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L’édito de Hédi Mechri – UGTT/État : vers un nouveau pacte social pour relancer l’économie ?

11. April 2026 um 06:00

Qui peut vouloir porter atteinte à l’UGTT et l’anéantir ? Il n’est à craindre que ce ne soit l’UGTT elle même. Inutile de revenir sur les péripéties et les contradictions qui l’ont minée de l’intérieur, au risque de la faire imploser. L’amendement aventureux du règlement intérieur qui avait fait sauter le verrou de plafond de deux mandats des instances dirigeantes a mis le feu aux poudres. Si l’UGTT voulait se saborder et signer son arrêt de mort, elle ne se serait pas prise autrement.

L’organisation salariale, la centrale-phare du monde arabo-africain, qui fut sans doute l’unique modèle d’exercice démocratique, avait pris le risque d’un suicide collectif en reniant son propre ADN. La mesure était on ne peut plus controversée, parce que contraire à l’esprit et à la lettre d’une centrale ouvrière bâtie sur l’idée d’un contre-modèle, d’un contrepoids des régimes politiques aux velléités autoritaires.

Tout au long des trois dernières années, l’UGTT a perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

 

Les pères fondateurs, Hached, Tlili et Achour, doivent se retourner dans leurs tombes. Contestée, divisée et affaiblie de l’intérieur, marginalisée et mise sous embargo de l’extérieur, l’UGTT partait en vrille. Elle a, tout au long de ces trois dernières années, perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

Il est peu probable – à moins d’un retour à la situation antérieure – que le recours aux cotisations volontaires individuelles puisse assurer ne serait-ce que le minimum vital pour la sur vie de la centrale. L’argent, il est vrai, est le nerf de la guerre. L’ennui est qu’en l’espèce, le tarissement des sources de financement ne signifie pas la fin de l’histoire. Il ne mettra pas le pays à l’abri de l’irruption d’une guérilla syndicale aux capacités de nuisance très préjudiciables pour l’économie nationale et pour le pays. Dieu merci, on n’en est pas là aujourd’hui. Et on est fondé d’envisager d’autres scénarios que celui du pire qui hantait, il y a peu, les murs de la centrale ouvrière. Elle n’avait jamais paru aussi menacée dans son existence. Sans visibilité et sans ligne directrice, elle avançait à tâtons, au gré de circonstances pour le moins difficiles. Elle manquait d’autant plus d’assurance, qu’elle avait dégradé ses rapports avec le reste de la population et abîmé son image dans le pays.

L’arrogance des syndicats de l’éducation nationale, qui ont pris en otage le pays, l’indifférence des agents paramédicaux et des salariés du transport qui n’hésitaient pas à débrayer à tout bout de champ au grand désarroi des usagers, ont laissé des traces et des lésions chez les parents d’élèves et chez les contribuables. L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

Elle avait outrepassé sa mission de contre-pouvoir pour s’ériger en véritable détenteur du pouvoir dans la fonction publique et les entre prises d’Etat. Elle est restée sous l’emprise de la vieille idée du siècle dernier d’un syndicalisme relégué aujourd’hui dans le musée de l’histoire. L’offensive syndicale tous azimuts de la décennie écoulée, au-delà des revendications qui pouvaient paraître tout aussi légitimes qu’excessives, a freiné l’élan du pays et ruiné l’espoir de développement des entreprises publiques. Là où la puissance syndicale a pu exercer son hégémonie et son diktat – autant dire dans l’ensemble des entreprises publiques, hier figures de proue de notre économie -, l’herbe ne pousse plus.

Les courbes de productivité et de compétitivité y sont au plus bas, sous l’avalanche de recrutements et d’octroi de salaires que rien ne justifie. Les profits qui alimentaient les caisses de l’Etat ont cédé la place au cumul des déficits et des dettes. L’investissement n’est même plus une simple option. La croissance et le développement ne sont plus à l’ordre du jour. L’agitation permanente portée à son plus haut niveau par l’UGTT a été au final contre-productive, elle n’aura servi qu’à dégrader les fondamentaux de l’économie, tout en abîmant l’image de la centrale ouvrière. Elle n’était pas de nature à susciter des avancées économiques et sociales.

Grisée par le pouvoir, l’UGTT a laissé passer le train du changement qui l’aurait propulsée au rang de partenaire incontournable. Au lieu de quoi, elle s’est laissé entraîner dans un état quasi conflictuel avec le nouveau pouvoir en place. A mesure que l’étau se resserrait, que les pressions et les difficultés prenaient une plus grande résonance, la centrale ouvrière, à travers ses différentes structures, affichait des postures et des gesticulations qui jetaient de l’huile sur le feu. De quoi approfondir les raisons d’une crise systémique qui a pour effet de déstabiliser ses centres de décision, sa chaîne de commandement et la cohésion du groupe dirigeant. Les cadres syndicaux étaient déboussolés, les adhérents ne savaient plus à quel saint se vouer. Le démon numide refait surface. Les luttes fratricides menaçaient d’effondrement la doyenne des centrales syndicales arabes et africaines. Celle-ci n’a pas vu venir le changement qui a révolutionné l’univers du travail. Elle ne voyait pas le monde qui arrivait, elle ne mesurait pas non plus les conséquences de la révolution technologique sur les conditions de vie, de travail et d’action syndicale.

L’UGTT, plutôt que de s’adapter au nouveau monde, cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière. La tertiarisation des activités, l’envolée de la financiarisation de l’économie, ailleurs plus qu’ici, ont changé la donne, sans que l’UGTT y prête attention et y prenne garde. La parcellisation du travail, le développement du travail à distance, la forte mobilité du personnel – toutes compétences confondues -, l’irruption dans notre vie des technologies émergentes, de l’intelligence artificielle ont brisé en plusieurs endroits la chaîne de solidarité ouvrière.

 

Plutôt que de s’adapter au nouveau monde, la centrale syndicale cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière.

 

Le syndicalisme à l’ancienne du type du 20ème siècle a vécu. L’action syndicale dans une économie ouverte doit impérativement s’inscrire dans le mouvement de la mondialisation. Le basculement géopolitique en cours n’y changera pas grand-chose. La dérive des continents sous l’effet de la tectonique des plaques Nord-Sud en modifiera la forme, mais ne changera rien quant au fond. Une mondialisation rénovée, plus régionalisée, de proximité, entre amis pour ainsi dire, est en train de se dessiner tout à l’avantage de notre pays. La Tunisie a toutes les chances de se positionner dans la recomposition des nouvelles chaînes d’approvisionnement de valeur, profitant ainsi de notre proximité de l’Europe. L’UGTT doit pouvoir évoluer sur une ligne de crête, se focaliser sur un point d’équilibre entre droit des travailleurs et attractivité du site Tunisie. Elle doit repenser son mode de fonctionnement et ses modalités de lutte, se réinventer pour se donner un avenir qui ne soit pas pure illusion.

Moralité : le syndicalisme n’est pas mort, il ne doit pas mourir et disparaître. Mais il doit muter. Et s’impliquer autrement dans le vécu national, dans la vie sociale et professionnelle. En conscience et en responsabilité. Le pays a besoin d’un syndicat ouvrier fort, représentatif, crédible, ouvert sur le monde. En cohérence et en ligne avec les exigences de compétitivité et des responsabilités sociales et environne mentales des entreprises. Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

Portée par sa longue histoire, par son passé militant, par la qualité de ses cadres enseignants universitaires, par celles et ceux qui sont au service des services publics, elle est en capacité de gérer et de maîtriser le changement. La puissance publique ne pouvait rêver meilleure configuration. Le nouveau bureau exécutif, qui s’affirme hostile à toute forme d’affrontement stérile, affiche haut et fort sa volonté de concertation et de dialogue. Signe d’un syndicalisme d’avant-garde, soucieux autant d’équité dans le partage de la valeur ajoutée que de l’impératif d’efficacité économique. Il est dans son rôle quand il s’oppose à la baisse du pouvoir d’achat, aux inégalités sociales et régionales, à la dégradation de l’air et de l’environnement.

 

… Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

 

L’UGTT, nouvelle saison, n’aura aucune peine à revenir à ses fondamentaux originels tout en changeant de mode opératoire, repenser son propre logiciel de pensée et d’action, regarder devant plutôt que loin derrière. Elle a été et doit rester un espace de liberté, de pratique démocratique et de droits humains.

D’un mot, un acteur central dans le mode de régulation et de justice sociale. La bonne nouvelle est que la direction de l’UGTT, sous la houlette du nouveau SG, Slaheddine Selmi, se dit ouverte au dialogue et à la concertation. Elle appelle de ses vœux la réactivation du contrat social et serait favorable à un pacte de croissance. Autant de signes et de gestes qui doivent accélérer le dégel et la fonte des glaces entre la centrale ouvrière et le pouvoir exécutif. L’Etat ne pouvait rêver meilleure situation : le pays doit pouvoir profiter de cet alignement des planètes pour sortir de l’ornière. Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base. Le voir ou – qu’à Dieu ne plaise, le faire disparaître, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore, à libérer la voie à l’agitation et à l’instabilité permanentes, à l’irruption des « coordinations » qui ont sévi dans les champs pétroliers et dans le bassin minier du sud tunisien. Ces mouvements « spontanés », incontrôlés et incontrôlables n’ont d’autre vocation que de semer le désordre et le chaos.

L’Etat a besoin de partenaires sociaux indépendants, libres de toute interférence pour construire de nouveau la confiance, l’apaisement et la sérénité dont le pays a besoin. Sans quoi, il faut se préparer au pire. Et le pire n’est jamais exclu.

 

Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base.

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Décryptage – La Tunisie face au choc invisible :  le fracas des armes, l’écho des marchés

06. April 2026 um 08:21

Il est des guerres dont les explosions ne résonnent pas seulement sur les champs de bataille, mais jusque dans les marchés, les ports, les budgets publics et les foyers les plus modestes. La récente conflagration au Moyen-Orient appartient à cette catégorie rare et redoutable de crises systémiques, où la géopolitique devient instantanément une affaire économique globale. Derrière les affrontements impliquant des puissances régionales et internationales, dont les États-Unis, Israël et l’Iran, se dessine une réalité plus silencieuse mais tout aussi brutale : celle d’un choc énergétique mondial, capable de redessiner les équilibres économiques bien au-delà de la région.

Le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, devient dans ce contexte un symbole. Sa perturbation, même partielle, agit comme un étranglement progressif de l’économie mondiale. Le pétrole, loin d’être une simple commodité, redevient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un levier stratégique, une variable de puissance, mais aussi un vecteur de vulnérabilité. Dans cet univers incertain, les prix s’envolent, les anticipations se brouillent et les économies les plus fragiles entrent dans une zone de turbulences prolongées.

Le retour du spectre stagflationniste

À mesure que les tensions s’intensifient, un phénomène que l’on croyait relégué aux livres d’histoire refait surface avec une inquiétante actualité : la stagflation. Ce mélange instable d’inflation élevée et de croissance atone s’installe progressivement, comme un poison lent dans les économies contemporaines. La hausse des prix de l’énergie agit comme une onde de choc initiale, qui se propage ensuite à l’ensemble des coûts de production. Les engrais, les transports, les produits alimentaires, tout devient plus cher. Et ce renchérissement général finit par peser lourdement sur la demande.

Dans ce contexte, les analyses inspirées de John Maynard Keynes retrouvent une résonance particulière. L’économiste britannique avait déjà mis en évidence la manière dont les chocs exogènes pouvaient désorganiser les équilibres macroéconomiques, en créant des situations où les mécanismes de marché ne suffisent plus à rétablir l’ordre. À l’inverse, les tenants d’une approche plus libérale, héritiers de Friedrich Hayek, voient dans ces perturbations une occasion de laisser les ajustements naturels opérer, quitte à accepter des phases de contraction douloureuses.

Ce débat, loin d’être théorique, se retrouve aujourd’hui au cœur des politiques économiques. Les banques centrales hésitent, tiraillées entre la nécessité de contenir l’inflation et celle de ne pas étouffer une croissance déjà fragile. Cette hésitation nourrit l’incertitude et l’incertitude, à son tour, freine l’investissement et accentue la volatilité.

Le Maghreb, périphérie exposée d’un centre en crise

Dans cette recomposition brutale de l’économie mondiale, le Maghreb apparaît comme une périphérie particulièrement exposée. Loin des centres de décision, mais profondément intégré aux circuits économiques internationaux, il subit les chocs sans disposer toujours des leviers nécessaires pour les amortir.

La dépendance énergétique constitue ici un facteur déterminant. Les économies maghrébines, largement importatrices de pétrole et de gaz, voient leur facture énergétique s’alourdir mécaniquement. Mais au-delà de cette dimension directe, c’est toute la structure économique qui est affectée. L’inflation importée agit comme un multiplicateur de déséquilibres; tandis que les tensions financières internationales rendent l’accès au crédit plus coûteux et plus incertain.

Dans ce contexte, la guerre agit comme un révélateur. Elle met en lumière la fragilité des modèles de croissance, souvent fondés sur une combinaison de consommation interne, d’importations et de secteurs à faible valeur ajoutée. Elle rappelle, surtout, que la mondialisation, loin d’être un espace neutre, est un système hiérarchisé, où les chocs se diffusent de manière asymétrique.

La Tunisie à l’épreuve du réel

Pour la Tunisie, l’impact de cette crise dépasse largement le cadre conjoncturel. Il s’inscrit dans une trajectoire déjà marquée par des déséquilibres persistants. Le déficit commercial, la dépendance énergétique, l’inflation structurelle et les contraintes budgétaires forment un socle fragile, sur lequel vient se greffer le choc externe.

L’augmentation des prix du pétrole agit comme un catalyseur. Chaque hausse se traduit par une pression accrue sur les finances publiques, notamment à travers le système de subventions. Ce mécanisme, conçu pour protéger le pouvoir d’achat, devient progressivement une source de tension budgétaire. L’État se retrouve alors face à un dilemme insoluble : préserver la stabilité sociale ou contenir l’endettement.

Mais c’est sans doute au niveau des ménages que l’impact est le plus palpable. L’inflation, dans sa forme la plus concrète, se traduit par une érosion du pouvoir d’achat. Le carburant, les produits alimentaires, les services de base deviennent plus coûteux et cette hausse généralisée pèse particulièrement sur les classes moyennes et populaires. L’inflation n’est pas seulement un phénomène économique, elle est aussi une réalité sociale, vécue au quotidien comme une forme de déclassement.

Une économie sous tension permanente

À cette pression interne s’ajoute une détérioration des équilibres extérieurs. La hausse des importations énergétiques creuse le déficit commercial; tandis que la volatilité des marchés financiers exerce une pression sur la monnaie nationale. Le dinar, dans ce contexte, devient un indicateur sensible de la confiance, ou de son absence.

Le secteur touristique, pilier traditionnel de l’économie tunisienne, n’est pas épargné. Dans un environnement régional instable, les flux de visiteurs peuvent se contracter, privant le pays d’une source essentielle de devises. Ce recul, même temporaire, contribue à accentuer les tensions sur la balance des paiements.

Ainsi, la guerre, bien qu’éloignée géographiquement, s’insinue dans tous les interstices de l’économie tunisienne. Elle affecte les prix, les revenus, les investissement et jusqu’aux anticipations des acteurs économiques. Elle transforme l’incertitude en norme et la prudence en réflexe.

La fracture sociale en ligne de mire

Dans un pays où les équilibres sociaux sont déjà fragiles, cette accumulation de pressions économiques fait peser un risque réel de fracture. Le chômage, les inégalités régionales, la précarité des emplois constituent un terreau propice aux tensions. Dans ce contexte, toute hausse significative des prix peut agir comme un déclencheur.

L’histoire économique tunisienne montre que les crises de pouvoir d’achat ne sont jamais neutres. Elles peuvent rapidement se transformer en crises sociales, voire politiques. La hausse du coût de la vie, lorsqu’elle est perçue comme injuste ou incontrôlée, alimente un sentiment de défiance envers les institutions.

Cette dimension sociale est souvent sous-estimée dans les analyses macroéconomiques. Pourtant, elle constitue un élément central de la stabilité économique. Une économie ne peut fonctionner durablement si elle est traversée par des tensions sociales profondes.

Entre urgence et stratégie : le piège des politiques publiques

Face à cette situation, les autorités tunisiennes sont confrontées à une équation particulièrement complexe. La gestion de l’urgence impose des mesures de soutien, mais ces mesures ont un coût. À l’inverse, les politiques d’ajustement, nécessaires à moyen terme, peuvent aggraver les tensions à court terme.

Ce dilemme renvoie à une question plus large : celle du rôle de l’État dans l’économie. Faut-il intervenir massivement pour amortir le choc, au risque de creuser les déficits ? Ou faut-il privilégier l’ajustement, quitte à accepter une contraction de l’activité ?

Dans ce débat, les références à John Maynard Keynes et Friedrich Hayek prennent une dimension presque symbolique. Elles incarnent deux visions du monde, deux manières d’appréhender la crise et ses solutions.

Mais au-delà des choix théoriques, c’est la capacité à articuler court terme et long terme qui sera déterminante. La crise actuelle ne pourra être surmontée sans une réflexion profonde sur le modèle de développement.

Une crise révélatrice, une opportunité incertaine

Car c’est peut-être là le paradoxe de cette guerre : en exposant brutalement les fragilités de l’économie tunisienne, elle ouvre aussi un espace de réflexion. La dépendance énergétique, la faiblesse de la productivité, la structure des échanges extérieurs apparaissent désormais comme des enjeux incontournables.

La transition énergétique, souvent évoquée mais rarement mise en œuvre à grande échelle, pourrait trouver dans cette crise un nouvel élan. De même, la nécessité de diversifier l’économie, de renforcer les secteurs à forte valeur ajoutée, de repenser les politiques publiques devient plus évidente.

Mais cette opportunité reste incertaine. Elle dépendra de la capacité des acteurs économiques et politiques à dépasser la gestion immédiate de la crise pour s’inscrire dans une vision stratégique. Or, dans un contexte d’urgence permanente, cette projection dans le long terme est particulièrement difficile.

In fine, la guerre comme révélateur des choix à venir

La guerre au Moyen-Orient, dans sa dimension économique, agit comme un miroir. Elle reflète les forces et les faiblesses des économies, leur capacité de résilience ou leur vulnérabilité. Pour la Tunisie, ce miroir renvoie une image contrastée, faite de fragilités structurelles mais aussi de potentialités inexploitées.

Dans ce moment critique, les choix qui seront faits auront des conséquences durables. Ils détermineront non seulement la capacité à surmonter la crise actuelle, mais aussi la trajectoire future de l’économie tunisienne.

Car au fond, au-delà des chiffres et des indicateurs, c’est bien une question fondamentale qui se pose : comment transformer un choc subi en levier de transformation ? La réponse à cette question, encore incertaine, dessinera les contours de la Tunisie de demain.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – La Tunisie face au choc invisible :  le fracas des armes, l’écho des marchés est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

ECLAIRAGE – Le retour du baril-roi : chronique d’une dépendance révélée

03. April 2026 um 10:01

Il suffit parfois d’une déclaration, d’une inflexion dans le ton d’un dirigeant, pour que les marchés s’embrasent et que les équilibres économiques les plus fragiles vacillent. Lorsque Donald Trump évoque la perspective de frappes prolongées contre l’Iran, ce ne sont pas seulement les lignes de front qui se tendent, mais l’ensemble de l’économie mondiale qui se crispe. Le baril de Brent franchissant à nouveau le seuil symbolique des 105 dollars agit comme un révélateur brutal : celui d’un ordre énergétique encore dominé par la géopolitique, et d’économies périphériques enfermées dans une dépendance structurelle dont elles peinent à s’extraire.

À travers la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, c’est une artère vitale du capitalisme mondial qui se trouve menacée. Et dans cette configuration, l’Afrique, et plus encore le Maghreb, ne sont pas de simples spectateurs, mais des récepteurs passifs d’un choc dont les ondes se propagent avec une intensité redoutable.

 

L’un des paradoxes les plus frappants de la situation actuelle réside dans le décalage entre les discours de souveraineté et la réalité des dépendances. Depuis plusieurs décennies, les pays du Maghreb affichent des ambitions de maîtrise énergétique, investissant dans des stratégies nationales souvent présentées comme des piliers de leur autonomie économique. Pourtant, à la moindre secousse sur les marchés internationaux, cette souveraineté proclamée se dissout dans les faits.

La Tunisie et le Maroc, importateurs nets, subissent de plein fouet la hausse des cours. Même l’Algérie, pourtant exportatrice, n’échappe pas à une forme de vulnérabilité : car si la rente pétrolière s’accroît à court terme, elle renforce en réalité une dépendance à une ressource volatile, consolidant ce que la littérature économique désigne comme la «malédiction des ressources».

Dans ce contexte, la dépendance au pétrole du Golfe agit comme une contrainte externe permanente. Elle enferme les économies dans un schéma de transmission quasi automatique des chocs, où la politique nationale se réduit souvent à un ajustement marginal face à des forces globales.

Le choc inflationniste : une mécanique implacable

La hausse des prix du pétrole ne se contente pas d’affecter les balances commerciales; elle s’infiltre dans l’ensemble du tissu économique. Le carburant étant un intrant transversal, son renchérissement se diffuse à tous les niveaux : transport, production, distribution. Le résultat est une inflation généralisée, dont les effets sont d’autant plus violents qu’ils touchent en priorité les biens essentiels.

Les théories économiques ont depuis longtemps analysé ce type de phénomène. Les modèles inspirés de John Maynard Keynes mettent en évidence l’effet récessif des chocs d’offre (1). Tandis que les approches monétaristes, dans la lignée de Milton Friedman, insistent sur les risques d’emballement inflationniste si les autorités monétaires tentent de compenser ces chocs par une expansion excessive de la liquidité.

Or, dans les économies maghrébines, cette tension théorique se double d’une contrainte pratique : les marges de manœuvre sont limitées. Les banques centrales, déjà confrontées à une inflation persistante, hésitent entre resserrement monétaire et soutien à l’activité. Mais dans un contexte où l’inflation est importée, leur capacité d’action apparaît structurellement réduite.

Subventions : amortisseur social ou bombe budgétaire ?

Face à la montée des prix, les États recourent à un instrument devenu classique : la subvention. En maintenant artificiellement les prix à la pompe, ils cherchent à contenir l’inflation et à préserver la paix sociale. Mais ce choix, en apparence protecteur, dissimule une fragilité profonde.

Les subventions énergétiques, en absorbant une partie du choc, déplacent le problème plutôt qu’elles ne le résolvent. Elles creusent les déficits, alourdissent la dette publique et réduisent la capacité d’investissement de l’État. À moyen terme, elles peuvent même accentuer les inégalités, en bénéficiant davantage aux ménages les plus aisés, plus consommateurs d’énergie.

Les institutions internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI), ne cessent de dénoncer ces mécanismes, appelant à leur remplacement par des dispositifs ciblés. Pourtant, la réalité politique rend ces réformes particulièrement délicates. Dans des sociétés marquées par une défiance croissante envers les institutions, toute hausse des prix peut devenir le catalyseur d’une contestation sociale.

Le Maghreb se trouve ainsi pris dans une contradiction structurelle : maintenir les subventions pour éviter l’explosion sociale, ou les réduire pour préserver l’équilibre budgétaire. Une équation sans solution simple, où chaque choix comporte un coût élevé.

La fragmentation africaine : une réponse désordonnée

À l’échelle du continent africain, la crise actuelle met en évidence une absence de coordination frappante. Chaque pays réagit en fonction de ses contraintes internes, sans véritable stratégie collective. Tandis que certains augmentent les prix, d’autres les gèlent; tandis que certains compensent par des hausses salariales, d’autres laissent les ménages absorber le choc.

Cette fragmentation reflète l’absence d’un marché énergétique intégré. Elle limite la capacité des pays africains à négocier collectivement avec les fournisseurs ou à mutualiser leurs ressources. Dans ce contexte, les initiatives visant à développer des capacités de raffinage locales, comme celles portées au Nigeria, apparaissent comme des tentatives encore isolées de rééquilibrage.

Pour le Maghreb, cette absence d’intégration régionale constitue un handicap majeur. Malgré des complémentarités évidentes, les pays de la région peinent à construire des politiques communes, prisonniers de logiques nationales et de tensions politiques persistantes. 

Inflation et fractures sociales : le risque d’une rupture silencieuse

Au-delà des agrégats macroéconomiques, c’est la société elle-même qui est affectée. La hausse des prix du carburant agit comme un multiplicateur des inégalités. Elle pénalise les ménages modestes, dont le budget est déjà contraint, et réduit leur capacité à absorber les chocs.

Dans les zones urbaines comme rurales, le coût du transport devient un facteur déterminant du niveau de vie. Les produits alimentaires, dépendants des circuits logistiques, voient leurs prix augmenter, accentuant la pression sur le pouvoir d’achat. Ce phénomène nourrit un sentiment d’injustice, d’autant plus fort que les populations perçoivent ces hausses comme exogènes et incontrôlables.

Dans ce contexte, le risque n’est pas seulement économique, mais aussi politique. L’histoire récente de la région montre que les crises de prix peuvent rapidement se transformer en crises sociales. Le choc pétrolier actuel, s’il se prolonge, pourrait ainsi raviver des tensions latentes, mettant à l’épreuve la résilience des États.

Sortir de la dépendance : une nécessité stratégique

La crise actuelle ne fait que renforcer une évidence : la dépendance énergétique constitue un obstacle majeur au développement. Elle expose les économies à des chocs externes récurrents et limite leur capacité à définir des politiques autonomes.

La transition vers les énergies renouvelables apparaît dès lors comme une voie incontournable. Le Maghreb dispose d’un potentiel considérable en matière solaire et éolienne, qui pourrait être mobilisé pour réduire la dépendance aux importations. Mais cette transition ne peut être envisagée comme une simple substitution technologique ; elle implique une transformation profonde des structures économiques.

Elle suppose des investissements massifs, une réforme des cadres réglementaires et une coopération régionale renforcée. Elle nécessite également une vision politique capable de dépasser les logiques de court terme pour inscrire l’action publique dans une perspective stratégique.

Une crise révélatrice d’un modèle à bout de souffle

En définitive, la flambée des prix du pétrole ne constitue pas un simple épisode conjoncturel. Elle agit comme un révélateur des limites d’un modèle de développement fondé sur la dépendance externe, la consommation subventionnée et l’absence de diversification.

Le Maghreb se trouve aujourd’hui à un carrefour. Continuer de gérer les crises au coup par coup, au prix d’un endettement croissant et d’une fragilité accrue, ou engager une transformation structurelle, certes coûteuse et complexe, mais porteuse de résilience.

Dans ce choix se joue bien plus qu’une politique énergétique. C’est la capacité même des États à reprendre le contrôle de leur trajectoire économique qui est en question. Et dans un monde où les chocs se multiplient, cette capacité devient la condition première de la souveraineté.

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(1) : Dans la pensée de John Maynard Keynes, les crises viennent surtout d’un manque de demande.

Mais dans les approches néo-keynésiennes, un choc d’offre (comme la hausse du pétrole) est aussi récessif : il augmente les coûts, réduit le pouvoir d’achat et freine l’activité, tout en générant de l’inflation.

En toute rigueur, car elle touche à un point central du débat macroéconomique.

Chez John Maynard Keynes, l’analyse porte avant tout sur les insuffisances de la demande globale comme source principale des récessions. Dans son cadre théorique initial, les crises économiques sont d’abord liées à une contraction de l’investissement, à des anticipations pessimistes et à une demande effective insuffisante.

Cependant, dans les prolongements contemporains de sa pensée — notamment les modèles néo-keynésiens — les économistes ont intégré explicitement les chocs d’offre, comme une hausse brutale des prix du pétrole. Dans ce cadre élargi, un choc d’offre négatif produit un double effet :

D’une part, il augmente les coûts de production, ce qui réduit l’offre globale et alimente l’inflation.

D’autre part, il comprime le revenu réel des ménages, ce qui freine la consommation et donc la demande.

C’est cette combinaison qui engendre un effet récessif, souvent associé à des situations de stagflation.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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La fuite des cerveaux en Tunisie : un diagnostic connu, des réponses encore incomplètes

02. April 2026 um 07:30

Entre pertes économiques, déséquilibres du marché du travail et absence de stratégie de rétention, la fuite des talents constitue un défi central pour l’économie tunisienne.

Alors que la Tunisie continue de former des milliers de diplômés chaque année, une part croissante de ses compétences quitte le pays ou peine à s’y insérer. Ce déséquilibre, loin d’être conjoncturel, révèle les limites d’un modèle économique et social qui n’a pas encore su aligner formation, emploi et attractivité. En l’absence de mécanismes structurés de rétention et de valorisation des talents, la fuite des cerveaux s’impose comme un phénomène durable, aux conséquences économiques et stratégiques majeures.

Imaginez un pays qui finance des années d’études à des ingénieurs, des médecins, des informaticiens… pour les voir s’envoler vers d’autres économies sitôt le diplôme en poche. Ce pays, c’est la Tunisie. Et ce n’est pas une image : c’est une réalité documentée, chiffrée, et pourtant toujours sans réponse politique à la hauteur.

Chaque année, l’État investit des milliards de dinars dans l’enseignement supérieur. Et chaque année, une partie croissante de cette élite prend l’avion. Selon des estimations issues de travaux économiques relayés par des institutions nationales, cette émigration qualifiée représenterait environ 200 millions de dollars par an pour l’économie tunisienne. À cela s’ajoutent près de 150 millions d’euros investis en bourses pour des étudiants qui ne reviennent pas. L’argent public s’évapore, les talents s’exportent et le pays peine à transformer son capital humain en croissance.

Un paradoxe qui dure depuis trop longtemps

La Tunisie figure parmi les pays les plus touchés par la fuite des cerveaux dans son environnement régional. Plus d’un quart des diplômés du supérieur sont au chômage. Parmi les docteurs récemment recensés, une part importante évolue entre précarité, contrats instables et périodes d’inactivité. Dans certaines régions, un jeune sur trois reste durablement exclu du marché du travail.

Le problème n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Le secteur public est saturé. Le tissu privé, largement composé de PME à faible intensité technologique, ne génère pas suffisamment d’emplois hautement qualifiés. Résultat : un ingénieur tunisien peut statistiquement rencontrer plus de difficultés d’insertion qu’un travailleur sans diplôme. Une inversion des logiques habituellement observées dans les économies développées.

Trois dynamiques principales alimentent ce phénomène :

  • Le chômage, qui s’impose souvent dès la sortie de l’université comme une première réalité durable.
  • L’écart salarial, où les perspectives à l’étranger restent nettement plus attractives, rendant l’émigration économiquement rationnelle.
  • Le déclassement, avec des diplômés contraints d’occuper des postes éloignés de leurs compétences, générant frustration et perte de sens.

Une lecture prudente des orientations du plan 2026-2030

À ce stade des éléments rendus publics et des orientations débattues, le plan de développement 2026-2030 affiche une ambition de refondation économique et sociale, ainsi qu’une volonté de réduire le chômage des jeunes diplômés. L’intention est réelle.

Cependant, le cadre reste encore partiellement défini. Sur la base des informations actuellement disponibles, il n’apparaît pas de stratégie explicite et structurée visant à retenir les talents, ni de dispositif détaillé pour mobiliser la diaspora, ni d’objectifs chiffrés clairement associés à la réduction de la fuite des cerveaux.

Or, l’absence d’objectifs mesurables revient, dans les faits, à limiter la capacité de pilotage des politiques publiques et à rendre leur évaluation difficile. Sans indicateurs précis, l’ambition risque de rester déclarative. Pourtant, une grande partie des Tunisiens expatriés exprime une volonté de contribuer au développement du pays. Le défi n’est donc pas uniquement humain : il est institutionnel et organisationnel.

Encadré – Ce que font d’autres pays

Ces pays n’ont pas nécessairement plus de moyens que la Tunisie. Ils ont structuré des stratégies cohérentes de valorisation de leurs talents.

  • Maroc : en combinant technopoles et mobilisation de sa diaspora, il a renforcé l’intégration des profils qualifiés dans des secteurs ciblés.
  • Rwanda : via des mécanismes public-privé et des dispositifs d’accompagnement à l’emploi, il a amélioré l’insertion des diplômés en quelques années.
  • Inde : en attirant des centres de services internationaux, elle a créé massivement des emplois qualifiés sur son propre territoire.

 

Le point commun n’est pas le niveau de richesse initial, mais la capacité à relier formation, emploi et stratégie économique.

Quatre leviers pour changer de cap

Pour éviter que la situation actuelle ne perdure, plusieurs axes d’action peuvent être envisagés avec des mécanismes concrets :

  1. Sectoriser l’effort
    Concentrer les politiques publiques sur quelques secteurs prioritaires (numérique, santé, technologies vertes, logistique, services à forte valeur ajoutée), avec des incitations fiscales conditionnées à l’embauche effective de profils qualifiés sur une durée minimale (2 à 3 ans).
  2. Réduire la fracture salariale
    Mettre en place des mesures combinées :
  • revalorisation ciblée des métiers stratégiques dans la fonction publique;
  • crédit d’impôt temporaire pour les entreprises recrutant des primo-emplois qualifiés.
    Objectif : améliorer l’attractivité du marché local pour les jeunes diplômés.
  1. Renforcer l’adéquation formation-emploi
    Encourager la transparence des entreprises de taille significative sur leurs politiques de recrutement et d’intégration, et promouvoir des mécanismes de cofinancement des premiers emplois qualifiés afin de faciliter l’insertion professionnelle.
  2. Activer la diaspora
    Structurer un dispositif dédié permettant :
  • des collaborations à distance;
  • des missions temporaires;
  • la participation à des projets économiques ou d’investissement:
    sans exiger un retour définitif, mais en créant des passerelles concrètes et opérationnelles.

Une génération en attente

Yassine a 27 ans, un master en économie, et livre des pizzas à Sfax. Amira, ingénieure, enchaîne les candidatures depuis deux ans sans perspective stable. Ce ne sont pas des cas isolés. Ce sont les symptômes visibles d’un déséquilibre profond entre formation et opportunités.

Refonder l’économie sans traiter cette question, c’est construire sans fondations solides. À ce stade, le plan 2026-2030 représente une opportunité importante : celle de transformer un constat partagé en politiques publiques concrètes, mesurables et suivies dans le temps.

La Tunisie ne peut plus se permettre de rester un espace de formation largement au service d’économies tierces.

Former sans retenir, c’est investir pour les autres. Et s’appauvrir soi-même.

L’article La fuite des cerveaux en Tunisie : un diagnostic connu, des réponses encore incomplètes est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

DÉCRYPTAGE – Gouverner la pénurie ou organiser le recul ?

01. April 2026 um 06:00

Il est des décisions économiques qui, sous couvert de prudence, trahissent en réalité une forme d’impuissance. La circulaire n°2026-04 de la Banque centrale de Tunisie, en imposant une couverture intégrale des importations dites non prioritaires, appartient à cette catégorie de politiques qui donnent l’illusion de l’action tout en révélant la profondeur des déséquilibres. Car lorsque l’on en vient à administrer la rareté plutôt qu’à produire l’abondance, c’est moins une stratégie qu’un aveu.

Dans une économie fragilisée par des années de déséquilibres structurels, la tentation du contrôle réapparaît comme un réflexe presque mécanique. La guerre au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie et la pression sur les réserves de change offrent un prétexte commode. Mais derrière l’urgence conjoncturelle se profile une question autrement plus dérangeante : la Tunisie est-elle encore en mesure de piloter son économie autrement que par la contrainte ?

 

Le crédit confisqué : quand la liquidité remplace la confiance

La mesure phare de la Banque centrale repose sur un principe simple en apparence : toute importation de produits non prioritaires doit désormais être financée à 100 % sur fonds propres. Ce glissement technique dissimule en réalité une transformation profonde du fonctionnement économique.

Car le crédit n’est pas un simple outil de financement. Il est, comme l’avait théorisé Joseph Schumpeter (1), le moteur même de la dynamique capitaliste, permettant aux acteurs économiques d’anticiper, d’investir et de créer de la valeur au-delà de leurs ressources immédiates. En le neutralisant, la Banque centrale de Tunisie (BCT) ne se contente pas de restreindre les importations : elle modifie la nature même de l’activité économique.

Le passage d’une économie fondée sur la solvabilité à une économie fondée sur la liquidité constitue une rupture silencieuse. Il consacre une hiérarchie implicite entre les acteurs : ceux qui disposent de trésoreries abondantes peuvent continuer à opérer, les autres sont relégués à la périphérie. Ce n’est plus la viabilité économique qui détermine l’accès au marché, mais la capacité à immobiliser du capital.

Dans un pays où les PME constituent l’ossature du tissu productif, une telle mutation revient à déplacer le centre de gravité de l’économie vers les acteurs les plus concentrés, au risque d’étouffer toute dynamique entrepreneuriale.

 

L’énigme des réserves : une justification qui ne tient pas

Officiellement, la mesure vise à préserver les réserves en devises. L’argument, à première vue, semble relever du bon sens. Pourtant, il se fissure dès que l’on en examine les ressorts.

Un dinar converti en devise reste un dinar sorti du pays, qu’il provienne d’un crédit bancaire ou d’une trésorerie privée. La nature du financement n’altère en rien l’impact sur les réserves. En ce sens, la logique économique de la mesure apparaît pour le moins fragile.

Cette contradiction fait écho aux critiques de Milton Friedman (2), bien connues de nos banquiers centraux, à l’égard des politiques monétaires qui s’attaquent aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes. En tentant de maîtriser les modalités de financement sans intervenir sur le volume même des importations, la Banque centrale agit sur une variable périphérique, au risque de passer à côté de son objectif.

Derrière cette incohérence apparente se cache une réalité plus complexe : la tension sur la liquidité en dinars. L’État, en mobilisant massivement les ressources bancaires pour financer son déficit, réduit l’espace disponible pour le secteur privé (effets d’éviction, bête noire de nos étudiants de 2ème année). La restriction du crédit aux importations non prioritaires apparaît alors comme un mécanisme indirect de rationnement du financement, bien plus que comme un outil de gestion des réserves.

 

Une économie triée sur le volet : la fin de l’égalité d’accès

Ce que la circulaire introduit, en filigrane, c’est une sélection implicite des acteurs économiques. Elle ne dit pas qui peut importer, mais elle détermine qui en a les moyens.

Les grandes entreprises, les groupes structurés, les acteurs disposant d’une trésorerie solide peuvent absorber la contrainte sans difficulté. Pour eux, la mesure n’est qu’un ajustement. Pour les autres, elle devient un obstacle insurmontable.

Cette dynamique s’inscrit dans les analyses de Joseph Stiglitz (3) sur les asymétries d’information et les imperfections des marchés du crédit. Lorsque l’accès au financement devient inégal, les écarts entre les acteurs se creusent, et la concurrence s’érode.

Le résultat est prévisible : une concentration accrue des marchés, une réduction de la diversité des opérateurs et, à terme, une hausse des prix. La régulation, censée corriger les déséquilibres, finit par les amplifier.

 

Le mythe du « non essentiel » : quand l’État décide des besoins

La catégorisation des produits en « prioritaires » et « non prioritaires » soulève une question fondamentale : qui décide de ce qui est nécessaire ?

Dans une économie moderne, cette distinction est loin d’être évidente. Les chaînes de production sont complexes, les usages multiples, et les préférences des consommateurs évolutives. Ce qui apparaît comme un luxe pour l’un peut constituer un besoin pour l’autre.

Les critiques de Friedrich Hayek (4) trouvent ici une résonance particulière. L’idée qu’une autorité centrale puisse disposer de l’ensemble des informations nécessaires pour arbitrer efficacement entre les besoins relève d’une illusion. La connaissance est dispersée, fragmentée, et souvent tacite.

En figeant une liste de produits « non prioritaires », la BCT impose une vision statique de l’économie, déconnectée de ses dynamiques réelles. Elle risque ainsi de pénaliser non seulement la consommation, mais aussi la production, en restreignant l’accès à des intrants essentiels pour certaines activités.

 

Inflation et pénurie : le retour des mécanismes classiques

L’un des paradoxes les plus frappants de cette politique réside dans ses effets potentiellement inflationnistes. En limitant l’accès à certains produits, elle crée une rareté artificielle, propice à la hausse des prix.

Ce mécanisme est bien connu : lorsque l’offre se contracte dans un contexte de demande relativement rigide, les prix s’ajustent à la hausse. La réduction de la concurrence, induite par l’exclusion des petits importateurs, renforce cette dynamique.

Mais le phénomène ne s’arrête pas là. L’histoire économique tunisienne a montré à maintes reprises que les restrictions sur les circuits formels alimentent le développement du marché parallèle. La contrebande et son développement deviennent alors un canal alternatif, souvent plus coûteux, moins contrôlé et fiscalement inefficace.

Ce basculement vers l’informel ne constitue pas une simple dérive marginale. Il fragilise l’ensemble de l’économie, en réduisant les recettes de l’État, en dégradant la qualité des produits et en accentuant les inégalités.

 

La mémoire courte des politiques économiques

Ce qui rend cette décision particulièrement troublante, c’est son caractère de déjà vu. Une mesure similaire avait été adoptée en 2017, avant d’être abandonnée par notre estimé confrère Marouane Abassi ex Gouverneur de la BCT, en raison de ses effets négatifs.

La répétition de cette politique pose une question essentielle : pourquoi persister dans une voie dont les limites ont déjà été démontrées ? Comme le rappelait John Maynard Keynes, le véritable défi ne réside pas dans la découverte de nouvelles idées, mais dans la capacité à se libérer des anciennes.

Cette récurrence traduit une forme d’inertie institutionnelle, mais aussi une difficulté à élaborer des alternatives crédibles. Face à des contraintes structurelles profondes, les autorités semblent prisonnières d’un répertoire limité d’outils, qu’elles réactivent au gré des crises.

 

Une politique de court terme face à un défi de long terme

Au fond, la circulaire de la Banque centrale illustre un décalage entre la nature des problèmes et celle des réponses apportées. Le déficit commercial, la dépendance énergétique et la faiblesse de l’appareil productif sont des enjeux structurels, qui nécessitent des réformes profondes.

Or, la restriction des importations constitue une réponse conjoncturelle, qui agit sur les flux sans transformer les structures. Elle permet, au mieux, de gagner du temps. Mais ce temps n’est utile que s’il est mis à profit pour engager des transformations.

En l’absence de telles réformes, la politique actuelle risque de produire un effet de compression économique : moins d’importations, mais aussi moins de production, moins d’investissement et, in fine, moins de croissance.

Les conséquences sociales ne sauraient être sous-estimées. La hausse des prix, la raréfaction de certains biens et les difficultés des entreprises peuvent alimenter un sentiment de frustration et d’injustice, dans un contexte déjà marqué par une érosion du pouvoir d’achat.

 

Entre rigueur et asphyxie : l’équilibre introuvable

La BCT se trouve confrontée à un dilemme classique : préserver les équilibres macroéconomiques sans étouffer l’activité. Mais la solution adoptée semble pencher dangereusement vers la restriction.

La discipline financière est nécessaire. Mais elle ne peut se substituer à une stratégie de développement. Sans vision claire, elle risque de devenir une fin en soi, au détriment de l’économie réelle.

Trouver l’équilibre suppose une approche plus nuancée, fondée sur une meilleure compréhension des chaînes de valeur, une coordination renforcée avec les politiques budgétaires et industrielles, et une transparence accrue dans la définition des objectifs.

 

Réguler la crise ou répéter l’histoire

Au terme de cette analyse, une impression persistante s’impose : celle d’une politique qui, faute de s’attaquer aux causes profondes, se contente de gérer les symptômes.

La circulaire n°2026-04 ne constitue ni une rupture, ni une innovation. Elle s’inscrit dans une continuité, celle des politiques de contrôle adoptées en période de tension, souvent avec des résultats mitigés.

La véritable question est ailleurs. Elle réside dans la capacité de la Tunisie à sortir de cette logique défensive pour construire une stratégie offensive, fondée sur la production, l’innovation et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales.

À défaut, le risque est grand de voir se répéter un cycle désormais bien connu : restriction, contournement, inefficacité… puis abandon.

Et, entre-temps, une économie qui s’essouffle, lentement mais sûrement.

 

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(1) Joseph Schumpeter : Joseph Schumpeter (1883-1950) était un économiste et sociologue autrichien, naturalisé américain, considéré comme l’un des penseurs les plus influents du XXe siècle pour ses travaux sur l’innovation et la dynamique du capitalisme.

(2) Milton Friedman : né le 31 juillet 1912 à Brooklyn (New York) et mort le 16 novembre 2006 à San Francisco, est un économiste américain, considéré comme l’un des plus influents du XXe siècle[1]

Ardent défenseur du libéralisme, il obtient le prix dit Nobel d’économie en 1976. Il travaille sur des domaines de recherche aussi bien théorique qu’appliquée, étant à l’origine du courant monétariste, ainsi que le fondateur de l’École de Chicago. Il est également un commentateur politique et essayiste à succès.

Ses deux œuvres majeures sont d’abord son livre Capitalisme et liberté en 1962 puis sa série d’interventions télévisées en 1980 intitulée Free to Choose (en français La Liberté du choix).

Milton Friedman a inauguré une pensée économique d’inspiration libérale dont les prescriptions s’opposent de front à celle du keynésianisme. Ses idées ont eu une influence considérable dans le monde de la politique et de l’économie dans les années 1980.

 

(3) Joseph Stiglitz : né le 9 février 1943 à Gary (Indiana), est un économiste américain reconnu pour ses contributions à l’économie. 

Il a reçu le prix Nobel d’économie en 2001 pour ses travaux sur l’information asymétrique, en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence. 

Stiglitz est actuellement professeur à la Columbia University et a été économiste en chef à la Banque mondiale de 1997 à 2000.

 

(4)  Friedrich Hayek : est un économiste et philosophe austro-britannique majeur du XXe siècle, figure centrale du courant libéral et de l’école autrichienne. Né en 1899 à Vienne et marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, il a consacré sa carrière à comprendre les crises économiques et à prévenir les déséquilibres systémiques.

Ses travaux portent notamment sur le rôle de l’information dans l’économie, les cycles économiques, les institutions et les limites de l’intervention étatique. Il soutient que les crises trouvent souvent leur origine dans des déséquilibres internes, notamment liés aux excès du système bancaire et aux distorsions monétaires.

Opposé à une vision trop mathématisée de l’économie, Hayek insiste sur la complexité des phénomènes économiques et sur l’incapacité des autorités centrales à disposer de toute l’information nécessaire pour piloter efficacement l’économie. Cette idée est au cœur de ses ouvrages majeurs, tels que La Route de la servitude (1944), La Constitution de la liberté (1960) et Droit, législation et liberté (1973).

Lauréat du prix Nobel d’économie en 1974 (partagé avec Gunnar Myrdal), il a profondément marqué la pensée économique en défendant un libéralisme fondé sur le rôle des institutions, la liberté individuelle et la méfiance à l’égard des interventions centralisées.

 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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L’édito de Hédi Mechri – Relever le défi de l’indépendance face aux crises mondiales

31. März 2026 um 05:15

L’agression américano-israélienne contre l’Iran n’a pas fait que des victimes humaines, détruit et endommagé des infrastructures, des bases militaires et des installations industrielles. Elle a, comme on pouvait le craindre, fait exploser le cours du pétrole. Une catastrophe, une hécatombe mondiale. Le Moyen-Orient est une véritable poudrière de par sa nature, ses richesses pétrolières, les tensions qui le fracturent et les conflits qui le déchirent. Les Israéliens et leur supplétif américain ont de nouveau mis le feu aux poudres. Et embrasé toute la région.

De toute évidence, les pétromonarchies du Golfe, les plus grands producteurs de pétrole et de gaz dans le monde, devenus les proxys des Américains, sinon des Israéliens, n’y ont pas échappé.

L’Iran, pris dans une guerre asymétrique, se devait de se défendre comme il pouvait en ripostant par une sorte de guérilla globale à travers « le blocus » du détroit d’Ormuz et de missiles balistiques d’une efficacité redoutable et d’une précision chirurgicale qui ne finissent pas d’infliger d’immenses dégâts aux pays qui hébergent les bases militaires américaines, comme chez les instigateurs de cette guerre en violation du droit international.

 

La chance de survie de l’Iran face à la supériorité militaire et technologique et au déluge de feu américano-israélien réside dans sa capacité d’internationaliser le conflit, provoquant ainsi une grave crise économique mondiale. L’explosion du prix du baril et la désorganisation du commerce mondial lui servent d’armes de dissuasion massive.

 

La chance de survie de l’Iran face à la supériorité militaire et technologique et au déluge de feu américano-israélien réside dans sa capacité d’internationaliser le conflit, provoquant ainsi une grave crise économique mondiale. L’explosion du prix du baril et la désorganisation du commerce mondial lui servent d’armes de dissuasion massive.

Dans ce registre guerrier, l’Iran a de solides attributs, de par son passé plusieurs fois millénaire, sa résilience et sa capacité de se défendre. Le président Trump projetait une guerre-éclair, abusé qu’il est par la propagande des faucons qui l’entourent.

Objectif: décapiter le régime, fermer une fois pour toutes la parenthèse islamiste et régner en maître sur le pays. Erreur fa tale : la guerre s’enlise, le cours du baril s’envole à plus de 100 dollars, les signes de récession, voire de l’une des plus grandes dépressions économiques mondiales déjà visibles, provoquent partout inquiétude et incertitude. A moins d’un arrêt des hostilités dans l’immédiat qui paraît peu probable, la peur de l’inconnu s’installe dans tous les esprits. La destruction jusqu’à l’effondrement de l’Iran n’est pas exclue, mais sa capitulation l’est beaucoup moins.

Quelle que soit l’issue de cette guerre au relent colonial, elle fera rebattre les cartes. Peut-être même, contre toute attente, sonnera le glas de la présence des forces militaires américaines dans la région. La volonté de domination et le rêve du Grand Israël – qui ne semblent pas altérer la conscience des puissances occidentales – ne sortiraient pas indemnes de cette nouvelle conflagration.

 

En attaquant l’Iran au mépris du droit international, sous des prétextes fallacieux, les Amé ricains et les Israéliens «jouent à qui gagne perd». L’Iran est loin d’être le Venezuela, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Libye, et encore moins Gaza. Son unité et sa capacité de résister sont sans commune mesure. L’onde de choc sera autrement plus dévastatrice dans la région et dans le monde.

 

En attaquant l’Iran au mépris du droit international, sous des prétextes fallacieux, les Amé ricains et les Israéliens «jouent à qui gagne perd». L’Iran est loin d’être le Venezuela, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Libye et moins encore Gaza. Son unité et sa capacité de résister sont sans commune mesure. L’onde de choc sera autrement plus dévastatrice dans la région et dans le monde.

L’inflation reprend déjà de plus belle, le commerce mondial est largement impacté, les marchés financiers s’affolent, la croissance est en sursis. Et pour couronner le tout, l’économie mondiale affiche des signes de détresse. L’économie nationale n’échappera pas à ce désastre annoncé. Elle est même parmi les plus exposées au choc pétrolier, au regard de sa dépendance énergétique.

Dans l’immédiat, nous allons souffrir et nous soumettre à un régime spartiate. L’explosion de la facture pétrolière nous obligera à faire des choix douloureux, cornéliens, à sabrer dans l’importation de produits de première nécessité pour l’industrie comme pour la consommation des ménages. Avec pour effet une contraction de l’activité, déjà réduite à sa plus simple ex pression depuis plus d’une décennie.

Difficile de faire plus et mieux quand l’UE, notre principal partenaire économique et financier, se prépare à une lente agonie en raison de la facture pétrolière, de la montée du protectionnisme et de la perte de ses lucratifs marchés moyen-orientaux. Les autorités publiques seraient bien inspirées de répercuter la hausse des prix du carburant à la pompe. A croire que le poids exorbitant des dépenses de subventions qui plombent le budget de l’Etat n’y suffisait pas. Le réajustement des prix – ailleurs quasi mécanique – pour ne pas aggraver le déséquilibre des finances publiques est économiquement nécessaire et moralement justifiable. Ce n’est pas user de moyens détournés que de profiter de cette fenêtre de tir pour mettre un peu plus de rationalité dans la consommation d’énergie. Les gens comprendront, moyennant le déploiement d’une pédagogie de crise et d’enjeu au ton juste et sincère.

L’année du 70ème anniversaire de la proclamation de l’In dépendance nous mettra à rude épreuve. Il nous faut impérativement reprendre le combat qui nous a permis de nous libérer de la tutelle coloniale, nous armer de rigueur, de discipline, de convictions solides, de vision lointaine et de justice, et pas que sociale. Nous devons oser le futur sans hésitation, sans crainte, avec détermination et une capacité d’anticipation en cohérence avec notre intelligence collective. La préservation de notre cohésion et de notre souveraineté nationales est à ce prix. Ce coût serait-il des plus élevés qu’il est largement à notre portée, si tant est qu’on le désire. En 70 ans, le pays n’a pas réussi partout où il le pouvait.

 

Le réajustement des prix… est économiquement nécessaire et moralement justifiable. Ce n’est pas user de moyens détournés que de profiter de cette fenêtre de tir pour mettre un peu plus de rationalité dans la consommation d’énergie. Les gens comprendront, moyennant le déploiement d’une pédagogie de crise et d’enjeu au ton juste et sincère. 

 

Les 20 dernières années furent des plus difficiles et des plus douloureuses. Nos concurrents d’hier nous ont surclassés sans qu’ils soient mieux pourvus en moyens hu mains, physiques et financiers. Sans doute pour avoir choisi un mode de gouvernance, un modèle et une trajectoire de développement meilleurs et plus efficaces que ce ne fut le cas chez nous. Inutile d’invoquer les vicissitudes du temps, les rendez-vous manqués et l’exacerbation de la concurrence mondiale. Osons regarder droit devant nous.

Le fait est qu’aujourd’hui, le pays est mieux pourvu, mieux armé en capital humain et physique qu’il ne l’a jamais été. Il a à son actif une riche expérience industrielle et nous pouvons beaucoup apprendre de nos fautes et de certaines de nos dérives. Notre potentiel de développement n’a jamais été aussi grand. Que faire ? Transformer l’essai. On ne devrait même pas se poser la question tellement elle paraît inéluctable. A condition de renouer avec les fondamentaux qui ont consacré dans les faits notre indépendance nationale. Il faut retrouver l’élan des pionniers de la première heure, le courage, l’audace, la volonté de transformation politique, économique, sociale et sociétale qui furent les leurs.

La première décennie postindépendance a, à tous égards, changé la physionomie du pays, consacré la rup ture avec le passé. Et élevé la modernité au rang d’ultime emblème. Par moments, le taux d’investissement s’élevait à près de 40% du PIB. On ne saurait mieux exprimer, au lendemain de l’Indépendance, notre préférence du futur, au détriment du présent fait de sacrifice et d’abstinence.

Qu’est-ce à dire, sinon que pour sortir de la crise qui frappe à nos portes, il nous faut retrouver l’esprit du 20 mars 1956, sans perdre de vue les causes qui ont fait le lit de la domination coloniale. Le combat est le même, quoiqu’avec des armes rénovées, dans un contexte mondial à la fois plus difficile, plus complexe, mais qui n’offre pas moins de véritables issues salutaires. La croisade menée par le couple belliqueux Israël-USA contre l’Iran est dans le droit-fil du passé des empires coloniaux de l’Occident collectif. Si elle échoue, ce serait la dernière tentative et l’annonce de la fin de la domination du Nord collectif, et peut-être l’amorce de la montée du Sud global. Mais, quoi qu’il arrive, cette croisade au relent religieux, raciste et colonial, va modifier l’architecture du Moyen-Orient. Les pays du Golfe, aujourd’hui sous les bombes, auront beaucoup plus de mal à l’avenir pour faire de la sécurité et de la stabilité à long terme leur principal argument d’attractivité. Les commodités offertes, les complaisances financières, la sophistication de la logistique n’y suffiront pas.

 

La croisade menée par le couple belliqueux Israël-USA contre l’Iran est dans le droit-fil du passé des empires coloniaux de l’Occident collectif. Si elle échoue, ce serait la dernière tentative et l’annonce de la fin de la domination du Nord collectif, et peut-être l’amorce de la montée du Sud global.

 

Ils payent déjà le prix de leurs liaisons dangereuses en termes d’exode de sociétés étrangères, d’expatriés, de touristes et de compétences en tout genre au profit d’autres destinations prometteuses, plus sûres et tout aussi attractives. On aurait aimé que cette guerre ignoble n’ait pas eu lieu, qu’un éventuel redéploiement des chaines d’approvisionnement et de valeur ne soit pas évoqué, fût-ce par décence. Mais on ne change pas le cours des choses.

Nous ne serons pas les seuls à vouloir profiter de ce nouvel effet d’aubaine. Et il serait inadmissible de ne pas se positionner sur la ligne de départ parmi l’ensemble des prétendants. C’est moins une option qu’une nécessité pour ne pas subir les affres de la crise économique, sans réels moyens de défense. Nous allons payer un lourd tribut à cause de cette guerre. Nous risquons un arrêt de la croissance pour ne pas avoir cherché à nous positionner dans la nouvelle architecture en devenir des chaînes de valeur mondiales. Et à faire valoir les arguments qui nous ont valu par le passé les faveurs des investisseurs étrangers. Il est de bonne stratégie de mettre en avant notre proximité de l’Europe, tout en étant le point focal de l’Eurafrique. A quoi s’ajoutent la sécurité, la stabilité, un savoir-faire et une élite managériale ouverte sur les langues, sur le monde et sur les technologies émergentes. Qu’est-ce qui peut expliquer les hésitations, le peu d’empressement et d’engouement des investisseurs étrangers? Comment se fait-il qu’avec autant d’atouts le pays subisse une sorte de déclassement mondial ?

L’Administration tunisienne doit se poser ce genre de questions et entre prendre au plus vite une véritable révolution culturelle. Sa frilosité, son aversion pour le risque freinent, quand elles ne limitent pas, les transformations économiques, sociales et financières. Elle donne à penser qu’elle a pour principale vocation de contrôler, superviser, régenter et sanctionner, alors qu’on attend d’elle qu’elle stimule, incite, encourage les acteurs économiques et leur vienne en appui, tout en se projetant dans le monde qui arrive. Nous avons manqué d’audace et d’imagination quand il fallait agir au plus vite, voir grand et frapper fort. Les défaillances de notre infrastructure, l’absence de logistique digne des économies en émergence rapide, les balbutiements et l’ambiguïté d’un code de change que plus rien ne justifie, si ce n’est la persistance de tout un faisceau de malentendus.

 

La Tunisie 2026 est, d’une certaine manière, malade de sa bureaucratie administrative, de ses lois et législations qui inhibent toute velléité d’innovation et d’entrepreneuriat. Le sempiternel sentiment de méfiance à l’égard de l’appareil administratif ne l’incite pas à restaurer et à construire la confiance, principal carburant de la croissance. Sortir d’une crise globale n’a rien d’une sinécure. Mais l’espoir est permis si l’on prend pleinement conscience que chaque crise est porteuse de nouvelles opportunités.

 

La Tunisie 2026 est, d’une certaine manière, malade de sa bureaucratie administrative, de ses lois et législations qui inhibent toute velléité d’innovation et d’entrepreneuriat. Le sempiternel sentiment de méfiance à l’égard de l’appareil administratif ne l’incite pas à restaurer et à construire la confiance, principal carburant de la croissance. Sortir d’une crise globale n’a rien d’une sinécure. Mais l’espoir est permis si l’on prend pleinement conscience que chaque crise est porteuse de nouvelles opportunités. Nous avons raté par le passé plusieurs rendez-vous qui auraient pu accélérer notre émergence.

Nous avons perdu plus d’une fois nos illusions de faire de la Tunisie une place financière et un hub technologique dans le bassin méditerranéen, chaque fois que s’ouvrait pour nous une fenêtre d’opportunité. Nous n’avons plus le droit – ne serait-ce que par fidélité à nos martyrs et aux pionniers de l’Indépendance – de laisser passer sans doute l’ultime chance de rattraper le temps et le terrain perdus. Nous n’avons pas d’autre choix que de défier la cohorte des dragons qui lorgnent du côté du Moyen-Orient. S’il y a une place à prendre, il n’y a aucune raison qu’on en soit exclu. On ne s’en sortira pas autrement. Cela est aujourd’hui possible, quelle que soit la puissance du choc externe. La balle est dans le camp de l’Etat.

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Trump conspué en Iran et en Amérique

30. März 2026 um 16:27

Compte tenu du déclin de ses capacités cognitives, de ses maigres connaissances en matière de gouvernance politique et de stratégie militaire et des flagorneurs ignares qui gravitent autour de lui; il est peu probable que Donald Trump saisisse toute la gravité de la guerre qu’il a déclenchée et qui entre dans son deuxième mois.

En dépit de son caractère tragique, l’étendue des destructions, le nombre des victimes et les répercussions sur l’économie mondiale, le président américain Trump continue de gérer cette crise mondiale à la légère et par des mensonges qu’il débite quotidiennement au cours de très brèves rencontres avec la presse américaine.

Ses « buts » de la guerre changent aussi souvent qu’il change de chemises : élimination du programme nucléaire iranien et son industrie des missiles; renversement du régime et « libération » du peuple iranien. Pour les oublier tous et se concentrer sur un seul objectif : l’ouverture du détroit d’Ormuz.

La responsabilité de la « fermeture sélective » de cette voie d’eau vitale pour le transport de l’énergie et des fertilisants, incombe exclusivement à Trump et Netanyahu, les architectes diaboliques de cette grave crise mondiale.

Qui pourrait honnêtement jeter la pierre à l’Iran d’avoir décidé de se défendre par tous les moyens pour faire face à l’agression de deux puissances nucléaires contre ses élites gouvernantes, ses infrastructures, son peuple, son existence même en tant que pays?

Maintenant que l’objectif de la guerre américano-sioniste devient l’ouverture du détroit d’Ormuz, Trump ordonne à quelques milliers de soldats de débarquer en Iran. Tous les stratèges, y compris dans l’armée américaine, pensent que cette décision est insensée dans le sens où les soldats qui obéiraient aux ordres de Trump, seraient des cibles trop faciles pour l’artillerie iranienne.

Certains commentateurs vont plus loin et suggèrent l’idée terrifiante que Trump aurait la satanique idée de sacrifier à dessein les milliers de soldats américains. Et ce, afin que, si l’Iran les décime, il trouvera le prétexte d’utiliser la bombe nucléaire contre la République islamique…

Cette assertion est soutenue par la psychologie complexe du président américain dont le narcissisme, l’ego surdimensionné et la futile conviction qu’il est le roi de l’Amérique et l’empereur du monde, lui interdisent d’accepter une défaite dans la guerre insensée vers laquelle l’a poussé le chien enragé et génocidaire Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Alors qu’il était convaincu que les premiers bombardements allaient ouvrir la voie au peuple iranien pour renverser le gouvernement et se confondre en remerciements pour l’Amérique, Trump fut foudroyé par la réaction du peuple iranien qui, quotidiennement envahit les grandes villes pour exprimer son soutien à son gouvernement et crier à tue-tête : « Mort à l’Amérique, Mort à Israël ».

Mais les mauvaises surprises du président américain ne s’arrêtent pas là. Aux millions de manifestants iraniens, se sont joint des millions d’Américains samedi 28 mars « dans tous les Etats, toutes les villes et tous les comtés de l’Amérique », criant « No Kings in America » (pas de rois en Amérique), et conspuant Donald Trump pour le mal qu’il fait à son propre pays et au monde dans son ensemble.

Mais Trump n’est pas seulement face au désaveu du peuple qui l’a élu. Des responsables dans son administration se détachent du cercle des flagorneurs trumpistes, pour dire la vérité à leurs concitoyens.

Joe Kent, ancien directeur de la section antiterroriste de la NSA (National Secutity Agency) a remis sa démission qu’il a expliquée par le fait que « l’Iran ne posait aucune menace pour l’Amérique » et que « cette guerre a été décidée par Netanyahu qui a réussi à y engager Donald Trump. »

Un représentant au Congrès est allé plus loin : « Cela fait plus de quarante ans que Netanyahu cherche un président américain idiot pour lui faire sa guerre contre l’Iran. Il l’a finalement trouvé en la personne de Donald Trump. »

De son côté, l’ancienne responsable du service antiterroriste de l’armée américaine, dénonçant avec virulence le bombardement « prémédité » de l’école iranienne qui a causé la mort de 165 écolières, affirma dans un discours public : « Nous prétendons combattre le terrorisme, mais les terroristes, c’est nous. »

Une chose est sûre : Trump ne sera pas arrêté dans sa folie meurtrière par des discours ou des manifestations, mais par la destitution. Il le sera très probablement en novembre prochain quand les Républicains qui le soutiennent perdront les deux chambres. Mais d’ici là, comment sera le monde ?

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