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René De Maximy | Rencontre autour d’une mémoire partagée

20. August 2026 um 10:43

Je n’avais pas prévu de rencontrer René De Maximy. Mais le hasard, parfois, emprunte les chemins du destin. Ce jour-là, à la librairie Île aux Mots, je pensais simplement découvrir un livre consacré à l’Algérie. Je ne savais pas encore que cette rencontre me conduirait jusqu’à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille, auprès d’un homme dont la mémoire, malgré les années et la maladie, porte encore les traces d’une histoire commune entre la France et l’Algérie.

Djamal Guettala, à Marseille.

Tout commence par un détail. Une femme tient un livre entre ses mains. Mon regard s’arrête sur la couverture : ‘‘Le cœur à contre-guerre. Grande Kabylie, mars 1960-mars 1962’’ (Éditions La Fontaine de Siloé, 1er décembre 2011). Un livre sur l’Algérie. Un livre consacré à une période dont les blessures et les interrogations demeurent, plus de soixante ans après. Je lui demande : «Qui a écrit ce livre ?» Sa réponse me surprend : «C’est mon mari.»

Cette femme s’appelle Marie-Christine de Maximy. À cet instant, l’ouvrage change de dimension. Il n’est plus seulement un témoignage sur une période de l’histoire. Il devient le lien vers un homme, un parcours et une mémoire.

Je veux en savoir davantage. Est-il encore vivant ? Est-il possible de le rencontrer ?

— Oui, il est vivant… mais il est à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille. Il a Alzheimer. Cette phrase aurait pu mettre fin à ma démarche. Elle produit l’effet inverse.

Derrière chaque livre, il y a une voix. Lorsque le temps commence à effacer les souvenirs, il devient peut-être encore plus urgent d’aller à la rencontre de celui qui les a confiés à l’écriture.

Je lui demande : «Le jour où vous irez le voir, puis-je vous accompagner ?» Elle accepte, en ajoutant avec prudence : «Je ne sais pas s’il pourra parler avec vous.»

Je décide pourtant d’y aller. Avec son livre entre les mains.

Un livre, une mémoire, une histoire

Publié en 2011 aux éditions La Fontaine de Siloé, ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ est un témoignage singulier sur les dernières années de la guerre d’Algérie.

Dès les premières lignes, René De Maximy donne le ton : «J’ai 25 ans, en 1960, lorsque j’aborde en terre algérienne.»

Son récit n’est ni celui d’un militaire racontant une campagne, ni celui d’un acteur politique défendant une position. Il témoigne comme un jeune citoyen français appelé sous les drapeaux et envoyé en Algérie au moment où le conflit entre la France et le FLN entre dans une phase décisive.

Son regard est celui d’un homme qui découvre une réalité plus complexe que les discours officiels. Derrière les mots de «maintien de l’ordre», il perçoit une véritable guerre, avec ses violences, ses blessures et ses contradictions.

À son arrivée en 1960, le jeune appelé connaît déjà, par les journaux et les récits, la violence des années précédentes. Il sait également que le plan Challe et l’opération Jumelles, menée en Grande Kabylie, ont profondément affaibli les maquis du FLN.

L’Algérie semble alors, en apparence, sous le contrôle de l’armée française. Les combattants indépendantistes sont repoussés vers les frontières tunisienne et marocaine. Mais cette impression de pacification reste fragile. Dans les montagnes, les tensions demeurent.

C’est cette réalité que René De Maximy raconte avec sobriété. Son témoignage n’est pas une simple chronique militaire. Il constitue avant tout une réflexion sur la conscience individuelle face à la guerre. L’auteur évoque les violences commises de part et d’autre et affirme une exigence essentielle : le respect de la dignité humaine.

Le titre résume cette position intérieure : ‘‘Le cœur à contre-guerre’’. Comme si l’homme en lui résistait à la mécanique de la violence.

Djamal Guettala en visite à René De Maximy.

Quand le livre réveille la mémoire

Le jour de la rencontre, Marie-Christine de Maximy m’accompagne jusqu’à la chambre de son mari, à la Résidence Rivoli.

Je ne sais pas comment René De Maximy va réagir. Alzheimer est là, avec ses silences et ses absences. Mais certains objets ont parfois le pouvoir de faire ressurgir une part de soi que l’on croyait perdue.

Je me présente. Puis je lui montre son livre. Son regard change. Il reconnaît l’ouvrage. Et soudain, la parole revient. Il évoque la Kabylie, ses paysages, ses villages, les femmes kabyles, les embuscades, mais aussi les scènes de la vie quotidienne. La guerre n’est pas le seul sujet. Il parle également d’une terre et de rencontres.

La conversation avance naturellement, d’un souvenir précis à une anecdote plus légère. Derrière chaque phrase, une mémoire cherche à rester vivante.

Marie-Christine est étonnée. Elle qui craignait qu’il ne puisse plus échanger découvre un homme encore capable de raconter et de transmettre.

Ce jour-là, le livre devient un déclencheur. Un lien entre le passé et le présent.

L’homme derrière l’auteur

René De Maximy est né en 1935 à Craponne-sur-Arzon, en Haute-Loire. Géographe, il a été directeur de recherches émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Son parcours scientifique, consacré aux territoires et aux sociétés humaines, éclaire aussi son regard sur l’Algérie : une attention portée aux réalités humaines derrière les événements historiques.

René De Maximy est également écrivain. Son premier roman, ‘‘La Ferme des Neuf Chemins’’, révèle déjà un homme attentif au monde qui l’entoure, désireux d’observer et de comprendre.

Sa famille appartient elle aussi à plusieurs univers. Il est le frère de Jean De Maximy, artiste-peintre, et l’oncle d’Antoine de Maximy, connu notamment pour l’émission ‘‘J’irai dormir chez vous’’.

Recherche, art, écriture et voyage semblent ainsi se rejoindre autour d’une même volonté : aller vers l’autre.

Une rencontre qui dépasse le livre

Depuis cette première visite, je suis retourné plusieurs fois à la Résidence Rivoli. Ce qui devait être une rencontre autour d’un ouvrage est devenu un rendez-vous humain. Lors de ma deuxième visite, c’est lui qui m’interroge : «Comment va l’Algérie ?» Puis : «Comment êtes-vous venu ici ?» «Pourquoi habitez-vous Marseille ?»

Ses questions montrent que, malgré la maladie, sa curiosité pour l’autre demeure intacte.

Lors d’une visite plus récente, je le trouve plus triste. Son visage porte la fatigue. Mais dès que nous commençons à parler, quelque chose change. La conversation semble l’apaiser. Puis il me confie cette phrase : «Au moins, il y a quelqu’un qui sait que j’existe encore.»

Quelques mots qui disent beaucoup de la solitude et de ce besoin universel d’être reconnu.

À chaque fin de visite, il répète : «Merci, merci, merci d’être passé me voir.»

Alors je continuerai à venir aussi longtemps que cela sera possible. Avec du temps, des conversations, des souvenirs partagés. Et parfois quelques madeleines ou des gâteaux au chocolat.

Une mémoire qui défie l’oubli

À travers le parcours de René De Maximy, une autre manière de regarder une période majeure de notre histoire commune apparaît. Plus de soixante ans après, la guerre d’Algérie demeure une mémoire sensible, traversée de blessures et d’interrogations qui continuent d’habiter les deux rives de la Méditerranée.

L’intérêt de son témoignage tient aussi à cette volonté de replacer l’humain au centre. Derrière les grandes dates, les opérations militaires et les affrontements politiques, il y a toujours des destins individuels : des jeunes hommes appelés sous les drapeaux, des populations confrontées à la violence, des femmes et des hommes pris dans une période qui les dépasse.

Son livre ne simplifie rien. Il propose le regard d’un témoin qui a choisi de raconter son expérience avec lucidité et exigence morale.

René De Maximy ne se présente pas en héros. Il est simplement un homme qui a vécu un moment particulier de l’Histoire et qui a voulu transmettre ce qu’il avait vu et ressenti.

La mémoire ne prend véritablement sens que lorsqu’elle est transmise, lorsqu’elle circule entre les générations et permet de regarder le passé sans enfermer les peuples dans ses blessures.

Cette rencontre m’amène aujourd’hui à lancer un appel aux autorités culturelles de Marseille ainsi qu’à M. le maire. René De Maximy mérite un geste de reconnaissance. Pas nécessairement une grande cérémonie. Une simple visite suffirait. Quelques instants d’échange avec un homme qui a consacré sa vie à la recherche, à l’écriture et à la compréhension des sociétés humaines.

Marseille est une ville de mémoire et de culture, ouverte sur la Méditerranée, un lieu où les histoires de France et d’Algérie se rencontrent quotidiennement. Venir saluer René De Maximy à la Résidence Rivoli, c’est reconnaître le parcours d’un géographe, d’un chercheur, d’un écrivain et d’un témoin. C’est aussi rappeler que les hommages les plus précieux sont souvent ceux que l’on rend aux personnes de leur vivant. Parce qu’une reconnaissance tardive ne remplace jamais une présence. Parce qu’un simple échange peut parfois avoir une valeur immense.

René De Maximy a écrit ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ pour que ses souvenirs ne disparaissent pas. Aujourd’hui, cette mémoire continue de vivre. Dans un livre. Dans une voix. Dans une rencontre. Et parfois, il suffit de pousser une porte, de s’asseoir quelques minutes et d’écouter.

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‘‘Inside DZ Mafia’’ | Au cœur d’un gang de narcobanditisme

17. August 2026 um 08:48

Dans son enquête ‘‘Inside DZ Mafia’’, Jean-Michel Verne ne signe pas un simple récit sur les règlements de comptes marseillais. Le journaliste, spécialiste des questions de police et de crime organisé, s’intéresse à ce qui se joue derrière les fusillades, les points de deal et les guerres de territoires : la transformation progressive du narcotrafic en une véritable économie clandestine.

Djamal Guettala

L’enquête plonge dans les rouages d’une organisation criminelle devenue l’un des symboles du nouveau narcobanditisme français. Violence, argent, recrutement, nouvelles technologies, contrôle territorial et connexions internationales composent un système qui ne ressemble plus à la bande de quartier traditionnelle. Le trafic de stupéfiants s’est professionnalisé, structuré et adapté aux mutations de la société.

L’intérêt du livre tient précisément à cette volonté de dépasser le fait divers. Jean-Michel Verne cherche à comprendre comment des réseaux nés dans les quartiers nord de Marseille ont pu acquérir une telle capacité d’organisation et pourquoi leur influence dépasse désormais largement la cité phocéenne.

Du vieux milieu marseillais au narcobanditisme

Pour comprendre la DZ Mafia, Jean-Michel Verne remonte le fil de l’histoire criminelle marseillaise. Il décrit la disparition progressive de l’ancien milieu, celui des figures traditionnelles du banditisme qui imposaient encore des codes, des hiérarchies et une certaine forme d’omerta.

À ce modèle succède une génération issue des cités, porteuse d’autres pratiques et d’autres rapports de force. La violence change alors de nature et d’échelle. La fusillade de Sainte-Marthe, en janvier 2009, apparaît dans le récit comme un moment symbolique de cette mutation, avec l’utilisation d’armes de guerre dans les affrontements.

La kalachnikov devient l’image d’un nouveau paysage criminel. La discrétion et les anciens codes du milieu cèdent progressivement la place à la conquête territoriale, à l’intimidation et à la démonstration de puissance.

Ce basculement permet à l’auteur de replacer la DZ Mafia dans une histoire plus large. Il ne s’agit pas d’un phénomène apparu soudainement, mais de l’aboutissement d’une évolution du crime organisé marseillais, désormais davantage fragmenté, violent et connecté aux circuits internationaux.

Quand le crime adopte les méthodes de l’entreprise

L’un des aspects les plus saisissants du livre concerne le recrutement des exécutants. Jean-Michel Verne décrit une génération de jeunes attirés par l’argent rapide, mais aussi par une forme de reconnaissance sociale construite sur les réseaux numériques.

Le cas d’E., âgé de 16 ans, illustre cette évolution. Recruté sur les réseaux sociaux et missionné pour quelques milliers d’euros, il devient l’exécutant d’une opération violente. L’auteur montre ainsi comment certains réseaux peuvent utiliser des jeunes, souvent sans expérience criminelle préalable, comme des exécutants interchangeables.

La logique est implacable : cloisonner les responsabilités afin de protéger les commanditaires. Celui qui exécute ne connaît pas nécessairement celui qui décide. Les différents niveaux de l’organisation sont séparés, tandis que les moyens de communication numériques facilitent les échanges et réduisent les distances.

Cette rationalisation du crime donne tout son sens à l’une des formules fortes du livre : «La came est une entreprise». Derrière cette phrase se dessine une véritable architecture économique : responsables, gérants, exécutants, circulation de l’argent, gestion des territoires et stratégie d’expansion.

Le trafic de cocaïne s’inscrit lui-même dans des circuits qui dépassent Marseille. Anvers, Rotterdam ou Le Havre apparaissent comme des points de passage d’une économie dont les ramifications sont européennes. Les communications cryptées et les mécanismes de blanchiment complètent cette organisation.

Mais cette apparente rationalité économique a un coût humain considérable. Jean-Michel Verne rappelle que la violence ne frappe plus seulement les membres des réseaux rivaux. Socayna, Lana ou Éléonore incarnent ces victimes collatérales qui paient le prix d’une guerre dont elles ne sont pas les protagonistes.

Le narcobanditisme devient alors une forme de pouvoir territorial. La violence n’est plus seulement la conséquence d’un conflit : elle devient un moyen de gouverner un territoire clandestin.

Une puissance criminelle difficile à contenir

L’enquête ne s’arrête pas aux quartiers marseillais. Elle montre comment le narcotrafic s’est inscrit dans une économie nationale et européenne, obligeant les services de l’État à affronter des organisations capables de se recomposer après les arrestations.

La prison elle-même ne constitue plus nécessairement une rupture. Les communications clandestines permettent à certains responsables présumés de continuer à exercer une influence depuis leur cellule. Le livre évoque également les affaires de corruption, révélatrices de la capacité de l’argent criminel à pénétrer certains rouages institutionnels.

Jean-Michel Verne s’appuie sur des procédures judiciaires, des documents et des témoignages d’enquêteurs. Cette matière donne à son récit une solide dimension documentaire. Il évite généralement les effets faciles et préfère démonter les mécanismes du système.

On pourra toutefois regretter que la dimension sociale soit moins approfondie. Pourquoi certains jeunes basculent-ils dans cette économie ? Que disent ces recrutements de l’état des quartiers concernés ? Quelles réponses sociales, économiques et politiques opposer à une organisation qui prospère sur les failles du territoire ? L’auteur privilégie clairement l’angle policier et judiciaire. C’est aussi ce qui fait la précision de son enquête, tout en laissant certaines questions en suspens.

Sa conclusion dépasse néanmoins le seul cas marseillais. Lorsque Verne écrit que «l’économie de la mafia est partie prenante de l’économie française» et voit dans la DZ Mafia «le symptôme le plus voyant d’une nécrose», il élargit son propos à une société confrontée à la banalisation progressive d’une économie criminelle.

Abdelatif Mehdi Laribi, l’un des chefs présumés de la DZ Mafia, arrêté en Algérie.

Quand l’actualité rejoint les pages du livre

L’actualité judiciaire récente donne une résonance particulière à ‘‘Inside DZ Mafia’’. Deux noms cités dans le livre sont revenus au premier plan dans des procédures en cours entre la France et l’Algérie.

Le 3 août 2026, les autorités algériennes ont arrêté Djamel Djeha, 46 ans, présenté comme un cadre présumé du réseau de la Castellane à Marseille. Il a été interpellé en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par les magistrats instructeurs marseillais dans le cadre de l’enquête «Empire». Son nom figure dans l’enquête de Jean-Michel Verne sur les réseaux criminels marseillais.

Deux semaines auparavant, le 20 juillet, Abdelatif Mehdi Laribi, 36 ans, alias «Tic», présenté comme l’un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, avait été arrêté en Algérie sur la base d’un mandat d’arrêt délivré par deux juges d’instruction marseillais. Il est visé dans le vaste dossier «Octopus», consacré à des réseaux de narcotrafic.

Le 10 août, les deux hommes ont été placés en détention provisoire en Algérie, après avoir été initialement placés sous contrôle judiciaire. Cette actualité donne au travail de Jean-Michel Verne une résonance presque immédiate : les noms qu’il étudie dans son livre continuent d’apparaître dans des procédures qui illustrent l’extension géographique des réseaux et la nécessité d’une coopération judiciaire dépassant les frontières.

C’est finalement ce que révèle ‘‘Inside DZ Mafia’’ : derrière les règlements de comptes et les images spectaculaires du narcotrafic se déploie un système beaucoup plus complexe, capable de produire ses propres hiérarchies, ses circuits financiers et ses modes de recrutement. Un système qui, surtout, ne s’arrête ni aux frontières des quartiers ni à celles des États.

‘‘Inside DZ Mafia, au cœur du gang narco-mafieux’’, Jean-Michel Verne, Éditions Arthaud, 240 pages, paru le 5 novembre 2025.

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Bizerté: Einweihung des neuen Unterseekabels Ifriqiya

07. März 2024 um 16:00

Beamte des Ministeriums für Kommunikationstechnologie und Vertreter des privaten Mobilfunkanbieters Ooredoo Tunesien haben am Mittwoch, den 6. März 2024, in der Ortschaft Ain Meriem in Mehr

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