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Tribune – Banques publiques tunisiennes à l’horizon 2030 : le levier de la souveraineté numérique

01. Juni 2026 um 17:30

À l’heure où le Plan de Développement 2026-2030 s’apprête à être soumis au parlement, le système financier tunisien se trouve à un moment charnière de son histoire moderne. Pour les banques publiques, l’enjeu dépasse désormais la simple consolidation des équilibres comptables ou la mise à niveau technique de l’outil de travail. Il s’agit de redéfinir structurellement leur rôle dans un paysage macroéconomique en recomposition rapide, où la souveraineté numérique – définie comme la maîtrise stratégique de la donnée et des architectures d’intelligence artificielle – s’impose comme le pivot du développement national.

 

 

 

Les indicateurs de performance de l’exercice 2025 confirment la résilience et la solidité du pôle bancaire public. La progression soutenue des produits nets bancaires (PNB) de plusieurs grands établissements de la place témoigne d’un retour à des niveaux de rentabilité robustes, consacrant leur rôle historique de stabilisateurs du système financier national.

Toutefois, cette santé financière retrouvée doit aujourd’hui servir de tremplin à une inflexion stratégique majeure. À l’horizon 2030, la mission des banques publiques ne peut plus se limiter au soutien traditionnel des équilibres budgétaires de l’État. Elle doit impérativement muer vers un rôle de catalyseur direct de l’économie réelle, ciblant en priorité le tissu des TPME et l’investissement productif. Cette grande transition managériale suppose une exploitation scientifique et fine de la donnée financière, seule capable d’affiner le scoring prédictif, d’éclairer la décision de crédit et de réduire l’asymétrie d’information qui pénalise nos acteurs économiques.

 

Du système d’information à l’intelligence stratégique de l’État

Les chantiers de digitalisation menés ces dernières années – modernisation des architectures centrales (*Core Banking*), sécurisation des flux de paiement et mise en conformité réglementaire – constituent des jalons techniques indispensables. Ils ne représentent pourtant que le préambule d’une mutation beaucoup plus profonde.

L’absorption nécessaire de la dette technologique (systèmes *Legacy*) et l’augmentation mécanique des charges d’investissement qui l’accompagne ne doivent pas être appréhendées comme des coûts d’exploitation subis, mais bien comme des investissements de souveraineté. Sans une infrastructure financière nationale autonome, robuste et hautement sécurisée, le risque est réel de voir notre système bancaire relégué au rang de simple consommateur dépendant de solutions exogènes, avec toutes les vulnérables stratégiques que cela implique.

L’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies d’*Open Banking* ouvre ici une perspective décisive. Elle doit permettre de passer d’un modèle bancaire purement transactionnel à un modèle prédictif et inclusif, capable d’anticiper les risques systémiques et d’intégrer les segments de la population historiquement tenus à l’écart du circuit formel.

 

Le capital humain, condition sine qua non de la résilience numérique

Aucune trajectoire technologique ne saurait s’incarner sans une politique ambitieuse du capital humain. Le secteur public bancaire évolue désormais dans un marché des compétences mondialisé, caractérisé par une fuite des cerveaux et une concurrence féroce pour les profils hautement qualifiés (data scientists, experts cyber, ingénieurs IA).

Pour retenir ces talents, la seule politique salariale ne suffit plus ; l’enjeu réside dans la capacité des institutions publiques à proposer des projets porteurs de sens et de souveraineté nationale. L’adossement à l’écosystème des startups innovantes, l’interopérabilité des plateformes et la mobilisation de l’expertise de la diaspora sont les leviers indispensables pour bâtir une communauté de compétences. À ce prix, la banque publique tunisienne pourra achever sa mue pour devenir une « banque-plateforme », agile, interconnectée et nativement tournée vers l’utilisateur.

 

Vers un nouveau contrat technologique pour la Tunisie

L’adoption finale du Plan 2026-2030 par les institutions de la République doit acter l’émergence d’un nouveau contrat de confiance entre l’État, le régulateur, le citoyen et les institutions financières. Dans cette configuration neuve, la transformation digitale n’est plus une finalité technique, mais le bras armé de la résilience économique nationale.

À l’échéance de la décennie, la performance globale d’une banque publique ne se mesurera plus exclusivement à la croissance arithmétique de la taille de son bilan, mais à sa trajectoire de gouvernance stratégique. Sa légitimité dépendra de sa capacité à sécuriser, valoriser et mettre la donnée financière au service exclusif du développement du pays. La souveraineté numérique n’est plus une option de communication : elle est le fondement même de la pérennité du modèle bancaire tunisien.

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Note : les analyses exprimées relèvent d’une réflexion personnelle et prospective et n’engagent pas les institutions auxquelles l’auteur est rattaché.

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Le désespoir de Netanyahu

01. Juni 2026 um 12:11

Parlant de l’invasion sanglante du Liban, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé le 31 mai un « changement radical de politique. » Sur le terrain, les envahisseurs israéliens progressent de plus en plus profondément à l’intérieur du Liban, atteignant des zones situées au nord du Litani où ils ont pris d’assaut le château de Beaufort.

Construit par les Croisés au milieu du XIIe siècle, le château de Beaufort surplombe le fleuve Litani. C’est la deuxième fois que les troupes israéliennes s’emparent de cette forteresse. La première fois remonte à la guerre 1982 déclenchée par Menahem Begin et Ariel Sharon… Au temps des drones et des missiles, la prise de cette forteresse ne revêt aucune importance militaire ou stratégique pour les envahisseurs. Cela n’a pas empêché Netanyahu de se vanter que « la conquête du château prouvait qu’Israël était plus uni et plus fort que jamais. »

La réalité est que Netanyahu est dans un état désespéré. C’est ce désespoir qui le pousse à engager son pays dans le bourbier libanais dans lequel il s’est englué en 1982 et en 2006 et duquel Israël se retira défait, humilié, la mort dans l’âme et la queue entre les jambes.

De nombreuses raisons expliquent le grand désespoir qui afflige Netanyahu et le pousse à cette fuite en avant suicidaire non seulement pour lui, mais pour le pays qu’il prétend diriger et défendre.

Tout d’abord, et malgré l’étrange intervention de Trump auprès du président israélien Isaac Herzog pour obtenir que son ami soit gracié, c’est-à-dire lavé des crimes de corruption dont il est accusé, Herzog a refusé la grâce et la justice a répondu ‘niet’ à la demande de grâce formulée par le corrompu lui-même, invoquant « l’intérêt national ».

Ensuite, il ne reste que trois mois pour les élections, prévues en septembre prochain. Plus l’échéance électorale arrive, plus Netanyahu est angoissé de se voir défait et, à la suite de sa défaite hautement probable, menotté et jeté en prison.

Une autre raison du désespoir de Netanyahu est l’énorme fossé entre les nombreux fronts ouverts (Gaza, Cisjordanie, Liban, Syrie, Yémen, Iran) et une armée épuisée, au bout du rouleau et dont les stocks en matériel de guerre et en munitions se réduisent de jour en jour. Une situation décrite par le chef d’état-major israélien en ces termes : « Pour pouvoir combattre sur les fronts que nous avons ouverts, il nous faut six armées… »

Mais la principale raison du désespoir de Netanyahu vient de la tournure désastreuse pour Israël et les Etats-Unis de la guerre contre l’Iran et sur laquelle il comptait pour transformer son pays minuscule en « une grande puissance régionale » et concrétiser son rêve du « Grand Israël du Nil à l’Euphrate ».

Netanyahu rêvait depuis 40 ans de cette guerre qui, dans son monde illusoire, serait le moyen magique qui ferait disparaitre comme par enchantement tous les obstacles qui se dressent face aux folles ambitions du projet sioniste.

Et quand il a pu enfin trouver un président américain qui lui ferait sa guerre contre l’Iran, son rêve se transforma en cauchemar à deux reprises. La première fois en juin 2025, quand l’Iran riposta de manière si dévastatrice pour Israël et si inattendue par Trump et Natanyahu que celui-ci pria celui-là d’arranger un cessez-le-feu avec les Iraniens.

La deuxième fois, février-mars 2026, le cauchemar de Netanyahu est plus grand encore. Après plus de cinq semaines de combats et des conséquences dévastatrices pour les agresseurs, c’est l’Iran qui émerge de la désastreuse mésaventure israélo-américaine comme une vraie grande puissance régionale. Il utilise contre les agresseurs une arme qui s’avère plus efficace que l’arme nucléaire : le détroit d’Ormuz…

Avec un Iran plus fort et plus défiant qu’il n’a jamais été, Netanyahu, désespéré et la mort dans l’âme, voit son projet de domination du Grand-Moyen-Orient et d’expansion des frontières d’Israël « du Nil à l’Euphrate » s’effondrer comme un château de cartes.

Enfin, Netanyahu est désespéré face aux voix de personnalités influentes en Israël qui commencent à s’exprimer de plus en plus fort pour réclamer le retour à « la politique préconisée par Ben Gourioun ». D’après la presse israélienne qui se fait l’écho de ces voix, « Ben Gourioun affirmait qu’Israël est un petit pays avec une petite armée et n’a pas les moyens de conquérir d’autres terres. Il nous faut vivre à l’intérieur de nos frontières et mettre sur pied une armée défensive et non offensive. »

Ses successeurs, de Menahem Begin à Benyamin Netanyahu, ont tous pris le contre-pied du « conseil de sagesse de Ben Gourioun ». Le réveil est cauchemardesque pour le peuple israélien et ses dirigeants.

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Snapshot : Est-ce la bonne heure pour arroser l’avenue Bourguiba ?

01. Juni 2026 um 09:51

Sur l’avenue Bourguiba, les équipes municipales et un camion-citerne font leur apparition matinale autour de 8 heures.

L’arrosage du terre-plein de l’avenue est alors entamé à grande eau malgré la présence des personnes déjà installées sur les bancs publics.

De toute évidence, ce n’est pas la bonne heure et le nettoyage devrait être logiquement avancé d’une ou deux heures.

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Le PSG, outil du soft power du Qatar

31. Mai 2026 um 18:49

Le Paris Saint-Germain (PSG) est à nouveau champion d’Europe. Une victoire sportive pour la capitale française, mais aussi une victoire pour le soft power de son propriétaire étatique : le Qatar. Sa stratégie d’investissement et de communication autour du PSG s’inscrit elle-même dans une stratégie de diplomatie par le sport. Celle-ci est un succès incontestable et représente un atout non négligeable au moment où la monarchie du Golfe vit une période sous tension et au rythme de la guerre en Iran.

 

Sport, football et Soft power

Qu’il s’agisse d’un moyen ou d’une finalité, la puissance n’est pas réductible au déterminant traditionnel de la force militaire. La notion de soft power théorisée par J. Nye (devenue extrêmement populaire au tournant des années 2000) traduit ainsi l’idée de pouvoir atteindre ses objectifs, sans recours à la force, par la « capacité à séduire ».

En tant que pratique internationale, le soft power inclut divers types de stratégies d’influence, dont la rétribution et la persuasion/séduction.

 

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Le soft power, tel que décrit par Joseph Nye, ne se confond pas avec la propagande, le lobbying et la « diplomatie publique », qui vise à convaincre du caractère fondé et juste de sa politique étrangère à travers la construction et la propagation d’un narratif. Les stratégies d’influence illustrent la sophistication et la multiplication des vecteurs de puissance.

Qu’il s’agisse d’un moyen ou d’une finalité, la puissance n’est pas réductible au déterminant traditionnel de la force militaire. La puissance internationale est le produit d’une combinaison complexe de critères, de facteurs, de déterminants ou de (res)sources, à la nature protéiforme.

Parmi les principaux vecteurs du soft power, il y a la culture, le droit, l’innovation technologique, la langue, mais aussi le sport. Celui-ci représente à la fois un marché économique florissant et un outil d’influence, comme en témoigne l’enjeu de l’organisation de grandes compétitions sportives internationales.

Le football, avec son caractère populaire et universel, est au cœur de ce phénomène. La prochaine Coupe du monde aux Etats-Unis sera un moment géopolitique qui risque d’illustrer le déclin de la capacité d’attraction et de séduction des Etats-Unis présidés par D. Trump.

 

Le PSG, outil de soft power du Qatar

En 2011, l’achat du PSG par le fonds souverain du Qatar (via sa filiale Qatar Sports Investments – QSI) s’inscrit dans la stratégie d’investissement délibérée du micro-Etat, où le sport joue un rôle croissant dans la stratégie d’influence. Une opération qui marque un tournant pour le club de football de la capitale française (opération dans laquelle le président Sarkozy a joué un rôle décisif) et pour le soft power de la monarchie du Golfe. Le montant de la transaction n’est pas officiel, mais les estimations varient entre 70 et 100 millions d’euros. Aujourd’hui, la valeur du club est estimée à 4,25 milliards d’euros. Une explosion de la valorisation du club qui témoigne de la réussite économique de cet investissement, qui prolonge ainsi la réussite sportive de ce projet.

Les victoires du PSG et la qualité de son jeu spectaculaire représentent autant de valeurs ajoutées pour l’image internationale, symbolique et médiatique du Qatar, qui se trouve désormais associée à la réussite et à l’attrait du club de la capitale emblématique du luxe mondial. Le Qatar est désormais ancré dans l’imaginaire collectif, dans le monde arabe comme dans le monde occidental. Et son image ne cesse de s’améliorer, au moment où des puissances de la région, on pense à Israël en particulier, cèdent à l’hubris et à la seule force, voient leur image mondiale plus négative que jamais…

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Snapshot : Une porte bien mystérieuse qui cachait une ambassade

31. Mai 2026 um 12:14

Cette porte est celle de la chancellerie de l’ancienne ambassade d’Italie. Elle se trouve rue de Russie, pratiquement en face des anciennes imprimeries Finzi.

Sur le chemin des écoliers, je suis passé des milliers de fois devant cette porte puis, juste à quelques pas, je me suis toujours arrêté devant les marches monumentales qui permettent d’accéder à l’ambassade.

J’ai souvent observé cette porte. À quel ébéniste fût-elle confiée et de quel bois est-elle faite ? Parfois, je la voyais s’entrouvrir et se refermer aussitôt derrière un visiteur.

Mes yeux se sont toujours posés sur la sculpture qui surmonte cette porte. Et aussi sur le treillis en fer forgé qui la coiffe. Aujourd’hui encore, lorsque je passe dans ce quartier, j’ai le même regard sur cette porte.

Mystérieuse, elle semble immobile, figée dans le bois et hors du temps. Et même si l’ambassade a déménagé depuis longtemps, cette porte m’intrigue toujours.

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Snapshot : Si Sbeitla réveillait son théâtre antique

30. Mai 2026 um 11:41

Au sud de Kairouan, au cœur de la steppe, Sbeitla se souvient encore de l’Antiquité, au temps de Sufetula, ses capitoles et ses basiliques byzantines.

Dans le site antique de cette ville du centre-ouest de la Tunisie, un théâtre somnole. Il semble rêver à ceux de Carthage et de Dougga qui accueillent des festivals internationaux réputés. Il semble attendre une initiative qui le sortirait de l’oubli et rétablirait la joie.

Délaissé, accueillant de rares manifestations culturelles, ce théâtre pourrait constituer une chance rare pour Sbeitla. Pour l’heure, il attend et peut-être songe-t-il à un destin similaire à celui de l’amphithéâtre d’El Djem devenu l’épicentre de toute une ville.

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Snapshot : Dans l’église Saint-Joseph de Djerba

29. Mai 2026 um 08:43

L’église catholique Saint-Joseph se trouve à Houmt Souk au nord de l’île de Djerba. L’origine de cette paroisse remonte au milieu du dix-neuvième siècle.

Entouré de fondouks et de commerces, cette église a été fondée à l’initiative de plusieurs membres de la forte communauté maltaise qui vivait à Djerba.

Fermée pendant un demi-siècle, cette église a été reconsacrée en 2006 et depuis, accueille de nombreux fidèles de plusieurs nationalités. À Saint-Joseph, protestants et catholiques se rassemblent fréquemment dans cette église.

Dans le temps, l’actuelle église Saint-Joseph a été dédiée à Sainte-Lucie et aussi à Pierre et Paul. Aujourd’hui, elle constitue la principale église catholique dans le sud de la Tunisie.

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Siciliens, Italiens et Tunisiens : Les passions de Rosario et Maria Claudia

28. Mai 2026 um 07:49

Ils sont mari et femme et sont nés dans des familles d’origine sicilienne qui vivent en Tunisie depuis presque deux siècles. Attachants, dévoués et profondément Tunisiens, Rosario et Maria Claudia ont grandi dans les campagnes à El Fahs et Bouargoub.

Rosario, une passion pour le fromage

Ce n’est pas un hasard si Rosario Sabatino avoue une passion pour le fromage. Enfant, dans la ferme familiale du Pont du Fahs, il a grandi alors que les soixante-dix vaches du domaine paissaient dans les près.

Rosario a ainsi vu de près, les cent et un gestes qui faisaient du lait frais naître le fromage. Aujourd’hui encore, retrouvant les mêmes secrets ancestraux, il laisse mûrir de bons fromages de chèvre qu’il débite en fines tranches ou qu’il râpe au-dessus d’un bon plat de pâtes fraîches.

Le grand-père de Rosario a quitté Petralia Soprana, dans sa Sicile natale, au milieu du dix-neuvième siècle. Il est arrivé en Tunisie à l’âge de vingt ans et avait immédiatement trouvé du travail dans une ferme près de Zaghouan.

Dans la mémoire familiale, on parle encore du travail considérable qu’il avait fallu pour débroussailler et défricher la terre. En ces années héroïques, le nonno de Rosario commença à vendre du charbon et gravira l’une après l’autre, les servitudes d’une vie paysanne.

Giuseppe, le père de Rosario, travaillera aussi à la ferme. Il épousera Angela Crescione, originaire de Syracuse et née en Tunisie. Depuis sa naissance en août 1945, Rosario n’a connu que les vastes étendues des plaines du Fahs, là où de nombreuses familles siciliennes étaient établies à l’ombre du Djebel Zaghouan.

Les aléas de la vie mèneront Rosario en Italie mais, nostalgique du pays natal, il reviendra en Tunisie où depuis près de vingt ans, il vit avec son épouse Maria Franco, originaire de Pantelleria et comme lui et leurs familles depuis plusieurs générations, née en Tunisie.

Retraité et toujours actif, le couple partage son expérience en animant des ateliers de recyclage destinés à fabriquer des objets du quotidien à partir de produits récupérés. Auprès des familles vulnérables de la Goulette, en communion permanente, Maria et Rosario donnent ainsi de leur temps, leur savoir-faire et leur vécu à un pays pour lequel leur cœur vibrera toujours.

La baraka de Maria Claudia Franco

Les trois sœurs de Maria Claudia Franco sont nées à Pantelleria et ont rejoint la Tunisie avec leurs parents. Toute la famille s’est retrouvée à Bouargoub, entre vignes et oliviers, dans un vaste domaine dont Giovanni-Batista Franco, le père de Maria Claudia était le gérant.

Née à Tunis où sa mère Francesca Gabriele, est venue accoucher, Maria Claudia a grandi à la ferme Palte où son père dirigeait plus d’une centaine d’ouvriers. Elle a gardé de son enfance de vibrants souvenirs et des amitiés solides comme celle qui la lie à Aicha, une fillette de métayers.

Maria Claudia se souvient de tant d’épisodes de sa vie à la ferme, en particulier de la baraka dont elle a hérité de sa mère qui n’hésitait jamais à recueillir et nourrir nomades et migrants. Cette baraka, elle l’accompagne depuis, comme une auréole qu’elle cultive.

Maria Claudia a longtemps vécu dans cette ferme qu’elle quittera en 1965 comme beaucoup de familles italiennes, obligées de partir après le décret de nationalisation des terres agricoles. Avec son époux Rosario Sabatino, elle ne reviendra en Tunisie qu’après le tournant du nouveau siècle.

Entre temps, ses parents sont décédés et seule une de ses sœurs a survécu : elle vit aujourd’hui à Aprilia, non loin de Rome. Le reste de la famille s’est éparpillé entre Sicile et Italie, certains choisissant même d’émigrer en Argentine.

Depuis trois ans, Maria Claudia anime un atelier solidaire dédié à la couture. Entourée de son mari et d’une dizaine de jeunes femmes de la Goulette, elle partage son savoir-faire de couturière.

Parfait cordon bleu, Maria Claudia n’a pas son pareil à la cuisine. Ses pâtes fraîches à la sauce bolognaise et ses tartes sucrées ont été plébiscitées par tout l’atelier. Ayant eu sa grand-mère Nunzia Franco pour initiatrice, Maria Claudia revit en cuisine, des souvenirs lointains.

Peut-être s’évade-t-elle alors entre Pantelleria et Bouargoub, les deux pôles de sa vie, ou bien entre Tunis et la Goulette, aujourd’hui devenus ses lieux de vie et de travail ?

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Nostalgies : Cette porte qui cache le paradis des Siciliens de Lafayette

26. Mai 2026 um 09:57

Que de fois n’ai-je remonté la rue du Ghana jusqu’à cette porte ! Un large portail à deux battants, une porte dont cinquante ans plus tard, les couleurs sont inchangées.

Nous venions jusqu’ici pour suivre des yeux, d’homériques parties de pétanque quand de toutes parts, les boules fusaient pour se frotter au cochonnet.

Passé le portail, une maison communautaire accueillait les visiteurs qui s’égayaient dans le vaste jardin à l’ombre des palmiers et d’immenses bougainvilliers multicolores.

Entre les boules, la bière et le pastis, des heures claires s’écoulaient, avec souvent les cris de joie des vainqueurs qui interrompaient les dames jouant aux cartes, les zia tout à leurs aiguilles de tricot et les nonna qui veillaient au grain.

Maintes fois, je repasse devant ce portail anonyme qui bruisse de mémoires italiennes, qui me rappelle la famille Spina dont j’accompagnais les enfants et leurs amis parmi les Vacarella, les Maglito et d’autres encore qui se souviennent de ce paradis sicilien distrait aux regards des passants de l’ancienne avenue Gambetta.

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Snapshot : Ceux qui ont arraché les ficus n’ont jamais remonté l’avenue

25. Mai 2026 um 09:40

Sans ses ficus centenaires, l’avenue Bourguiba ressemblerait à ces mornes allées qui traversent les grands axes des Berges du Lac ou des Jardins de Carthage.

Non seulement ces ficus donnent son identité à notre avenue centrale mais, l’été venu, ils donnent leur ombre généreuse aux passants.

Seulement, il y a un quart de siècle, lors des travaux d’embellissement de l’avenue, le choix a été fait d’arracher deux rangées de ficus afin d’élargir l’allée centrale.

Des passants privés d’ombre

Chaque année, dès le retour des beaux jours, le manque de pertinence de ce choix se fait ressentir. On peut aisément le constater en observant les déambulations des passants en quête d’ombre.

Comme quoi, il est probable que ceux qui ont pris cette décision ont rarement remonté l’avenue à pied lorsque le soleil darde ses rayons.

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Snapshot : Les jacarandas en fleurs sur les avenues de Tunis

16. Mai 2026 um 09:32

La floraison des jacarandas donne aux avenues de Tunis une beauté subtile qu’il convient de savourer à sa juste mesure.

Avec leur couleur mauve pâle et leurs bouquets touffus, ces fleurs ornent les arbres de plusieurs avenues, en particulier les axes gigognes des avenues de Carthage et de Paris.

Cette floraison ne durera que quelques jours et fait le bonheur des photographes et des passants. Dommage que manquent à l’appel plusieurs arbres sectionnés par des mains coupables et inconscientes.

Ainsi au milieu de l’exubérance florale, plusieurs moignons de troncs parsèment nos avenues et en disent long sur nos incuries.

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Patrimoine : Avec Dar Badia et Dar Lahbib, c’est la médina de Sousse qui renaît

15. Mai 2026 um 09:48

Dans les quartiers de la mosquée hanéfite, de Sabbat Dhalma et Sidi Bouraoui, plusieurs anciennes demeures sont en train de renaître sous la houlette de Omar Belhouane.

Longtemps délaissées, ces maisons traditionnelles retrouvent leur splendeur passée et accueillent désormais une nouvelle clientèle touristique.

Restaurées en profondeur, rénovées de manière judicieuse, Dar Lahbib et Dar Badia désenclavent tout un quartier de Sousse et de plus, mettent en valeur un patrimoine oublié.

D’autres initiatives sont à venir qui devraient rendre à la médina de Sousse tout son charme et sa vocation touristique.

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Mémoire sportive : Qui est l’architecte du stade olympique de Radés ?

14. Mai 2026 um 11:56

Édifié entre 1998 et 2001, le stade olympique de Radés aura un quart de siècle le 6 juillet prochain. En effet, cette arène sportive qui porte désormais le nom de Hamadi Agrebi a été inaugurée le 6 juillet 2021, peu avant les Jeux méditerranéens de Tunis.

Ce stade d’une capacité de 65.000 places a été conçu par l’architecte néerlandais Rob Schuurman ( 1938 – 2019 ). Ce dernier n’est autre que le concepteur de l’Amsterdam Arena qui porte aujourd’hui le nom de Johann Cruyf.

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Snapshot : L’atelier mythique d’Ivo Salerno

06. Mai 2026 um 10:10

Je ne sais comment ni pourquoi, je reviens toujours à la menuiserie d’Ivo Salerno. Son empreinte est perceptible, le désordre dans le magasin est le même et l’ombre vive d’Ivo plane sur les lieux.

Comment raconter un ami, un repère, un trésor humain ? Devant la porte de son atelier, une vie se cache dans le dédale. Je regarde au fond, dans les planches et les machines, la sciure et le vernis, la Sicile et nos quartiers.

Qui se souvient d’Yvo Salerno et de tous les Salerno, les Di Trapani, les Santonocito ? Qui se souvient des menuisiers italiens et des chefs d’œuvre qui naissaient de leurs mains ? Qui reconnaît les portes palermitaines au fil des rues de Tunis ?

La porte de l’atelier d’Yvo ne dit rien, ne répond pas, mais par-delà les siècles ou les décennies, elle ouvre sur la Sicile. Elle est ma porte de Sicile au cœur de la médina de Tunis, elle est ouverte sur des mains qui ont construit tant de villes, sur des femmes et des hommes pour lesquels la Tunisie était le seul horizon.

Cette porte signifie tant pour moi. Peut-être ouvre-t-elle à rebours, vers les quartiers siciliens où qu’ils soient, nés des mains de la signora Fasciotti ou des espoirs goulettois ou soussiens des enfants de Sicile ? Peut-être ouvre-t-elle simplement sur ce qu’Yvo nous a légué ?

Je marche dans le dédale et je reconnais une porte toujours ouverte, une porte bleue, du travail en cours et tant d’âmes qui sont Tunis, ses scories et ses marais, ses chapelles et ses ruelles, ses Arabes et ses Siciliens, ses Tunisiens tout court.

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Snapshot – Tunis : La beauté frémissante de Souk El Blat

03. Mai 2026 um 10:44

Les devantures des échoppes de Souk El Blat sont à nulles autres pareilles. Ornées d’herbes médicinales en train de sécher, ces repaires d’apothicaires traditionnels fleurent bon la madeleine de Proust et les remèdes de rebouteux.

Se promener dans le souk des herboristes permet de se ressourcer au diapason des médecines douces, des encens et de quelques superstitions vivaces. Les sens en éveil et le regard frémissant, on arpente le pavé de ces souks comme on remonterait le temps.

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Cinq ans après : Jean Fontaine dans nos mémoires

02. Mai 2026 um 10:35

Décédé le 1er mai 2021, Jean Fontaine a laissé une trace vive dans son sillage. Auteur de nombreux ouvrages, il a autant travaillé sur la littérature tunisienne qu’autour des notions d’humanisme et de partage interculturel.

Son travail de fond a consisté en des recensions systématiques de la littérature tunisienne. Cette recherche méthodique menée depuis des décennies l’a naturellement mené à réaliser une anthologie de la littérature tunisienne à travers les époques.

Père blanc, versé dans l’étude de la langue et de la littérature arabe, Jean Fontaine qui est né en 1936, est également l’auteur de plusieurs livres plus personnels, ayant trait à ses rencontres humaines et spirituelles en Tunisie, pays où il repose désormais.

Cinq ans après sa disparition lors de la pandémie du coronavirus, Jean Fontaine reste dans toutes les mémoires et demeure présent à la Foire internationale du livre de Tunis où ses ouvrages sont toujours très demandés.

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Snapshot : Joueurs de dames à la Hafsia

30. April 2026 um 10:18

En flânant dans la médina de Tunis, je rencontre toujours les mêmes joueurs de dames qui, ponctuels, s’installent à la rue Lagha, à la confluence de plusieurs boutiques des friperies de la Hafsia.

Plongés dans le jeu, entourés de spectateurs qui commentent à haute voix les mouvements des dames, les deux protagonistes sont plongés dans leur partie et font corps avec le jeu.

Les maîtres du recyclage

Ici, tout est recyclé : une planche de fortune a été repeinte avec le nombre de cases qu’il faut et des capsules en plastique servent de pièces.

Tout est aussi concentration puisque les deux joueurs, avant chaque geste, prennent leur temps à la manière des grands maîtres internationaux.

Un simple jeu devient une véritable cérémonie et aussi un spectacle de rue que j’admire toujours avec l’impression de goûter à mes propres madeleines.

Une cérémonie et plein de madeleines

Car ces joueurs de dames me renvoient au temps lointain de l’enfance lorsque nous utilisions les mêmes damiers avec des capsules de boissons gazeuses qui étaient placées à l’endroit et à l’envers sur nos planches tout aussi rudimentaires.

Et l’attroupement qui se forme inéluctablement évoque en moi les petites foules qui entouraient et encourageaient les joueurs de flipper ou de baby-foot.

Images d’Épinal locales surgies au coin d’une rue, ces rencontres impromptues disent beaucoup de nous et à leur manière, mesurent le temps qui passe.

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Snapshot – Carthage : A la tronçonneuse pour les arbres

28. April 2026 um 09:44

Dans plusieurs quartiers de Carthage, les eucalyptus et d’autres arbres viennent de subir le passage de tronçonneuses qui ne font pas de détail.

Au lieu d’être harmonieusement élagués, les arbres ont été défigurés, dépouillés de leurs branches, presque dénudés. Les riverains en sont pour leurs frais et sont surpris par cette frénésie municipale. Certains ont même évoqué que le bois ainsi collecté serait mis en vente.

En attendant les explications municipales, l’ombre est devenue rare dans les quartiers concernés alors que les arbres heureusement vont peu à peu repousser.

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Snapshot : Andalouse et austère, la mosquée Al Ichbilli rayonne sur Souk El Blat

28. April 2026 um 09:28

Fondée au dixième siècle puis remaniée par les Andalous arrivés à Tunis, la mosquée Al Ichbilli porte bien son nom : le patronyme d’un Sévillan désigné par sa ville d’origine.

Ce sont en effet les Andalous qui ont rehaussé ce sanctuaire qui se trouve à l’angle de la rue du Trésor et de Souk El Blat, le marché des herboristes.

D’aspect austère, cette mosquée conjugue son identité historique et un caractère d’oratoire desservant plusieurs quartiers andalous de la médina de Tunis.

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Snapshot – La Marsa : Et maintenant  c’est le Saf Saf qu’on défigure

26. April 2026 um 10:27

Est-ce logique de continuer à défigurer la petite place du Saf Saf ? Désormais, ce cœur névralgique de la convivialité marsoise est littéralement occupé par des kiosques qui poussent comme des champignons.

C’est au détriment du tourisme local et de l’identité la plus élémentaire de la ville balnéaire de la Marsa que cette déroute de l’espace public se poursuit.

Malgré les protestations des riverains, malgré le bon sens, on construit là où le patrimoine immatériel devrait être préservé. C’est tout un art de vivre et l’image de marque d’une ville qui sont menacés par les coups de boutoir d’un incivisme d’autant plus pernicieux qu’il se drape dans des oripeaux mensongers.

Est-ce ainsi que nous maltraitons notre espace public ? Est-ce que la notion de légalité qui est ainsi défendue ? Pourquoi défigurer un patrimoine pour quelques fricassés de plus ?

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Il est triste de constater la dérive programmée de toute une banlieue nord qui, de la Marsa à Sidi Bou Said, est défaite par la connivence du commerce informel et de l’urbanisme insensé.

Notre photo montre la dernière  » bicoque  » à avoir surgi sur la place du Saf Saf au mépris de l’équilibre urbain, du respect mutuel et du bon sens le plus élémentaire.

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