Blocus du détroit d’Ormuz : le pari très risqué de Donald Trump
Le blocus du détroit d’Ormuz, décidé par Donald Trump, vise à priver l’Iran de sa manne pétrolière. Une stratégie hasardeuse qui pourrait avoir des conséquences plus globales. Analyse.
Donald Trump a-t-il réellement mesuré la portée de sa décision de bloquer le détroit d’Ormuz ? Une initiative aux répercussions aussi lourdes qu’imprévisibles. Lui qui misait sur une guerre éclair pour pouvoir claironner, tambour battant, une « victoire totale et écrasante » contre l’Iran, à défaut d’effacer une civilisation perse millénaire. Mais en fermant cette voie d’eau stratégique, c’est tout l’équilibre énergétique mondial qu’il ébranle. Avec, à la clé, une flambée des prix du pétrole qui se répercute directement à la pompe pour les consommateurs américains. Effet boomerang garanti.
Brutalité
En effet, la décision prise par l’administration américaine marque une escalade majeure. Elle intervient après l’échec de négociations entre Washington et Téhéran visant à mettre fin au conflit. Mais sur quelle base ? Impatients, les négociateurs américains s’attendaient non sans candeur à une reddition iranienne. Cependant, après moins d’une journée de discussion, JD Vance et son équipe ont estimé qu’ils n’obtiendraient rien de significatif de la partie adverse.
Aussitôt, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a choisi de brandir le gros bâton en décrétant le blocage du détroit d’Ormuz par l’armée américaine. Déjà, les États-Unis ont commencé des opérations de déminage et déployé des destroyers pour contrôler le trafic maritime dans et autour du détroit. L’armée américaine a toutefois précisé qu’elle autoriserait la circulation des navires ne partant pas ou ne se dirigeant pas vers l’Iran. Mais on peut facilement imaginer que ces bateaux-là seront, quant à eux, menacés par Téhéran. Ce qui rendra ainsi toute circulation impossible.
L’objectif est double : empêcher Téhéran d’utiliser le détroit comme levier de pression; et reprendre le contrôle d’un passage stratégique déjà largement perturbé par les menaces et attaques iraniennes contre les navires. Autrement dit, Washington ne se contente pas de sécuriser le passage. En effet, il cherche à asphyxier économiquement l’Iran en contrôlant les flux maritimes liés à ses exportations.
Risque de dérapage
Pour combien de temps ? Aucune durée précise n’a été annoncée. Le blocus est présenté comme une mesure évolutive, liée aux avancées du conflit et à d’éventuelles concessions iraniennes. Il pourrait donc durer tant que les négociations resteront dans l’impasse. Sur le terrain, la situation reste très instable : l’Iran affirme contrôler le détroit et menace de riposter. Ce qui laisse craindre une confrontation directe entre marines.
Etouffer la Chine
D’autre part, en mettant sous pression la République islamique d’Iran pour la priver de sa manne pétrolière, le locataire de la Maison Blanche – qui n’en est pas à une bourde près – ne semble pas voir plus loin que le bout de son nez. Car la fermeture du détroit d’Ormuz aura pour conséquence d’agir comme une onde de choc sur les économies asiatiques, en première ligne desquelles la Chine. Tant il est vrai que dans ce passage étroit se joue une part décisive de l’équilibre énergétique mondial. Puisque près d’un baril de pétrole sur cinq y transite chaque jour.
En effet, l’enjeu pour Pékin est énorme. Premier importateur mondial de brut, le géant asiatique dépend largement de ces approvisionnements en or noir du Golfe. Et notamment de ceux d’Arabie saoudite, d’Irak ou encore des Émirats arabes unis. Or, le blocage d’Ormuz revient de facto à refermer brutalement ce robinet énergétique.
Résultat immédiat : une raréfaction de l’or noir doublée d’une flambée des prix sur les marchés internationaux. Pour les grandes économies industrielles d’Asie, de la Chine au Japon en passant par la Corée du Sud, la facture sera lourde.
Et pas que pour la zone Asie. Les effets sont déjà visibles. L’annonce du blocus a immédiatement fait remonter les prix du baril de pétrole américain qui est repassé au-dessus des 100 dollars. Plus largement, la crise du détroit d’Ormuz perturbe une zone par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Ce qui provoque une flambée des prix pouvant dépasser 120 dollars le baril au plus fort de la crise. Cette situation est décrite comme l’une des plus graves menaces pour l’approvisionnement énergétique mondial depuis les années 1970.
Au final, ce blocage pourrait-il forcer la main de l’Iran ? « Il y a peu de raisons de penser qu’un blocus contraindrait l’Iran à capituler » reconnaît Danny Citrinowicz, chercheur israélien à l’Institut d’études sur la sécurité nationale de Tel-Aviv. Tout en ajoutant que « la résilience dont le pays a fait preuve jusqu’à présent suggère l’inverse ».
Idem pour Shibley Telhami, chercheur à la Brookings Institution et professeur à l’université du Maryland, pour qui l’annonce d’un blocus américain est même « déconcertante » et paraît « contre-productive ». Le président américain « n’aurait pas pu porter un coup plus dur à ce qui reste de la crédibilité mondiale des États-Unis », a-t-il conclu.
Que reste-t-il à ajouter face à un constat d’une telle implacabilité ? Rien, sinon reconnaître l’évidence et en mesurer toute la portée.
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