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Khouloud Toumi : « l’investissement sacrifié sur l’autel du financement de l’État »

26. August 2026 um 14:14

La circulation fiduciaire en Tunisie a dépassé 30 milliards de dinars, au 26 août 2026. Pour l’analyste économique Khouloud Toumi, cette progression traduit un basculement structurel de la liquidité hors du système bancaire, avec des répercussions directes sur l’investissement.

Selon les chiffres cités par Khouloud Toumi dans une publication sur Facebook, la monnaie fiduciaire en circulation s’élevait à 25,9 milliards de dinars un an plus tôt, le niveau étant déjà passé de 22,59 milliards de dinars fin 2024 à 26,88 milliards de dinars fin 2025. L’analyste insiste sur le fait que le rythme de cette hausse importe davantage que son niveau : la croissance annuelle de la circulation fiduciaire est passée de 8,4 % à 19 % entre 2024 et 2025.

Khouloud Toumi précise que cette dynamique ne résulte pas d’un facteur unique. L’expansion de l’économie parallèle, la hausse des prix et la faiblesse de la confiance envers le système bancaire jouent un rôle depuis plusieurs années. Le net changement de rythme observé récemment est en revanche attribué par l’analyste à la réforme de la loi sur les chèques, décrite comme un facteur ayant amplifié une tendance préexistante plutôt que créé.

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Le chèque, rappelle l’universitaire, servait en Tunisie d’instrument de crédit commercial et de paiement différé pour les entreprises et les commerçants. Ce mécanisme a rapidement reculé avec le durcissement de son usage, sans que le besoin économique qu’il couvrait ne disparaisse pour autant. Une partie des transactions s’est reportée vers les paiements électroniques, une autre vers le cash.

Pour Khouloud Toumi, cette évolution s’accompagne d’un recul de l’intermédiation bancaire. Une part plus importante de la liquidité échappe désormais au circuit qui transforme l’épargne en dépôts, les dépôts en crédit, et le crédit en investissement et en production.

Le recours accru de l’État aux ressources internes vient s’ajouter à ce constat, souligne l’analyste. Les placements des banques en bons du Trésor sont passés de 19,3 milliards de dinars en 2023 à 33,2 milliards de dinars en 2025, soit une hausse de 72 % en deux ans, et la part du secteur public dans les actifs bancaires a atteint 27,6 %. Ce mouvement traduit, selon l’économiste, un effet d’éviction : les banques disposent de moins de marge pour financer les entreprises au moment même où l’État sollicite davantage leurs ressources.

Les données qu’elle cite montrent que les crédits à moyen et long terme, liés au financement de l’investissement, n’ont progressé que de 0,19 % en 2025, contre 5,83 % pour les crédits à court terme destinés à la gestion courante des entreprises.

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Khouloud Toumi observe par ailleurs que les transactions par chèques ont reculé de 24,9 % en nombre et de 28 % en valeur au premier trimestre 2026, tandis que le paiement mobile, lui, a bondi de 81 % en 2025. Ce dernier chiffre est toutefois relativisé par l’analyste, la base de départ du paiement numérique restant limitée face à une masse monétaire fiduciaire dépassant 30 milliards de dinars.

Elle avance trois pistes pour atténuer l’envolée de la monnaie fiduciaire. La première consiste à développer des alternatives au crédit commercial, tels que la lettre de change, l’affacturage et le financement de la chaîne d’approvisionnement, assorties de mécanismes de garantie pour les petites et moyennes entreprises. La deuxième vise à fixer un horizon progressif et annoncé pour le recours de l’État aux ressources internes, afin de préserver une marge bancaire dédiée à l’investissement. La troisième porte sur le paiement numérique, que l’analyste souhaite voir rendu moins coûteux et plus accessible que le cash dans le commerce quotidien, notamment par l’élargissement du réseau de terminaux de paiement et la baisse des commissions pour les petits commerçants.

À l’approche de la loi de finances 2027, Khouloud Toumi estime que la monnaie fiduciaire, la liquidité bancaire, les ressources de l’État, l’investissement et le système de paiement ne peuvent plus être traités séparément. Elle avertit que la poursuite de cette trajectoire sans correction accentuerait la fuite de liquidité hors intermédiation, la pression sur les ressources bancaires et l’éviction du financement privé, tout en creusant l’écart entre l’économie monétaire et l’économie réelle.

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Tunisie | La pénurie d’eau embouteillée en partie provoquée par la loi sur les chèques

26. August 2026 um 11:29

On n’a pas cessé de mesurer l’ampleur des dégâts provoqués dans l’économie tunisienne par la nouvelle loi (populiste) sur les chèques, promulguée en 2025. Selon Azzam Soualmia, dirigeant d’une entreprise spécialisée dans la gestion d’entrepôts, à la suite de cette loi, le recours aux chèques dans les transactions commerciales a chuté, passant de plus de 43 % en 2023-2024 à seulement 12 % en 2025. Et cette évolution est l’un des principaux facteurs ayant contribué à la baisse des stocks d’eau embouteillée et à l’émergence de la crise d’approvisionnement actuelle.

Dans une déclaration à Diwan FM, M. Soualmia a indiqué que la consommation d’eau embouteillée avait augmenté, au cours de cet été, d’environ 10 % par rapport à la moyenne habituelle. Bien que cette hausse soit en partie due à la hausse des températures, il estime que l’augmentation de la demande n’explique pas à elle seule la crise actuelle ; celle-ci est principalement liée, selon lui, à la réduction des stocks résultant de l’évolution des modalités de financement des transactions, ainsi qu’à la crainte de poursuites judiciaires pour spéculation illicite.

Durant l’hiver et le printemps, les grossistes avaient coutume de constituer des stocks de sécurité d’eau et de boissons gazeuses en profitant de la baisse des prix hors saison ; cela leur permettait de répondre aux besoins du marché en été — période de forte demande — tout en réalisant une meilleure marge bénéficiaire, a expliqué M. Soualmia, estimant que ce système reposait largement sur l’utilisation de chèques à échéance différée : les usines acceptaient des chèques de garantie lors de la constitution des stocks durant les mois d’hiver et de printemps, ces chèques n’étant encaissés qu’ultérieurement, une fois les produits mis sur le marché au moment du pic de la demande.

Selon M. Soualmia, la modification de ce mécanisme suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les chèques a affecté la capacité des commerçants à constituer des stocks anticipés.

Cette situation s’ajoute à une autre préoccupation : la crainte que le stockage de grandes quantités de marchandises en période de forte production ne soit assimilé à une pratique monopolistique, exposant ainsi les opérateurs à des poursuites judiciaires.

M. Soualmia souligne par ailleurs que les détaillants contribuaient autrefois à pallier les pénuries survenant après l’épuisement des stocks des usines, assurant ainsi la continuité de l’approvisionnement ; toutefois, la réduction des stocks à tous les niveaux de la chaîne de distribution a rendu le marché plus vulnérable aux hausses saisonnières de la demande.

Les chiffres communiqués par M. Soualmia à Diwan FM illustrent l’ampleur de l’évolution des transactions commerciales : la part des chèques est passée de 43 % en 2023 à 43,5 % en 2024.

En 2025, le paysage a radicalement changé : les virements bancaires sont arrivés en tête avec 44 % des transactions, suivis des effets de commerce (24 %) et des paiements en espèces (19 %), tandis que la part des chèques a chuté à seulement 12 % du total.

Selon lui, cette mutation a pratiquement mis fin au rôle que jouaient les chèques dans le financement d’une part importante des transactions commerciales et de la constitution des stocks ; il souligne qu’ils avaient dominé les moyens de paiement depuis 2020 — à l’exception de l’année 2022 — avant de se retrouver en dernière position en 2025.

Pour M. Soualmia, la hausse de la demande estivale ne constitue qu’une partie de l’explication de la pénurie actuelle d’eau embouteillée ; selon lui, la crise actuelle révèle un problème plus profond lié au système de stockage, de distribution et de financement des stocks. C’est l’insuffisance des stocks constitués durant l’hiver et le printemps qui, selon lui, a réduit la capacité du marché à répondre à la forte demande de l’été.

M. Soualmia ne limite pas ce problème au secteur de l’eau et des boissons gazeuses ; il considère que l’évolution des mécanismes de financement et la crainte de constituer des stocks importants pourraient avoir des répercussions sur d’autres secteurs tributaires du stockage anticipé pour garantir la stabilité de l’approvisionnement en période de forte demande.

I. B.

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