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Industrie africaine : le Maroc détrône l’Afrique du Sud ; la Tunisie à la 4e place

30. Mai 2026 um 09:54

Selon le dernier rapport de la BAD, le Maroc devient la première puissance industrielle d’Afrique, suivi de l’Afrique du Sud et de l’Égypte. La Tunisie confirme sa 4e place.

 

Le Maroc sur le toit de l’Afrique ? La performance mérite d’être soulignée. Selon l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 publié par la Banque africaine de développement (BAD) et présenté le 25 mai en marge des Assemblées annuelles de l’institution à Brazzaville, le royaume chérifien confirme sa montée en puissance économique au point de supplanter progressivement l’Afrique du Sud en tant que principale puissance  industrielle du continent.

Pendant plus d’une décennie, l’Afrique du Sud a trôné sur le classement l’industrie africaine, suivie à quelques longueurs du Maroc, de l’Égypte et de la Tunisie. Pretoria, précise le document, demeure une « puissance industrielle majeure », mais sa compétitivité recule depuis plusieurs années, plombée par une crise énergétique chronique, une désindustrialisation rampante de sa base manufacturière et une perte d’attractivité pour les investisseurs étrangers ».

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Trio gagnant

Quel est le secret de cette montée en puissance patiemment élaborée ? D’abord, le royaume chérifien doit son ascension à quinze ans de politique industrielle continue et fondée sur les investissements publics massifs et également soutenue par une diplomatie économique offensive en Afrique, qui a permis au Maroc de diversifier progressivement son appareil productif.

En effet, longtemps associé aux phosphates et, plus récemment, à l’automobile, le royaume s’impose désormais dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’aéronautique.

L’industrie automobile, longtemps marginale, est devenue le premier secteur exportateur du pays. Près d’un million de véhicules ont été produits en 2025, contre 535 000 en 2023 et 465 000 en 2022, selon les données sectorielles agrégées par les analystes. Les exportations automobiles vers l’Union européenne ont atteint 15,1 milliards d’euros dès 2023, plaçant le pays devant la Chine et le Japon en termes de valeur expédiée vers le marché unique.

L’aéronautique, deuxième pilier de la stratégie, a généré 2,54 milliards de dollars de recettes à l’export en 2024. Plus de 150 entreprises opèrent dans les écosystèmes de Casablanca, Tanger et Nouaceur, dont Boeing, Safran et Airbus.

Ensuite, le Maroc possède un réseau d’infrastructures que peu de pays africains peuvent égaler : ligne à grande vitesse Al Boraq entre Tanger et Casablanca, expansion en cours du port de Tanger Med et du futur Nador West Med, projets de port atlantique de Dakhla, agrandissement de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, etc.

« Lorsqu’un pays investit massivement dans les ports, les réseaux de transport, les télécommunications ou la connectivité, il attire mécaniquement des investisseurs internationaux mais aussi des opérateurs nationaux capables de changer la structure de l’économie », analyse Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique.

Enfin, la capacité croissante à attirer les investissements étrangers grâce à un cadre d’investissement plus attractif : la nouvelle Charte de l’investissement, entrée en vigueur en 2023, a renforcé les incitations fiscales et financières, simplifié certaines procédures administratives et amélioré l’accompagnement des investisseurs.

Inégalités

Cela étant, cette réussite industrielle incontestable ne masque pas certaines fragilités. Ainsi, souligne la BAD,  les retombées de cette croissance restent inégalement réparties entre les territoires et les catégories sociales. Les régions proches des grands pôles industriels et portuaires bénéficient davantage de la mondialisation que les zones plus éloignées.

« Il y a un Maroc qui gagne, un Maroc proche des ports et des grands circuits mondiaux, mais il y a aussi un Maroc des marges », souligne Abdelmalek Alaoui. Selon lui, l’industrialisation rapide a contribué à accentuer les écarts sociaux entre les catégories les plus favorisées et les populations les plus vulnérables.

Autre fragilité mise en lumière par la BAD : l’insuffisante création d’emplois au regard des besoins d’une population active en forte croissance. Malgré un tissu entrepreneurial dynamique et une industrialisation soutenue, l’économie marocaine peine encore à offrir des débouchés à la hauteur des attentes, en particulier pour les jeunes diplômés, dont le chômage demeure élevé.

Finalement, le défi posé au Maroc apparaît donc double : poursuivre sa montée en gamme industrielle tout en veillant à une meilleure redistribution des bénéfices de la croissance. Car si le royaume s’est imposé comme l’une des locomotives économiques du continent africain, la question sociale reste, elle, plus que jamais au cœur de l’équation.

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Paris, base de lancement d’un Maroc «mondialisé»

30. Mai 2026 um 07:50

Les 16 et 17 mai 2026. Un week-end au climat morose si classiquement parisien même au printemps. La Maison du Maroc comme abri. Le souffle de l’esprit Erasmus a contré les bourrasques abondamment pluvieuses sur le campus cosmopolite de la Cité Universitaire Internationale de Paris. Jusqu’à dégager un espace pour l’expression des ambitions marocaines.

Jean-Guillaume Lozato *

Après une présentation soignée tenue entièrement dans la langue de Molière, les organisateurs ont donné la parole à Samira Sitaïl, l’ambassadrice du Royaume à Paris, qui a produit un discours très protocolaire, posé, non dénué d’une certaine sensibilité. Au-delà de cette maîtrise technique d’un exposé très policé, initié avec une très convenue entrée en matière : «honneur sincère de participer à cette session du trentième Forum Horizons Maroc de l’association AMGE Caravane»

Après ce qui s’assimilait à l’antichambre du sujet à venir, l’assistance a pu pénétrer dans le vif du sujet : le Maroc, sa matière grise et son développement par rapport à ses étudiants expatriés qui se trouveraient dorénavant missionnés comme faire-valoir de la réussite patriote.

La parole fut ensuite donnée à Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances qui, après avoir insisté sur le concept du «Made in Morocco», a souligné, chiffres à l’appui, le changement de statut de son pays, sans omettre de rappeler la perfectibilité de certains aspects de ma gouvernance comme la décentralisation. Partant de cette ébauche d’autocritique, la ministre a souligné les enjeux des bilatéralités et les multilatéralités. 

Déplacement de curseur sur l’échiquier du monde

Cette incursion marocaine en territoire français n’a pas été placée uniquement sous le signe du parisianisme, ni du rapprochement avec le pays hôte.

Le Maroc, après avoir emprunté une chicane composée de biais et de compromis, voire de compromissions selon les interprétations de certains, n’est plus seulement un simple demandeur. La nation dirigée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI est devenue une habile négociatrice transcontinentale. Le glissement d’acteur régional d’envergure à puissance grandissante semble s’être déjà opéré. Cependant, cette prouesse d’un déplacement de curseur sur l’échiquier du monde comporte le danger d’un éparpillement oublieux de la nécessaire consolidation de certaines bases. 

Avec des jeunes de mieux en mieux formés, de plus en plus qualifiés et reconnus, en plus de ses agents diplomatiques policés et sérieux, le pays ne fait plus de la simple figuration. Il y eut au passage un appel du pied en direction de la diaspora composée de Marocains fraîchement installés à l’étranger (France et Belgique surtout), d’autres qui y sont établis depuis plus longtemps, et d’autres encore dont les parents et grands-parents étaient arrivés en Europe il y a plusieurs décennies. Avec des différences ou des dissensions perceptibles lors des échanges informels autour des cocktails. Allant du positif au beaucoup plus mesuré. De Mohamed, étudiant marocain de la deuxième génération qui a affirmé «adorer Paris et Lille mais détester Bruxelles et Lyon», à Nabila exposante de passage en France : «Paris est comme Casa, avec les inconvénients de très grande ville, mais plein d’opportunités pour tout ce qui est échanges internationaux autour des RH». Tandis qu’une étudiante arabophone qui réside dans la capitale française se défend d’avoir un lien avec la berbérité, affichée par certains de ses concitoyens.

Le tissu associatif marocain a besoin d’être repensé pour gérer les diversités afin de gagner en efficacité. Comme l’ont souligné nos confrères du magazine Jeune Afrique : «La diplomatie marocaine est en avance sur la société qu’elle représente». Tout sera donc affaire non d’organisation proprement dit, mais de coordination.

Le Maroc et l’espace nord-africain

Au vu de cette évolution générale, la question se pose de pouvoir ou non parier sur le Maroc afin qu’il fasse bénéficier l’espace nord-africain de son aura, par effet d’entraînement ou d’aubaine. Encore faut-il que les autres Etats de la région se montrent coopératifs, ce qui est loin d’être acquis. 

Les capacités du Royaume du Maroc à se poser en médiateur ou modérateur doublé d’un organisateur s’étaient vérifiées au sommet de Skhirat en 2015, au moment des négociations entre les différentes sensibilités libyennes. Il possède les capacités pour évoluer en terrain neutre. L’escale parisienne l’a démontré, avec la conférence suivie par un salon entrepreneurial à la Porte de Champerret.

Les intervenant(e)s de l’Etat Chérifien ont fait transparaître une forme d’assurance, outrepassant le cadre strictement national et/ou africain, en évoquant la consolidation des acquis euroafricains et euromaghrébins.

Concernant l’Europe du Sud et donc l’interface méditerranéenne, le Maroc entretient une relation profonde avec l’Espagne. Tandis que l’Italie a toujours regardé vers la Tunisie et l’Algérie pour des considérations énergétiques. Le Maroc pourrait-il compléter son carnet d’adresse et lancer des projets avec l’Italie, diversifiant ainsi ses tropismes européens ? Interrogée à ce sujet, la ministre de l’Economie et des Finances s’est montrée très intéressée mais a préféré temporiser en précisant qu’il s’agissait d’un dossier «qui mérite un développement approfondi». Une problématique sur laquelle un partenariat ou au moins une concertation avec la Tunisie serait des plus logiques. Et qui aurait pour effet de redynamiser l’espace du Grand Maghreb.

Tout en envisageant une expansion mondialisée, les antennes françaises et plus spécifiquement parisiennes du Royaume chérifien devraient tenir compte de l’emplacement de la Fondation Maison du Maroc à Paris, en pleine Cité universitaire internationale là même où l’Association tunisienne des grandes écoles (Atuge) organise régulièrement des tables rondes et autres événements…

L’espace parisien agira-t-il en terrain neutre ou en terreau fertile pour les ambitions marocaines ? 

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