Tunis a accueilli récemment la conférence internationale «Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : une coopération régionale pour une transition verte». Pendant deux jours, décideurs publics, experts, organisations d’appui aux entreprises (OSE) et entrepreneurs issus de huit pays de la région sud-méditerranéenne ont confronté leurs expériences et posé les bases d’une coopération régionale renforcée en faveur de l’économie verte et circulaire.
Les débats ont mis en évidence le rôle stratégique des OSE dans la transformation des modèles économiques. Pour Kmaira Ben Jannet, directrice générale du Citet, « les défis environnementaux et sociaux en Méditerranée du Sud imposent une rupture avec les modèles classiques. La transition vers l’économie circulaire représente une opportunité unique pour stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité territoriale ». Elle a souligné que le succès de cette transition repose sur le renforcement des capacités des OSE et leur mise en réseau à l’échelle régionale.
L’enjeu de l’emploi, en particulier pour les jeunes et les femmes, a occupé une place centrale dans les échanges. Pui Yee Chan, secrétaire principale chargée du secteur privé à l’ambassade des Pays-Bas à Tunis, a rappelé que « l’économie verte est avant tout un levier de création d’emplois, avec une priorité donnée à l’avenir des jeunes et des femmes», saluant l’approche opérationnelle du programme Green Forward, axée sur la formation et les ateliers pratiques.
Accompagner les entrepreneurs
Pour Christel Bultman, PDG de Spark, « face aux effets du changement climatique, il est vital de réduire l’impact environnemental de l’économie tout en créant les emplois de demain ». Elle a insisté sur le rôle des OSE comme interfaces essentielles entre entrepreneurs, investisseurs et décideurs publics, capables de transformer les besoins du terrain en plaidoyer politique. Elle a également souligné la position stratégique de la Tunisie, à la croisée de l’Afrique et de l’Europe, comme laboratoire de l’industrialisation verte.
Giorgio Mosangini, chef d’équipe entrepreneuriat durable et société civile chez MedWaves, a rappelé que « l’économie est un sous-système de l’environnement », soulignant que la réussite des entrepreneurs engagés dans l’économie circulaire dépend de la solidité de l’écosystème qui les entoure. Il a présenté le Manifeste méditerranéen de coopération comme un outil structurant, destiné à donner une identité formelle à un réseau régional engagé pour une transition juste, inclusive et durable.
Des retours d’expérience régionaux
La conférence a également été marquée par le partage d’expériences concrètes issues des pays participants, illustrant la diversité des approches et la richesse des écosystèmes d’appui à l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud et dans la région Mena.
À ce titre, Cedare (Égypte) a présenté une analyse des politiques de soutien au développement des entreprises durables dans les pays de la région Mena, mettant en évidence les leviers institutionnels favorables à l’émergence d’écosystèmes verts.
De son côté, Remess (Maroc) a montré comment les politiques publiques peuvent servir de catalyseurs pour institutionnaliser l’économie sociale et solidaire au service de l’entrepreneuriat durable.
Leaders International (Belgique) a proposé une analyse comparative des systèmes d’appui aux entreprises durables en Jordanie, en Palestine et en Tunisie, soulignant les convergences, les bonnes pratiques transférables et les marges d’amélioration.
En Palestine, le centre B-Hub a insisté sur l’importance stratégique du réseautage entre les organisations d’appui afin d’assurer la pérennité de l’entrepreneuriat durable dans un contexte contraint.
L’expérience tunisienne a été illustrée par RedStart, qui a démontré comment des partenariats stratégiques peuvent favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat vert intégrant pleinement la dimension du genre.
Pour sa part, Alfanar (Jordanie) a mis en lumière l’évolution de la philanthropie d’impact dans la région Mena et son rôle croissant dans le soutien aux structures d’accompagnement et aux entreprises à impact.
Enfin, Rama Impact (Liban) a identifié les défis et besoins spécifiques liés au financement des entreprises vertes et sociales, en particulier celles dirigées par des femmes, appelant à des mécanismes financiers mieux adaptés et plus inclusifs.
Résultats concrets
Les avancées opérationnelles du programme Green Forward ont été mises en lumière. Afef Ajengui, responsable régionale du programme chez Spark, a souligné la création d’un réseau de 42 OSE, dont 21 spécialisées dans l’économie verte. Elle a également mis en avant la création de la plateforme numérique, conçue comme un espace dédié au réseautage et au partage d’expériences à l’échelle régionale, ainsi que la mobilisation de plus de 1500 utilisateurs principalement des entrepreneurs et des organisations de soutien aux entreprises (BSOs) actives dans le secteur green.
De son côté, Marwa Ouni, coordinatrice locale Green Forward au Citet, a rappelé le rôle historique du Centre comme catalyseur du transfert d’écotechnologies, annonçant la sélection de 12 OSE tunisiennes issues de secteurs clés et le développement d’un livre blanc des meilleures pratiques, testé auprès de 30 PME.
L’engagement de l’État tunisien
Représentant le ministère de l’Environnement, Hamza Abderrazak a présenté la stratégie nationale «Feuille de Jasmin», fondée sur un changement de paradigme intégrant climat, biodiversité, gouvernance et production durables. Il a annoncé le déploiement imminent d’une ligne de crédit de 20 millions de dinars tunisiens via le Fonds de dépollution (Fodep), destinée à soutenir les projets relevant de l’économie verte, circulaire et bleue, ainsi qu’un programme de renforcement des compétences de 100 jeunes diplômés.
Afin de traduire les orientations stratégiques en actions tangibles, le ministère de l’Environnement a annoncé le déploiement, dès 2025, de deux leviers structurants.
Le premier est financier, avec la mise en place imminente d’une ligne de crédit de 20 millions de dinars tunisiens via le Fodep. Ce dispositif, géré en partenariat avec le ministère des Finances et les banques locales, proposera des prêts à taux préférentiels destinés aux jeunes promoteurs ainsi qu’aux entreprises en création ou en extension, opérant dans les secteurs de l’économie verte, circulaire et bleue. La signature et le lancement officiels de cette ligne sont attendus dans les prochains jours.
Le second levier concerne le renforcement des compétences, à travers un programme de formation ciblé visant à améliorer l’employabilité de 100 jeunes diplômés en recherche d’emploi. Les actions de formation porteront notamment sur des domaines clés tels que l’agriculture durable, les énergies renouvelables et la gestion des déchets, afin de doter les bénéficiaires de compétences directement mobilisables au service de la transition écologique.
Manifeste pour structurer la coopération régionale
Point d’orgue de la conférence, l’adoption du Manifeste méditerranéen de coopération qui engage désormais les acteurs régionaux autour de dix axes d’action, allant de l’innovation durable à la mobilisation financière, en passant par l’inclusion, le plaidoyer politique et le partage des connaissances.
Ce texte fondateur vise à faire de l’entrepreneuriat durable une norme économique en Méditerranée du Sud.
La conférence a été coorganisée par le Centre d’activités régionales pour la consommation et la production durables du PNUE/PAM (MedWaves) et le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (Citet) dans le cadre du programme de soutien aux entreprises durables, financé par le PNUE/PAM et le Gouvernement de la Catalogne et du programme de soutien aux organisations d’appui aux entreprisesGreen Forward, financé par l’Union européenne et implémenté au niveau méso par l’organisation non gouvernementale internationale Spark.
À travers cette conférence, le Citet, MedWaves et Spark ont réaffirmé leur volonté de fédérer durablement les acteurs régionaux, de renforcer les écosystèmes d’appui et d’accélérer la transition vers des économies plus vertes, inclusives et résilientes. Elle a également confirmé que Tunis s’impose ainsi comme un hub régional de réflexion et d’action au service de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud.
Le Manifeste méditerranéen a été adopté à l’issue de la conférence de Tunis. Fruit d’un travail collaboratif intense, ce texte engage désormais les acteurs régionaux autour de 10 points d’action concrets :
1- Innovation et valeur durable : adopter des méthodes innovantes (éco-conception, éco-innovation, économie circulaire) pour maximiser la valeur environnementale et sociale tout en minimisant les impacts négatifs. Cela inclut la promotion de relations de travail équitables et d’une gouvernance participative.
2- Expertise interne : développer continuellement les capacités et l’expertise des structures pour mieux accompagner les entrepreneurs vers la durabilité.
3- Inclusion et équité : garantir que la transition soit juste en offrant un soutien prioritaire aux femmes, aux jeunes et aux communautés marginalisées, afin que personne ne soit exclu de l’économie circulaire.
4- Transparence et impact : mettre en place des systèmes robustes de suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage pour mesurer et rapporter de manière transparente les impacts réels des initiatives.
5- Partage de connaissances : échanger librement les ressources et expériences et rendre ces apprentissages accessibles au public pour accélérer le progrès collectif en Méditerranée.
6- Action collective et réseautage : coordonner les activités et lancer des initiatives conjointes aux niveaux national et régional avec toutes les organisations partageant ces valeurs pour amplifier l’impact.
7- Accès au marché : stimuler d’une façon collaborative la demande pour les produits et services durables tout en sensibilisant les consommateurs pour remettre en question les pratiques non durables.
8- Mobilisation financière : engager les acteurs de la finance pour orienter les subventions, les prêts et les capitaux vers les entreprises circulaires.
9- Sensibilisation globale : diffuser largement les connaissances sur les modèles d’affaires durables pour en faire la nouvelle norme économique.
10- Plaidoyer politique : lutter collectivement pour des cadres réglementaires favorables, créant des conditions de concurrence équitables permettant aux entreprises vertes à prospérer et à sanctionner les pratiques polluantes.
Communiqué.
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