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Voisins en accélération, concurrents en montée de gamme : le modèle tunisien à réinventer !

03. Oktober 2026 um 12:54

La croissance tunisienne peine à changer de rythme. Face à des voisins qui accélèrent et à des concurrents qui montent en gamme, l’enjeu n’est plus seulement d’investir, mais de créer davantage de valeur.

Pourquoi la Tunisie reste-t-elle enfermée dans une croissance autour de 2 % alors que plusieurs économies de la région avancent à un rythme plus soutenu ? Pour l’économiste Anis Wahabi, la réponse se trouve moins dans l’absence de secteurs porteurs que dans un modèle économique qui doit désormais évoluer. Dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin, il met en avant une question simple, mais déterminante : que produit réellement un dinar d’investissement en Tunisie ? Autrement dit, au-delà du montant investi, c’est la capacité de l’économie à transformer cet investissement en production, en valeur ajoutée et en nouvelles activités qui doit être interrogée.

Ne plus miser uniquement sur le coût

La Tunisie dispose encore d’atouts importants. Mais dans plusieurs activités, son avantage repose principalement sur le coût de production. Le textile et le câblage en sont des illustrations. Or, cette position devient plus difficile à défendre à mesure que d’autres pays proposent à leur tour des coûts compétitifs tout en développant des activités à plus forte valeur ajoutée.

Pour M. Wahabi, le véritable enjeu est donc de sortir progressivement de cette logique. La Tunisie ne peut pas se contenter de produire pour d’autres. Elle doit davantage transformer, concevoir, développer et valoriser ses produits et ses services. Cette montée en gamme peut concerner aussi bien l’industrie que les services. Dans le tourisme, par exemple, l’objectif ne devrait pas être uniquement d’augmenter le nombre de visiteurs. L’économiste invite plutôt à regarder la valeur générée par chaque touriste. Un même service peut ainsi être vendu à des niveaux de prix très différents selon la qualité, le positionnement et la valeur qui lui est associée.

Le raisonnement vaut également pour l’huile d’olive ou l’artisanat. Exporter un produit brut ne procure pas la même valeur que le transformer, le conditionner et construire autour de lui une véritable offre commerciale. Derrière ces exemples se trouve une même exigence : faire davantage avec ce que la Tunisie produit déjà.

Cette transformation passe, selon Anis Wahabi, par le développement des activités à forte valeur ajoutée, notamment celles qui mobilisent davantage de recherche et de développement. La question posée aux investisseurs est alors différente : plutôt que de rechercher uniquement un coût de production compétitif, la Tunisie doit pouvoir accueillir des projets apportant davantage de technologie, de compétences et de valeur.

Cela suppose aussi de mieux connecter l’université à l’industrie. Les entreprises ont besoin de compétences capables d’accompagner cette transformation, tandis que la recherche doit pouvoir trouver davantage de débouchés dans le tissu productif.

Le changement de modèle ne relève donc pas d’un simple repositionnement sectoriel. Il touche aussi à la capacité du pays à faire émerger un environnement favorable à l’investissement et à l’innovation.

Les voisins ont déjà engagé le mouvement

C’est ici que la comparaison régionale prend tout son sens. Le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et la Jordanie ont, à des degrés différents, travaillé sur l’attraction de l’investissement et la construction d’écosystèmes autour de projets industriels et de services.

L’économiste cite notamment l’expérience égyptienne, qui a misé sur l’attraction d’investissements et la réalisation de projets structurants. L’idée dépasse la seule implantation d’une entreprise : il s’agit de créer autour d’elle les conditions nécessaires à son développement. Zones industrielles, zones logistiques, infrastructures portuaires et aéroportuaires : ces équipements participent à la construction d’un écosystème capable d’accompagner les investisseurs et de donner davantage de cohérence aux projets. La Tunisie dispose, elle aussi, de structures publiques dédiées à l’investissement. Mais pour Anis Wahabi, la question reste celle de la capacité à faire émerger suffisamment de projets structurants et à reproduire cette logique d’écosystème.

De l’investissement à la transformation

Au fond, le problème de la croissance tunisienne ne se résume pas à une question de volume. Il s’agit de savoir où investir, dans quelles activités et pour quelle valeur créée. Tant que l’économie restera fortement dépendante d’activités où la compétitivité repose principalement sur les coûts, sa capacité à changer d’échelle restera limitée. À l’inverse, la montée en gamme, la recherche, l’innovation, la transformation des produits et le développement de services à plus forte valeur ajoutée peuvent ouvrir de nouveaux relais. C’est là que se situe, selon l’analyse d’Anis Wahabi, le véritable défi tunisien : ne plus chercher seulement à attirer l’investissement, mais attirer et développer l’investissement qui transforme l’économie.

Face à des voisins qui accélèrent et à des concurrents qui ne se contentent plus de produire moins cher, le statu quo devient de moins en moins tenable. Pour retrouver un rythme de croissance plus élevé, la Tunisie devra surtout réussir à produire davantage de valeur à partir de ses propres atouts.

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Moteur bloqué à 2 %, quotidien paralysé : ce qui freine la croissance tunisienne

01. Oktober 2026 um 16:29

Investissement en berne, capital humain sous-exploité, secteurs d’activité en perte de vitesse, financement frileux… Dans une déclaration à L’Économiste maghrébin, Ghazi Boulila, expert économiste, décortique les verrous qui enferment la croissance tunisienne autour de 2 % et plaide pour un changement de modèle.

Ghazi Boulila estime que tout débat sur la performance économique du pays gagne à commencer par une clarification : croissance et développement ne sont pas synonymes. La première mesure la variation de la richesse produite, à travers l’évolution du PIB. Le second suppose que cette richesse se traduise par une amélioration visible et qualitative de la vie des citoyens. Or la Tunisie échoue sur les deux tableaux, estime l’expert, car une croissance trop faible ne peut produire de développement tangible.

L’économiste appuie son diagnostic sur le revenu par habitant, qui ramène la richesse nationale à chaque citoyen. Celui-ci ne progresse que d’environ un point par an, un rythme insuffisant pour un pays en développement censé rattraper des économies plus avancées. Pour amorcer une véritable convergence, la croissance devrait être sensiblement plus soutenue, de l’ordre de 4 points, afin que le niveau de vie du Tunisien s’améliore sensiblement.

Les projections de la Banque mondiale vont dans le même sens. Dans son dernier Tunisia Economic Monitor, publié le 22 septembre 2026, l’institution de Bretton Woods relève une croissance de 2,7 % en 2025, puis de 2,4 % en glissement annuel au premier semestre 2026. Elle table sur 2,3 % pour l’ensemble de l’année, avant une moyenne de 2,1 % sur 2027-2028.

Investissement : un moteur qui cale

Premier facteur de blocage : l’investissement, que Ghazi Boulila compare au moteur d’une voiture. Son taux est tombé à seulement 15,4 % du PIB en 2025, un niveau particulièrement faible au regard des besoins de l’économie tunisienne. Selon l’économiste, il faudrait viser entre 25 % et 30 % du PIB pour retrouver une dynamique de croissance plus soutenue. Le privé recule, le public aussi : entre un déficit budgétaire élevé et un service de la dette de plus en plus lourd, l’État dispose de moins en moins de marges pour financer les infrastructures dont le pays a besoin. La Banque mondiale pointe d’ailleurs les mêmes déséquilibres des finances publiques, ainsi que la vulnérabilité de l’économie à la hausse des prix des importations et de l’énergie. Ce recul public pèse sur le privé, insiste l’expert, puisqu’un grand chantier d’infrastructure entraîne dans son sillage entreprises, fournisseurs et emplois. Plutôt que de réclamer toujours plus d’investissements privés, il invite à chercher pourquoi celui-ci fait défaut. La faute incombe en partie aux textes, à la lourdeur administrative et à un secteur informel qui fausse la concurrence.

Sur ce terrain, l’approche tunisienne lui paraît trop classique : s’en remettre presque uniquement au budget de l’État et à la dette limite mécaniquement les ambitions. Ghazi Boulila plaide pour des sources innovantes, à commencer par le partenariat public-privé, dans lequel un opérateur privé construit et exploite l’infrastructure pendant vingt ou trente ans avant de la restituer à la collectivité. L’Allemagne et plusieurs pays européens y ont recouru. La Tunisie y gagnerait, puisque l’ouvrage se bâtit sans alourdir la dette et revient ensuite à l’État. Il évoque aussi un financement de proximité, auquel les citoyens d’une région contribueraient, avec le concours des banques, pour un projet qui les concerne directement.

Mais ce schéma se heurte à plusieurs obstacles. Le code des marchés publics impose des délais excessivement longs et des procédures complexes, et les textes changent à un rythme qui décourage les investisseurs. Quant aux banques, elles préfèrent placer leurs liquidités en bons du Trésor plutôt que de financer l’économie réelle, par aversion au risque. Plutôt que de les blâmer, l’expert recommande de comprendre ce qui les freine et de lever leurs craintes.

Le capital humain constitue, à ses yeux, le second moteur de la croissance. La Tunisie forme des ingénieurs, mais le système éducatif les prépare insuffisamment à l’initiative, à la création et à l’innovation. Faute de laboratoires de recherche, les diplômés les plus brillants partent exercer ailleurs. Il déplore aussi une culture qui valorise le diplômé en attente d’un recrutement public plutôt que celui qui crée de la valeur. À cela s’ajoute le capital social, c’est-à-dire la confiance et la qualité des relations dans les entreprises, les administrations et les familles. Un climat de travail apaisé fait grimper la productivité, et des pays comme l’Inde y travaillent de façon délibérée. En Tunisie, le sujet reste largement ignoré.

Textile, tourisme, agriculture : l’avance perdue

Ces secteurs illustrent cette perte d’élan. Dans les années 1970 et 1980, rappelle l’économiste, la Tunisie devançait le Maroc dans le textile et la confection. La concurrence chinoise est ensuite arrivée, et les industriels européens se sont tournés vers le Vietnam, le Bangladesh ou l’Afrique. Pendant ce temps, la Corée du Sud bâtissait des filières d’électronique et de haute technologie, quand la Tunisie restait cantonnée à des activités à faible valeur ajoutée. Pour en sortir, il préconise de monter en gamme vers le luxe, en s’appuyant sur un savoir-faire et un goût proches des standards italiens et français.

Le tourisme souffre du même mal : massif, souvent bradé, il offre un service médiocre. La Tunisie devrait miser sur la qualité, qu’il s’agisse de propreté, d’accueil ou de service, plutôt que sur le volume.

L’agriculture reste, d’après lui, l’occasion la plus manquée. Le pays dispose de richesses exceptionnelles, de l’huile d’olive aux agrumes, mais les exporte souvent à l’état brut. Les Pays-Bas, eux, ont bâti une réputation mondiale sur le fromage et le lait sans disposer de ressources supérieures. Ghazi Boulila imagine une industrie de transformation qui ferait de l’olive des sauces, des pâtes à tartiner ou des produits cosmétiques… , ainsi qu’un institut de recherche dédié à l’olivier, installé dans une région intérieure, où il créerait de l’activité et irriguerait le tissu économique local.

Des idées en abondance, des projets en panne

Reste le principal défi : les idées existent, mais elles ne deviennent pas des projets. Dans l’esprit de nombreux porteurs de projet, entreprendre revient encore à ouvrir une cafétéria ou un snack. L’enjeu est d’autant plus pressant que la Banque mondiale désigne le stress hydrique comme un facteur désormais décisif pour la croissance, l’emploi et la productivité.

Face à des voisins qui avancent, avec plus de 4 % pour le Maroc et l’Algérie et autour de 5 % pour l’Égypte, Ghazi Boulila appelle à une vision claire, partagée entre ministères et opérateurs économiques, et surtout à des projets concrets, réalisés plutôt qu’annoncés. L’État ne pourra pas tout financer seul, conclut-il à L’Économiste Maghrébin : il lui faut ouvrir la porte au privé, lever les freins administratifs et miser sur l’intelligence collective.

 

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Tunisie. Pourquoi la Banque mondiale prédit-elle un ralentissement de la croissance ?

23. September 2026 um 12:31
Après le rebond enregistré en 2025, l’économie tunisienne semble déjà entrer dans une nouvelle phase de ralentissement, selon l’institution financière de Washington. Dans son dernier Bulletin de conjoncture économique consacré à la Tunisie, publié le 22 septembre, la Banque mondiale…

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