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Pour un musée virtuel du patrimoine palestinien

18. Mai 2026 um 07:35

La Journée internationale des musées (JIM) 2026, célébrée ce 18 mai, a pour thème «Les musées unissent un monde divisé». Dans les territoires palestiniens occupés, les musées, vivant dans la précarité quand ils ne sont pas carrément menacés dans leur existence, sont d’abord soucieux de pourvoir à leur salut.  Loin d’être en mesure d’accomplir convenablement leur mission ordinaire, ils sont encore moins capables de répondre pleinement à l’appel lancé, cette année-ci, par le Conseil international des musées (Icom) qui fête son 80e anniversaire. (Photo : Israël continue de détruire le patrimoine archéologique et historique de la Palestine).

Houcine Jaïdi *

Face aux destructions et aux restrictions générées par la machine de guerre israélienne relayée par la colonisation sauvage, et compte tenu du désengagement quasi général de la communauté internationale face à la question palestinienne, la préservation et la médiatisation des collections muséales de la Palestine pourraient être assurées, efficacement, par un musée virtuel du patrimoine palestinien.

Palestine : des collections précieuses sous menace continue

Jusqu’au déclenchement de la dernière guerre de Gaza, la Palestine comptait une trentaine de musées situés, pour l’essentiel, en Cisjordanie. Créés, dans leur grande majorité, depuis l’installation de l’Autorité palestinienne à Ramallah, il y a près de 30 ans, ils reflètent la solidité du lien entre le dynamisme culturel et la lutte pour l’indépendance.

Rapportée à l’exiguïté des territoires palestiniens, la densité des musées est remarquable. Les établissements muséaux se distinguent aussi par la grande variété de leurs collections et des parties qui les ont initiés et développés.

Le fait que la majorité des musées soit constituée d’établissements consacrés entièrement ou en grande partie aux arts et aux traditions populaires s’explique d’abord par le souci de préserver le patrimoine immatériel chargé de mémoire encore vive et de le transmettre aux jeunes d’aujourd’hui et de demain. On retrouve, dans cette démarche, un grand attachement à faire connaître le passé plus ou moins lointain avec tout ce qui l’a meublé comme savoir-faire, arts et mode de vie.

En filigrane, il y a l’attachement à la terre spoliée ou menacée d’annexion. Cet objectif fait naturellement place aux pièces archéologiques qui, comme les sites et les monuments, apportent la preuve matérielle de l’ancrage géographique et de la contribution au développent de la civilisation universelle. Mais le volet archéologique du patrimoine palestinien est soumis à des entraves et à des restrictions qui expliquent le fait qu’il soit relativement peu représenté dans les musées.

Aux musées dédiés aux arts et traditions populaires ainsi qu’à l’archéologie s’ajoutent les musées dédiés à des personnalités nationales, à des communautés particulières, aux sciences ou à l’histoire naturelle.

Si plusieurs musées sont sous la tutelle du ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités, un bon nombre d’établissements sont gérés par d’autres parties : municipalités, universités, associations, particuliers, fondations, groupes ethniques, ordres religieux…

Cette diversité en matière de gestion, génératrice d’une grande créativité, n’a pas d’équivalent dans le monde arabe où domine la centralisation étatique avec une autorité déléguée à un organisme exclusif qui gère le patrimoine culturel en ne tolérant aucun partage des prérogatives.

Le grand dynamisme palestinien en matière de musée s’explique autant par le pragmatisme des parties prenantes animées par une grande émulation que par l’épaisseur historique des territoires occupés qui ont appartenu, jusqu’au début du XXe siècle, à la Palestine historique d’avant le mandat britannique.

Cette terre, pétrie d’histoire, a été, depuis la haute Antiquité, au carrefour des grandes voies de communication terrestres et maritimes et a été marquée par l’accumulation des réalisations matérielles, des communautés, des spiritualités et des mémoires.

Certains musées palestiniens sont particulièrement remarquables à un titre ou à un autre, comme le laissent voir leur dénomination : le Musée des prisonniers, le Musée des sciences et le Musée des mathématiques hébergés tous les trois par l’Université Al-Qods ; le Musée arménien à Jérusalem-Est ; le Musée Al-Badd de Bethléhem, dédié à l’huile d’olive ; le Musée de Yasser Arafat et le Musée Mahmoud Darwich à Ramallah ; le Musée russe à Ariha et le Musée archéologique de Gaza, créé par un particulier (Jawdat Al-Khoudhary) qui l’a installé dans le hall d’un hôtel lui appartenant.  

Les fragilités des musées palestiniens sont, pour l’essentiel, dues directement ou indirectement à la colonisation. Un fait majeur remonte à plus d’un demi-siècle.

Au lendemain de la Guerre des Six Jours et de l’annexion de la Cisjordanie, Israël a fait main basse sur le Musée archéologique de Palestine (appelé aussi Musée Rockefeller) situé à Jérusalem-Est. L’établissement inauguré en 1938, sous le mandat britannique, a été géré par la Jordanie à partir de 1948. Depuis son accaparement par l’État hébreu, en 1967, il a été rattaché au Musée israélien, fondé en 1965, à Jérusalem-Ouest, avec tous les attributs d’un musée «national».

Tout récemment, la Bande de Gaza, qui a été le théâtre d’un génocide, a vu ses quatre musées complètement détruits, pour la plupart, au tout début de la guerre commencée en octobre 2023. Ainsi, il ne reste plus rien du Musée archéologique de Gaza, du Musée culturel d’Al-Qarara, du Musée du Palais du Pacha et du Musée de Rafah.

Ce nettoyage culturel a aussi affecté des sites archéologiques majeurs dont le port antique d’Anthédon qui a été anéanti et le site du monastère de saint Hilarion, endommagé puis sauvé de justesse par son inscription précipitée sur la Liste patrimoine mondial, en juillet 2024.

Au cours du demi-siècle qui sépare la confiscation du Musée archéologique de Palestine de la pulvérisation des musées de la Bande de Gaza, les établissements muséaux palestiniens ont souffert, à maintes reprises, des brimades, des restrictions et des isolements décidés par les autorités israéliennes. Depuis plusieurs décennies, l’accès au Musée de l’Université de Bir Zeit a pâti des nombreux raids effectués par l’armée israélienne contre l’établissement universitaire. Le matériel offert par le Japon pour la mise en valeur du site du Palais de Hichem à Ariha a été longtemps bloqué par les autorités israéliennes.

Musée archéologique de Jérusalem ou Musée Rockfeller / Musée d’art islamique à Al-Qods / Musée de l’Université d’Al-Khalil en Cisjordanie.

Cette difficulté d’accès au matériel et les entraves administratives ainsi que les menaces des colons empêchent les Palestiniens de Cisjordanie de pratiquer des fouilles qui pourraient alimenter les collections de leurs musées. Pire que tout, les velléités d’annexion de la Cisjordanie, exprimées par plus d’un parti israélien, fait sérieusement craindre, pour les musées de ce territoire, un sort comparable à celui des établissements de Gaza.

L’attachement des Palestiniens à leur patrimoine ne doit pas faire oublier tout ce qu’ils endurent, quotidiennement, comme perte de temps et vexations à l’occasion de leurs déplacements d’une localité à une autre. A cela s’ajoute l’impossibilité de la circulation entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza depuis que cette dernière a été soumise au blocus israélien, en 2007.

Ces entraves, qui réduisent l’accessibilité aux musées pour les Palestiniens des territoires occupés (notamment dans les zones de Cisjordanie qui sont sous contrôle israélien exclusif) et ceux de la diaspora, concernent aussi les touristes étrangers dont beaucoup s’intéressent particulièrement aux monuments et aux musées en rapport avec l’histoire des religions. En Cisjordanie, le tourisme religieux, très important pour l’économie locale, a toujours pâti de la recrudescence des offensives israéliennes contre les différentes villes et villages palestiniens.

Dans la Bande de Gaza, les collectionneurs privés de pièces archéologiques ont certes sauvé des biens patrimoniaux en les conservant. Mais cela ne fait pas oublier qu’il s’agit souvent de découvertes fortuites et parfois de fouilles clandestines qui ne fournissent aucune contextualisation pour les trouvailles. Celles-ci sont, alors, au mieux des objets d’art et ne peuvent jamais prétendre au statut de document qui illustre une séquence historique.

Malgré toutes les bonnes intentions, il y a aussi à craindre les sorties clandestines d’objets archéologiques. L’exemple tout récent des objets égyptiens, retrouvés au Metropolitan Museum of Art de New York et au Musée du Louvre-Abou-Dhabi, montre que les réseaux de trafiquants sont d’autant plus redoutables qu’ils peuvent offrir des fortunes à leurs fournisseurs et bénéficier de couvertures officielles en très haut lieu.

Musée du patrimoine palestinien à Jérusalem Est / Musée Dura.

Un musée virtuel scientifique, accessible au grand public

Un musée en ligne aurait le mérite de consigner et diffuser la documentation relative à des collections difficilement accessibles pour les Palestiniens d’abord et pour tous ceux qui, de par le monde, veulent connaître un patrimoine piégé par la colonisation et exposé aux pires malheurs y compris la destruction complète comme cela vient d’arriver dans la Bande de Gaza.

En 2022, l’Unesco a lancé l’idée du Musée virtuel Unesco des biens culturels volés. Ce projet, qui a été inauguré en septembre 2025, était, en fait, adossé à plusieurs initiatives, nées après l’invasion de l’Irak en 2003 et renforcées, depuis 2011, suite au chaos qui s’est installé en Libye et en Syrie.

Dans ces trois pays arabes, la chute des régimes ou les attaques auxquelles ils ont eu à faire face, ont été accompagnées de pillages plus ou moins systématiques des musées et des sites archéologiques. L’effort de l’Unesco, qui continue en se diversifiant, a déjà donné de bons résultats.

Les acquis et l’espoir générés par l’initiative de l’Unesco font de cet organisation la partie toute désignée pour lancer un musée virtuel dédié au patrimoine muséal palestinien qui vit sous menace depuis la création de l’État d’Israël. Pour un tel projet, l’ Unesco dispose déjà d’une assise solide constituée récemment par le travail d’une l’équipe de chercheuses et chercheurs appartenant à plusieurs disciplines, qui a lancé, récemment un site web intitulé ‘‘Gaza Histoire, inventaire d’un patrimoine bombardé’’. Ce site a pour objectif l’inventaire des sites patrimoniaux endommagés ou détruits pendant l’offensive israélienne contre Gaza, entamée il y a plus de deux ans et demi. Consignée dans un blog hébergé par Open Edition, le portail français de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, la documentation des pertes subies par le patrimoine dans la Bande de Gaza est déjà importante.

Un musée virtuel est une œuvre scientifique et technique de haut niveau. L’ICOM pourrait piloter l’œuvre, sous l’égide de l’Unesco, en la faisant superviser par un Conseil scientifique international qui réunirait aux côtés des experts palestiniens, des spécialistes volontaires du monde entier.

Le grand élan de solidarité suscité dans le monde universitaire des cinq continents, depuis plus de deux ans, par la destruction des biens culturels de la Bande de Gaza devrait garantir le succès du projet.

Pour l’architecture du site qui hébergerait le musée, les promoteurs pourraient s’inspirer des banques de données similaires qui, tout en étant à contenu scientifique, sont conçues de manière à être attrayantes pour les non-spécialistes.

L’un des meilleurs exemples de cette orientation est la banque de données «achemenet» dont le site Web a été lancé en 2000 par Pierre Briant, alors Professeur au Collège de France. La réalisation est dédiée à la civilisation de l’empire perse achéménide (vers 550-330 av. J.-C.) qui a rayonné sur une très vaste zone du Moyen-Orient, englobant la Palestine. Conçue pour favoriser la recherche dans une démarche interdisciplinaire, la banque de données offre une centaine de milliers d’images en 3 D de pièces archéologiques conservées dans une multitude de pays, de très nombreux textes rédigés en différentes langues et une riche documentation sur les sites archéologiques qui ont révélé des traces de la civilisation achéménide. A ces données s’ajoutent une bibliothèque et une revue numériques.

Musée du Vieil Al-Khalil / Musée russe de Ariha.

Depuis une décennie, l’Institut du Monde Arabe (IMA) s’est distingué par l’attention qu’il a portée au patrimoine culturel palestinien. A l’initiative de l’universitaire, écrivain et diplomate palestinien, Elias Sanbar (ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO, de 2006 à 2021), l’IMA abrite, depuis 2016, la collection du futur Musée national d’art moderne et contemporain de la Palestine, constituée à partir de dons d’artistes.

Dans la seconde moitié de l’année 2023, l’établissement parisien a organisé un cycle de manifestations, intitulé «Ce que la Palestine apporte au monde». Centré sur trois grandes expositions d’artistes palestiniens modernes et contemporains auxquels ont été associés d’autres artistes du monde arabe et d’ailleurs, le cycle a accueilli diverses rencontres littéraires, cinématographiques et scientifiques.

Alors que la guerre faisait encore rage dans la Bande de Gaza, l’IMA a organisé, à partir du 3 avril 2025, une exposition intitulée ‘‘Trésors sauvés de Gaza – 5000 ans d’histoire’’. L’exposition, qui a duré jusqu’au 7 décembre dernier, a été organisée en collaboration avec le Musée d’art et d’archéologie de Genève et le ministère du Tourisme et des Antiquités de la Palestine. Elle a donné à voir 130 pièces datant de l’Âge du bronze à l’époque ottomane et qui provenaient soit des fouilles franco-palestiniennes entreprise à Gaza depuis une trentaine d’années, soit de la très riche collection privée ayant appartenu à l’entrepreneur en BTP Jawdat Al-Khoudhary.

Les objets exposés dernièrement à l’IMA avaient été prêtés par l’Autorité palestinienne au Musée de Genève pour une exposition, organisée en 2007. Depuis, ils sont restés, bloqués dans la ville helvétique suite au blocage imposé par Israël à la Bande de Gaza, en juin 2007.

Cette mésaventure s’est révélée salutaire pour les objets provenant de Gaza car le reste de la collection du Musée de Jawdat Al-Khoudary a été complètement détruit par les bombardements israéliens en décembre2023.

Nul doute qu’avec tout ce qu’il a montré, au cours de la dernière décennie, comme savoir-faire et détermination à faire connaître l’actualité et le passé palestiniens, l’IMA serait un partenaire de choix pour un musée virtuel du patrimoine palestinien. Outre son savoir-faire propre, l’établissement saurait, le moment venu, mobiliser son vaste réseau en Europe et ailleurs.

Dédié dans un premier temps, aux biens culturels matériels et immatériels regroupés dans les musées palestiniens actuels ainsi que ceux qui ont été accaparés ou détruits, le musée virtuel palestinien pourrait par la suite se développer dans plusieurs directions : faire connaître les sites et monuments classés sur la Liste du patrimoine mondial ou sur la Liste indicative de l’Unesco, documenter les sites archéologiques, constituer des collections dédiées à la production artistique, créer une bibliothèque numérique … Ce grand portail du patrimoine culturel palestinien, qui gagnerait à être multilingue, ne serait pas un simple conservatoire ; il offrirait aussi une matière précieuse pour la recherche.

Le financement du musée virtuel ne devrait pas poser de problème majeur si un appel solennel est lancé par l’Unesco. De nombreux pays devraient s’y intéresser comme cela a déjà été attesté surtout depuis une quinzaine d’années. Rappelons, l’exemple de la Suède qui a signé, en 2012, l’année qui a suivi celle de l’adhésion de la Palestine à l’Unesco, un partenariat avec l’organisation internationale, en vue de financer la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine palestinien. A ce jour, le pays nordique a financé 75 actions pour un montant avoisinant les 20 millions de dollars américains.

Musée Mahmoud Darwish.

Un musée virtuel dédié au patrimoine palestinien serait, de par ses objectifs multiples, un acte fort contre le nettoyage cultuel déjà entamé par Israël. Ne cherchant ni à victimiser ni à héroïser les Palestiniens, il serait, pour le monde entier, une grande galerie qui expose les différentes composantes du patrimoine culturel des territoires occupés. Ses documents en tous genres montreraient la vraie histoire d’un pays colonisé qui a à lutter sans relâche pour la sauvegarde d’un patrimoine particulièrement fragilisé et la transmission d’une mémoire sapée par l’occultation systématique. Sa réalisation honorerait l’Unesco et ceux qui s’y associeraient car il s’agirait, au final, d’un acte de justice qui, à sa manière, pourrait aider les Palestiniens à asseoir l’État souverain auquel ils ont droit d’abord pour des raisons historiques dont le patrimoine culturel est un reflet éloquent. 

* Historien.

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Nakba | La Tunisie réaffirme son soutien inconditionnel à la cause palestinienne

Von: Yusra NY
16. Mai 2026 um 00:21

Aujourd’hui, 15 mai 2026, marque le soixante-dix-huitième anniversaire de la Nakba, une occasion où nous rappelons le parcours de lutte du fier peuple palestinien et sa résistance héroïque face à l’arrogance des forces d’occupation oppressives, afin de réaliser ses aspirations légitimes à vivre dans la liberté et la dignité au sein d’un État indépendant et souverain sur l’ensemble du territoire palestinien.

La commémoration de cet anniversaire coïncide avec la poursuite des violations par les forces d’occupation de l’accord de cessez-le-feu dans la Bande de Gaza, ainsi qu’avec le resserrement du blocus imposé à ses habitants à travers la fermeture des points de passage, l’interdiction de l’entrée de l’aide humanitaire et les restrictions à la circulation des personnes, ce qui a aggravé la catastrophe humanitaire que subissent les habitants du territoire.

Cet anniversaire coïncide également avec la persistance des autorités de l’entité occupante à promulguer des lois discriminatoires, telles que la loi sur l’exécution des prisonniers palestiniens, ainsi qu’à adopter des politiques d’annexion des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée et à les enregistrer au nom de l’État occupant, dans le but d’étendre les colonies et de créer un nouveau fait accompli visant à affirmer sa prétendue souveraineté sur les territoires palestiniens occupés, en violation flagrante de toutes les lois et conventions internationales pertinentes.

À l’occasion de cette date symbolique, la Tunisie réaffirme son admiration et son profond respect pour la résistance héroïque du peuple palestinien frère, qui affronte seul l’arrogance, la tyrannie de l’entité occupante et la brutalité de son arsenal militaire, face à un silence inquiétant de la communauté internationale. Il écrit ainsi, en lettres d’or, une nouvelle épopée historique sans précédent dans l’histoire de l’humanité, à travers sa lutte continue pour récupérer ses terres usurpées et restaurer pleinement ses droits historiques légitimes.

La Tunisie rappelle également que la Palestine est un État au regard du droit international et qu’elle est reconnue par près de 150 États. Elle estime qu’il est désormais temps de lui accorder son droit légitime à une adhésion pleine et entière à l’Organisation des Nations Unies, sans davantage de tergiversations ni de retard.

La Tunisie renouvelle également, en cette occasion, son soutien inconditionnel au peuple palestinien frère dans la défense de son droit inaliénable et imprescriptible, et réaffirme sa position constante de soutien aux Palestiniens dans leur droit à l’autodétermination, dans leur lutte pour la récupération intégrale de leurs droits historiques légitimes et pour l’établissement de leur État sur l’ensemble du territoire palestinien avec Al-Qods Al-Charif comme capitale

Communiqué

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Etat d’Israël et question palestinienne | Hommage à Maxime Rodinson

15. Mai 2026 um 11:30

Avec la rigueur scientifique, la profondeur historique et la lucidité intellectuelle qui le caractérisaient, Maxime Rodinson (1915-2004) a répondu, il y a plus de soixante ans, aux arguments aujourd’hui remis au goût du jour par les soutiens indéfectibles de l’Etat d’Israël et de ses crimes. Par sa justesse, sa réflexion approfondie sur le sionisme, le judaïsme, la question nationale juive et le conflit israélo-arabe garde une incroyable actualité.  

Moncef Ben Slimane *

En classant mes archives, je suis tombé sur un ancien numéro de Perspectives, l’organe du Groupe d’études et d’action socialiste tunisien. En feuilletant ses pages jaunies par le temps, un titre a immédiatement résonné avec l’actualité politique française la plus brûlante.

Il y a quelques semaines encore, des députés soutenus par des personnalités intellectuelles françaises présentaient à l’assemblée nationale ce qu’on appelle (la loi Yadan) un texte visant à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme.

Or, dans la brochure Perspectives datant de 1964, figure un entretien avec Maxime Rodinson. Avec la rigueur scientifique, la profondeur historique et la lucidité intellectuelle qui le caractérisaient, M. Rodinson répondait déjà, il y a plus de soixante ans, aux arguments aujourd’hui remis au goût du jour par les soutiens indéfectibles de l’Etat d’Israël et de ses crimes. À travers ses analyses, on mesure combien certains débats contemporains s’inscrivent dans une longue continuité idéologique et politique.

Je livre ici au lecteur les propos de M. Rodinson, dont la pertinence demeure, à bien des égards, saisissante.

Dans ce long entretien, le sociologue et historien français développe une réflexion approfondie sur le sionisme, le judaïsme, la question nationale juive et le conflit israélo-arabe.

Directeur à l’École pratique des Hautes Études, M. Rodinson est attaché à l’analyse historique et politique des faits. Il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de distinguer clairement l’antisémitisme de l’antisionisme, tout en appelant à une solution juste pour les peuples israélien et palestinien.

Dès l’ouverture de l’entretien, il déclare : «Ce sont l’antisémitisme et le sionisme qui, en créant Israël, en ont fait une véritable nation. Je ne suis pas de cette nation ; ayant le privilège de choisir, j’ai choisi. Français juif, je n’ai pas à me faire patriote israélien. Je suis prêt à défendre les Juifs d’Israël, comme les autres, contre l’injustice, pas à les soutenir pour l’injustice.»

Le sionisme et le judaïsme : deux réalités distinctes

Interrogé sur l’amalgame fréquent entre judaïsme et sionisme, M. Rodinson affirme que les dirigeants israéliens et les propagandistes sionistes cherchent à identifier les deux notions alors qu’elles relèvent, selon lui, de réalités différentes.

Pour M. Rodinson, le sionisme doit être compris comme une tendance politique apparue à la fin du XIXe siècle visant à regrouper les Juifs dans une même entité territoriale, en l’occurrence la Palestine.

Il rappelle qu’à l’origine du mouvement sioniste, plusieurs projets territoriaux furent envisagés, notamment l’Ouganda, avant que la Palestine ne s’impose comme destination privilégiée.

Le judaïsme, en revanche, désigne pour lui une appartenance religieuse et culturelle beaucoup plus vaste et diverse.

Il distingue alors plusieurs catégories de Juifs dans le monde :

1. Les communautés religieuses traditionnelles ;

2. Les communautés quasi-nationales de certains pays d’Europe orientale ;

3. Les Juifs assimilés mais demeurant attachés à certains aspects de la culture juive.

Selon lui, ces catégories ne suffisent pas à définir une nation au sens moderne.

Une critique de la notion de «nation juive»

M. Rodinson consacre une partie importante de l’entretien à discuter la question de l’existence d’une nation juive.

Il estime que les critères classiques de définition d’une nation — territoire, langue commune, culture homogène, unité historique — ne sont pas réunis dans le cas des communautés juives dispersées à travers le monde.

Il souligne notamment les différences culturelles profondes existant entre les Juifs d’Europe occidentale, ceux d’Europe orientale, les Juifs du Yémen, d’Éthiopie ou encore de Chine.

Il insiste également sur l’absence d’unité ethnique ou raciale : «Les recherches anthropologiques ont permis de dégager qu’il est inexact de parler de race juive.»

Selon lui, les communautés juives ont souvent été davantage unies par l’expérience historique de l’antisémitisme que par une homogénéité culturelle ou biologique.

L’entretien revient longuement sur les processus d’assimilation des Juifs dans les sociétés occidentales.

M. Rodinson explique qu’à partir du XIXe siècle, une partie importante des Juifs européens s’est progressivement intégrée dans les sociétés environnantes tout en conservant parfois certains éléments culturels ou religieux.

Il évoque notamment les débats autour de l’assimilation en France et cite plusieurs intellectuels juifs antisionistes.

Il affirme que le sionisme s’est souvent présenté comme une réaction contre l’assimilation, considérée par certains dirigeants sionistes comme un danger pour la continuité de l’identité juive.

Cependant, M. Rodinson rappelle que de nombreux Juifs sont restés profondément attachés à leurs pays d’origine et n’ont jamais souhaité émigrer vers Israël.

Israël et la transformation du problème juif

Pour M. Rodinson, la création de l’État d’Israël a profondément modifié la situation historique des Juifs.

Il estime que l’État israélien constitue l’apport essentiel du sionisme moderne mais qu’il n’a pas supprimé l’existence de la diaspora juive.

Il affirme également que le sionisme a contribué à créer au Moyen-Orient un conflit durable qui n’existait pas auparavant sous cette forme.

Selon lui, les Juifs du Moyen-Orient vivaient dans des conditions très différentes de celles connues par les communautés juives d’Europe soumises à l’antisémitisme moderne.

Il rappelle que, dans l’Empire ottoman, les Juifs bénéficiaient souvent d’institutions autonomes et qu’ils ne connaissaient pas systématiquement les persécutions observées en Europe.

La question palestinienne et le colonialisme

Une large partie de l’entretien est consacrée à la Palestine et à la nature du projet sioniste.

M. Rodinson affirme qu’il existe une dimension coloniale dans l’implantation sioniste en Palestine.

Il cite la définition du colonialisme proposée par René Maunier : «On peut parler de colonisation quand il y a occupation avec domination et émigration avec législation.»

Il considère que cette définition peut être appliquée à Israël.

Il critique également plusieurs arguments avancés par les défenseurs du sionisme :

– l’idée selon laquelle la terre palestinienne aurait été abandonnée ;

– l’argument du progrès économique apporté par les colons ;

– l’idée que l’existence d’un État socialiste et moderne justifierait la dépossession nationale des Palestiniens.

Selon lui, même lorsqu’il y eut des achats réguliers de terres avant 1948, cela ne suffisait pas à légitimer une dépossession nationale.

Antisionisme et antisémitisme

M. Rodinson revient à plusieurs reprises sur la confusion entretenue, selon lui, entre critique du sionisme et haine des Juifs.

Il reconnaît que certains mouvements antisionistes peuvent parfois dériver vers l’antisémitisme, notamment dans des contextes de guerre ou de mobilisation populaire.

Cependant, il rejette fermement l’idée selon laquelle toute opposition au sionisme serait antisémite.

Il écrit notamment : «Les Arabes ne s’élèvent pas contre les Juifs en tant que Juifs. Ils s’élèvent contre les sionistes sur un territoire politique limité, celui de Palestine.»

Il accuse également certains dirigeants sionistes d’avoir cherché à identifier systématiquement tous les Juifs au projet politique israélien.

Une solution politique fondée sur deux droits

A la fin de l’entretien, M. Rodinson développe sa vision d’une solution pacifique. Il estime qu’une solution exclusivement militaire ne pourrait conduire qu’à une catastrophe.

Il appelle les intellectuels progressistes à faire pression en faveur d’un règlement politique fondé sur la justice et la coexistence.

L’entretien se conclut sur un appel à la lucidité politique et à la distinction claire entre antisémitisme et antisionisme.

Enfin, les analyses et les positions de M. Rodinson, qui datent d’avril 1964, restent non seulement d’actualité, mais ôtent également le vernis idéologique aux discours d’un nombre non négligeable d’intellectuels et d’universitaires français qui, jusqu’à aujourd’hui, cherchent à camoufler académiquement et à légitimer politiquement le génocide du peuple palestinien et les crimes de l’État d’Israël.

* Professeur universitaire.

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