Tunisie 2026-2030 : missions exploratoires et ambitions
La Tunisie entre dans la séquence 2026-2030 avec un constat implicite : le temps des diagnostics est révolu. Le Plan de développement annoncé se veut une rupture stratégique. Mais une ambition affichée ne vaut pas transformation acquise.
Au cœur de cette feuille de route figure la relance de l’investissement direct étranger (IDE). Attirer des capitaux est devenu une nécessité pour financer des infrastructures lourdes et moderniser un appareil productif sous pression. Les missions exploratoires actuelles d’investisseurs internationaux traduisent un intérêt réel. Elles envoient un signal positif. Mais elles ne constituent pas, à elles seules, une garantie de concrétisation.
L’expérience récente le rappelle : l’investissement ne se décrète pas, il se sécurise. Il exige visibilité réglementaire, stabilité politique, célérité administrative et capacité d’exécution. Sur ce terrain, l’État est attendu au tournant.
Infrastructures : l’épreuve de vérité
Aéroport de Tunis-Carthage, TGV nord-sud, port en eaux profondes d’Enfidha : ces projets sont présentés comme des accélérateurs de compétitivité. Ils peuvent l’être. Mais ils posent une question centrale : l’administration tunisienne est-elle prête à piloter, coordonner et livrer des projets de cette ampleur dans les délais et les standards annoncés ? Les partenariats public-privé peuvent réduire la pression financière. Ils ne remplacent ni la rigueur institutionnelle ni la discipline budgétaire. La crédibilité du Plan 2026-2030 se jouera moins dans les annonces que dans la capacité à éviter retards, surcoûts et arbitrages contradictoires.
Moderniser, mais comment ?
Le ciblage des secteurs à forte valeur ajoutée – mécanique, électronique, aéronautique, automobile, textile – traduit une volonté de montée en gamme. L’orientation est cohérente. Mais la modernisation industrielle ne se limite pas à une liste de secteurs prioritaires. Elle suppose réforme de la formation, simplification administrative, accès au financement pour les PME et cohérence fiscale. Sans ces leviers, la stratégie risque de rester partiellement théorique. L’enjeu dépasse la croissance : il s’agit de transformer la structure même de l’économie.
Ambition régionale et réalité interne
La projection vers l’Afrique et le positionnement comme hub méditerranéen sont stratégiquement pertinents. Les zones franches et hubs logistiques peuvent renforcer l’attractivité du territoire. Mais aucune ambition régionale ne compensera des fragilités internes persistantes. La compétitivité extérieure dépend d’abord de la solidité intérieure : gouvernance claire, décisions rapides, institutions coordonnées.
Le test de l’État
Le Plan 2026-2030 n’est pas simplement un programme économique. C’est un test de capacité étatique. Le succès repositionnerait la Tunisie dans l’espace méditerranéen et africain. L’échec confirmerait un cycle d’annonces non abouties.
Les missions exploratoires d’investisseurs internationaux sont une opportunité. Elles ne seront décisives que si l’État démontre sa capacité à offrir un cadre stable, prévisible et efficace. Au fond, la question est simple : la Tunisie peut-elle transformer l’intérêt qu’elle suscite en réalisations concrètes ?
Car au-delà des capitaux étrangers, elle devra d’abord compter sur sa propre rigueur, sa cohérence institutionnelle et son courage réformateur. C’est moins la réaction des investisseurs qui déterminera l’avenir du Plan 2026-2030 que la capacité de l’État à tenir ses engagements.
Et cette exigence ne relève plus du discours. Elle relève de la preuve.
L’article Tunisie 2026-2030 : missions exploratoires et ambitions est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.