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Serbie – Législatives : le mouvement étudiant renverse le pouvoir après quatorze ans de domination de Vučić

27. Oktober 2026 um 08:56

La liste soutenue par le mouvement étudiant serbe a remporté les élections législatives anticipées du 25 octobre avec 52,9 % des voix, mettant fin à quatorze années de domination politique d’Aleksandar Vučić. Cette victoire ouvre cependant une période d’incertitude sur la formation du prochain gouvernement et l’avenir démocratique du pays.

La Serbie connaît un tournant politique majeur. La liste étudiante, constituée de candidats issus de la société civile, a remporté une large victoire aux élections législatives anticipées du 25 octobre, face à la coalition du président nationaliste Aleksandar Vučić. Selon les résultats préliminaires, publiés lundi 26 octobre, elle a recueilli 52,9 % des suffrages et pourrait obtenir environ 140 des 250 sièges du Parlement, contre une centaine pour le camp au pouvoir.

Après quatorze ans de domination politique, Aleksandar Vučić a reconnu sa défaite. Le résultat consacre deux années de manifestations, de blocages universitaires et de campagnes de terrain menées dans les grandes villes comme dans les régions rurales. Le mouvement est né après l’effondrement, en novembre 2024, d’un auvent de la gare de NoviSad, qui avait causé la mort de 16 personnes. Les étudiants ont dénoncé la corruption et les défaillances des autorités, transformant progressivement la contestation en un mouvement national réclamant davantage de transparence et une réforme des institutions.

La liste étudiante a choisi de présenter des candidats issus de différents milieux professionnels, notamment des médecins, des universitaires, des juristes et des représentants de la société civile. Son objectif était de dépasser les clivages traditionnels et de rassembler les électeurs opposés au pouvoir en place. La campagne s’est concentrée sur la lutte contre la corruption, l’indépendance de la justice et le renforcement de l’État de droit. La participation électorale, proche de 70 %, témoigne de la forte mobilisation autour du scrutin.

Cette victoire ne garantit toutefois pas une transition sans difficultés. Le mouvement, qui n’est pas structuré comme un parti politique traditionnel, devra maintenir son unité, constituer une équipe gouvernementale et traduire ses revendications en réformes concrètes. Il devra également composer avec les réseaux administratifs et politiques liés au pouvoir actuel.

Un enjeu pour les Balkans et l’Union européenne

La défaite de Vučić pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières serbes. Candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2012, la Serbie entretient des relations étroites avec Moscou et Pékin, tout en dépendant largement de ses échanges économiques avec l’Europe des 27.

Les institutions européennes ont salué le résultat et exprimé leur disponibilité à accompagner les réformes démocratiques. Bruxelles devra cependant concilier le soutien à une éventuelle transition institutionnelle avec ses attentes concernant l’État de droit, les relations avec la Russie et les tensions régionales, notamment autour du Kosovo.

La portée internationale de cette victoire reste incertaine. Le mouvement étudiant a surtout fait campagne sur les enjeux intérieurs et n’a pas encore précisé toutes les orientations de sa future politique étrangère.

Pour la Serbie, le défi commence désormais après les urnes : transformer une mobilisation citoyenne exceptionnelle en institutions plus transparentes et durables, sans décevoir les attentes élevées de la population.

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Quatre élections décisives en dix jours, le monde retient son souffle !

26. Oktober 2026 um 10:00

Une bataille féroce entre les partisans de la démocratie libérale et les apôtres de ce qui est désormais appelé la démocratie illibérale bat son plein partout dans le monde et cette bataille se cristallise durant ces dix jours au Brésil, en Israël, en Serbie et aux États-Unis où les libertés fondamentales et l’État de droit sont menacés et où les contre-pouvoirs sont ciblés par les candidats de la droite populiste. D’ailleurs, les candidats de cette tendance politique dans ces pays n’hésitent pas à s’entraider et à former un groupe informel décrit comme un international réactionnaire très solidaire.

Imed Bahri

Quatre élections sur quatre continents en l’espace de dix jours pourraient profondément remodeler la politique mondiale en accentuant la trajectoire autoritaire actuelle du monde ou, au contraire, en marquant un timide retour des normes démocratiques.

Julian Borger affirme dans le Guardian que ces élections se déroulent en Israël, en Serbie, aux États-Unis et au Brésil où les principes démocratiques fondamentaux pourraient être mis en péril à une époque marquée par une montée de l’autoritarisme à l’échelle mondiale.

Les libertés démocratiques tombées à des niveaux inédits depuis 1978

Selon l’institut suédois V-Dem, institut de recherche indépendant basé au sein du département de science politique de l’Université de Göteborg, qui s’appuie sur des outils d’évaluation multivariés, les libertés démocratiques dont jouit le citoyen moyen à travers le monde sont tombées à des niveaux inédits depuis 1978 soit la période antérieure à la chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme en Europe.

Ces élections pourraient soit conforter cette tendance soit l’atténuer. Dans chaque cas, des formations favorables à la démocratie se retrouvent en vive concurrence avec des dirigeants autoritaires qu’ils soient déjà au pouvoir ou qu’ils aspirent à le devenir. Il est fort probable que les résultats de chacun de ces scrutins aient des répercussions durables dans leurs régions respectives.

Ainsi, ce mardi, Benjamin Netanyahu affrontera ses adversaires lors des élections législatives. Le Premier ministre israélien, qui a gouverné pendant 19 des 30 dernières années, a conduit Israël vers un recul démocratique et une aggravation des violations des droits humains. Il est visé par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis à Gaza. Une défaite électorale l’exposerait à des risques juridiques accrus, compte tenu du procès pour corruption auquel il fait face dans son propre pays. Sa coalition d’extrême droite est actuellement distancée par le bloc de l’opposition mené par l’ancien chef de l’état-major Gadi Eisenkot.

Le mardi d’après, le 3 novembre, la présidence de Donald Trump —marquée par une dimension impériale— pourrait se heurter au rejet des électeurs américains lors des élections de mi-mandat. Il est fort probable que les Républicains perdent au moins l’une des deux chambres du Congrès, voire les deux.

Les Démocrates en cas de victoire auront alors la lourde tâche de contenir les dérives de Trump, lesquelles ont entraîné un recul des États-Unis dans l’indice de démocratie libérale établi par l’institut V-Dem.

Au moment du dépouillement des votes aux États-Unis mardi 3 novembre, le visage du monde pourrait être radicalement différent : les quatre enjeux électoraux en question sont non seulement très serrés mais aussi étroitement liés.

Le mouvement Maga, associé à Trump, a apporté un soutien politique explicite à Netanyahu en Israël, Aleksandar Vučić en Serbie et Flavio Bolsonaro au Brésil. Le logiciel espion israélien Pegasus a été découvert dans les téléphones d’étudiants et de militants pro-démocratie en Serbie mobilisés contre Vučić. Bolsonaro, connu pour son soutien indéfectible à Israël, s’est engagé à suivre l’exemple des États-Unis en transférant l’ambassade du Brésil à Jérusalem en cas de victoire. Les États-Unis ont largement soutenu les guerres menées par Netanyahu, tandis que la Serbie s’est engagée à consacrer deux milliards de dollars à des systèmes de défense israéliens. En septembre, une usine commune a d’ailleurs été inaugurée pour produire des systèmes de surveillance et d’attaque.

Selon Borger, la victoire de la droite autoritaire dans un pays donné renforcerait la position de ses homologues ailleurs. À l’inverse, la victoire des défenseurs de la démocratie lors des élections offrirait espoir et encouragement à leurs alliés à travers le monde.

Bien que ces quatre scrutins puissent être étroitement liés, la lutte entre autoritarisme et démocratie revêt des formes très différentes selon les pays. Les probabilités de victoire, tout comme les enjeux, varient d’un cas à l’autre mais toutes ces situations présentent des résultats très serrés.

Dans le cas du Brésil (qui occupe le 28e rang de l’indice de démocratie), on a pu observer un renouveau démocratique depuis l’investiture de Luiz Inácio Lula da Silva le 1er janvier 2023 qui a battu le populiste Jair Bolsnaro, aujourd’hui en prison. Hier, dimanche 25 octobre 2026, il était confronté à Flavio, le fils de Jair, lors du deuxième tour de l’élection présidentielle brésilienne. Selon l’institut V-Dem, le Brésil affiche désormais un bilan démocratique bien que celui du Royaume-Uni et nettement meilleur que celui des États-Unis. 

Aleksandar-Vucic-et-Jair-Bolsorano.

Le succès de Lula annonce un réveil de la démocratie mondiale ?

Le fils Bolsonaro a non seulement promis de faire libérer son père mais aussi de sanctionner les membres de l’appareil judiciaire ayant pris part aux poursuites engagées contre lui. En cas de victoire, il allait s’appuyer sur une majorité de droite au Parlement. Il a par ailleurs annoncé son intention de modifier la Constitution et de «redémocratiser» le pays. Cette expression renvoie à la transition ayant mis fin au régime militaire en 1985. Pour la gauche brésilienne, elle prend une résonance orwellienne inquiétante surtout dans la bouche d’un homme qui se revendique ouvertement admirateur de figures marquantes de la junte jadis au pouvoir.

Bolsonaro a axé sa campagne sur une politique sécuritaire intransigeante, visant à répondre au problème chronique de la criminalité élevée. Il préconise notamment l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale en dessous de 18 ans — ce qui conduirait à l’incarcération d’un plus grand nombre d’adolescents — ainsi que des réformes judiciaires. Selon ses détracteurs, ces mesures viseraient en réalité à porter atteinte à l’indépendance de la justice.

Finalement, le pire a été évité : c’est Lula qui a remporté les élections avec 51,79 % des suffrages, contre 48,21 pour Bolsorano. Et c’est un bon signe de réveil de la conscience démocratique mondiale, qui ne demande qu’à être confirmé sous d’autres cieux.  

En Serbie (classée 112e dans l’indice de démocratie), Aleksandar Vučić, au cours de ses 12 années à la présidence, a méthodiquement sapé les fondements de la démocratie. Lui et ses alliés ont pris le contrôle de la majeure partie des médias audiovisuels du pays, faisant de lui la figure omniprésente sur les écrans de télévision durant la campagne électorale actuelle. L’avenir des deux dernières chaînes d’information indépendantes est désormais incertain, après leur rachat en pleine campagne par un investisseur portugais lié à Viktor Orbán, l’ancien Premier ministre populiste de Hongrie. Le Parti progressiste serbe, au pouvoir, a transformé les ministères et autres institutions publiques en instruments politiques, au point que, selon Raša Nedeljkov —directeur de programme au Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité (CRTA)—, «la frontière entre l’État et les partis a pratiquement disparu». Depuis deux ans, la Serbie est le théâtre d’un mouvement de contestation estudiantin qui, cette semaine, tentera de prendre le pouvoir. 

En Israël (classé 48e dans l’indice de démocratie), la démocratie est restée l’apanage des Juifs, tout en étant discriminatoire à l’égard des Palestiniens. Ils représentent environ un cinquième de la population mais ils sont constamment sous-représentés à la Knesset. Leur taux de participation électorale est inférieur à celui des Juifs israéliens, beaucoup estimant qu’il est inutile de participer à un système qui les exclut systématiquement. Le principal bloc d’opposition, qui rivalise avec Netanyahu, refuse de former une coalition avec les partis arabes et ce, même si une telle alliance pouvait faire la différence entre une victoire écrasante et une impasse incertaine lors de la répartition des sièges à la Knesset.

Benjamin Netanyahu a occupé le poste de Premier ministre, de manière intermittente, au cours des trois dernières décennies. Cependant, durant son mandat actuel —au sein d’une coalition incluant des partis extrémistes soutenus par les colons—, il a pris pour cible les normes démocratiques israéliennes. Il a cherché à restreindre l’indépendance du pouvoir judiciaire au nom d’une «réforme» qui lui était favorable, a exercé des pressions sur la presse indépendante et a politisé la police, l’armée ainsi que le service de sécurité intérieure, le Shin Bet.

La coalition d’opposition, dirigée par le général Gadi Eisenkot, partage une grande partie de la vision de Netanyahu concernant la Palestine. Elle soutient, dans une large mesure, la guerre à Gaza et rejette la solution à deux États. Il est toutefois déterminé à éradiquer la corruption de l’ère Netanyahu ainsi que les dérives autoritaires qui y sont associées. Bien que l’on s’attende à ce que l’alliance remporte davantage de sièges que la coalition gouvernementale lors des élections de mardi, elle n’est pas certaine d’obtenir la majorité absolue.

Les Démocrates à l’assaut d’un «empereur» nommé Trump

Enfin, aux États-Unis (classés 52e dans l’indice de démocratie), aucun autre pays occidental à l’époque moderne n’a connu un recul démocratique aussi rapide que celui observé en moins de deux ans sous le second mandat de Donald Trump. Profitant de la domination des Républicains qui lui sont acquis au Congrès et de la soumission d’une grande partie de la Cour suprême, Trump a instauré un régime présidentiel autoritaire. Il gouverne essentiellement par décrets et transforme les institutions de l’État —notamment les services de sécurité intérieure, le FBI ainsi que le Département de la Justice— en instruments politiques utilisés comme des armes contre ses opposants, les procureurs indépendants et les journalistes. La politique de l’administration, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, a été mise à profit pour créer des occasions d’enrichissement personnel au bénéfice de la famille et des amis de Trump.

Les prérogatives de l’Agence de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) ont été considérablement étendues. Des agents, sommairement formés mais lourdement armés, ont été déployés à travers tout le pays, portant atteinte aux droits civiques de toute personne soupçonnée d’être un migrant en situation irrégulière, une situation qui affecte tout particulièrement la communauté latino-américaine.

Alors que les taux d’approbation du président Trump chutent à des niveaux historiquement bas, les Démocrates ont de bonnes chances de remporter la majorité à la Chambre des représentants et une probabilité plus faible de s’emparer également du Sénat. Même si les Démocrates prenaient le contrôle des deux chambres du Congrès, leur capacité à contenir les dérives autoritaires qui ont marqué la présidence de Trump resterait limitée. Il est en effet probable que ce dernier use largement de son droit de veto or, les Démocrates ne disposeraient ni des voix nécessaires pour passer outre ce veto ni de celles requises pour contrer les tactiques d’obstruction des Républicains au Sénat.

Sur le plan théorique, le Congrès détient le pouvoir budgétaire et peut conditionner le financement des ministères et des agences fédérales à la mise en œuvre de réformes. Par ailleurs, une majorité démocrate pourrait tirer parti de son contrôle sur les commissions parlementaires pour ouvrir des enquêtes sur des affaires de corruption ou d’autres irrégularités et pour émettre des assignations à comparaître à l’encontre de responsables gouvernementaux.

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