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Carnets scandinaves (1) : On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide

19. August 2026 um 13:03

J’ai finalement écrit toute la nuit. Il me faut maintenant reprendre cette avalanche de mots, leur trouver un sens et les remettre en ordre. De quoi meubler les sept heures de train qui me ramèneront jusqu’à Malmö puis Copenhague.

Entre temps, je vais me reposer un peu dès que la gare rouvrira ses portes et profiter de la poignée d’heures qui me restent pour ouvrir les yeux sur les beautés d’Oslo quoique ni mon état d’âme ni ma forme physique ne m’y incitent vraiment.

Ai-je enfin pu rebondir ? Suis-je prêt à reprendre l’effort de Sisyphe et pousser mon fardeau jusqu’au sommet de la colline d’où inéluctablement, il retombera ? Ai-je pris la véritable mesure de ce désaccord qui m’oppose à mon être profond ? Je n’en sais encore rien.

Une seule certitude : le jour est en train de doucement balayer la nuit en libérant la lumière de ses entraves nocturnes. On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide.

Pour mon cœur, c’est une autre histoire que je raconterais volontiers aux mouettes, aux coqs et aux muezzins qu’elles semblent avoir supplanté pour dire la lumière qui revient.

Ce voyage en Scandinavie est au fond un examen qui convoque le bourlingueur que j’étais pour tester sa résilience. Un sac à dos, quelques centaines d’euros, des billets de train et aucune réservation préalable.

Bien sûr, mon carnet et mes stylos sont à portée de main et je suis tout ouïe, aux aguets et déterminé à faire de mon mieux.

J’écris ces lignes les yeux légèrement embués, mes désirs en embuscade et le cœur à la fois patient, serein et gourmand de vivre cette équipée d’une semaine en juillet.

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Un général américain chargé de la supervision du désarmement du Hamas à Gaza?

18. August 2026 um 12:07

A l’issue de la rencontre lundi 17 août entre l’émissaire américain, Jared Kushner, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, il a été envisagé, selon NBC News, de confier à un général américain la supervision du désarmement du Hamas à Gaza.

 

Y a-t-il encore une réelle perspective de voir le plan de paix de Donald Trump pour Gaza se concrétiser à brève échéance ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la feuille de route américaine se heurte déjà à l’une de ses principales difficultés, à savoir l’intransigeance du gouvernement israélien.

Pression américaine

Ainsi, reprenant son bâton de pèlerin, l’émissaire américain Jared Kushner, également gendre du président américain, s’est rendu lundi 17 août en Israël pour rencontrer Benjamin Netanyahu. Sa mission est pour le moins délicate, car il s’agit de convaincre le Premier ministre israélien d’assouplir sa position et d’accepter les concessions nécessaires à la mise en œuvre du plan de Washington.

Lors de sa visite à Tel-Aviv, Jared Kushner a aussi cherché à mettre en place la deuxième phase du plan voulu par la Maison Blanche pour Gaza et obtenir le retrait de l’armée israélienne de l’enclave en échange du désarmement du Hamas qui la gouverne depuis 2007, un projet qui patine depuis deux mois, chaque camp restant sur ses positions.

 

Lire aussi: Le « Conseil de la paix » de Trump

 

Au cours d’un entretien de quatre heures, Jared Kushner aurait notamment demandé à Benyamin Netanyahu de ne pas « créer d’obstacles » au plan de paix, assure la chaîne de télévision américaine CNN, dont Donald Trump avait annoncé dès le mois de janvier le lancement prochain de la phase 2. Un plan imaginé autour de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier qui, outre le désarmement du Hamas, prévoit le retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza et la reconstruction de l’enclave palestinienne.

Après sa rencontre avec Benjamin Netanyahu à Tel-Aviv, Jared Kushner a surtout voulu donner corps à la feuille de route américaine en lui fixant un calendrier précis. L’émissaire de Donald Trump espère ainsi voir les premières armes du Hamas remises dans un délai de trente jours. « Nous pourrions constater des progrès d’ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d’une partie des armes », a-t-il déclaré à Fox News.

Défiance

Le calendrier se veut également plus ambitieux sur la question des infrastructures souterraines du mouvement palestinien. Kushner table sur le comblement de certains tunnels dans les 60 à 90 prochains jours. Une échéance qui témoigne de la volonté américaine d’inscrire le processus de désarmement dans une séquence concrète et vérifiable, plutôt que de le laisser au stade des déclarations de principe.

Mais l’émissaire américain ne cache pas les difficultés qui l’attendent. Après avoir rencontré le Hamas dimanche 16 août en Égypte, il a reconnu la défiance persistante de Washington à l’égard du mouvement islamiste palestinien. « Ils ont dit tout ce qu’il fallait mais, à l’évidence, il est très très difficile de leur faire confiance », a-t-il confié à Fox News. Autrement dit, l’obstacle ne réside pas seulement dans l’obtention d’engagements, mais dans la capacité à les transformer en actes vérifiables.

Cette méfiance explique également l’une des conditions évoquées lors de l’entretien entre Netanyahu et Kushner : aucun redéploiement ni aucun chantier de reconstruction ne devraient être engagés à Gaza avant le désarmement complet du Hamas, selon un responsable israélien cité par l’Agence France-Presse. Une position qui rejoint l’exigence défendue depuis plusieurs mois par le gouvernement israélien d’un désarmement « véritable » du mouvement palestinien.

Quel rôle pour l’armée américaine ?

Reste enfin la question cruciale du contrôle et de la mise en œuvre sur le terrain. Le plan de Donald Trump prévoit une présence internationale à Gaza, avec notamment une Force internationale de stabilisation (ISF), placée sous le commandement du général américain, Jasper Jeffers. Mais le rôle exact de cette force, et en particulier celui du commandement américain dans le processus de désarmement du Hamas, reste encore à préciser.

Rencontre avec le Hamas

Rappelons que l’émissaire américain Jared Kushner a rencontré des dirigeants du mouvement islamiste palestinien en Égypte, avant sa visite en Israël, au moment où les États-Unis cherchent à faire avancer le plan de paix à Gaza.

Lors de la réunion, le Hamas a réaffirmé son engagement en faveur de l’accord, tandis que M. Kushner a insisté sur un désarmement total du mouvement islamiste et sur l’absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, ont indiqué les sources, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Il s’est aussi à Al-Alamein avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, alors que le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a rencontré, de son côté, le chef du renseignement égyptien, Hassan Rachad.

A noter également que huit pays musulmans en l’occurrence les Émirats arabes unis l’un des plus proches alliés d’Israël dans le monde arabe, et sept autres pays dont l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont appelé le Conseil de Paix, créé par Donald Trump pour mettre en œuvre son plan, à prendre des mesures afin de préserver l’accord et à favoriser son application.

Au final, et au-delà des annonces, c’est donc désormais la crédibilité du mécanisme de contrôle qui sera déterminante. Car entre la promesse d’un désarmement dans les prochaines semaines et sa réalisation effective, le chemin reste considérable.

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Poutine dans les îles Kouriles : Provocation délibérée ?

15. August 2026 um 10:20

Le président russe s’est rendu jeudi 13 août pour la première fois dans les îles Kouriles, un archipel contrôlé par Moscou depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et revendiqué en partie par Tokyo. Avec le risque de rouvrir une querelle diplomatique jamais résolue … depuis 1945.

 

 

 

 

 

 

 

De la provocation gratuite de la part de Vladimir Poutine, passé maître dans l’art de jouer avec les nerfs de ses adversaires ? En se rendant, jeudi 13 août, dans les îles Kouriles, cet archipel volcanique perdu entre la Russie et le Japon, au cœur d’un contentieux territorial vieux de plus de huit décennies, le maître du Kremlin fait d’une pierre trois coups : réaffirmer la souveraineté russe sur un territoire hautement stratégique, adresser au Japon un message de fermeté et, surtout, lui faire payer son alignement sur les sanctions occidentales contre Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine. Bref, une visite soigneusement calculée qui vaut donc autant comme démonstration de souveraineté que comme avertissement stratégique adressé à Tokyo et, au-delà, à Washington. « Absolument inacceptable », a aussitôt réagi l’altière Première ministre nippone, Sanae Takaichi, estimant que cette visite « heurtait les sentiments du peuple japonais ». Pour sa part, le chef de la diplomatie japonaise a convoqué l’ambassadeur russe.

Enjeux stratégiques

Mais pourquoi la visite de l’homme fort du Kremlin à cette île perdue au bout du Pacifique revêt-elle une telle importance ? Pour comprendre les dessous des cartes de ce déplacement hautement symbolique, « il faut également savoir lire une carte », comme le disait à juste titre le Général de Gaulle.

Géographie d’abord. Les Kouriles dessinent une longue chaîne volcanique qui s’étire entre la péninsule russe du Kamtchatka et Hokkaido, l’île la plus septentrionale de l’archipel japonais. Mais derrière cette succession d’îles se cache un contentieux territorial qui empoisonne les relations entre Moscou et Tokyo depuis des décennies. Le différend porte sur quatre îles situées à l’extrémité méridionale de l’archipel : Kounachir, Habomai, Chikotan et Itouroup selon la terminologie russe ; Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu selon les Japonais. C’est précisément sur cette dernière, Itouroup, que Vladimir Poutine a choisi de poser le pied jeudi où vivent quelque vingt mille Russes.

Mais l’enjeu dépasse largement la seule question de souveraineté. Ces îles recèlent d’importantes ressources naturelles, notamment des gisements d’or et d’argent, tandis que leurs eaux comptent parmi les zones les plus poissonneuses de la région. Or, Moscou entend rappeler que ces îles sont russes, habitées, exploitées et qu’il n’est pas question de céder le moindre pouce de terrain.

Un verrou militaire

Sur un autre plan, les îles Kouriles sont surtout un verrou militaire dans le Pacifique. Pour Moscou, elles sont bien plus qu’un territoire disputé avec Tokyo. Leur importance est d’abord militaire et stratégique. En s’étirant entre la péninsule du Kamtchatka et Hokkaido, elles forment une véritable barrière naturelle entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord. Une position qui en fait l’un des verrous du dispositif russe dans cette partie du monde.

De plus, la chaîne des Kouriles contrôle en effet plusieurs passages maritimes permettant aux bâtiments de la flotte russe du Pacifique d’accéder au Pacifique depuis la mer d’Okhotsk. Or, cette dernière abrite des infrastructures militaires essentielles et constitue notamment une zone stratégique pour les sous-marins nucléaires russes. Tenir les Kouriles, c’est donc aussi protéger les approches de ce sanctuaire maritime.

D’ailleurs, Moscou ne s’est d’ailleurs pas contenté d’y planter son drapeau. Depuis plusieurs années, la Russie renforce sa présence militaire dans l’archipel en y déployant des systèmes de défense antiaérienne et des missiles côtiers capables de menacer les navires qui s’approcheraient de la zone. L’objectif est clair : transformer les Kouriles en ligne de défense avancée, capable de compliquer l’accès aux forces japonaises et américaines.

Blessure mémorielle

Côté japonais, les Kouriles ne sont pas que de simples îlots perdus aux confins du Pacifique. Les quatre territoires méridionaux constituent un contentieux territorial qui mêle mémoire de guerre, souveraineté, intérêts économiques et préoccupations sécuritaires. Un dossier vieux de plus de huit décennies, mais qui continue de peser lourdement sur les relations russo-japonaises.

En effet, Tokyo considère ces quatre îles comme faisant partie intégrante de son territoire et conteste leur prise de contrôle par l’Union soviétique dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. En effet, au mois d’août 1945, l’Union soviétique déclare la guerre au Japon, deux jours après le bombardement atomique d’Hiroshima et quelques jours avant la capitulation japonaise. Dans les derniers jours du conflit, les forces soviétiques prennent possession des Kouriles. Moscou expulse ensuite des îles environ 17 000 Japonais qui y vivaient, selon le gouvernement japonais.

Depuis, la restitution des « Territoires du Nord » est devenue une revendication récurrente de la diplomatie japonaise et l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un traité de paix définitif entre les deux pays.

Sans oublier l’enjeu sécuritaire de ces îles. Situées à quelques dizaines de kilomètres de Hokkaido, les îles placent la présence militaire russe aux portes mêmes du territoire japonais. La militarisation progressive de l’archipel par Moscou ne peut donc que préoccuper Tokyo. Bases, infrastructures militaires et systèmes de défense renforcent la capacité russe à contrôler cette partie du Pacifique et compliquent la marge de manœuvre du Japon et de son allié américain.

L’enjeu est d’autant plus sensible que le Japon cherche parallèlement à renforcer son dispositif de défense face à la montée en puissance de la Chine, aux menaces nord-coréennes et à l’affirmation militaire de la Russie. Voir Moscou consolider sa présence aux portes de Hokkaido est donc loin d’être anodin pour Tokyo.

Au final, les Kouriles restent une plaie à vif dans les relations russo-japonaises, un contentieux hérité de 1945 que les décennies n’ont jamais réussi à cicatriser. Dans ce contexte, la visite de Vladimir Poutine à Itouroup prend des allures de véritable provocation. Car, en foulant le sol d’une île que Tokyo considère toujours comme japonaise, le maître du Kremlin ne se contente pas de réaffirmer la souveraineté russe mais adresse au Japon un message aussi clair que cinglant. Les Kouriles sont russes, Moscou les considère comme un acquis et n’entend en restituer aucun pouce.

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TRIBUNE – La femme tunisienne : Point de discorde

14. August 2026 um 14:22

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du statut personnel, qui a interdit la polygamie, qui, rappelons-le, est permise par la charia (loi charaïque), la question du statut de la femme dans la société est loin d’être résolue. Il ne suffit pas d’une loi pour abolir et effacer un héritage, au moins vieux de quatorze siècles.

Pourtant l’évolution de la société tunisienne, et l’émergence des élites féminines, dans tous les domaines et secteurs, grâce principalement à l’école, devait logiquement suffire pour clore définitivement le débat, mais les dogmes particulièrement religieux sont plus tenaces que la réalité, ce qui fait que la question de la polygamie est périodiquement remise sur le tapis, car certains continuent à croire que le code du statut personnel tunisien, est fondamentalement opposé à la loi religieuse.

Et ce ne sont plus les seuls islamistes, qui jadis avaient mené, depuis sa promulgation, une guerre implacable contre ce code, mais d’autres hommes et femmes, qu’on ne peut soupçonner de sympathie envers le salafisme, osent maintenant demander l’abrogation de ce code, que seul la Tunisie de Bourguiba avait osé promulguer, avant même l’avènement de la République, puisqu’il fut signé par le souverain de Tunis, Ahmed Lamine Bey.

 

La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, … remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

 

Les réalités sociales, dont le taux élevé du célibat, parmi les hommes et les femmes tunisiens, ajouté à cela l’augmentation vertigineuse du taux de divorce, et la baisse générale de la natalité, ont donné des arguments, qui peuvent êtres recevables, à ceux qui demandent l’annulation de ce code, ou du moins sa réforme profonde. La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, au sein d’une société où le taux du célibat augmente d’une façon vertigineuse, même avec des personnes mariées, remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

La complexité de la situation est aggravée par la guerre politique entre les islamistes et une grande partie des laïcs, ces derniers considérant que le code est presque un texte sacré, qui doit rester intouchable.

Un point de démarcation politique

On est progressiste ou réactionnaire, conservateur ou moderniste, islamiste ou libéral, selon qu’on soit pour ou contre le Code de statut personnel. C’est le rapport avec ce code qui donne l’identité politique ou idéologique à tout citoyen tunisien. On ne peut être neutre sur ce point précisément. Et ceci depuis soixante-dix ans. Cette ligne de démarcation entre les camps cités plus haut est infranchissable, et quiconque ose la franchir subit les foudres de ses partisans. On ne peut pas être marxiste, progressiste, libéral, de gauche ou destourien sans être un inconditionnel du code initié et imposé par Habib Bourguiba il y a soixante-dix ans. Avant même d’être républicain car le code a précédé l’abolition du Beylicat.

Inversement, on ne peut être islamiste, salafiste conservateur religieux, ou, se réclamant d’un islam orthodoxe sunnite, sans reconnaître que la polygamie est autorisée par la religion musulmane, selon un verset clair et franc du saint Coran.

 

Le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

 

Bourguiba, pour donner une légitimité religieuse à cette loi, a eu recours, aux deux grands muftis, et savants, malikite et hanafite, al Shaykh Taher Ibn Achour pour le malikisme et al Shaykh Jaïet pour le Hanafisme, qui, se basant sur une tradition, appelée « le mariage Kairouanais », autorise la femme à exiger de son époux de ne pas contracter mariage avec une autre femme, sans son autorisation, ce qui constitue une forme de monogamie. Cette tradition remonte au premier calife abbasside (2ème siècle de l’hégire) qui avait demandé en mariage une Kairouanaise qui lui avait imposé cette condition dans le contrat. Une jurisprudence en fut la conséquence, sur laquelle les deux illustres muftis se sont basés.

Aucun autre Etat musulman n’a pu promulguer une loi comme celle qui régit les mariages en Tunisie, loi qui a joué un rôle fondamental dans l’émancipation de la femme tunisienne. On en conclut que l’avenir de celle-ci dépendra du sort qui sera réservé à cette juridiction. On peut dire, sans risque d’exagérer, que le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

Mariage halal, une solution tronquée

Le mariage dit « halal », une forme de concubinage, sans contrat de mariage légal, est une mode qui envahit tous les pays musulmans, et même les communautés musulmanes en Europe, mais aussi la Tunisie. Le cri d’alerte lancé par la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), organisation qui avait joué un rôle primordial dans l’application du Code du statut personnel, sur le développement du mariage halal en Tunisie, doit interpeler les autorités politiques sur la gravité de la question. Mais le recours à la répression, comme l’exige la présidente de l’UNFT, ne peut être la solution idoine. On ne peut pas stopper une vague sociétale par le durcissement législatif ou administratif, car il s’agit bien d’une vague qui traverse la société en réponse, à l’augmentation du célibat, notamment celui des femmes et du taux de divorce. Nos juristes feraient mieux à accorder un intérêt particulier à cette problématique au lieu de pérorer sur les droits de l’Homme et les libertés politiques.

Dans l’échelle des droits, comme partout, il y a des questions prioritaires. Or on observe un silence curieux qui en dit long sur nos élites. Il faut reconnaître qu’on touche à un nouveau tabou, et que se prononcer clairement sur une solution, c’est prendre des risques d’être classé par un camp comme par l’autre comme un ennemi, soit de l’Islam, soit de la femme. Mais le rôle des intellectuels n’est-il pas d’aller à contre-courant ? Ou faut-il attendre que le feu vert nous vienne encore une fois de l’Occident !

Le concubinage, une solution ?

Reconnaissons d’abord que le concubinage existe chez nous depuis longtemps, et que les autorités ont toujours fermé les yeux. Pour les hommes et les femmes mariés et en situation de concubinage avec d’autres partenaires, il n’y a intervention de l’autorité publique que lorsque le partenaire légal porte plainte, pour adultère. Or l’adultère est interdit avec contrainte par corps. Et le divorce peut être prononcé en faveur du plaignant. Mais le concubinage prend actuellement la forme d’un mariage « halal », encouragé par la mouvance politico-religieuse. Ce qui explique la levée du bouclier chez les laïcs, qui pourtant et souvent ferment les yeux sur le concubinage non religieux. D’où contradiction !

 

Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

 

Tant qu’il ne concernait que certaines franges, minoritaires, la tolérance était de mise, mais la tendance devient, semble-t-il lourde, si l’on croit la présidente de l’UNFT. Et il faut anticiper pour la gérer en réformant le code du statut personnel. Pourquoi alors ne pas faire comme dans les sociétés modernes en Europe ou ailleurs, en créant un statut légal pour le concubinage ? Ceci, d’autant plus que les courants de l’Islam politique n’y trouveront rien à y redire, car ils l’encouragent sous sa forme halal. Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

La société trouve empiriquement ses propres solutions, au mépris des lois, il est vrai, parfois. Il est temps d’anticiper sur cette évolution, car la nature a ses propres lois que les lois des hommes ou des dieux ne peuvent arrêter !

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13 Août 1956 : le droit de décoller, le devoir d’embarquer toute la société

13. August 2026 um 16:49

Le Code du statut personnel (CSP) n’est pas seulement un texte juridique. Il est l’un des actes fondateurs de la Tunisie indépendante. Celui par lequel la dignité des femmes est devenue une condition de la modernité nationale. Soixante-dix ans après sa promulgation, son héritage appelle moins une célébration confortable qu’un sursaut collectif.

Le 13 août 1956, cinq mois après l’indépendance, la Tunisie accomplit une rupture d’une audace historique. Le CSP interdit la polygamie, substitue le divorce judiciaire à la répudiation et fait du consentement des deux époux une condition du mariage. Il déplace ainsi la famille du terrain de l’autorité unilatérale vers celui, encore imparfait mais décisif, du droit et de la citoyenneté.

Cette révolution ne fut pas seulement féminine. Elle fut aussi une révolution de l’État moderne : celui qui affirme que la loi commune doit protéger l’individu, y compris au sein de la famille, contre les dominations héritées de la coutume, de la force ou d’interprétations intéressées du sacré. Le Zaim Bourguiba avait compris une vérité essentielle : une nation qui maintient la moitié de ses citoyens sous tutelle ne se modernise pas; elle matérialise sa propre impuissance.

La Tunisie a ainsi porté les droits des femmes à un niveau rare dans son environnement arabe et africain. Mais un avion ne transforme pas, à lui seul, le paysage qu’il survole. La modernisation juridique n’a pas produit partout les mêmes capacités d’appropriation sociale. Si certaines catégories ont pleinement bénéficié de cette avancée, beaucoup de femmes demeurent confrontées à des réflexes de patriarcat, de hiérarchie familiale, de dépendance économique et de peur sociale.

Tel est le paradoxe tunisien : disposer d’un texte pionnier sans avoir créé, sur l’ensemble du territoire, les conditions socio-économiques, institutionnelles et culturelles de son application effective.

Quand le droit ne devient pas encore un pouvoir réel

Le CSP a posé un socle juridique; il n’a pas, à lui seul, bâti les conditions sociales de l’émancipation. En effet, les droits ne vivent pas seulement dans les recueils législatifs, ils vivent dans les écoles, les tribunaux, les entreprises, les médias, les familles et les communautés. Ils vivent surtout dans la capacité de chaque femme à les connaître, à les réclamer et à être protégée lorsqu’elle les exerce.
Dans les régions rurales, les quartiers périphériques et les petites villes, de nombreuses Tunisiennes restent confrontées à une double distance : celle des institutions et celle, plus invisible, du langage juridique. Là où l’État parle de consentement, de recours et d’égalité, d’autres discours imposent le devoir, la honte, l’honneur familial ou l’obéissance.
Ces discours peuvent envelopper des rapports de pouvoir dans une rhétorique religieuse.

Il faut l’affirmer sans ambiguïté : la foi est une liberté personnelle, respectable et protégée. Mais aucun discours religieux ne devrait servir à priver une citoyenne de droits garantis par la loi, ni à opposer sa spiritualité à son égalité en dignité.

Le chaînon manquant: une citoyenneté de proximité

Le projet modernisateur bourguibien fut immense. Il portait toutefois une fragilité stratégique: réformer la société d’en haut sans consolider suffisamment les forces autonomes capables de défendre durablement cette réforme. De plus, l’affaiblissement des forces progressistes, syndicales, intellectuelles et politiques a laissé un espace que des courants religieux organisés ont progressivement investi dans certains espaces associatifs, éducatifs et de socialisation. Ils ont notamment occupé le terrain laissé vacant par le recul des médiations civiques de proximité.

L’élite féminine a parfois agi comme une locomotive convaincue que sa vitesse entraînerait tous les wagons. Mais le lien s’était distendu sous l’effet de la précarité, de l’illettrisme juridique, de la dépendance économique, de la désaffiliation politique et d’un langage institutionnel souvent inaccessible.
Or un leadership réel ne se mesure ni au nombre de tribunes ni à la seule visibilité médiatique. Il se mesure à notre capacité de former des relais, de transmettre du pouvoir, de faire émerger des porte-parole locales et de rendre présentes dans l’espace public celles qui en sont encore absentes.

Faire du CSP un pouvoir vécu

La question n’est donc plus seulement : comment défendre le CSP ? Elle est devenue : comment faire de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien les copropriétaires de ses principes ? La réponse exige une véritable infrastructure civique de l’égalité.

D’abord, il faut instaurer une éducation juridique populaire. Chaque lycée, maison de jeunes, centre de formation professionnelle et délégation devrait proposer, dans un langage clair, des ateliers réguliers sur le mariage, le divorce, la violence, l’héritage, le travail, la protection sociale et les recours disponibles. Connaître un droit, c’est déjà réduire la possibilité qu’il soit confisqué.

Ensuite, la création d’un réseau national de « sentinelles du CSP » mérite d’être envisagée. Ces femmes et ces hommes, formés localement et indépendants des partis, pourraient orienter gratuitement les citoyennes vers les structures juridiques, sociales et psychologiques compétentes. Il ne s’agit pas de substituer le militantisme à l’État, mais de rendre l’État accessible là où il demeure abstrait.

Enfin, une part des programmes de développement, y compris ceux financés avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux, devrait être liée à des résultats mesurables : recours effectif à la justice, délais d’accès à l’aide juridique, maintien scolaire des filles, autonomie économique, protection des victimes et représentation des femmes dans les structures locales. Les droits des femmes ne peuvent plus être un chapitre décoratif des projets; ils doivent devenir un critère de performance institutionnelle.

La vigilance est le prix de la liberté. Aucun acquis n’est définitif lorsqu’il n’est ni compris ni approprié et pas défendu. Le 13 août doit cesser d’être une fête d’autosatisfaction, pour devenir un rendez-vous annuel de l’exigence démocratique. Celui où la Tunisie se demande non seulement ce qu’elle a donné aux femmes en 1956, mais ce qu’elle fait aujourd’hui pour que chacune puisse réellement en disposer.

Par Khadija T. Moalla

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Orientation : les chômeurs de demain se préparent aujourd’hui

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On compte sur nous-mêmes… jusqu’à ce qu’on ne puisse plus

20. Juni 2026 um 16:00

Épisode 1 : L’INS mesure les prix. Le Mufti mesure l’angoisse. Cette semaine, le Mufti de la République a involontairement semé le doute sur les statistiques officielles. Avec tout le sérieux que requiert sa fonction, il a annoncé que le nissab de la zakat est désormais fixé à 34.369 dinars pour l’année 1448 de l’Hégire....

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La Tunisie des pompiers, pas des bâtisseurs

19. Juni 2026 um 16:00

La Tunisie aime les surprises. Pas les bonnes surprises, celles qui récompensent l’anticipation ou la préparation. Non. Les autres. Celles qui arrivent exactement comme prévu, mais que l’on continue à présenter comme des événements imprévisibles. Cette semaine encore, le pays en a offert deux illustrations presque caricaturales. D’un côté, l’incident survenu au barrage de Mellègue....

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Comment la Tunisie a transformé un Mondial en atelier de bricolage

17. Juni 2026 um 16:00

La Coupe du monde est généralement le moment où les nations exposent le fruit de plusieurs années de travail. En Tunisie, c’est plutôt la période des travaux. Après la correction infligée par la Suède (5-1), le bureau fédéral a décidé de remplacer Sabri Lamouchi par Hervé Renard, offrant ainsi au monde entier une démonstration grandeur...

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Réconciliation pénale : pourquoi c’est une mission impossible pour Ali Abbess

15. Juni 2026 um 16:00

Le président de la République a nommé lundi dernier le magistrat Ali Abbess président de la Commission nationale de conciliation pénale. Il est le troisième magistrat à occuper ce poste après Makram Ben Mna, qui n’a pas réussi sa mission durant les deux mandats qu’il a exercés, et Michket Slama Khaldi qui n’a pas achevé...

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Avec ce régime, l’absurde devient routine

13. Juni 2026 um 16:00

Épisode 1 – Quand le silence parle Nous sommes le samedi 13 juin. Cela fait un mois jour pour jour depuis la dernière audience publique accordée à la cheffe du gouvernement au palais de Carthage. Certes, le président s’est rendu à la Kasbah le 19 mai et s’est entretenu avec elle. Mais ce n’est pas...

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L’âge du mandat de dépôt

12. Juni 2026 um 16:00

Ezzeddine Bach Chaouch a 88 ans. À cet âge-là, les préoccupations tournent généralement autour des proches, des petits-enfants qui grandissent trop vite, des livres qu’on n’a jamais eu le temps de lire, du repos enfin accordé après une vie entière de travail. Le corps est souvent moins docile qu’autrefois, les rendez-vous médicaux plus fréquents et...

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Mondial 2026 : bienvenue aux États-Unis, laissez votre dignité à la frontière

10. Juni 2026 um 16:00

Il est vrai que les cow-boys ne sont pas particulièrement réputés pour leur sens de l’hospitalité et leur ouverture aux étrangers, mais personne n’aurait pu anticiper un tel traitement à l’occasion de la Coupe du monde de football qui doit tenter de se tenir chez l’Oncle Sam. Grâce à Donald Trump et à Gianni Infantino,...

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Mourad Zeghidi : la faim comme seul tribunal

09. Juni 2026 um 16:00

Il a pris la plume depuis sa cellule de la Mornaguia. Pas pour négocier, mais pour dire qu’il assume. Chaque mot prononcé, chaque analyse diffusée. « J’assume », écrit Mourad Zeghidi dans sa lettre du 8 juin, transmise par son avocat. Ce mot court, presque sec, résume tout ce que le pouvoir voudrait lui faire...

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