Pétrole | Drones ukrainiens pour protéger les installations d’Aramco
Le Wall Street Journal a révélé que le géant pétrolier Saudi Aramco est en pourparlers avancés pour l’achat de systèmes d’interception de drones auprès de l’Ukraine, pays qui a acquis une solide expérience en faisant face à des milliers de drones kamikazes notamment iraniens lancés au-dessus de ses villes et de ses centrales électriques par la Fédération de Russie.
Imed Bahri
Selon le journal américain, Aramco via un intermédiaire saoudien, est en pourparlers avec des entreprises ukrainiennes de premier plan telles que SkyFall et Wild Hornets pour l’achat de modèles avancés de drones intercepteurs* (P1-Sun et Sting), ainsi que de systèmes de guerre électronique produits par Phantom Defense.
Ces systèmes ont été spécifiquement conçus pour détruire les drones Shahed iraniens avant qu’ils n’atteignent les cibles en l’occurrence dans ce cas les infrastructures pétrolières saoudiennes. La Russie utilise ces drones de manière intensive contre l’Ukraine depuis 2022.
Expertise en matière de «survie»
Les ingénieurs ukrainiens n’ont pas développé ces armes dans des laboratoires discrets. Au lieu de cela, ils ont procédé à la rétro-ingénierie des drones iraniens qui s’abattaient sur leurs habitations, obtenant ainsi les signatures radar et thermiques les plus précises de ces menaces.
Ce moment marque la transformation de l’Ukraine, qui passe d’un pays en quête d’aide militaire à un pays vendant son expertise en matière de «survie» au monde entier. Chaque drone intercepteur livré à l’Arabie saoudite finance la défense ukrainienne et réduit sa dépendance vis-à-vis de l’Occident.
Acheter auprès de l’Ukraine plutôt qu’auprès de géants comme Lockheed Martin ou Raytheon revient à admettre que les systèmes occidentaux onéreux (comme le Patriot, dont le missile coûte 3 millions de dollars) ne sont pas économiquement viables comparés à un drone qui ne coûte que 20 000 dollars. Un ratio coût/investissement de 150:1 représente une perte stratégique pour le pays qui se défend.
Pour l’Iran, cet accord marque le début de la fin de l’avantage stratégique conféré par les drones Shahed, qui ont menacé la navigation dans le détroit d’Ormuz et frappé des infrastructures vitales. Ils devront désormais faire face à des drones intercepteurs conçus par ceux qui les affrontent depuis des années maintenant.
Une course contre la montre
Avec 20 millions de barils par jour perturbés dans le détroit d’Ormuz et le déclenchement de la guerre avec l’Iran, Aramco se lance dans une course contre la montre pour sécuriser ses gisements et se installations avec des systèmes ayant fait leurs preuves sur le terrain.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé cette semaine que des spécialistes ukrainiens se trouvaient au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pour aider ces pays à faire face aux attaques de drones Shahed iraniens.
Shahriar Amouzegar, chargé d’affaires iranien en Ukraine, a réagi, samedi 14 mars 2026, à cette assistance ukrainienne aux pays de Golfe dans un entretien avec l’AFP, il a déclaré : «En ce qui concerne les mesures prises par l’Ukraine au Moyen-Orient contre les drones, nous les considérons essentiellement comme une blague et un geste purement symbolique». «La présence de l’Ukraine dans cette guerre n’a pas vraiment d’importance pour nous. Nous ne la prenons pas très au sérieux», a-t-il renchéri. Il a également affirmé que Téhéran dispose de nouvelles technologies et d’innovations qui permettront de neutraliser tous ces efforts.
Le diplomate iranien a toutefois averti qu’avec son soutien aux pays du Golfe, l’Ukraine entre désormais de fait dans une phase de confrontation directe avec Téhéran. «Elle s’est rangée aux côtés de nos ennemis», a-t-il dit.
Il est à indiquer que l’Ukraine a officiellement déployé des escadrons de drones intercepteurs et une équipe d’experts militaires en Jordanie afin de coordonner la protection de la base aérienne de Muwaffaq Salti où un drone kamikaze iranien a détruit un radar AN/TPY-2, composant essentiel du système de défense antimissile américain Thaad (Terminal High Altitude Area Defense) d’une valeur de 300 millions de dollars.
* Les drones intercepteurs sont conçus pour neutraliser d’autres drones, notamment les modèles kamikazes, en les percutant directement. Souvent pilotés en réalité virtuelle (FPV) et peu coûteux (quelques milliers d’euros), ils offrent une défense économique et efficace contre les menaces à basse altitude, atteignant des vitesses de plus de 300 km/h.
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