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De la menace d’apocalypse à un répit temporaire – Pourquoi un tel revirement ?

09. April 2026 um 12:47

Moins de 90 minutes avant l’expiration de son ultimatum, Donald Trump a fait marche arrière et annoncé mardi 7 avril un cessez-le-feu avec l’Iran. Une stratégie qui mêle intimidation extrême et pragmatisme. Analyse.

 

C’est un air du déjà-vu. Lors de son premier mandat et dans sa première allocution devant l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump s’était violemment attaqué, le 19 septembre 2017, au « régime vicieux » de la Corée du Nord, promettant « le feu et la colère » et menaçant de « détruire totalement » ce pays qui développe des missiles nucléaires au nez et à la barbe de la communauté internationale. Avant d’engager, à la surprise générale, des discussions inédites avec Kim Jong-un !

Bis repetita. Mardi 7 avril 2026, le même président américain lance un terrible ultimatum aux dirigeants iraniens : rouvrir le détroit d’Ormuz avant minuit, faute de quoi « une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais réapparaître », a-t-il menacé sur sa plateforme Truth Social.

Il ajoute : « Je ne veux pas que cela se produise, mais ce sera probablement le cas ».

Ainsi, un président qui ne brille ni par sa culture ni par sa connaissance de l’Histoire, menace avec une violence inouïe et sans état d’âme de raser ainsi Chiraz, Tabriz, Ispahan, Persépolis, capitale achéménide ou encore Hamadan ; des villes millénaires où vivront Ferdowsi, Rumi, Hafez, Saadi, Omar Khayyam, Nezami. A l’heure où les ancêtres de M. Trump vivaient à l’âge de pierres.

Rétropédalage

Revirement spectaculaire de la situation. Une heure avant l’expiration de l’ultimatum, le locataire de la Maison Blanche annonce avoir accepté un cessez-le-feu, une sorte de trêve de 15 jours présentée comme « une victoire totale et complète. 100 %. Il n’y a aucun doute là-dessus ».

Dans un article intitulé « le jour où le monde a retenu son souffle face aux menaces de Donald Trump sur l’Iran », The Wall Street Journal écrit : « À 8 h 06 [heure locale], mardi, le président américain a posé l’ultimatum le plus radical de son mandat » et, « à moins d’une heure et demie de l’échéance, Trump a finalement fait machine arrière et annoncé sur son réseau social la conclusion d’un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, et l’annulation des frappes promises, en échange de la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz ».

Alors, comment expliquer cette volte-face ?

Cynisme

Il s’agit en effet d’une stratégie bien huilée : le milliardaire républicain, initialement rompu aux techniques de la promotion immobilière, met la barre très haut lors d’une négociation avant de concéder progressivement du terrain ; tout en restant au-dessus de son objectif réel. Le tout en maniant l’arme de l’intimidation, voire de la violence verbale.

Et ce qui vient de se passer concernant l’Iran illustre parfaitement cette stratégie : pousser la menace à son paroxysme, puis ajuster sa position face aux risques d’escalade.

Concrètement, le président américain émet une grave menace d’un anéantissement de la « civilisation » iranienne assortie d’un ultimatum, fait volte-face à la dernière minute, parle désormais de possible coopération entre l’Iran et les États-Unis, ennemis jurés depuis près d’un demi-siècle, pour administrer conjointement le détroit d’Ormuz ou récupérer les stocks d’uranium enrichi de Téhéran. Et claironne par la suite son propre « génie » tactique ayant abouti à une « victoire totale ».

Une mécanique qui s’inscrit aussi dans un contexte politique intérieur tendu, marqué par une opinion publique plus réticente à la guerre et des inquiétudes économiques croissantes, à l’approche des élections de mi-mandat.

D’ailleurs, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a bien saisi le sens de la manœuvre présidentielle. Interrogée sur la menace apocalyptique émise mardi matin (7 avril) par son patron et qui a même fait spéculer sur une attaque nucléaire américaine, elle a fini par admettre que « ce qui intéresse le président ce sont les résultats et dans les faits, sa rhétorique très dure et son style de négociation dur ont apporté les résultats que vous pouvez tous voir aujourd’hui ».

Qui gagne, qui perd ?

Ce n’est pas l’avis d’un spécialiste des États-Unis qui estime pour sa part que Donald Trump « met les enjeux très haut parce qu’il pense que c’est la solution pour faire peur à l’adversaire. Il croit que cette pression extrême va forcer l’adversaire à négocier et lui donner un avantage. Il est pourtant en position de faiblesse face à l’Iran ».

Et d’expliquer : « Malgré ses propos très violents, Donald Trump n’obtient rien en réalité et s’embourbe dans une situation qu’il a provoquée. C’est une porte de sortie à la Trump, une porte de sortie rhétorique. Il construit un récit dans lequel il apparaît comme le gagnant, transformant le réel en affirmant que les Iraniens sont forcés à négocier, alors que s’il accepte les dix points du plan de paix, la situation risque d’être pire que celle d’avant-guerre ».

Pour Steven Ekovich, professeur d’histoire et de relations internationales à The American University of Paris, « La stratégie de Donald Trump, c’est d’être au centre de l’attention mondiale. Il a tenu la planète entière en haleine pendant quelques heures après sa menace de mardi. Mais il a aussi abîmé sa crédibilité. Le danger, c’est que plus personne ne le prenne au sérieux ».

Au bout du compte, c’est à se demander qui sort véritablement gagnant de ce bras de fer entre Donald Trump – le flamboyant adepte du poker -, et les dirigeants iraniens, réputés pour leur jeu d’échecs aussi discret que méthodique. La réponse, elle, se révèle bien moins évidente qu’il n’y paraît.

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