.
Les prisons et les centres de rétention connaissent des conditions qui ne répondent pas aux exigences de la dignité humaine ni aux normes internationales.
Dans le même contexte, le pays connaît un recul de la liberté des médias, une répression des voix libres, et une mainmise croissante sur les institutions médiatiques.
Les crises de l’eau et de l’électricité, la pénurie de médicaments et de produits de base, ainsi que la hausse des prix, ne sont plus de simples difficultés conjoncturelles ; elles touchent désormais directement les conditions de vie quotidienne et la dignité des Tunisiens, aggravent leurs souffrances et approfondissent leur sentiment d’impasse.
Le drame de la noyade de jeunes de Ben Guerdane, et les tragédies similaires qui l’ont précédé, confirment que la migration irrégulière n’est pas seulement un dossier sécuritaire, mais bien la conséquence directe du désespoir, de l’impasse et de la perte d’espoir en l’avenir — ce qui fait porter au pouvoir une responsabilité politique et sociale pleine et entière dans le traitement de ses causes profondes, et non la simple gestion de ses conséquences.
Inutile de rejeter la responsabilité sur autrui, car le pouvoir en place porte l’entière responsabilité politique de ses choix, de ses décisions et de leurs conséquences, après des années de gestion des affaires publiques en dehors de toute logique de dialogue et de participation, dans un contexte d’absence de transparence, d’opacité sur les données, et de restriction du droit à exprimer une voix divergente.
La Tunisie ne peut être gouvernée selon une logique de déni, de silence ou de voix unique, tout comme les crises ne peuvent être affrontées en excluant la société et ses forces vives.
On ne peut sortir de la situation actuelle que par une révision globale des choix économiques, sociaux et politiques dont l’échec est avéré, et par l’ouverture d’un véritable processus de dialogue sociétal, menant à des solutions capables de sauver le pays, de préserver son unité, de protéger les droits et les libertés, et de redonner confiance et espoir aux Tunisiens.
Nous, organisations signataires, annonçons le lancement d’un cadre de coordination commun pour la Tunisie et les Tunisiens, animés par notre conviction profonde de la nécessité de la vigilance, de la protection des acquis du peuple, de l’attachement à l’État de droit et des institutions, de la préservation de l’indépendance de la société civile, et de la défense des droits et des libertés.
Ce cadre restera en permanence ouvert à toutes les forces vives et démocratiques, et à tous les acteurs nationaux qui croient en la Tunisie et en son avenir, afin d’œuvrer ensemble à l’ouverture d’un nouvel horizon national, qui redonne sa place au dialogue et à la participation, préserve l’avenir des générations futures, et garantit à la Tunisie son unité, sa place et sa dignité.
Signataires :
Président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme — Bassem Trifi ;
Bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie — Boubaker Ben Thabet ;
Secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) — Slaheddine Selmi.
* Au célèbre Quartet, il manque l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’Artisanat (patronat). On ne sait pas si l’organisation patronale a été sollicitée et qu’elle a refusé de se joindre à l’initiative. Son absence, en tout cas, pose des questions. Il faut dire que sa direction actuelle est totalement illégale puisque l’organisation n’a pas tenu son congrès depuis plusieurs années.
Nul pouvoir politique ne peut se passer de la consultation de ses collaborateurs, comme le montre l’histoire. Confondre l’autorité et l’autoritarisme confine l’exercice du commandement politique à la solitude de la décision, à la non-solution des problèmes et à la…