Acheter un café, régler une course, payer ses courses au supermarché… De plus en plus de Tunisiens sortent désormais leur carte bancaire au lieu de compter leurs billets. Le geste est rapide, pratique et sécurisé. Mais derrière cette facilité se cache un phénomène étudié par les spécialistes du comportement : payer sans voir l’argent partir peut nous inciter à dépenser davantage.
Le problème n’est pas la carte bancaire en elle-même. C’est la manière dont notre cerveau réagit lorsqu’une dépense devient moins visible.
Quand l’argent devient virtuel, la dépense semble moins douloureuse
Avec des billets en main, la dépense est concrète. Un Tunisien qui sort un billet de 50 dinars voit immédiatement son portefeuille diminuer. Cette sensation crée un frein naturel.
Avec une carte bancaire, la transaction devient presque abstraite : quelques secondes sur un terminal de paiement, un reçu, puis on passe à autre chose. Le cerveau ressent moins fortement la « perte » associée à l’achat.
Les chercheurs en économie comportementale parlent de « douleur du paiement » : plus cette sensation est faible, plus la personne peut être disposée à acheter. Les paiements électroniques réduisent souvent cette perception du coût immédiat.
Le piège des petites dépenses quotidiennes
Le risque apparaît surtout avec les petits montants. Un achat de 5 dinars ou 10 dinars semble anodin lorsqu’il est payé par carte. Mais plusieurs petites transactions répétées peuvent rapidement représenter plusieurs centaines de dinars à la fin du mois.
Le consommateur peut avoir l’impression de ne pas avoir beaucoup dépensé parce qu’il n’a pas vu son argent disparaître physiquement.
C’est notamment ce qui explique pourquoi certains spécialistes conseillent de garder une vision régulière de ses dépenses : la carte facilite l’achat, mais elle peut aussi éloigner le consommateur de la réalité de son budget.
La Tunisie adopte progressivement le paiement électronique
Cette évolution est visible dans les chiffres. Selon les données de la Banque centrale de Tunisie, 163 millions d’opérations ont été réalisées par cartes bancaires en 2024, pour un montant global de près de 27,8 milliards de dinars. Le nombre d’opérations a progressé de 9,2 % par rapport à 2023.
Mais la Tunisie reste encore largement attachée au cash. Parmi ces opérations, les retraits d’argent représentaient environ 62 %, tandis que les paiements directs représentaient 38 %.
Le paiement mobile progresse également : les transactions via ce canal ont atteint environ 5,1 millions d’opérations en 2024.
Pourquoi les paiements sans contact renforcent encore ce phénomène ?
Le paiement sans contact ajoute une nouvelle dimension : il réduit encore davantage l’effort nécessaire pour acheter.
Il n’y a plus besoin de sortir un portefeuille, chercher de la monnaie ou réfléchir quelques secondes avant de payer. Cette réduction des « obstacles » peut favoriser les achats impulsifs, notamment dans les commerces où les décisions sont rapides.
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Un consommateur qui hésiterait devant un billet de 20 dinars peut parfois valider plus facilement la même dépense avec une carte.
Faut-il revenir uniquement au cash ?
Faut-il pour autant revenir uniquement au paiement en espèces ? Pas nécessairement. La carte bancaire offre des avantages importants en matière de rapidité, de sécurité et de suivi des opérations. Mais son utilisation nécessite une nouvelle discipline financière.
Pour éviter les dépenses excessives, il est recommandé de consulter régulièrement ses relevés bancaires, de prendre conscience de l’accumulation des petites dépenses quotidiennes, de ne pas considérer la carte comme un argent virtuel sans limite et de fixer un cadre clair pour les achats non essentiels.
La révolution du paiement électronique ne change pas seulement la manière de payer. Elle change aussi notre relation psychologique avec l’argent. En Tunisie comme ailleurs, le défi sera de profiter de la simplicité du numérique sans perdre la conscience de ce que l’on dépense.
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