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Comment lire le RTP des jeux de casino en ligne

10. September 2026 um 12:31

La plupart des slots en ligne affichent quelque part un pourcentage que les joueurs regardent rarement.  Il s’appelle le RTP, pour return to player, et il indique combien le jeu reverse aux joueurs sur le long terme. Un slot à 96% retourne en moyenne 96 sur chaque tranche de 100 jouée, le reste étant la marge du casino. (Photo: Comparaison du RTP des jeux).

Ce chiffre apparaît dans les paramètres du jeu, le menu d’aide ou le tableau des gains. Un joueur qui lance un slot sur 1x retrouve le RTP en quelques clics dans l’un de ces menus. Ce qui est moins évident, c’est ce que ce pourcentage signifie pour une session de jeu concrète.

Où trouver le RTP d’un jeu de casino ? Le chiffre est là, mais il ne saute pas aux yeux. Sur la plupart des slots en ligne, il se trouve dans le menu d’aide, la section règles du jeu ou le tableau des gains. Parfois il faut cliquer sur une icône en forme de point d’interrogation, parfois il est dans un onglet séparé intitulé «informations du jeu» ou «paytable.»

Pour les jeux de table comme le blackjack ou la roulette, le RTP est rarement affiché dans l’interface. Il correspond au modèle mathématique du jeu lui-même, et les fiches techniques publiées par le développeur du jeu le mentionnent généralement.

Attention aux versions multiples du même jeu

Un détail que la plupart des joueurs ignorent. Les développeurs livrent souvent le même slot en plusieurs versions de RTP, et c’est l’opérateur qui choisit laquelle faire tourner. Le même titre peut afficher 96,5% sur une plateforme et 94% sur une autre. Le chiffre doit être vérifié directement sur le casino où la partie se joue, pas sur une fiche produit trouvée ailleurs.

Ce que le RTP indique et ce qu’il n’indique pas

Lire 96% et en déduire qu’une session de jeu va retourner 96 sur 100, c’est une mauvaise lecture. Le chiffre ne fonctionne pas ainsi. Il porte sur des millions de tours, pas sur une soirée. Sur une session courte, le résultat peut être bien au-dessus ou bien en-dessous de cette moyenne. Le RTP est une moyenne statistique au long cours, pas une promesse par session.

Ce qu’il permet en revanche, c’est de comparer. Entre un slot à 94% et un slot à 97%, la différence de marge sur mille tours est mesurable, et c’est une information disponible avant de jouer.

Les fourchettes de RTP par type de jeu

Tous les jeux de casino ne jouent pas dans la même catégorie, et les écarts sont plus grands que ce qu’on imagine. Le blackjack avec stratégie de base tourne autour de 99,5% de retour. Un slot populaire à 96% affiche une marge quatre fois plus large, mais l’expérience de jeu n’a rien à voir, et c’est souvent cela qui guide le choix.

La fourchette des slots est la plus large de toutes les catégories. Certains titres descendent bien en dessous de 90%, et le chiffre varie d’une plateforme à l’autre pour le même jeu, ce qui rend la vérification avant chaque session d’autant plus pertinente. Avant de choisir un slot, vérifier le RTP dans les paramètres du jeu prend quelques secondes et filtre les titres à marge élevée. Un joueur habitué aux sessions sur 1xbet Mauritanie gagne du temps en consultant cette donnée avant chaque première mise. 

Volatilité et RTP ne disent pas la même chose

Deux slots à 96% de RTP, et pourtant l’un fait gagner toutes les dix minutes pendant que l’autre laisse attendre une heure avant de tout lâcher d’un coup. La différence a un nom, la volatilité, et c’est le deuxième chiffre à vérifier.

Un slot à basse volatilité distribue des gains modestes mais réguliers. À haute volatilité, les séquences calmes s’étirent, ponctuées de pics bien plus marqués. Un joueur qui préfère des sessions longues et régulières ne réagira pas de la même façon qu’un joueur prêt à accepter des creux prolongés en échange de gains plus importants. Les deux chiffres ensemble, RTP et volatilité, donnent une idée assez précise de ce que le jeu va produire avant même d’y toucher.

Où la volatilité est affichée

Moins systématiquement affichée que le RTP, la volatilité apparaît parfois dans la fiche du jeu sous la forme d’un indicateur (basse, moyenne, haute) ou d’une échelle. Quand elle n’est pas indiquée, les fiches de test publiées par des sites spécialisés peuvent combler le manque.

Avant de choisir entre deux jeux, ouvrir les paramètres des deux permet de comparer rapidement. Le RTP sert à filtrer les jeux par niveau de marge. La volatilité indique si le rythme de distribution correspond au style de jeu recherché. Les deux informations sont accessibles avant la première mise.

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Tunisie | Mise en garde contre une pénurie de dispositifs et équipements médicaux

10. September 2026 um 11:07

Face à l’accumulation importante de créances impayées de la part des hôpitaux publics et du ministère de la Santé, plus de 600 entreprises tunisiennes de fourniture médicale voient leur survie menacée par ces retards prolongés de paiement.

Les représentants des entreprises du secteur des dispositifs et équipements médicaux ont exprimé leur inquiétude face aux difficultés financières persistantes auxquelles ils sont confrontés. Ces difficultés exercent une pression sur leur capacité à financer les importations et à maintenir des stocks suffisants, entraînant une pénurie de certains dispositifs et équipements médicaux.

La Chambre syndicale nationale des entreprises de dispositifs et équipements médicaux relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) a tenu, le lundi 7 septembre 2026, une assemblée générale en présence des représentants des entreprises adhérentes. Cette réunion était consacrée au suivi des travaux de la commission mixte réunissant le ministère de la Santé et la Chambre, ainsi qu’à l’évaluation de la situation actuelle du secteur.

Les participants ont salué l’initiative visant à mettre en place une commission conjointe et à accélérer le règlement des problèmes en suspens, notamment le paiement des arriérés dus aux entreprises du secteur par les établissements et structures de santé publics, ainsi que les mesures relatives à la mainlevée sur les garanties bancaires.

Par ailleurs, les représentants des entreprises ont exprimé leur préoccupation face aux difficultés financières persistantes auxquelles fait face le secteur, et aux pressions qui en découlent sur leur capacité à financer les importations et à maintenir des stocks suffisants, tout en mettant en garde contre une pénurie de certaines fournitures et certains équipements médicaux.

Les participants ont souligné que la situation exige la poursuite des efforts pour trouver des solutions pratiques et urgentes, notamment en accélérant le règlement des arriérés de paiement et en régularisant les situations financières en suspens, afin de permettre aux entreprises de poursuivre leurs activités, d’honorer leurs engagements et de garantir la continuité de l’approvisionnement des structures de santé.

La Chambre, qui regroupe et défend les fabricants, importateurs et distributeurs de matériel de santé en Tunisie, réaffirme sa disposition à poursuivre la coordination et le dialogue avec le ministère de la Santé et les autres parties concernées, afin de contribuer à surmonter les difficultés actuelles, à préserver la stabilité du secteur et à assurer la continuité de l’approvisionnement.

I. B.

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La Tunisie, son sel et son pétrole | Que vaut une souveraineté sans capacité ?

10. September 2026 um 08:45

Entre posséder une ressource et en maîtriser la valeur ajoutée, il existe tout un monde : celui des compétences, de la technologie, du financement et de la capacité à décider. Aujourd’hui, la Tunisie parle à nouveau de souveraineté et de nationalisation des richesses. Cette fois c’est le pétrole qui revient au centre des imaginaires politiques, comme hier le sel. Mais que vaut une propriété qui ne parvient pas à transformer une ressource en richesse pour elle-même ? (Photo: Marais salant à Monastir).

Manel Albouchi *

Il y a un mot qui revient dans une société lorsqu’une blessure collective cherche à se dire : «souveraineté». Ce mot n’est jamais strictement économique : il charrie le sentiment d’avoir été dépossédé, et cette douleur de voir partir ailleurs une valeur produite ici.

Lorsque ce poids devient trop lourd, une réponse simple s’impose parfois au corps social : reprendre. Mais reprendre quoi ? Et surtout : reprendre comment ?

Le 26 juillet 1956, à Alexandrie, Gamal Abdel Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez. L’événement est devenu un symbole mondial de souveraineté, mais il serait trompeur d’en faire une réussite simple : la nationalisation fut suivie d’une crise internationale majeure et d’une intervention militaire franco-britannique et israélienne.

Une idée demeure pourtant : la décision politique ne pouvait pas rester au niveau du discours. Il fallait prendre le contrôle de l’infrastructure et assurer la continuité du trafic. L’État ne disait pas seulement «c’est à nous» ; il devait démontrer qu’il était capable de le faire fonctionner. C’est peut-être là la véritable leçon de Suez : le passage difficile de la propriété proclamée à la capacité opérationnelle.

Le cas du sel tunisien pose une question similaire. La convention avec Cotusal remonte à 1949, renouvelée en 1999 puis en 2014, dans un cadre régulièrement contesté. En 2018, son capital était détenu à 65 % par des intérêts étrangers et à 35 % par des intérêts tunisiens. En 2019, le gouvernement décide de ne pas prolonger la convention au nom de l’intérêt national.

Le geste est politiquement fort. Mais une question commence après l’annonce : qu’avons-nous réellement repris ? Mettre fin à une convention n’est pas encore maîtriser une filière. «La propriété privée nous a rendus si sots et si bornés qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous l’avons», écrivait Karl Marx, dans ses ‘‘Manuscrits de 1844’’.

Or, le sel ne devient réellement «à nous» que lorsque nous développons la capacité technologique et organisationnelle de le transformer nous-mêmes.

Que peut l’Etap ?

Quant au pétrole, l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap) existe précisément pour porter cette capacité nationale. Le débat actuel ne devrait pas rejouer le scénario du sel — proclamer une reprise avant de mesurer le chantier — mais interroger ce que l’Etap a réellement les moyens de faire : négocier des associations plus favorables, exiger davantage de transfert de technologie, former des ingénieurs capables de piloter l’exploration et la production.

Car une compétence ne devient une capacité nationale que lorsqu’elle est transmise, exercée et assumée. Il ne suffit pas de former des ingénieurs : encore faut-il que les savoirs soient capitalisés et que l’organisation sache transformer l’expertise individuelle en intelligence collective. C’est l’un des objets de la psychologie organisationnelle : confiance, transmission, coopération, leadership.

Le sel a montré qu’une décision de souveraineté ouvre parfois un chantier immense. Le pétrole offre peut-être l’occasion inverse : préparer avant de reprendre.

Des voix politiques réclament encore la «nationalisation des richesses». Pourtant, aucune décision officielle n’a été annoncée, et la production continue de reculer : environ 109 000 tonnes en janvier 2025, soit 12 % de moins qu’un an plus tôt. La question n’est pas simplement de savoir si le pétrole est tunisien, mais quelle part de la valeur qu’il génère reste réellement en Tunisie.

Entre souveraineté nominale et souveraineté effective

Le pétrole n’est pas un objet que l’on possède ou non, c’est une chaîne : explorer, forer, transformer, négocier, former, innover. À chaque étape, la valeur créée peut être captée localement, partagée, ou transférée à l’extérieur.

Juridiquement, la ressource appartient au pays. Économiquement, une partie importante de la richesse peut lui échapper. L’enjeu n’est donc pas seulement la propriété du gisement, mais la part de valeur ajoutée créée, captée et réinvestie localement : en amont, dans les clauses de transfert de compétence négociées avec les opérateurs internationaux ; en aval, dans la capacité à transformer plutôt qu’à exporter brut ; entre les deux, dans une formation d’ingénieurs qui s’enracine localement.

Il faut ici distinguer deux choses. La souveraineté juridique donne le droit de décider : signer, rompre un contrat, nationaliser. La souveraineté effective donne les moyens de faire : choisir avec qui travailler et à quelles conditions.

La souveraineté ne signifie pas nécessairement l’autarcie, ni tout faire seul. C’est peut-être cette nuance qui manque à notre débat : le choix n’est pas entre fermer la porte au monde ou remettre les clés de la maison à l’autre. Il existe une troisième voie : coopérer sans abandonner progressivement la capacité d’apprendre.

Ce que nous ne regardons pas

Il est toujours plus facile de regarder à l’extérieur : l’investisseur, l’entreprise étrangère, le contrat. Nous regardons moins nos ingénieurs, nos chercheurs, notre mémoire institutionnelle.

Pourtant, la première matière première d’une économie moderne est peut-être la compétence, et une souveraineté fondée sur la compétence suppose aussi de savoir la retenir. Former un ingénieur pour le voir partir faute de perspectives, c’est parfois exporter silencieusement une partie de notre capacité future. Ici encore, l’économie rencontre la psychologie : retenir les talents dépend aussi de reconnaissance, d’autonomie et de la possibilité de se projeter dans une organisation.

Une nation peut disposer de pétrole et d’institutions ; si elle ne parvient pas à transmettre ces savoirs, sa souveraineté restera partielle.

Le désir de nationalisation ne doit pas être caricaturé : il exprime une aspiration légitime à la justice et à l’autonomie. Mais ce désir doit rencontrer le principe de réalité ; rompre un contrat sans préparation industrielle peut produire une victoire symbolique et une défaite économique différée.

La vraie question n’est donc pas de choix mais de construction : des compétences, une expertise, une mémoire institutionnelle, une part croissante de valeur ajoutée tunisienne. Une position mature ne dit pas «nous n’avons besoin de personne», mais : «nous pouvons travailler avec vous sans devenir incapables de travailler sans vous.»

Entre désir et réalité, reprendre la valeur

C’est ici que la nationalisation du canal de Suez devient plus qu’un événement historique : une question adressée à toutes les nations qui cherchent leur indépendance. Veulent-elles posséder leurs ressources, ou construire la capacité de les transformer en richesse ? La différence est immense : celle qui sépare une propriété d’une stratégie.

Notre véritable richesse ne se trouve peut-être ni sous la terre, ni dans la mer, mais dans notre capacité à transformer ce que nous avons en valeur ajoutée, à en retenir une part significative, et à la réinvestir dans nos compétences et nos générations futures.

Alors la question n’est peut-être pas : «à qui profite notre pétrole ?», mais : «quelle valeur sommes-nous capables d’en créer, quelle part sommes-nous capables d’en retenir, et que sommes-nous capables d’en faire ? » C’est là que commence la véritable souveraineté.

* Psychothérapeute intégrative et consultante en psychologie organisationnelle

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Noureddine Bouarrouj, la mémoire effacée du communisme tunisien

10. September 2026 um 08:25

Cet article est un acte de mémoire. Il paraît à l’occasion du trente-quatrième anniversaire de la mort de Noureddine Bouarrouj, comme un hommage et un devoir de mémoire. Mais rendre justice à sa pensée impose aussi d’interroger la manière dont elle a été effacée : car cet effacement n’est pas un simple oubli. Il est le produit d’une gestion du parti centrée sur une personne et sur un appareil, qui a fini par réduire la mémoire collective de la gauche tunisienne à un récit de personnes et de divisions. Se souvenir de Bouarrouj, c’est donc aussi reprendre une question que l’histoire officielle du parti a préféré ne pas poser : pourquoi le Parti communiste tunisien n’a-t-il pas de mémoire collective ?

Abdelhamid Larguèche *

L’histoire du communisme tunisien s’est longtemps écrite autour d’un nom, celui de Mohamed Harmel, présenté comme l’homme qui sauva le Parti communiste tunisien (PCT) de la clandestinité, de la répression, puis de l’effondrement du communisme international. Ce récit n’est pas faux. Il est seulement incomplet, et son incomplétude a un coût : elle a occulté une autre histoire, plus discrète, celle des intellectuels que la gestion centralisée et personnelle du parti a progressivement marginalisés, et au premier rang desquels figure Noureddine Bouarrouj.

Un récit d’appareil, une mémoire de personnes

Mais le coût va plus loin que la mise à l’écart d’un homme ou d’un groupe. À force de faire reposer sa légitimité sur la figure d’un seul dirigeant et sur la préservation de l’appareil, le parti a fini par transformer sa propre histoire en un récit de personnes : celui d’un sauveur et de ceux qu’il aurait, volontairement ou non, écartés. Les témoignages de ses camarades le rappellent avec amertume : jusqu’à aujourd’hui, certains sont irrités par la seule évocation des noms de Noureddine Bouarrouj, Ali Mtimet ou Bechir El Fani, comme si leurs rôles dans l’édification du parti, y compris dans les moments les plus difficiles de la clandestinité, devaient rester volontairement tus.

Une mémoire collective réduite à un récit de personnages et de rivalités n’est plus une mémoire collective : elle devient un instrument de gestion interne, qui a servi à trancher des désaccords intellectuels par des mises à l’écart plutôt qu’à les faire vivre.

Se souvenir de Bouarrouj, trente-quatre ans après sa disparition, ce n’est donc pas instruire le procès d’un homme. C’est reconnaître qu’un pan entier de la pensée marxiste tunisienne, l’un des plus originaux, est resté mal connu, non par accident, mais parce que le parti qui aurait dû le porter a préféré, à un moment déterminant de son histoire, la cohésion de l’appareil à l’ouverture doctrinale.

Un itinéraire de militant et de passeur

Bouarrouj n’était pas un doctrinaire. Militant de la clandestinité, puis exilé pendant une quinzaine d’années, il revient en Tunisie et devient l’un des artisans les plus actifs de la recherche d’unité entre communistes tunisiens. Autour de lui se constitue le «groupe de Tunis», parfois appelé «groupe de Kléber», qui réunit notamment Taoufik Baccar, Salah Garmadi, Habib Attia, Hamadi Ben Rachid, Bechir El Fani et Ali Mtimet, rejoints plus tard par Sahbi Denguezli, Bechir Ben Brahim, Jamil Hayder et Mondher Belhaj Ali. Ce cercle anime de multiples rencontres avec des intellectuels et des artistes tunisiens, et fonde, dans son sillage, le Syndicat de l’enseignement supérieur.

Sa contribution la plus significative touche à la question nationale elle-même. Les témoignages de ses camarades rappellent le rôle qu’il a joué, avec plusieurs «communistes patriotes», lors du sixième congrès du PCT, au moment où le parti procède à une autocritique de sa position antérieure à l’égard du mouvement national. Cette inflexion rouvrait la possibilité de penser le socialisme à partir de l’histoire tunisienne elle-même, plutôt qu’à partir d’une doctrine importée.

Le septième congrès prolonge cette ligne : le groupe de Tunis s’y rapproche de personnalités destouriennes de gauche, puis des réformateurs autour d’Ahmed Ben Salah, dont il défend un soutien critique aux réformes de structures des années 1960. Cette même exigence unitaire le conduira, en janvier 1978, à soutenir la légitimité de la direction de l’UGTT face à une lecture plus sectaire du conflit syndical.

Or c’est précisément l’élan issu de ce septième congrès, et la légalité interne qu’il avait établie, qu’un huitième congrès viendra rompre, au début de l’année 1981, ainsi que l’attestent les témoignages de ses camarades : réuni en dehors de toute règle démocratique et sans le pluralisme qu’appelaient les discussions d’unification alors en cours, ce congrès n’a pas seulement clos une tentative de reconstruction du parti, il a substitué à la légalité collective issue du septième congrès la décision d’un cercle restreint. Cette rupture, qui n’a rien d’un simple épisode d’appareil, scelle pour plusieurs années la fin des espoirs de réunification des communistes tunisiens, et prive le mouvement d’une génération de militants qui portaient une lecture nationale et non dogmatique du marxisme.

C’est cette capacité à faire dialoguer le marxisme avec l’histoire, la culture et les aspirations nationales, plutôt qu’à l’imposer contre elles, qui constitue l’apport le plus durable de Bouarrouj à l’histoire intellectuelle de la gauche tunisienne, et c’est elle que la logique d’appareil a fini par sacrifier.

Une pensée de la modernité critique

C’est cependant dans les entretiens recueillis par Hédi Dhoukar que se révèle le mieux l’ampleur de cette pensée, longtemps confinée à la mémoire orale de ses proches. Bouarrouj y développe une réflexion sur la modernité qui dépasse de loin les débats de son parti. Pour lui, la modernité n’est pas un état donné une fois pour toutes que l’on rattraperait en suivant un modèle occidental : elle est un processus en action, que chaque société doit s’approprier à partir de ses propres attentes plutôt que subir de l’extérieur. Il critique aussi bien le mimétisme des élites modernisatrices, prêtes à adopter les formes de la modernité occidentale sans en garder l’esprit critique, que le repli conservateur qui invoque des valeurs anciennes pour se dispenser de tout changement réel. Entre ces deux impasses, il défend l’idée d’une modernité critique, à construire, et non à imiter.

Cette même exigence critique traverse sa réflexion sur les rapports entre islam et marxisme, l’une des dimensions les plus singulières de sa pensée. Contrairement à une partie de la critique marxiste de son temps, qu’il juge fondée sur une connaissance superficielle des sources islamiques elles-mêmes, Bouarrouj insiste sur la nécessité d’aborder l’islam à partir de son histoire propre plutôt qu’à travers les orientalistes ou les vulgates militantes. Il retient notamment, dans son dialogue avec l’itinéraire de Roger Garaudy, l’idée que l’islam refuse de séparer le savoir de la sagesse, la foi de l’engagement politique, et vise l’unité de la personne plutôt que son morcellement.

Cette rigueur, il la met également au service d’une lecture du rapport entre religion et pouvoir dans le monde arabo-musulman qui doit beaucoup à Ibn Khaldoun. Interrogeant la question de savoir si c’est l’islam qui a servi les Arabes ou l’inverse, il rappelle la thèse khaldounienne selon laquelle l’islam s’est mis au service de l’açabiyya arabe, l’esprit de corps qui soude un groupe, et l’illustre par le rapprochement inattendu qu’il opère entre la sécularisation kémaliste et le rigorisme wahhabite : deux réponses opposées à une même ambition, celle de reconstituer la force d’un peuple à partir de ses propres ressources. Il porte d’ailleurs un regard tout aussi critique sur les tentatives savantes de relire l’islam à la lumière des sciences modernes, comme celle de Mohamed Arkoun, qu’il juge pertinentes dans leur principe mais limitées par leur détachement de la société islamique réelle. C’est cette même exigence, refuser autant le dogmatisme militant que la relecture savante coupée du terrain, qui caractérise sa démarche intellectuelle.

Harmel, la gestion personnelle et le prix de la mémoire collective

Que Mohamed Harmel ait maintenu un appareil quand d’autres formations disparurent purement et simplement est un fait. Mais ce fait n’épuise pas la question posée par le sort de Bouarrouj et de ses camarades, et il ne saurait servir à euphémiser ce qui s’est joué au début de 1981 : la survie du parti ne s’est pas seulement décidée face à la répression extérieure, elle s’est aussi décidée dans le choix, interne celui-là, de trancher par un congrès sans démocratie ni pluralité une tentative de reconstruction et de réunification qui engageait pourtant l’avenir intellectuel du mouvement.

C’est cette décision, gestion personnelle et centralisée d’un moment où le parti pouvait encore s’élargir, qu’il faut regarder en face plutôt que de la dissoudre dans le seul récit de la survie de l’appareil. Car cette survie eut un prix, et ce prix fut payé par les intellectuels du parti.

Sous une direction de plus en plus personnalisée, l’organisation devint progressivement une fin en soi. La discipline remplaça le débat. La fidélité à l’appareil l’emporta sur la créativité intellectuelle. Le centralisme démocratique, qui aurait dû demeurer un instrument de discussion, se transforma en mécanisme de sélection : les désaccords théoriques y devinrent des problèmes disciplinaires, les débats politiques des questions de loyauté, l’autonomie intellectuelle un objet de suspicion.

Bouarrouj fut le premier sacrifié de cette logique, mais non le seul. Autour de lui, le linguiste Salah Garmadi, le critique Taoufik Baccar et d’autres militants refusant de confondre unité et unanimisme s’éloignèrent ou furent marginalisés, notamment à l’approche du congrès des «novateurs» de 1993.

Le coût le plus durable de cette gestion, cependant, ne se mesure pas seulement en noms écartés ou en intellectuels marginalisés. Il se mesure dans la manière dont l’histoire même du parti a fini par s’écrire : non comme le récit collectif d’une pensée en discussion, mais comme un récit de personnes, de fidélités et de ruptures.

Une mémoire de parti qui se raconte à travers ses dirigeants et ses scissions, plutôt qu’à travers les idées qui s’y sont affrontées, cesse d’être une mémoire intellectuelle : elle devient une mémoire de gestion, transmise par ceux qui ont tenu l’appareil, aux dépens de ceux qui portaient la pensée.

C’est ainsi qu’un patrimoine critique réel, sur le marxisme, la modernité et l’islam, a pu rester confiné à la mémoire orale de quelques camarades, quand l’histoire officielle du mouvement ne retenait que les noms de ses dirigeants successifs et le récit de ses querelles.

Le moment le plus révélateur de cette responsabilité se situe à la fin des années 1980, lorsque les transformations du monde communiste ouvraient une fenêtre réelle pour repenser les doctrines, les méthodes et les rapports entre le parti et la société. Bouarrouj incarnait précisément cette possibilité de rénovation, non comme abandon du communisme mais comme son renouvellement. La direction choisit une autre voie : celle de la cohésion de l’appareil contre l’ouverture doctrinale. Ce choix permit sans doute au parti de traverser la crise. Il lui interdit d’en sortir porteur d’une capacité d’invention retrouvée, et d’une mémoire collective faite d’autre chose que de fidélités personnelles.

Le dernier geste d’un homme de rigueur

Le trait le plus émouvant de cet itinéraire intellectuel se situe dans ses derniers mois. Rattrapé par la maladie, quelques mois avant sa mort, Bouarrouj éprouve le besoin de livrer, depuis son lit d’hôpital, un bilan critique de l’effondrement de l’Union soviétique, acté en décembre 1991. Dicté en quelques jours, sans autre appui que sa mémoire, ce texte se distingue par sa rigueur et son absence de tout calcul institutionnel : il ne cherche ni à réhabiliter ni à justifier l’expérience soviétique, mais à en comprendre les échecs, notamment dans l’incapacité de ses dirigeants à penser correctement les rapports entre peuples dominants et dominés, entre le Nord et le Sud, entre l’Occident et l’Orient.

Ce geste, celui d’un homme qui choisit de consacrer ses dernières forces à un exercice de vérité intellectuelle plutôt qu’à la défense d’un camp, résume à lui seul ce que fut sa démarche tout au long de sa vie : rester fidèle à l’exigence critique, y compris quand elle dérange son propre camp. C’est cette même exigence, précisément, que la gestion personnelle et centralisée du parti n’a jamais su accueillir en son sein tant qu’elle relevait de vivants plutôt que d’un testament.

Pourquoi le PCT n’a-t-il pas de mémoire collective

Cette fragmentation de la mémoire de la gauche n’est pas un phénomène isolé dans l’histoire politique tunisienne postcoloniale. On en retrouve un écho, sous une forme différente, dans le sort réservé à l’expérience économique des années 1960 portée par Ahmed Ben Salah, ce même projet que Bouarrouj et ses camarades avaient soutenu de façon critique : là aussi, un projet ambitieux fut interrompu avant d’avoir pu tirer pleinement les leçons de ses propres contradictions. Mais le cas du PCT pose une question plus précise, et qu’il faut poser directement : pourquoi un parti qui s’est voulu, pendant des décennies, le dépositaire d’une pensée critique n’a-t-il pas de mémoire collective, faite d’idées débattues et transmises, mais seulement une mémoire de personnes, de fidélités et de scissions ?

La réponse tient à trois mécanismes que cet article a tenté de mettre au jour.

D’abord, une gestion centralisée qui a fait reposer la légitimité du parti sur un homme et sur la préservation de l’appareil, plutôt que sur les débats qui le traversaient : ce que l’organisation a gagné en cohésion, elle l’a perdu en capacité à garder trace de ses désaccords autrement que comme des trahisons ou des ruptures.

Ensuite, l’absence de démocratie et de pluralité au moment où elle aurait le plus compté, celle qui a permis au huitième congrès de 1981 de trancher unilatéralement une tentative de reconstruction et de réunification, substituant la décision d’un cercle restreint à la légalité collective issue du septième congrès.

Enfin, la transmission elle-même : faute d’avoir été assumée par le parti, la pensée de Bouarrouj, comme celle de plusieurs de ses camarades, n’a survécu que dans la mémoire orale de quelques proches et dans des entretiens comme ceux recueillis par Hédi Dhoukar, jamais dans une histoire écrite et débattue du mouvement.

Un parti qui ne transmet de son passé que les noms de ses dirigeants et le récit de ses ruptures n’a pas de mémoire collective : il a une mémoire de gestion, entretenue par ceux qui ont tenu l’appareil, et une mémoire militante, maintenue en marge par ceux qui en ont été écartés. Ces deux mémoires, celle de Harmel et celle de Bouarrouj, ne se sont jamais réconciliées parce que la première n’a jamais eu besoin de rendre compte à la seconde. C’est cette tension, plus que tout désaccord doctrinal, qui explique l’absence d’une mémoire collective au sens plein du terme : une mémoire qui appartiendrait au parti tout entier, débats compris, et non aux seuls vainqueurs de ses congrès.

Ces questions concernent moins le passé du communisme tunisien que l’avenir de toute gauche, et de tout mouvement politique, qui voudrait échapper à la même logique : celle où la gestion de l’appareil, aussi nécessaire soit-elle un temps, finit par se substituer à la vie intellectuelle et à la mémoire qu’elle était censée protéger.

Rendre à Bouarrouj sa place, et au parti sa mémoire

Trente-quatre ans après sa mort, ce devoir de mémoire n’a rien perdu de son actualité. Les nouvelles générations qui s’interrogent sur la possibilité d’un marxisme enraciné dans l’histoire et la culture arabo-musulmanes, sur les impasses du mimétisme modernisateur, ou sur les conditions d’une pensée critique fidèle à elle-même jusqu’au bout, trouveront dans l’itinéraire de Noureddine Bouarrouj bien plus qu’un épisode de l’histoire de la gauche tunisienne : une pensée qui mérite, pour elle-même, d’être enfin connue. Mais elles y trouveront aussi, si elles savent la lire, un avertissement : aucun patrimoine intellectuel ne résiste longtemps à une mémoire organisée autour des seules personnes qui l’ont gouverné.

L’histoire retiendra sans doute que Mohamed Harmel fut celui qui maintint le PCT en vie. Elle doit aussi retenir qu’une gestion à ce point personnalisée et centralisée de cette survie a fini par priver le parti non seulement de ses intellectuels les plus originaux, mais de la capacité même à se souvenir de sa propre histoire autrement qu’à travers le récit de ses hommes et de ses ruptures.

Cet article doit beaucoup, dans ce qu’il tente de restituer de cette pensée, au livre que Hédi Dhoukar a consacré à Noureddine Bouarrouj**. Fruit d’un travail d’écoute et de transcription mené avec une grande rigueur documentaire, cet ouvrage constitue à ce jour la source la plus riche et la plus fidèle pour accéder à la profondeur et à l’originalité d’une pensée que l’histoire officielle de la gauche tunisienne a trop longtemps laissée dans l’ombre.

Post-scriptum : une histoire à écrire à plusieurs voix

Depuis sa mise en circulation, cet article suscite déjà, de l’aveu de ses premiers lecteurs, le débat qu’il appelait sans doute de ses vœux. Plusieurs anciens camarades, acteurs ou témoins directs de cette histoire, m’ont fait part de leurs réactions, et je tiens à leur en exprimer ma sincère gratitude : leurs remarques me confortent dans l’idée que cette histoire reste à écrire, non à partir d’une mémoire unique, mais à partir de mémoires plurielles, de témoignages et de documents.

Je voudrais préciser un point qui me paraît essentiel. Mon propos n’était pas de réduire l’histoire du PCT à une querelle entre Harmel et Bouarrouj, encore moins de construire un procès rétrospectif de Mohamed Harmel. Je reconnais pleinement le rôle historique qu’il a joué dans la préservation et la continuité du parti dans des conditions extrêmement difficiles. Mais reconnaître ce rôle ne doit pas empêcher d’interroger, en parallèle, ce que cette gestion de la continuité a pu produire comme marginalisation d’autres expériences et d’autres pensées. C’est précisément cette tension qui m’intéresse. Bouarrouj n’est pas, à mes yeux, simplement «l’adversaire de Harmel» : il représente une possibilité intellectuelle et politique du communisme tunisien, un marxisme plus attentif à l’histoire nationale, à la culture et à la question de la modernité, dont je pense que nous n’avons pas suffisamment conservé la trace.

Je prends aussi très au sérieux une remarque touchant ma propre position dans cette histoire. Je n’ai jamais prétendu être un observateur extérieur : j’ai moi-même appartenu à cette génération, et j’en ai partagé les espoirs, les engagements, et aussi les ambiguïtés. Si mon texte a pu, par endroits, donner une autre impression, c’est un point que je dois mieux expliciter. Cette implication ne me paraît cependant pas invalider la nécessité, avec le recul, de questionner ce que nous avons vécu.

Sur un dernier point, je rejoins pleinement mes interlocuteurs : nos souvenirs, aussi sincères soient-ils, ne suffisent pas à eux seuls à établir la vérité historique. C’est précisément pourquoi je souhaite que ce texte soit reçu non comme une conclusion, mais comme une invitation à confronter nos mémoires aux documents et aux témoignages disponibles. Je ne cherche ni à réhabiliter Bouarrouj contre Harmel, ni Harmel contre Bouarrouj, mais à comprendre pourquoi, dans notre mémoire de la gauche tunisienne, certaines idées, certains débats et certains acteurs ont été moins transmis que d’autres. C’est peut-être là, au fond, la seule manière de rendre justice à tous : faire enfin de notre histoire commune une histoire plurielle, où les désaccords cessent d’être des raisons d’effacer les uns ou les autres, pour devenir une partie constitutive de notre mémoire collective.

À tous ceux qui ont pris le temps de réagir, avec la rigueur et la fidélité de ceux qui ont vécu cette histoire de l’intérieur, j’adresse toute mon amitié et mon respect.

* Historien.

** Le livre que Hédi Dhoukar a consacré à Noureddine Bouarrouj, cité à plusieurs reprises dans cet article, est actuellement en cours d’édition sous le titre ‘‘Noureddine Bouarrouj, Pensées sur son temps’’.

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Les États-Unis vont-ils réussir à mettre fin à la guerre du Soudan ?

10. September 2026 um 08:00

Tout en laissant Israël poursuivre son génocide à Gaza et sa politique de terreur à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie, dont l’Etat hébreu continue de détruire les habitations, de brûler les champs et occuper les terres, les Etats-Unis s’inquiètent de la poursuite des massacres au Soudan et voudraient mettre fin à la guerre civile sévissant dans le pays de l’est africain.

Imed Bahri

Depuis avril 2023, la guerre au Soudan fait rage et toutes les atrocités sont commises. C’est indiscutablement le conflit le plus meurtrier de l’époque actuelle, à côté de la guerre israélienne contre Gaza.

Le Soudan, pour sa part, traverse la pire crise humanitaire au monde. La communauté internationale a jusque-là manqué de vigueur et de volonté pour mettre fin à cette tragédie mais il semble qu’enfin les États-Unis ont pris le taureau par les cornes en établissant un diagnostic lucide, objectif et impartial et en proposant les solutions adéquates. Reste le plus dur, l’adoption par le conseil de sécurité de l’Onu et l’application des mesures américaines.

Le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies Michael Waltz et l’envoyé spécial du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines Massad Boulos ont publié une tribune conjointe dans le magazine américain Foreign Policy dans laquelle ils affirment que la paix au Soudan ne sera possible qu’avec un embargo sur les armes. Ils plaident pour un embargo strict englobant tout le territoire du Soudan, ciblant tous les protagonistes et qui concerne toutes les armes et les nouveaux moyens utilisés dans la guerre comme les drones.  

Ils rappellent que le Soudan sombre dans le chaos depuis des années et que le Conseil de sécurité de l’Onu a désormais l’opportunité de rendre justice au peuple soudanais et de se rappeler sa mission à savoir mettre fin aux guerres, maintenir la paix et protéger les vies humaines. Cela ne sera possible que si ses membres font preuve d’une réelle volonté d’agir.

Au moins 150 000 morts

Les auteurs soulignent que le Soudan traverse la pire crise humanitaire au monde, avec plus de 33 millions de personnes ayant besoin d’une aide d’urgence. Quelque 19,5 millions de personnes, principalement des femmes et des enfants, souffrent de famine aiguë, près de 9 millions ont été déplacées et 4,5 millions ont fui le pays. Le bilan des victimes s’élève à au moins 150 000 morts. Pourtant, cette catastrophe historique n’a suscité que des murmures de la part des institutions occidentales faibles.

Ils ont déclaré que les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par Hemedti Dagalo et les milices alliées avaient commis un génocide, tuant des hommes et des garçons en raison de leur appartenance ethnique et violant des femmes et des filles.

L’Onu estime que plus de 12 millions de femmes et de filles soudanaises –près de la moitié de la population féminine du pays– sont exposées à des violences sexuelles. Les Forces armées soudanaises (FAS) ont également commis des atrocités similaires, estiment les auteurs, ajoutant que plus de 150 travailleurs humanitaires avaient été tués dans le conflit.

Ils accusent les deux camps de piller et de détourner l’aide humanitaire. L’année dernière, 2 670 personnes ont été tuées par des frappes de drones, soit une augmentation de 600% en un an seulement. Au cours des cinq premiers mois de cette année, les drones ont tué plus de 1 000 personnes dont 80% étaient des civils.

Les marchés, les hôpitaux, les écoles et les axes d’acheminement de l’aide sont devenus des cibles pour les deux camps et pour les utilisateurs de drones télécommandés. Il n’a jamais été aussi facile de maintenir un rempart contre les violences de masse au Soudan cependant la résolution des Nations Unies d’il y a plus de vingt ans est caduque. La résolution 1591 du Conseil de sécurité, qui a imposé un embargo sur les armes au Darfour en 2005, est antérieure à l’apparition de l’iPhone, sans parler des drones qui survolent le Soudan aujourd’hui.

Cependant, selon les deux envoyés américains, la communauté internationale n’a pas su suivre le rythme des progrès militaires et technologiques rapides à bien des égards.

Tout d’abord, il y a le champ de bataille, qui s’est étendu à la région du Kordofan et à l’État du Nil Bleu, tandis que l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité s’arrête au Darfour, à des centaines de kilomètres de ces nouvelles zones de conflit.

Ensuite, il y a l’intervention internationale, qui a indéniablement prolongé les combats et aggravé le nombre de victimes civiles. Plus d’une douzaine de pays, pour diverses raisons, apportent un soutien militaire aux belligérants. Des mercenaires ont été recrutés jusqu’en Colombie. Des réseaux étrangers de tous bords fournissent aux pays des drones, des armes, des pièces détachées et des fonds ainsi que leur propre expertise.

Les munitions ne deviendront pas inutilisables et les drones ne s’écraseront pas s’ils franchissent des zones d’exclusion aérienne imaginaires, comme celle qui marque le début du Kordofan et celle qui s’étend jusqu’à la fin du Darfour. Les trafiquants ne restent pas inactifs lorsqu’ils peuvent acheminer des armes depuis d’autres régions du Soudan, ils savent s’adapter comme l’ont démontré les FSR et les FAS.

Ne pas agir contre les bourreaux, c’est se rendre complice de leur crime

Pourtant, les Nations Unies n’ont pas su s’adapter. Depuis plus de vingt ans, le Conseil de sécurité maintient l’embargo sur les armes dans la même zone géographique, alors que le champ de bataille, les armes et les fournisseurs ont considérablement évolué. C’est pourquoi le G7, États-Unis compris, a exhorté le Conseil de sécurité à étendre l’embargo à l’ensemble du Soudan. C’est la seule solution, affirment les auteurs de la tribune, en indiquant que les États-Unis ont soumis une résolution au Conseil de sécurité visant à étendre l’embargo sur les armes à tout le pays, et soulignant que les sanctions et l’application de ces règles par les États membres s’appliquent à tous les réseaux qui perpétuent ce conflit, des deux côtés, sans exception.

Les co-auteurs ont insisté sur le fait que cet embargo devrait également viser les trafiquants d’armes, les intermédiaires, les recruteurs de mercenaires, les commanditaires étatiques, les financiers connus, les fournisseurs de drones et les responsables du génocide qui bénéficient depuis longtemps de l’impunité.

C’est pourquoi certains membres du Conseil de sécurité ont déjà commencé à feindre l’opposition à la résolution ou à s’abstenir lors du vote. Certains pourraient tenter de présenter cet embargo comme une prise de position partiale en faveur de l’un des camps dans la guerre civile soudanaise tandis que d’autres pourraient nier leur implication directe au Soudan, suggérant plutôt que des commerçants et intermédiaires privés sont responsables de l’afflux d’armes dans le pays. Or, un embargo total concernerait à la fois les FSR et les FAS ainsi que toute partie fournissant des munitions à l’un ou l’autre camp.

Waltz et Boulos estiment que l’insistance sur l’accusation de partialité révèle une contradiction : accuser les trafiquants et les intermédiaires indépendants d’être les véritables responsables, tandis que certains s’opposent à une résolution spécifiquement conçue pour les cibler. Si les financiers privés, les contrebandiers et les réseaux d’approvisionnement informels sont réellement responsables, les États doivent contribuer à les identifier, leur imposer des sanctions, empêcher le trafic d’armes et démanteler leurs réseaux. Dans ce contexte, tout gouvernement qui affirme n’avoir rien à cacher ne devrait pas hésiter à aider l’Onu à surveiller et à fermer les filières d’armes qui, selon lui, échappent à son contrôle.

Les auteurs de la tribune ont évoqué les mesures prises sous la présidence de Donald Trump. Les États-Unis, qui ont déjà commencé à agir, ont imposé des sanctions aux individus et aux entités qui facilitent le recrutement de mercenaires et de combattants étrangers, la fourniture d’armes et d’autres formes de soutien à cette guerre. D’autres États devraient suivre cet exemple, au sein et en dehors de l’Onu. Les États devraient considérer cette résolution comme un point de référence permettant de tenir responsables les responsables du conflit soudanais mais que la responsabilité de la mise en œuvre des sanctions incombe aux États membres.

De son côté, l’Onu surveillera les violations, identifiera les réseaux de trafic d’armes et documentera les contrevenants à l’embargo. En fin de compte, les belligérants au Soudan doivent aboutir à un cessez-le-feu. Et cela ne sera possible qu’avec un accord sur la trêve humanitaire proposée par les États-Unis, ainsi qu’un mécanisme onusien pour acheminer l’aide et créer un espace propice à un processus de paix plus large. Tant qu’il sera plus facile de se procurer des armes que de la nourriture au Soudan, le conflit ne pourra pas prendre fin. Certains membres du Conseil de sécurité semblent se satisfaire de cette situation et tout membre envisageant de s’abstenir ou de voter contre doit comprendre qu’il vote pour le maintien du statu quo au Soudan et toutes les violences aveugles que cela implique.

Non à une année supplémentaire de chaos

Au mieux, ceux qui disposent du droit de veto et ceux qui s’abstiennent ferment les yeux sur les frappes de drones contre les hôpitaux et les marchés, l’obstruction de l’aide aux familles affamées et les souffrances de millions d’innocents, au détriment des intérêts d’autrui.

Au pire, ceux qui opposent leur veto ou s’abstiennent devraient se poser la question suivante : pourquoi soutenez-vous, de fait, ceux qui, des deux côtés, détruisent le Soudan, son peuple et son avenir ?

Les deux diplomates soulignent que ni les FSR ni les FAS n’ont le droit de gouverner le Soudan après la fin de cette guerre. Toutes deux ont commis des atrocités contre le peuple soudanais et ont perdu toute légitimité politique.

L’avenir du Soudan ne peut appartenir à aucune faction armée issue de ce conflit. Il doit plutôt découler d’un dialogue crédible, indépendant et civil qui donne au peuple soudanais lui-même les moyens de décider de son propre destin et non à ceux qui possèdent le plus d’armes ou qui possèdent les drones les plus meurtriers.

Pour Waltz et Boulos, les États-Unis ne permettront pas une année supplémentaire de chaos. Ils observeront, de concert avec le monde entier, qui se range du côté du peuple soudanais et qui s’y oppose.

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Trafic de drogue en milieu scolaire | Un réseau démantelé à Tajerouine

09. September 2026 um 23:20

​Trois individus âgés de 28 à 35 ans ont été arrêtés à Tajerouine lors d’une opération menée par les unités de la sûreté nationale, ayant permis la saisie de quantités de cannabis destinées aux élèves de la région.

​C’est ce qu’affirme une source citée ce 9 septembre 2026 par Jawhara FM, en précisant qu’après avoir obtenu les autorisations judiciaires nécessaires, les forces de l’ordre ont perquisitionné les domiciles de plusieurs suspects impliqués dans le trafic de stupéfiants.

Une grande quantité de cannabis ainsi que d’importantes sommes d’argent issues de ce trafic ont été saisie alors que les deux suspects, ont reconnu, lors des interrogatoires, que la marchandise était spécifiquement destinée à être écoulée en milieu scolaire à l’occasion de la rentrée, indique la même source.

Le ministère public près le tribunal de première instance du Kef a ordonnè la mise en garde à vue des suspects, en attendant la finalisation de l’enquête.

Y. N.

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