
«La créativité n’est pas un luxe culturel. Elle est un levier économique. L’artisanat n’est pas un héritage du passé, c’est une industrie d’avenir». C’est par cette affirmation forte que Lassaad Ben Hassine, représentant de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel en Tunisie (Onudi), a ouvert son discours lors de la cérémonie de clôture du projet «Creative Tunisia – Renforcement des chaînes de valeur de l’artisanat et du design en Tunisie». Aux côtés du ministre du Tourisme, de représentants diplomatiques, de dirigeants d’organisations internationales et des artisans, la cérémonie a mis en lumière sept années de travail au service d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Avant de dresser le bilan du projet, le ministre du Tourisme, Soufiane Tekaya, a rappelé le poids considérable de l’artisanat dans le tissu économique du pays. Le secteur regroupe aujourd’hui environ 300 000 artisans et artisanes, répartis sur l’ensemble des régions de la République. Il constitue un moteur de création d’emplois, en particulier au bénéfice des femmes, des jeunes et des diplômés de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Sur le plan des exportations, la dynamique est tout aussi encourageante: la valeur des exportations contrôlées du secteur a atteint près de 160 millions de dinars tunisiens en 2025, avec des perspectives prometteuses de développement sur les marchés internationaux. «L’artisanat est bien plus qu’une tradition, c’est l’un des piliers de l’économie nationale et un soutien fondamental au tourisme et à l’identité culturelle tunisienne», souligne le ministre du Tourisme.
Un projet au service de l’artisanat
Lancé en 2019 et mis en œuvre jusqu’en 2026 par l’Onudi en partenariat avec l’Office national de l’artisanat tunisien, avec l’appui de l’Union européenne et de la coopération italienne, Creative Tunisia s’est imposé comme un programme de référence. Son ambition: structurer et moderniser les chaînes de valeur artisanales à travers tout le territoire, de l’accès aux matières premières jusqu’à la commercialisation sur les marchés intérieur et extérieur.
Selon Lassaad Ben Hassine, six clusters artisanaux à fort potentiel ont été constitués. Chaque cluster a bénéficié d’un accompagnement technique, d’une structuration d’entreprise et d’un accès facilité aux marchés. Le ministre du Tourisme a détaillé les principales réalisations du projet. Parmi les résultats les plus marquants, il a cité le soutien à la création et au développement de 17 regroupements artisanaux, renforçant le travail collaboratif et la compétitivité des acteurs locaux. Plus de 2 000 artisans ont bénéficié de programmes de formation et d’encadrement technique, à travers la réalisation de 400 sessions de formation. Le projet a également accompagné 50 entreprises artisanales dans le développement de leurs capacités matérielles et techniques.


Autre réalisation emblématique: la création de 7 centres de design régionaux, conçus comme des espaces de rencontre entre artisans, designers, experts, étudiants et universitaires. Ces hubs visent à développer les compétences, suivre les tendances contemporaines et renforcer la compétitivité des produits sur les marchés d’exportation. L’évaluation finale du projet est sans ambiguïté. «Ce projet est pertinent, efficace, efficient et durable», a déclaré Ben Hassine de son côté, ajoutant que plusieurs indicateurs ont dépassé les cibles initiales, notamment ceux liés aux chaînes de valeur, à l’accès au marché et à la dimension créative.
Une approche qui mise sur tout l’écosystème
Ce qui distingue Creative Tunisia, selon le représentant de l’Onudi, c’est son approche intégrée. «Il ne s’agit pas d’appuyer les artisans de manière isolée, mais de renforcer tout l’écosystème autour d’eux», a-t-il expliqué. Le projet a ainsi travaillé sur l’ensemble de la chaîne de valeur: matières premières, techniques de production, intégration du design, renforcement des compétences, structuration des entreprises, mise en réseau des acteurs et accès au marché.


L’inclusion sociale a également été au cœur du dispositif. Lassaad Ben Hassine a souligné que dans un secteur où les femmes représentent environ 80% des acteurs, le projet a veillé à y intégrer aussi les jeunes, les designers, les entrepreneurs créatifs, les étudiants et les associations des régions.
Le ministre a plaidé pour une intensification des efforts dans les domaines du développement des compétences, de l’accompagnement, de la mise à niveau des entreprises et de leur financement, mais aussi pour le renforcement de l’innovation, de la recherche scientifique et de la numérisation du secteur. Il a également appelé à la mise en place d’un système intégré de qualité, permettant aux produits artisanaux de répondre aux normes nationales et internationales.
Ben Hassine a, quant à lui, insisté sur la nécessité de pérenniser les acquis du projet. «Les acquis doivent maintenant être consolidés et portés à une plus grande échelle», a-t-il déclaré, avant de poser la question qui résume l’enjeu du moment: «Sommes-nous prêts à passer de l’expérimentation à la transformation à grande échelle?».


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