Le Conseil ministériel restreint consacré à la saison des moissons et aux préparatifs de la campagne agricole 2026-2027 a décidé, samedi 23 mai, de maintenir les prix d’acceptation des céréales au niveau de la saison précédente et d’assurer le financement de la récolte avec la garantie de l’État. Présidé par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, le conseil a également annoncé une série de mesures visant à sécuriser les opérations de collecte, de stockage et de transport des céréales.
Le gouvernement a décidé de renforcer le programme de réglage des moissonneuses-batteuses afin de couvrir 1 300 machines, avec un suivi de terrain accru pour prévenir les incendies. Le contrôle des centres de collecte sera intensifié dès le début de la saison, tandis que les capacités de stockage seront élargies grâce à l’aménagement de nouveaux espaces, notamment pour l’orge.
Dans le cadre des préparatifs de la prochaine campagne agricole, le gouvernement a aussi annoncé l’accélération de la constitution des stocks d’engrais et le maintien des prix actuels des engrais chimiques afin de soutenir les agriculteurs et de réduire les coûts de production. Une attention particulière sera accordée à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique des centres de stockage et à la distribution équitable des engrais via la plateforme numérique « Engrais », lit-on dans la déclaration issue du Conseil des ministres restreint.
Le secrétaire d’État chargé des Ressources hydrauliques, Hamadi Habaieb, a indiqué que les quantités de semences certifiées distribuées ont atteint 524 000 quintaux, soit 30 % des besoins nationaux. Il a précisé que ce volume représente un niveau inédit, contre 265 000 quintaux lors de la campagne 2024-2025.
La Commission européenne doit valider, mardi 19 mai à Strasbourg, un vaste « plan engrais » de plusieurs centaines de millions d’euros destiné à soutenir les agriculteurs européens, frappés par la flambée des coûts et les difficultés d’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient, selon des médias européens.
On rappelle que depuis plusieurs semaines, le détroit d’Ormuz reste bloqué en raison des tensions dans la région. Or, près d’un tiers des engrais importés par l’Europe transitent par cette voie stratégique. Conséquence : le prix des engrais a bondi de 70 % depuis le début de la guerre.
Pour financer ce dispositif d’urgence, Bruxelles prévoit de mobiliser une partie des fonds inutilisés de la Politique agricole commune (PAC). « Il reste 200 millions d’euros dans cette réserve de crise, et mon intention serait de doubler au moins ce montant pour venir au secours de nos agriculteurs », explique Christophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture. Habituellement versées en octobre, ces aides pourraient donc être débloquées de manière anticipée.
Au-delà du soutien immédiat, la Commission souhaite également réduire la dépendance européenne aux engrais importés. Christophe Hansen plaide notamment pour un recours accru aux fertilisants naturels produits localement, comme le lisier agricole.
Le commissaire européen estime par ailleurs que certaines règles environnementales pourraient être assouplies si la crise perdure. Il évoque notamment les limites actuelles concernant l’utilisation des nitrates et de l’azote, jugées trop restrictives par certains agriculteurs européens.
Qu’en est-il en Tunisie? La réponse dans un prochain article.
Le 12 mai prochain, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) tient sa 10e édition du Tunisia Economic Forum. Le thème retenu — «La réforme des circuits de distribution agricole» — est louable dans son intitulé. Le diagnostic implicite qui le sous-tend, lui, mérite d’être sérieusement contesté. Car derrière l’appel à «moderniser» et à «fluidifier» les circuits, perce une vieille musique familière : ce sont les intermédiaires qui bloquent tout. Ce sont eux les coupables. Ce sont eux qu’il faut réformer, réguler, voire éliminer. Sauf que cette thèse, aussi commode soit-elle pour les chefs d’entreprises réunis en forum, repose sur un diagnostic incomplet et partial. C’est comme si on considérait le thermomètre comme la cause de la fièvre
Moktar Lamari *
Commençons par nommer les choses. L’IACE, un think tank ou un lobby ?
L’IACE se présente comme un espace de réflexion et de dialogue. Dans les faits, c’est l’émanation organisée du patronat tunisien, de ses oligopoles agro-industriels, de ses groupes de grande distribution, de ses conglomérats qui contrôlent à la fois la production, le stockage et la mise en marché. Un lobby, en somme, qui coche toutes les cases de la définition — représentation d’intérêts sectoriels, accès privilégié aux décideurs publics, production d’un discours pseudo-technique habillé en intérêt général.
Il n’y a là rien d’illégal. Mais il y a quelque chose d’intellectuellement problématique à laisser ce groupe d’intérêt définir le diagnostic de la chaîne agricole sans que personne ne soulève la question : cui bono ? À qui profite l’accusation portée contre les intermédiaires ?
Cinq limites du raisonnement de l’IACE
1ère limite : confondre symptôme et cause. Les marges excessives entre producteur et consommateur — parfois multipliées par trois selon leurs propres données sont réelles. Mais elles ne sont pas la cause du dysfonctionnement ; elles en sont la conséquence.
Une offre agricole insuffisante, fragmentée, mal organisée, crée structurellement des rentes d’intermédiation. Accuser l’intermédiaire sans traiter la faiblesse de l’offre, c’est comme reprocher au pompier de mouiller les meubles.
2e limite : occulter le problème d’investissement. Le secteur agricole tunisien investit peu. Très peu. Les taux d’intérêt bancaires appliqués aux agriculteurs et aux PME agroalimentaires oscillent entre 13 % et 16 %, dans un contexte où le taux directeur de la Banque Centrale de Tunisie est fixé à 7 %.
Un spread de 6 à 9 points au-dessus du taux directeur : voilà ce qu’on appelle des taux usuraires dans le langage courant, et un rationnement du crédit dans le langage académique. Qui sont les banquiers qui pratiquent ces marges ? Souvent les mêmes groupes financiers dont les représentants siègent dans les forums de l’IACE. Le conflit d’intérêts est flagrant. Et le Forum du 12 mai en parlera-t-il ? On peut en douter.
3e limite : ignorer la faible productivité agricole. La Tunisie affiche une productivité agricole parmi les plus basses du Maghreb, avec un rendement céréalier moyen d’environ 1,5 à 1,8 tonne/hectare, contre 3 à 5 tonnes en Turquie ou au Maroc dans les zones irriguées comparables.
Une productivité aussi basse implique des coûts de revient élevés, qui remontent mécaniquement toute la chaîne de valeur. Ce n’est pas l’intermédiaire qui crée ce différentiel de coût : c’est l’absence d’investissement dans l’irrigation, la mécanisation, les intrants de qualité, la R&D agronomique.
Là encore, les entreprises membres de l’IACE, qui approvisionnent ces filières en matériel et en intrants, ont leur part de responsabilité — qu’on ne saurait sous-estimer.
4e limite : ignorer la collusion oligopolistique en aval. La grande distribution tunisienne est concentrée. Quelques enseignes — souvent liées à de grands groupes privés proches du milieu patronal — exercent un pouvoir d’achat monopolistique sur les fournisseurs. Elles imposent leurs prix d’achat, leurs délais de paiement, leurs référencements discriminatoires.
Dans ce contexte, l’intermédiaire — souvent un petit commerçant, un grossiste de souk, un camionneur — n’est pas le dominant de la filière : il est coincé entre un producteur appauvri en amont et une grande enseigne prédatrice en aval. Le désigner comme bouc émissaire, c’est précisément protéger ceux qui exercent le pouvoir de marché réel.
5e limite : l’absence de toute autocritique. Le communiqué de l’IACE parle de «transparence», d’«écosystème résilient», de «passage de la stratégie à l’exécution». Belles formules. Mais où est l’autocritique des chefs d’entreprises eux-mêmes ? Où est la question sur les délais de paiement imposés aux sous-traitants ? Sur le dumping fiscal pratiqué par certains conglomérats grâce à l’optimisation offshore ? Sur les ententes tarifaires dans la grande distribution que plusieurs enquêtes ont documentées ?
On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, et reprocher à la bergère de mal distribuer ses produits laitiers.
Premièrement : plafonner les spreads bancaires sur le crédit agricole. Un taux maximum de taux directeur + 3 points — soit 10 % au plafond actuel — est une mesure urgente, calibrée sur ce que pratiquent le Maroc (8 %) ou l’Égypte pour ses filières stratégiques. Le forum devrait mettre cette question, et non les intermédiaires, au cœur de ses panels.
Deuxièmement : conditionner les avantages fiscaux des grandes enseignes à des délais de paiement contractuels. Toute entreprise bénéficiant d’exonérations fiscales ou d’avantages du Code d’Investissement devrait être soumise à un plafond de 60 jours de paiement à ses fournisseurs agricoles, sous peine de pénalités automatiques. C’est la règle en France depuis la Loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008. La Tunisie attend toujours.
Troisièmement : investir massivement dans les infrastructures de stockage et de froid. Les pertes post-récolte en Tunisie sont estimées entre 25 % et 35 % selon les filières — tomates, pommes de terre, agrumes. Ce gaspillage structurel crée l’illusion d’une pénurie artificielle que les intermédiaires sont accusés d’exploiter. La réponse est logistique et infrastructurelle, pas policière.
Quatrièmement : ouvrir l’IACE à une représentation des producteurs agricoles et des PME agroalimentaires.
Un forum qui parle de distribution agricole sans agriculteurs à la table, c’est un procès où l’accusé n’est pas convié. Si l’IACE veut être un espace de dialogue national et non une chambre d’écho oligopolistique, qu’il commence par inviter ceux dont il prétend résoudre les problèmes.
Le thermomètre n’est pas la fièvre
L’intermédiaire est, au fond, le thermomètre de la filière agricole tunisienne. Il mesure — parfois amplifie — les dysfonctionnements structurels d’une offre sous-investie, d’une logistique défaillante, d’un crédit inaccessible, d’une productivité anémique. Le briser ne guérira pas le malade. Il laissera simplement le patient sans diagnostic.
Le vrai Forum économique que la Tunisie attend n’est pas celui où le patronat interroge les autres. C’est celui où il interroge aussi ses propres pratiques — ses marges, ses délais, ses ententes, ses taux d’intérêt.
Ce jour-là, le débat sera vraiment national. En attendant, le Tunisia Economic Forum 2026 ressemble davantage à un procès organisé par les bouchers pour réformer les bergers.
La Banque nationale des gènes a annoncé l’installation de trois écoles de terrain dans les gouvernorats de Sousse (M’saken), Sfax (El Hzeg) et Bizerte (Frétissa), en partenariat avec l’Association tunisienne pour l’agriculture durable et avec le financement de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Ces écoles de terrain, dédiées aux semences et à la génétique agricole, se situent au cœur de parcelles agricoles et offrent un cadre de formation pratique. Les agriculteurs, étudiants et techniciens y découvrent les caractéristiques des différentes variétés végétales et apprennent les principes de base de la génétique appliquée à l’agriculture, notamment la résistance, la productivité et la qualité des cultures.
Cette initiative repose sur une approche participative visant à favoriser le partage des connaissances et des expériences entre les acteurs du terrain. Elle contribue au renforcement des capacités locales en matière de conservation et de valorisation des semences traditionnelles, tout en promouvant des pratiques agricoles durables respectueuses des équilibres environnementaux. Ces actions permettent également d’améliorer la productivité, de renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux changements climatiques et de soutenir la sécurité alimentaire.
Identifier les maladies et les ravageurs
Les participants apprendront à sélectionner et améliorer localement les semences, à identifier les maladies et les ravageurs et à comprendre leur impact sur les différentes variétés. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du programme « Renforcement de la biodiversité agricole par la multiplication des semences locales pour les céréales et les fourrages et l’adoption de pratiques agricoles écologiques ».
Selon le National Gene Bank, les premières sessions de formation débuteront en janvier et se poursuivront régulièrement tout au long de la saison agricole. L’institution réaffirme ainsi son engagement à soutenir les agriculteurs et à préserver le patrimoine génétique local, garantissant sa continuité dans les systèmes agricoles et la protection du capital génétique national.
La fixation d’un prix de référence de 10 dinars le kilo pour l’huile d’olive au niveau des huileries déclenche une vive contestation chez les producteurs. Le Syndicat des agriculteurs tunisiens dénonce une décision qu’il juge déconnectée des coûts réels et avertit des risques sérieux pour l’avenir de la filière oléicole.
La décision conjointe des ministères de l’Agriculture et du Commerce d’instaurer un prix de référence mobile pour l’huile d’olive continue de susciter de vives réactions. Aujourd’hui, sur les ondes d’Express fm, le président du Syndicat des agriculteurs tunisiens (Synagri), Midani Dhaoui, a publiquement critiqué cette mesure, estimant qu’elle accentue les tensions au sein de la filière. Selon lui, le prix arrêté ne reflète ni la réalité des coûts de production ni les équilibres économiques du secteur.
Une décision qui fracture la filière
Pour le Synagri, la fixation du prix à 10 dinars le kilo au niveau des huileries a créé un climat de crispation inédit entre agriculteurs et propriétaires d’huileries. Midani Dhaoui affirme que cette situation a conduit certaines unités de transformation à refuser la réception des olives, paralysant partiellement la campagne oléicole dans plusieurs régions. Il dénonce une mesure « improvisée » qui n’a pas fait l’objet d’une concertation globale avec l’ensemble des acteurs concernés.
Le cœur du désaccord réside dans l’écart entre le prix de référence fixé et les coûts réels supportés par les agriculteurs. Le président du syndicat souligne que la majorité de la production actuelle provient désormais de cultures irriguées, nettement plus coûteuses en raison de la hausse des intrants, de l’énergie et de la main-d’œuvre.
Dans ces conditions, le prix annoncé ne permettrait pas de couvrir les frais engagés, faisant peser l’essentiel de l’effort financier sur le seul producteur. Il estime que le prix réel devrait se situer à pas moins de 14 dinars le kilogramme, et ce, afin d’absorber les coûts de production, de transformation et de commercialisation.
Inquiétudes sur l’avenir de l’oliveraie tunisienne
Midani Dhaoui a également pointé la faible valorisation de l’huile d’olive tunisienne sur les marchés internationaux. Malgré une qualité reconnue parmi les meilleures au monde, le produit tunisien demeure, selon lui, vendu à des prix inférieurs à ceux de nombreux concurrents. Il attribue cette situation à des politiques conjoncturelles et à des décisions prises dans l’urgence, sans vision stratégique à long terme.
Au-delà de la conjoncture actuelle, le syndicat s’inquiète pour la pérennité d’un patrimoine agricole estimé à près de 120 millions d’oliviers. En l’absence de politiques proactives garantissant une rémunération équitable des producteurs, Midani Dhaoui redoute un désengagement progressif des agriculteurs et une fragilisation durable de la filière, pourtant centrale pour l’économie nationale et les exportations.
Appel à une révision des prix
Face à cette situation, le président du Synagri appelle les autorités à revoir leur approche et à fixer des prix « réels », alignés sur les coûts de production. Il estime qu’assurer aux agriculteurs des revenus décents constitue une condition indispensable pour préserver la filière, apaiser les tensions avec les huileries et maintenir la compétitivité de l’huile d’olive tunisienne sur les marchés internationaux.
Les ministères de l’Agriculture et du Commerce, ont conjointement annoncé, mardi 23 décembre 2025, l’instauration d’un prix de référence mobile pour l’huile d’olive au niveau des huileries. Ce prix est fixé à 10 dinars le kilogramme pour la campagne agricole 2025–2026.
Selon ce communiqué, cette mesure vise à encadrer le marché de l’huile d’olive et à garantir le bon déroulement du processus de récolte et de transformation des olives. Elle cherche également à préserver l’équilibre de la filière et à protéger les intérêts de tous les acteurs, en particulier les petits producteurs.