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BNA Bank lance un appel à candidature pour un administrateur indépendant

09. September 2026 um 11:44

La BNA Bank veut désigner un nouvel administrateur indépendant pour son mandat 2026-2028. Le poste sera également associé à la présidence du comité des risques de la banque. 

Dans un appel à candidature référencé AC 03/2026, publié par le Conseil du Marché Financier (CMF), la banque précise les conditions à remplir pour ce poste. La démarche intervient dans le cadre des règles de gouvernance qui encadrent le fonctionnement des banques et établissements financiers en Tunisie.  

Le candidat recherché doit être titulaire au minimum d’un diplôme universitaire de niveau maîtrise ou équivalent en finance, comptabilité ou audit. Il devra également justifier d’au moins 10 ans d’expérience professionnelle ou académique dans la finance et/ou la gestion des risques. Une expérience au sein d’un conseil d’administration ou d’un conseil de surveillance est aussi demandée. Une connaissance du secteur bancaire ou financier sera, de son côté, considérée comme un atout.

La banque met également l’accent sur l’indépendance du futur administrateur. Celui-ci, comme son conjoint, ses ascendants et ses descendants au premier degré, ne doit détenir aucune participation directe ou indirecte dans le capital de la BNA. De même, les personnes ayant occupé une fonction de dirigeant, d’administrateur ou de salarié au sein de la banque au cours des cinq dernières années ne peuvent pas se porter candidates.

D’autres incompatibilités sont prévues. Le candidat ne doit notamment pas être membre de l’Ordre des Experts Comptables de Tunisie, ni salarié ou administrateur d’une autre banque ou d’une société concurrente. Il doit également présenter des garanties en matière d’intégrité, avec notamment une situation fiscale régulière, l’absence de condamnation pénale et de sanctions disciplinaires prononcées par les autorités de contrôle.

Pour candidater, les intéressés devront fournir un dossier comprenant notamment une demande de candidature, un CV, plusieurs déclarations et engagements, les copies certifiées des diplômes et des justificatifs d’expérience, un extrait de casier judiciaire datant de moins de trois mois, un certificat de non-faillite ainsi qu’une copie de la déclaration de revenus 2025. Tout dossier incomplet sera écarté, précise la BNA.

Les candidatures doivent être déposées ou envoyées sous pli fermé au siège social de la banque, situé avenue Mohamed V à Tunis. Elles peuvent être transmises par courrier recommandé avec accusé de réception, par Rapid-Post ou déposées directement au Bureau d’Ordre Central.

La date limite est fixée au 24 septembre 2026 à 16h00. Le cachet du Bureau d’Ordre Central fera foi.

À l’issue de cette première étape, le Comité de Nomination et de Rémunération examinera les dossiers et établira la liste des candidats répondant aux critères. Cette liste sera ensuite soumise au CMF pour avis. Le Conseil d’Administration procédera alors à la sélection et à la cooptation du candidat retenu, avant que sa nomination ne soit soumise à l’approbation de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire, après notification à la Banque centrale de Tunisie.

 

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Affaire ‘‘Houris’’ | Kamel Daoud relaxé en France, poursuivi en Algérie

09. September 2026 um 08:38

Poursuivi en diffamation par Saâda Arbane, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été relaxé mardi 8 septembre 2026 par le tribunal correctionnel de Paris. Une décision qui constitue une victoire judiciaire pour l’auteur du roman à succès ‘‘Houris’’, sans pour autant mettre un terme au feuilleton judiciaire qui l’oppose à la plaignante.

Djamal Guettala 

La justice française vient de refermer, provisoirement, l’un des volets de l’affaire ‘‘Houris’’. Poursuivi pour diffamation par Saâda Arbane, Kamel Daoud a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris. L’audience concernait des propos tenus par l’écrivain dans un entretien accordé au ‘‘Figaro’’ en avril 2025.

Le tribunal a estimé que les propos incriminés ne permettaient pas d’identifier Saâda Arbane. La qualification de diffamation n’étant pas constituée, Kamel Daoud a donc été relaxé. La décision intervient alors que le nom de l’écrivain est au centre, depuis près de deux ans, d’une succession de procédures judiciaires liées à son roman ‘‘Houris’’, couronné du prix Goncourt en 2024.

    Il convient de distinguer les différentes affaires pour comprendre la portée du jugement parisien.

    La procédure ne portait pas directement sur ‘‘Houris’’

    Saâda Arbane accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé des éléments de son histoire personnelle, qu’elle affirme avoir confiés dans le cadre de consultations psychiatriques auprès de son épouse, Aïcha Dehdouh, pour nourrir le personnage principal de ‘‘Houris’’. L’affaire a donné lieu à plusieurs procédures, en France comme en Algérie.

    Mais le procès qui vient de s’achever à Paris ne portait pas directement sur la question de savoir si l’écrivain avait utilisé ou non l’histoire de Saâda Arbane dans son roman.

    La plainte en diffamation concernait des déclarations faites par Kamel Daoud au ‘‘Figaro’’. La défense soutenait notamment que l’écrivain avait dénoncé une instrumentalisation judiciaire et médiatique de l’affaire.

    Le tribunal a finalement considéré que les propos poursuivis ne désignaient pas suffisamment Saâda Arbane pour constituer une diffamation à son encontre. Cette distinction juridique est essentielle : la relaxe ne constitue donc pas un jugement sur les accusations portant sur la genèse de ‘‘Houris’’.

    La décision parisienne comporte également un autre volet. Saâda Arbane a été condamnée à verser un euro de dommages et intérêts à Kamel Daoud ainsi que 1 500 euros à Marc Feuillée, directeur de la publication du ‘‘Figaro’’. Le tribunal a retenu le caractère manifestement infondé des poursuites engagées dans cette procédure.

    Pour Kamel Daoud, cette décision constitue évidemment un soulagement. Depuis la publication de ‘‘Houris’’, l’écrivain se trouve pris dans un conflit qui dépasse largement la seule question littéraire.

    Son roman, consacré aux blessures laissées par la décennie noire algérienne, a rencontré un immense succès en France et remporté le prix Goncourt. Mais il est interdit de publication en Algérie, où la législation encadre strictement l’évocation publique de cette période. La controverse autour du roman a ainsi rapidement quitté le terrain de la littérature pour devenir une affaire judiciaire et politique.

    La bataille qui se poursuit en Algérie

    La relaxe prononcée à Paris ne signifie donc pas que toutes les procédures opposant Kamel Daoud à Saâda Arbane sont terminées.

    En Algérie, l’écrivain a annoncé en avril 2026 avoir été condamné par contumace à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars dans une affaire liée à ‘‘Houris’’. Cette procédure repose sur des accusations concernant notamment l’utilisation alléguée d’éléments de la vie personnelle de Saâda Arbane dans le roman.

    Kamel Daoud n’était pas présent à ce procès et a dénoncé une procédure qu’il considère comme politique. Ses avocats ont également contesté les poursuites engagées contre lui en France et en Algérie.

    Le contraste entre les deux systèmes judiciaires est dès lors frappant : en France, l’écrivain vient d’obtenir une relaxe dans une procédure en diffamation ; en Algérie, il reste sous le coup d’une condamnation prononcée par contumace.

    Derrière le contentieux judiciaire demeure une question autrement plus complexe : jusqu’où un écrivain peut-il transformer une histoire réelle en fiction lorsqu’elle touche à l’intime, au traumatisme et à la mémoire collective ?

    C’est tout le paradoxe de ‘‘Houris’’. Le roman est une œuvre de fiction, mais il puise dans une histoire algérienne profondément réelle : celle de la décennie noire, de ses violences, de ses victimes et de ses silences. La polémique autour de Saâda Arbane a ainsi ouvert un débat sur les frontières entre témoignage, mémoire, fiction et appropriation littéraire.

    La justice française vient de trancher un point précis : les propos poursuivis ne constituaient pas une diffamation. Elle n’a pas pour autant dit le dernier mot sur l’ensemble du conflit.

    Pour Kamel Daoud, la journée du 8 septembre marque donc une victoire importante. Mais elle ne clôt pas le dossier ‘‘Houris’’. Le livre qui avait fait entrer la mémoire de la guerre civile algérienne dans les vitrines de la littérature française continue désormais de vivre dans les tribunaux. Et derrière le succès du Goncourt, une question demeure : à qui appartient une histoire lorsqu’elle devient littérature ?

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    Succès électoral de l’extrême droite en Allemagne, gueule de bois en Europe

    09. September 2026 um 08:04

    Lors des élections régionales du dimanche 6 septembre 2026 dans le Land de Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) a réalisé une performance historique en récoltant 43,8% des suffrages, devançant massivement les conservateurs de la CDU et les socio-démocrates du SPD, les deux principaux partis de gouvernement en Allemagne.

    Imed Bahri

    Cette percée historique inquiète, toutefois, il convient de rappeler que dans cet État fédéré de l’Allemagne de l’Est, le vote pour l’AfD est depuis dix ans le double de la moyenne nationale. De plus, le parti n’a pas obtenu la majorité absolue dans le Parlement régional pour pouvoir diriger le gouvernement régional*. 

    «Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’AfD a presque doublé son score lors des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, atteignant 43,8 % des voix», c’est par ce constat que Jon Henley commence son analyse dans The Guardian

    Dans le même temps, la CDU, parti de centre-droit du chancelier Friedrich Merz, s’est effondrée à 17,2%, soit moins de la moitié de son score obtenu lors du même scrutin il y a cinq ans et le SPD, parti de centre-gauche et autre grand parti au pouvoir en Allemagne depuis une soixantaine d’années, a péniblement recueilli 9,3% des suffrages. Force est de constater que le centre n’a pas résisté.

    On ignore encore si l’AfD, dont la section locale en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, est officiellement classée comme «extrême droite avérée» par les services de renseignement intérieur allemands, parviendra à former un gouvernement régional, elle compte 39 députés sur 83 au Parlement, soit un nombre insuffisant pour obtenir la majorité absolue.

    Une onde de choc en Europe

    Ce résultat représente néanmoins le meilleur score jamais obtenu par le parti dans un État fédéré allemand et le rapproche plus que tout autre parti d’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale de former gouvernement fût-il régional et non national ! Il a provoqué une onde de choc en Europe, les nationalistes célèbrent une «victoire historique qui n’est qu’un début», tandis que les dirigeants traditionnels mettent en garde contre un «moment grave» pour l’Europe.

    La Suède organise des élections législatives le week-end prochain. La France sera confrontée à une élection présidentielle cruciale au printemps prochain. Des élections législatives importantes se tiendront en Italie, en Espagne et en Pologne plus tard dans l’année. Les partis d’extrême droite sont en tête des sondages dans tous ces pays et le centre de l’Europe craint une vague nationaliste continentale.

    Toutefois, il serait judicieux de ne pas tirer de conclusions hâtives d’un seul résultat électoral dans un Land allemand bien particulier. La Saxe-Anhalt, notent les analystes, compte à peine 1,8 million d’électeurs et constitue depuis longtemps un bastion de l’extrême droite. Lors des élections fédérales et régionales de la dernière décennie, le soutien à l’AfD y a systématiquement été le double de la moyenne nationale.

    Tarik Abou-Chadi, professeur de politique européenne à l’université d’Oxford explique : «La Saxe-Anhalt ne devrait pas servir de base à des conclusions générales sur la sociologie électorale de l’AfD». Néanmoins, l’AfD est en tête des sondages nationaux. Elle est également en tête –bien que dans une course beaucoup plus serrée avec le SPD– dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où des élections régionales sont prévues ce mois-ci, et elle occupe la deuxième place même à Berlin, pourtant réputée pour son orientation libérale. Son essor s’inscrit dans une marche d’une décennie menée par les partis d’extrême droite à travers l’Europe.

    Près d’un électeur européen sur quatre vote désormais pour des partis d’extrême droite, selon une étude menée par Matthijs Rooduijn, politologue à l’Université d’Amsterdam. Cette proportion a presque quintuplé depuis le milieu des années 1990 et a connu une hausse particulièrement marquée ces trois dernières années.

    Cette analyse, réalisée par plus de 150 politologues dans 31 pays, révèle que la proportion d’Européens ayant voté pour un parti d’extrême droite lors des dernières élections nationales de leur pays a dépassé les 23% en 2026, contre environ 10% il y a dix ans et environ 5% en 1995.

    Les partis populistes d’extrême droite sont aujourd’hui au pouvoir au sein de coalitions gouvernementales en Croatie, en République tchèque, en Italie et en Finlande, soutiennent un gouvernement minoritaire de droite en Suède et sont en tête des sondages en Autriche, en Belgique, en France et en Allemagne (et, jusqu’à très récemment, au Royaume-Uni).

    Ils ont également subi des défaites récentes, notamment aux Pays-Bas, où le parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders a perdu près d’un tiers de ses sièges pour terminer deuxième l’année dernière, et en Hongrie, où le Fidesz de Viktor Orbán a été largement battu par son rival de centre-droit en avril.

    L’extrême droite est là pour durer

    La tendance semble claire. Comme l’a déclaré Cas Mudde, de l’Université de Géorgie, spécialiste reconnu de l’extrême droite européenne, après la défaite d’Orbán : «L’extrême droite est là pour durer et nombre de ses partis sont aussi bien implantés que les partis traditionnels. À l’instar des autres partis, leur soutien électoral fluctue».

    Cette progression électorale constante s’est produite malgré le refus des partis traditionnels, dans des pays comme la France et l’Allemagne, de collaborer avec l’extrême droite, ce qui a conduit certains observateurs à affirmer que le «cordon sanitaire» a désormais échoué voire s’est révélé contre-productif.

    En excluant l’AfD, soutiennent-ils, les partis traditionnels allemands l’ont en réalité renforcée : le parti a été protégé par des compromis et des échecs inhérents au pouvoir. Parallèlement, le centre s’est trouvé vidé de sa substance, il a été contraint à des alliances fragiles et instables, fondées sur des consensus et, surtout, peu de résultats concrets, ce qui frustre davantage les électeurs et renforce le soutien aux extrêmes.

    «Il existe une dynamique politique qui s’auto-alimente et favorise la montée en puissance de l’AfD», explique Mujtaba Rahman, du cabinet de conseil en gestion des risques Eurasia Group qui ajoute : «Plus les résultats électoraux sont faibles, moins il y a de points d’accord au sein de la coalition et moins les résultats politiques sont concrets. Moins les résultats sont concrets, plus la frustration de l’électorat est grande et plus le score de l’AfD est élevé».

    De nombreux politologues affirment cependant que blâmer le système de coalition est une excuse et les données suggèrent que les partis d’extrême droite ne s’affaiblissent pas lorsqu’ils sont au pouvoir, mais se renforcent : une étude récente portant sur des gouvernements dans 57 pays a révélé que les partis d’extrême droite entrés au pouvoir obtenaient en moyenne un score supérieur de six points de pourcentage lors des élections suivantes.

    Des électeurs désabusés par la flambée des prix

    Outre l’incapacité persistante des gouvernements traditionnels à répondre aux attentes des électeurs désabusés par la flambée du coût de la vie, c’est avant tout la normalisation et l’intégration progressive des idées d’extrême droite qui ont alimenté –et continuent d’alimenter– sa progression constante, soutiennent les politologues.

    Les recherches suggèrent que l’attitude des électeurs envers les thèmes centraux de l’extrême droite, comme l’immigration, n’a pas fondamentalement évolué au fil du temps mais que ces thèmes ont pris une importance accrue dans leurs décisions de vote. La banalisation de ces thèmes par les médias et par les partis traditionnels qui les adoptent sans hésiter a légitimé les idées d’extrême droite.

    «Tout le débat sur le succès ou le renforcement de l’extrême droite par le cordon sanitaire passe complètement à côté du sujet», affirme Gabriela Greilinger, politologue austro-hongroise qui ajoute : «Les politiques et les idées d’extrême droite occupent déjà une place centrale dans le débat public, que l’extrême droite soit au pouvoir ou non. Leurs idées ne sont pas censurées».

    * L’Allemagne qui est un État fédéral est composée de 16 États fédérés (Länder), chacun d’entre eux est dirigé par un gouvernement régional (Landesregierung) qui doit bénéficier du soutien de la majorité absolue du Parlement régional (Landtag).

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    Jugurtha, Rome, une histoire toujours à venir

    09. September 2026 um 07:54

    Connaissez-vous l’histoire de Jugurtha, l’Africain, le Numide, l’ami-ennemi de Rome cent ans avant Jésus-Christ ? Savez-vous quelque chose de Marius et de Sylla ? C’est une histoire passionnante, car elle pourrait, dans une certaine mesure, se reproduire aujourd’hui… au Chili, ou partout ailleurs, en ce XXIe siècle. Me permettez-vous de vous la raconter, très brièvement ? (Photo : Sénat romain et, en médaillon, Jugurtha).

    Arturo Alejandro Muñoz

    La Numidie correspondait à ce qui est aujourd’hui l’Algérie et une partie du Maroc et de la Tunisie, en Afrique du Nord. Les cavaliers numides, admirés par les légions romaines, ravageaient violemment les peuples voisins d’Afrique du Nord. Jugurtha en était le chef suprême, une sorte de roi tout-puissant, habile et dépourvu de scrupules (ce qui n’a rien d’étonnant : sans cela, il n’aurait pu devenir roi).

    Habile comme il l’était, ainsi que nous venons de le dire, il comprit combien il serait vain, pour ses cavaliers et son armée, d’affronter les légions romaines, presque invincibles, et le pouvoir du Sénat de cette république ; car à cette époque Rome était encore une république. Jugurtha accepta donc de signer un accord de paix et de coopération avec la puissante Rome, conscient qu’il devrait verser de lourds tributs pour préserver la paix, non seulement avec elle, mais aussi avec ses voisins d’Afrique du Nord, territoires placés sous la protection (c’est-à-dire la propriété) du Sénat.

    La paix signée, Jugurtha continua cependant d’assiéger ses voisins et de ravager leurs territoires. Jour après jour, le roi numide s’enrichissait davantage, tandis que diminuait le versement des tributs convenus. Le Sénat finit par décider de le convoquer, en l’«invitant» à venir s’expliquer à Rome.

    Assailli par des sénateurs habiles dans l’art de la joute politique, Jugurtha, à bout de patience face à tant de discussions byzantines, fit face au Sénat en désignant du doigt la plupart de ces sénateurs qu’il avait comblés, à plusieurs reprises, de présents en or et en bijoux.

    «Vous êtes ici, dans cet hémicycle, nobles citoyens romains, grâce aux présents en or et aux tributs personnels que je vous ai maintes fois offerts», phrase attribuée au Numide.

    Ce qu’il affirmait était vrai, mais ce fut aussi son arrêt de mort.

    Jugurtha achète les nobles «pater familias»

    La légende raconte (non l’Histoire, la «légende») que le Sénat décida d’envoyer en Numidie quelques légions commandées par des généraux appartenant à la noblesse en tant que «pater familias», avec l’ordre d’arrêter Jugurtha et de le ramener enchaîné à Rome pour qu’il y soit jugé devant la plèbe, selon la loi correspondante.

    Souhaitez-vous connaître la fin de cette histoire ? Eh bien, poursuivons…

    Les nobles qui commandaient ces premières légions n’eurent aucun succès. Bien au contraire, selon la légende, ils ne combattirent même pas, car Jugurtha les acheta à prix d’or… et ces nobles «pater familias» décidèrent de rester en Numidie, jouissant de la richesse et des largesses que leur accordait le grand Jugurtha.

    Le Sénat changea alors de tactique. Plus de nobles, plus de «pater familias» à la tête des légions. Cette fois, ce seraient deux tribuns de la plèbe qui commanderaient les armées en route vers l’Afrique du Nord : Lucius Cornelius Sylla et Caius Marius.

    Sylla et Marius arrivèrent en Numidie et déclinèrent l’invitation de Jugurtha à venir s’entretenir dans son palais. Ils attaquèrent les Numides, les vainquirent, unirent aux leurs les anciennes légions déjà établies sur place (formant ainsi une armée considérable), et enchaînèrent Jugurtha pour le ramener à Rome afin qu’il y soit jugé.

    Mais, tout comme le ferait des années plus tard Jules César, Lucius Sylla et Caius Marius allaient s’affronter dans ce que l’Histoire a appelé «la première guerre civile romaine». Pour abréger, Lucius Cornelius Sylla, appuyé par les «optimates» (les nobles), vainquit Caius Marius (appuyé par des secteurs de la plèbe) et transforma la vieille république en une dictature cruelle.

    Jugurtha ramené, enchaîné, à Rome

    Et Jugurtha, qu’était-il devenu ?

    Il fut exécuté en 104 avant J.-C., dans la prison Mamertine.

    Vous vous demanderez, aimable lecteur : «Et qu’est-ce que tout cela a à voir avec la réalité chilienne actuelle ?»

    Je pense aux «Amarillos»(1) (Sylla ?), à l’UDI/RN (2) (le Sénat romain ?), à Caius Marius (le centre-gauche en échec ?), à Jugurtha (les «patriotes» et les «républicains»)… à la guerre civile romaine ?

    Je ne sais pas… dites-moi ce que vous en pensez, ce que vous y voyez, ce que vous pressentez. Pour ma part, j’y perçois certaines similitudes, bien qu’il n’y ait ni troupes, ni légions, ni batailles rangées. Seulement la guerre politique dans sa plus pure essence. Je crois l’avoir déjà écrit, un jour, dans d’autres textes : «tout ce qui se produit aujourd’hui en politique s’était déjà produit à Rome, non seulement sous l’Empire, mais aussi avant, sous la République et sous la Dictature».

    C’est peut-être pour cela que l’étude et l’enseignement de l’Histoire constituent, pour la droite et l’establishment lèche-bottes, une matière pernicieuse qui attente contre le très catholique et apostolique statu quo patronal-néolibéral.

    Traduit de l’espagnol.

    * Professeur à l’Université du Chili.

    Notes :

    1- Amarillos (Jaunes) : mouvement puis parti fondé en 2022 par Cristián Warnken pendant le référendum constitutionnel, rassemblant d’anciens dirigeants de centre-gauche et centre-droit ; dissous par le Servel en février 2026 faute d’avoir atteint le seuil électoral.

    2- UDI/RN : les deux grands partis de la droite traditionnelle chilienne, historiquement alliés dans «Chile Vamos», aujourd’hui soutiens du gouvernement Kast — avec la tension actuelle sur une éventuelle dissolution de cette coalition au profit d’un bloc unique.

    Source : Diariopolitika.

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