Emirats- OPEP : je t’aime… moi non plus !
Avec le départ des Emirats arabes unis, l’OPEP affronte sa « plus grave crise existentielle »; une rupture brutale sur fond de rivalité avec l’Arabie saoudite. Les dessous d’un divorce pas à l’amiable!
Séisme dans le pétrole mondial en pleine guerre au Moyen-Orient. À la surprise générale, les Emirats arabes unis claquent la porte à l’OPEP, qui regroupait jusqu’ici 12 pays producteurs (l’Algérie, l’Arabie Saoudite, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Venezuela et les Émirats arabes unis), ainsi que son alliance élargie à l’OPEP+, soit dix autres pays dont Moscou. Et ce, à compter du 1er mai prochain.
Pourquoi le richissime émirat du Golfe a-t-il choisi de rompre les liens avec le cartel des pays producteurs de l’or noir en ce timing précis? Et que seront les conséquences de cette rupture unilatérale?
S’affranchir du diktat saoudien
Il n’y avait guère de mystère : producteurs de quelque 3,4 millions de barils par jour avant le conflit, les Émirats arabes unis n’ont cessé, ces dernières années, d’afficher leurs divergences avec l’OPEP. En claquant aujourd’hui la porte, ils donnent corps à une frustration ancienne face à des quotas jugés trop contraignants. Abou Dhabi veut pomper davantage pour financer sa transformation économique et préparer l’après-pétrole, autrement dit, regagner des marges de manœuvre. En face, l’OPEP, sous la houlette de Riyad, continue de serrer la vis afin de soutenir les prix autour des 100 dollars le baril.
D’ailleurs, le ministre de l’Énergie des EAU a été très clair à ce sujet en déclarant mardi dernier à Reuters que le fait de quitter les deux organisations « offrait à Abou Dhabi une certaine souplesse, le pays n’ayant plus aucune obligation envers le groupe ».
Il a précisé que les EAU n’avaient pas consulté directement d’autres pays, ni l’Arabie saoudite, avant de prendre cette décision.
L’OPEP dans la tourmente
A noter que le retrait surprise du pays richissime du Golfe, membre depuis 1967 de l’organisation fondée en 1960, est de nature à semer le désordre et affaiblir le cartel. Lequel s’efforce en général de présenter un front uni malgré des désaccords internes sur toute une série de questions allant de la géopolitique aux quotas de production.
Et ce d’autant plus que les pays producteurs de l’OPEP du Golfe ont déjà du mal à acheminer leurs exportations via le détroit d’Ormuz, une voie navigable au large de l’Iran par laquelle transite habituellement un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Rivalité géostratégique
Or non seulement ce divorce inattendu risque de fragiliser davantage l’Opep, mais il impactera surtout son chef de file de facto, l’Arabie saoudite avec qui les Emirats entretiennent une intense rivalité. Et ce, à un moment où la guerre en Iran a provoqué un choc énergétique majeur et déstabilisé l’économie mondiale.
C’est que les Saoudiens et les Émiratis entretiennent une rivalité grandissante. Ils sont rivaux au Yémen ; Abu Dhabi soutient les séparatistes dans le sud du Yémen; alors que Riyad soutient le gouvernement. Ils le sont aussi en Libye et au Soudan. Pis : les Émirats ont signé les accords d’Abraham contrairement à l’Arabie Saoudite.
D’autre part, en claquant avec fracas la porte à l’OPEP, Abou Dhabi, plaque tournante des affaires régionales et l’un des alliés les plus importants de Washington, a voulu aussi marquer son « mécontentement » par rapport à une « insuffisante solidarité » des capitales du Golfe face aux nombreuses attaques iraniennes depuis le 28 février.
Ainsi, « les pays du Conseil de coopération du Golfe se sont soutenus mutuellement sur le plan logistique, mais sur les plans politique et militaire, je pense que leur position a été la plus faible de toute leur histoire », a déploré lundi Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes.
« Je m’attendais à cette position de faiblesse de la part de la Ligue arabe et cela ne me surprend pas, mais je ne m’y attendais pas de la part du Conseil de coopération du Golfe et cela me surprend », a-t-il ajouté.
Effet domino
Pour autant, le départ des Emirats sonnera-t-il le glas de l’OPEP ? C’est sa « plus grave crise existentielle » depuis sa création, assure un analyste du marché pétrolier. Surtout que cette décision risque d’ouvrir la voie à d’autres pays qui souhaitent augmenter leur production pétrolière. A l’instar du Venezuela convoité par les Américains et qui possède les plus grandes réserves prouvées au monde. Qui sera le prochain sur la liste?
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