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Situation paradoxale dans l’enseignement : les résultats s’améliorent, mais le niveau général reste bas

Von: tmps
23. Juli 2026 um 09:20

Les très bonnes notes sont de plus en plus banalisées dans nos écoles. Les résultats positifs observés chaque année chez nos élèves du primaire et du secondaire reflètent-ils vraiment leur valeur réelle ? Nos élèves sont-ils devenus des génies ? Les enseignants font-ils preuve de largesse en attribuant de bonnes notes ? Y a-t-il un dysfonctionnement au niveau de l’évaluation des élèves ? Sans doute d’autres causes sont-ils à l’origine du malaise éducatif en Tunisie.

Cependant, tout le monde parle du niveau scolaire qui baisse d’une année à l’autre. Pourtant, les chiffres officiels disent que les résultats ne cessent de s’améliorer chez nos élèves, à en juger par les chiffres fournis chaque fin d’année scolaire par le ministère de l’Education. Des élèves qui passent aux niveaux supérieurs avec 18/20 et 19/20 de moyenne et des candidats au bac qui obtiennent des moyennes hors normes. Alors que jadis, il fallait suer sang et eau pour atteindre l’excellence ou même l’optimum. La situation semble tenir du paradoxe. D’une énigme même ! Aussi faut-il chercher les paramètres nécessaires pour expliquer ce phénomène, l’élucider. 

Des résultats scolaires pas toujours fiables 

Les données officielles du ministère de l’Éducation tunisien pour l’année scolaire 2024-2025 montrent des statistiques précises sur les taux de réussite aux différents niveaux scolaires (primaire, collège, lycée). Le taux global de réussite varie selon les cycles scolaires, avec une amélioration progressive observée dans plusieurs régions du pays. Au niveau primaire, on parle, selon les dernières statistiques, de 93,5% de réussite. Au collège (enseignement de base) on compte 79,2% et au niveau de l’enseignement secondaire, on recense 78,8% de réussite. Quant à l’enseignement privé (collèges et lycées réunis), il s’agit de 79,2% de réussite. Ces chiffres nous montrent que le nombre des élèves qui passent à la classe supérieure est en croissance constante, tous cycles confondus. Sans parler des élèves du primaire où les bonnes notes se donnent à la pelle. Or, ces bons résultats ne reflètent pas toujours un bon niveau de nos élèves. 

A quoi est due cette boulimie de bonnes notes ?             

Sur ce point, les idées divergent : il y a ceux qui pensent que les élèves d’aujourd’hui ne sont pas plus bêtes que ceux d’antan et qu’il suffit de voir les taux élevés de réussite enregistrés chaque année dans nos écoles pour conclure que le niveau de nos élèves est dans l’ensemble satisfaisant. Toujours est-il que le système éducatif actuel, avec toutes ses insuffisances et ses faiblesses, est à l’origine de cette boulimie de bons résultats scolaires et cette envie des parents de voir leurs enfants exceller dans leurs études. Conséquence : le niveau réel de l’élève se mesure ainsi à l’aune du seul score réalisé à l’examen. Mais, il faut signaler que d’autres facteurs sont entrés en jeu dans les vingt dernières années. D’abord, la banalisation des 20/20 obtenus aisément par les élèves dans toutes les matières, ensuite le système d’évaluation des enseignants devenus de plus en plus indulgents, généreux, voire complaisants. Ajoutons à cela, le recours de la part de certains élèves à des procédés illicites, notamment la fraude lors des examens, une pratique qui se développe grâce aux technologies modernes, le téléphone portable par exemple. Outre le rachat accordé souvent automatiquement ou arbitrairement aux élèves ayant obtenu 9/20 de moyenne annuelle pour leur permettre d’accéder à la classe supérieure. Enfin et surtout, le recours aux cours particuliers, devenus presqu’une condition sine qua non à tout succès scolaire. Sans compter le gonflement des notes octroyées aux élèves des établissements privés où le taux de réussite a toujours été élevé. A l’école publique comme à l’école privée, les notes sont souvent supérieures aux efforts fournis par les apprenants, ce qui contribue sans doute à la baisse du niveau de nos élèves. Avec tous ces inconvénients dont souffre notre système éducatif, on se targue encore aujourd’hui, au niveau des autorités de tutelle, de dire que notre éducation est en bonne santé.

Un système d’évaluation à réviser 

Pourtant, ni les conditions de travail dans nos écoles ni l’infrastructure précaire et dégradante dont souffre la majorité des établissements scolaires, ne favorisent ces succès scolaires qu’on enregistre chaque année. Aussi peut-on remarquer pendant plus d’une décennie, et surtout depuis la Révolution, une sorte de laisser-aller dans nos établissements scolaires où se multiplient actes de violence entre élèves et contre le corps enseignant ou membres de l’administration, menant à un état chaotique dans pas mal d’établissements scolaires. La conjoncture politique, économique et sociale y était certainement pour quelque chose. Ici, on agresse un(e) enseignant(e), là, on violente un directeur de collège ou de lycée, là encore, des énergumènes font irruption dans l’enceinte de l’école, à mains armées, semant la terreur parmi les élèves et les enseignants ! Une situation on ne peut plus délicate, fâcheuse et embarrassante pour la bonne marche des études et le bon fonctionnement des établissements scolaires, ce qui déteint négativement sur le bon déroulement de la scolarité des élèves et sur leurs résultats. 

Et dire qu’aucune mesure efficace n’a été prise par les autorités compétentes depuis l’organisation de la consultation nationale sur l’éducation en Tunisie (dont les résultats sont restés lettre morte) pour mettre fin à ce chaos sévissant dans la majorité de nos écoles, dans toutes les régions du pays. Dans de telles circonstances et à ce rythme, on va certainement y laisser des plumes. La situation va empirer encore, même si on continue d’octroyer des 20/20 aux copies des élèves et qu’on se retrouve en fin d’année scolaire avec des scores très élevés. Ce n’est là que la partie submergée de l’iceberg : notre système éducatif est en péril, il faut le sauver ! Une Révolution a eu bien lieu dans le pays, cela doit absolument influer sur l’école, l’éducation et la formation des hommes de demain. Des voix s’élèvent partout (parents, enseignants, pédagogues, syndicats…) pour exiger de nouvelles réformes scolaires qui prennent en considération l’équilibre entre formation et résultat, pour redorer l’image du système éducatif tunisien et remettre en valeur le diplôme obtenu par nos élèves.

Hechmi KHALLADI

 

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Plan de développement 2026-2030 : souveraineté économique, restructuration de la dette et défis de la mise en œuvre

Von: tmps
23. Juli 2026 um 08:27

Par Mondher AFI

 Dans les économies en transition, la planification constitue un instrument essentiel de gouvernance. Elle permet de fixer les priorités nationales, de coordonner l’action des institutions et d’orienter les ressources vers les objectifs de développement. Toutefois, la portée d’un plan de développement dépend de plusieurs facteurs : la disponibilité des financements, la capacité administrative, la qualité de la gouvernance et l’efficacité des mécanismes de suivi et d’évaluation.

Le Président de la République, Kaïs Saïed, a réuni, le 20 juillet au palais de Carthage, la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, ainsi que le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhair Nouri.

Cette réunion a été consacrée à l’examen de la loi récemment promulguée portant approbation du Plan de développement 2026-2030, appelé à constituer le principal cadre stratégique de l’action publique au cours des cinq prochaines années. Les échanges ont porté sur les conditions de mise en œuvre du plan ainsi que sur les principaux défis économiques et financiers qui l’accompagnent.

La question de la dette publique a constitué l’un des principaux thèmes abordés lors de la réunion présidée par le président de la République, Kaïs Saïed. Les échanges ont porté sur l’évolution de l’endettement au cours des dernières décennies ainsi que sur son impact dans le financement des politiques publiques et du développement économique.

Selon les éléments présentés au cours de la réunion, une partie des emprunts contractés n’aurait pas produit les effets économiques et sociaux escomptés. Cette lecture distingue le volume des ressources mobilisées des résultats effectivement obtenus en matière d’investissement, d’amélioration des infrastructures ou de développement des services publics. Elle renvoie plus largement à la question de l’efficacité de l’utilisation de l’endettement comme instrument de financement de l’action publique.

Dans le même temps, il a été rappelé que la Tunisie a continué à honorer ses engagements financiers en assurant le remboursement des échéances prévues. Cette précision met en évidence deux dimensions distinctes de la politique d’endettement : d’une part, le respect des obligations contractuelles de l’État vis-à-vis de ses créanciers, d’autre part, l’évaluation de la contribution réelle des emprunts aux objectifs de développement.

Les discussions ont également porté sur l’hypothèse d’une réorientation d’une partie de la dette vers des investissements consacrés à la réhabilitation des infrastructures publiques. Cette orientation s’inscrit dans une réflexion portant sur les modalités de financement du développement et sur les instruments susceptibles d’accroître la capacité d’investissement de l’État tout en limitant les contraintes liées au poids de la dette.

Sur le plan économique, une telle démarche implique toutefois plusieurs conditions. Elle suppose l’existence de mécanismes financiers adaptés, un cadre juridique compatible avec les engagements en vigueur ainsi que, selon les situations, des négociations avec les partenaires et les créanciers concernés. Sa faisabilité dépend également des marges budgétaires disponibles, des conditions des marchés financiers et des dispositifs institutionnels permettant d’assurer le suivi des investissements financés.

Au-delà de l’orientation annoncée, la mise en œuvre d’un tel mécanisme soulève des questions relatives à la sélection des projets prioritaires, à l’évaluation de leur rentabilité économique et sociale, aux modalités de gouvernance ainsi qu’aux procédures de contrôle et de transparence. Ces éléments sont généralement considérés comme des facteurs déterminants pour apprécier la capacité d’une politique de réorientation de la dette à produire des effets durables sur le développement économique et la qualité des services publics.

 

Les conditions institutionnelles de la mise en œuvre

L’adoption d’un plan de développement constitue une première étape dans la conduite de l’action publique. Sa traduction en résultats concrets dépend toutefois de la capacité des institutions à transformer les orientations stratégiques en programmes opérationnels, dotés d’objectifs clairement définis, de ressources identifiées et d’un calendrier d’exécution réaliste.

Dans cette perspective, la réussite d’un plan national ne repose pas uniquement sur la définition des priorités. Elle suppose également l’existence d’une gouvernance fondée sur la planification, l’anticipation et l’évaluation. Les expériences internationales montrent que les stratégies de développement les plus performantes s’appuient sur une articulation permanente entre la décision politique, la programmation administrative, la gestion budgétaire et le suivi des résultats.

La mise en œuvre implique également une répartition explicite des responsabilités entre les différentes institutions de l’État. Cette clarification favorise la cohérence de l’action publique, limite les chevauchements de compétences et facilite la coordination des interventions à chaque étape du cycle des politiques publiques, depuis la conception des projets jusqu’à leur évaluation.

Par ailleurs, la réalisation des objectifs annoncés dépend de plusieurs facteurs complémentaires : la disponibilité des ressources financières, la qualité des capacités administratives, la simplification des procédures, la maîtrise des délais d’exécution et la continuité de l’action publique malgré les contraintes conjoncturelles. À ces éléments s’ajoute la nécessité de disposer de mécanismes réguliers de suivi, d’indicateurs de performance et d’évaluations périodiques permettant de mesurer les écarts entre les objectifs fixés et les résultats effectivement obtenus.

Dans cette approche, la gouvernance ne se réduit pas à une coordination entre institutions. Elle renvoie à un mode de gestion fondé sur la responsabilité, la transparence, l’allocation efficiente des ressources, la capacité d’adaptation aux évolutions économiques et l’amélioration continue des politiques publiques. C’est généralement l’articulation de ces différents facteurs qui détermine, à moyen et à long terme, la capacité d’un plan de développement à produire des effets durables sur la croissance, les infrastructures et les services publics.

Une stratégie inscrite dans la durée

Les orientations retenues pour la période 2026-2030 s’inscrivent dans une démarche de planification à moyen et à long terme, visant à donner une plus grande cohérence à l’action publique. Au-delà de la définition d’objectifs stratégiques, cette approche repose sur la transformation des priorités nationales en programmes opérationnels, accompagnés de mécanismes de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation.

Dans cette perspective, la portée d’un plan de développement ne se mesure pas uniquement à l’ambition des orientations qu’il énonce, mais à sa capacité à produire des résultats observables sur les plans économique, social et territorial. L’efficacité de la planification dépend ainsi de la traduction des projets programmés en réalisations concrètes, susceptibles de générer des effets durables sur la croissance, l’emploi, les infrastructures, les services publics et les conditions de vie de la population.

Le cadre retenu repose également sur une logique de programmation progressive. Les objectifs définis pour l’horizon 2030 sont appelés à être déclinés en étapes successives, permettant d’ajuster les interventions publiques en fonction de l’évolution de la conjoncture économique, des capacités de financement, des contraintes budgétaires et des résultats effectivement obtenus au cours de l’exécution du plan. Cette démarche traduit une conception dynamique de la planification, fondée sur l’adaptation plutôt que sur la rigidité.

Par ailleurs, la conception du plan accorde une place importante à l’identification des besoins exprimés à l’échelle des territoires afin d’intégrer les réalités locales dans la programmation nationale. Une telle approche vise à renforcer la cohérence entre les priorités nationales et les attentes des différentes régions, tout en recherchant une répartition plus équilibrée des investissements publics.

Les objectifs annoncés couvrent plusieurs dimensions complémentaires du développement. Ils portent notamment sur le renforcement du rythme de croissance, l’amélioration du niveau de revenu, la réduction des disparités sociales, la consolidation des équilibres des finances publiques, le développement des ressources propres de l’État, l’amélioration de la performance des institutions publiques, l’accélération de la transformation numérique ainsi que l’intégration progressive de l’activité économique informelle dans les circuits formels.

D’un point de vue analytique, cette approche correspond aux principes contemporains de la planification stratégique, selon lesquels la réussite d’un plan national repose moins sur l’énoncé des objectifs que sur la capacité des institutions à assurer leur exécution, à mesurer périodiquement les résultats obtenus et à adapter les politiques publiques aux évolutions du contexte économique et social.

Enjeux de mise en œuvre et points de vigilance

L’ambition affichée par le Plan de développement 2026-2030 dépasse la seule définition d’orientations stratégiques. Son principal défi réside dans sa capacité à transformer les ressources mobilisées et les projets programmés en réalisations concrètes produisant des effets mesurables sur la croissance, l’emploi, les infrastructures et la qualité des services publics. Dans cette perspective, la question centrale n’est pas uniquement celle du financement, mais celle de l’exécution des politiques publiques.

L’expérience des politiques de développement montre qu’un nombre important de projets publics connaissent des retards, des révisions ou des coûts supplémentaires en raison d’obstacles administratifs, techniques, fonciers ou procéduraux. Ces difficultés réduisent l’efficacité de l’investissement public et retardent les bénéfices attendus pour les populations. Dès lors, la réussite du nouveau plan dépendra moins de l’ampleur des engagements annoncés que de la capacité des institutions à maîtriser l’ensemble du cycle des projets, depuis leur préparation jusqu’à leur achèvement.

Dans cette logique, l’amélioration de la gouvernance des projets constitue un enjeu majeur. La programmation doit être précédée d’études de faisabilité suffisamment approfondies afin d’identifier, avant le lancement des travaux, les contraintes juridiques, financières, techniques, environnementales et foncières susceptibles d’affecter leur exécution. Une planification fondée sur l’anticipation permet généralement de réduire les interruptions de chantier, de limiter les dépassements de coûts et de mieux respecter les délais initialement prévus.

La qualité du pilotage dépend également de la mise en place d’outils permanents de suivi. Les pratiques contemporaines de gestion publique privilégient des dispositifs numériques capables de centraliser les données relatives à l’avancement physique et financier des projets, d’identifier précocement les facteurs de blocage et de fournir des indicateurs permettant une intervention rapide avant que les retards ne deviennent structurels. Cette approche favorise une gestion davantage orientée vers les résultats que vers le seul respect des procédures administratives.

L’efficacité du Plan de développement dépendra largement de la capacité à transformer les ressources financières en réalisations concrètes. Cela suppose une réforme des mécanismes de la commande publique fondée sur la rapidité, la transparence et l’évaluation rigoureuse des capacités des entreprises chargées des projets. Les financements disponibles ne garantissent pas, à eux seuls, la réussite d’une stratégie de développement, ils doivent être accompagnés d’une gouvernance efficace, d’un suivi permanent et d’une évaluation des résultats. Au final, la pertinence du plan sera mesurée par ses effets réels sur les territoires : amélioration des infrastructures, qualité des services publics, réduction des disparités régionales, soutien à l’investissement et création d’emplois. Sa crédibilité dépendra donc de sa traduction effective dans le quotidien des citoyens.

 

 

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Eau, patrimoine et gouvernance publique :  vers une lecture stratégique de l’action de l’État 

Von: tmps
22. Juli 2026 um 08:26

Par Mondher AFI

Le 18 juillet 2026, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu au complexe hydraulique de Ghedir El Golla, relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), avant de poursuivre sa visite dans la région de Qantara Bizerte, au sein de la délégation de Kalaat El Andalous. Cette visite s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des enjeux liés à la sécurité hydrique, à la préservation des infrastructures stratégiques et à la gestion durable des ressources naturelles.

Au-delà de sa portée institutionnelle, elle met en lumière les défis structurels auxquels la Tunisie demeure confrontée en matière de mobilisation, de sécurisation et de gouvernance de l’eau, de protection du patrimoine hydraulique national et de modernisation des équipements indispensables à la continuité du service public. Elle renvoie également aux impératifs de résilience face aux effets du changement climatique, à l’accroissement des pressions sur les ressources disponibles et à la nécessité d’une planification intégrée conciliant sécurité hydrique, développement territorial et souveraineté nationale.

L’eau ne constitue plus uniquement une ressource naturelle indispensable à la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Elle est devenue un déterminant majeur de la souveraineté des États, de la sécurité nationale, de la compétitivité économique, de la cohésion territoriale et de la stabilité sociale. Dans un contexte international marqué par l’intensification des effets du changement climatique, la croissance démographique, l’urbanisation accélérée et l’augmentation continue des besoins agricoles, industriels et énergétiques, la maîtrise des ressources hydriques s’impose désormais comme une composante essentielle des politiques publiques et de la planification stratégique. La capacité d’un État à sécuriser durablement ses ressources en eau conditionne de plus en plus son autonomie de décision, sa résilience face aux crises et la pérennité de son modèle de développement.

Pour les pays soumis à un stress hydrique structurel, la gestion de l’eau ne peut plus être réduite à une succession de mesures destinées à répondre aux situations de pénurie. Elle suppose une gouvernance anticipative fondée sur une vision de long terme intégrant les dimensions environnementales, économiques, sociales, technologiques et institutionnelles. Cette approche implique une meilleure connaissance des ressources disponibles, une planification rigoureuse des investissements, une modernisation permanente des infrastructures, une rationalisation des usages, une diversification des sources d’approvisionnement ainsi qu’une mobilisation des innovations scientifiques permettant d’améliorer l’efficacité de la gestion hydraulique.

En Tunisie, les tensions observées depuis plusieurs années autour de la disponibilité de l’eau dépassent largement les seules conséquences des épisodes de sécheresse ou de l’élévation des températures. Si la diminution des précipitations, la succession des années déficitaires, l’augmentation de l’évaporation et l’irrégularité croissante des régimes pluviométriques exercent une pression réelle sur les ressources disponibles, ces facteurs naturels ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer l’ampleur des difficultés auxquelles le pays est confronté.

 

L’eau, un enjeu stratégique

De nombreux travaux soulignent que la crise actuelle résulte également de facteurs structurels accumulés sur plusieurs décennies. Les choix d’aménagement du territoire, l’orientation de certaines politiques agricoles vers des productions fortement consommatrices d’eau, l’exploitation croissante des nappes souterraines, le vieillissement des réseaux de transport et de distribution, les pertes importantes enregistrées au sein des infrastructures hydrauliques, les retards dans les opérations de maintenance, l’envasement progressif de plusieurs barrages ainsi que l’insuffisance des investissements consacrés aux nouvelles technologies de mobilisation et de valorisation des ressources non conventionnelles ont progressivement réduit les marges de sécurité hydraulique du pays.

À ces contraintes s’ajoutent des défis institutionnels liés à la fragmentation des responsabilités, à la complexité des mécanismes de coordination entre les différents acteurs publics, à la faiblesse des systèmes de suivi et d’évaluation ainsi qu’à l’absence d’une gouvernance intégrée permettant d’articuler efficacement les politiques de l’eau, de l’agriculture, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. Dans ces conditions, la gestion de l’eau tend à s’inscrire davantage dans une logique de réaction face aux urgences que dans une stratégie fondée sur l’anticipation, la prévention et la résilience.

Les interruptions récurrentes de l’approvisionnement, les difficultés rencontrées dans plusieurs régions ainsi que les tensions croissantes entre les différents usages de l’eau ne constituent donc pas uniquement des dysfonctionnements techniques ou des conséquences conjoncturelles des aléas climatiques. Elles révèlent les limites d’un modèle de gouvernance confronté à des transformations profondes de son environnement naturel, économique et démographique. La crise hydrique apparaît ainsi comme le symptôme d’un déséquilibre plus global entre les ressources disponibles, les modes de consommation, les capacités d’investissement et les mécanismes de pilotage des politiques publiques.

Dans cette perspective, la question de l’eau dépasse désormais le champ des infrastructures hydrauliques pour devenir un enjeu transversal de politique publique. Elle engage simultanément la sécurité alimentaire, la santé publique, le développement industriel, la protection des écosystèmes, la justice territoriale et la souveraineté nationale. La réponse à ces défis ne repose pas uniquement sur l’accroissement des capacités de stockage ou la réalisation de nouveaux ouvrages, mais sur la construction d’un modèle de gouvernance capable d’intégrer les impératifs de durabilité, d’efficacité économique, d’équité sociale et de résilience climatique dans une vision stratégique cohérente et de long terme.

 

La gouvernance des infrastructures : entre responsabilité et coordination

La visite des installations de Ghedir El Golla met en évidence une question essentielle : la qualité d’une infrastructure dépend autant de sa conception que de son mode de gouvernance.

Les réseaux hydrauliques reposent sur une coordination permanente entre les différents niveaux de décision, les opérateurs techniques, les collectivités territoriales et les autorités publiques. Toute défaillance dans cette chaîne peut produire des conséquences importantes sur la continuité du service public.

Au milieu de cette visite, le Président Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents intervenants et sur la responsabilité des responsables en cas de manquements constatés. Cette position renvoie à un principe classique de la gouvernance publique : l’efficacité d’une politique dépend autant de la qualité des décisions que de leur mise en œuvre effective.

La visite du chantier de protection contre les inondations de l’oued Medjerda met en évidence que les politiques de l’eau ne peuvent être envisagées sous le seul angle de la gestion des pénuries. Les transformations climatiques se traduisent par une alternance plus marquée entre sécheresses prolongées et épisodes pluvieux de forte intensité, exposant les territoires à des risques hydrologiques de plus en plus complexes. Dans ce contexte, les ouvrages hydrauliques doivent être intégrés dans une stratégie globale associant prévention des inondations, amélioration des capacités de stockage, recharge des nappes phréatiques, valorisation des eaux pluviales et protection des espaces vulnérables. Cette approche repose sur une planification territoriale capable d’articuler adaptation climatique, gestion des risques et développement durable.

La restauration du pont historique de Qantara Bizerte, édifié en 1608, s’inscrit dans une problématique complémentaire liée à la préservation du patrimoine. Les monuments historiques ne constituent pas uniquement des témoins du passé, ils représentent des ressources culturelles, sociales et économiques contribuant à l’identité des territoires, à leur attractivité et à leur développement. Leur conservation exige une politique publique fondée sur l’entretien régulier, l’expertise scientifique, la protection juridique et la coordination entre les institutions nationales et les collectivités territoriales, afin d’assurer la transmission de ce patrimoine tout en l’intégrant aux dynamiques contemporaines de développement local.

 

Vers une nouvelle culture de la gouvernance publique

Les tensions récurrentes observées autour de l’accès à l’eau mettent en évidence le caractère multidimensionnel de la question hydraulique. Elles montrent que les difficultés rencontrées ne peuvent être interprétées comme la simple conséquence d’insuffisances techniques ou de contraintes climatiques conjoncturelles. La raréfaction progressive des ressources disponibles, l’évolution des besoins des différents secteurs économiques, les disparités territoriales dans l’accès aux services publics ainsi que les effets du changement climatique confèrent à la gestion de l’eau une dimension stratégique qui dépasse largement le cadre de l’ingénierie hydraulique.

Dans cette perspective, les défis actuels invitent à une réflexion plus globale sur les mécanismes de gouvernance, les modes de planification et les capacités institutionnelles mobilisés dans la gestion des ressources naturelles. La question ne se limite plus à accroître les capacités de stockage ou à renforcer les réseaux de distribution, elle renvoie également à la nécessité de développer des dispositifs de pilotage capables d’articuler les politiques de l’eau avec celles de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. L’efficacité des réponses publiques dépend en grande partie de cette capacité à dépasser les approches sectorielles au profit d’une vision intégrée prenant en compte les interactions complexes entre les différentes dimensions du développement.

Les mobilisations citoyennes liées aux difficultés d’accès à l’eau révèlent des attentes qui dépassent la seule continuité du service public. Elles mettent en lumière les enjeux d’équité territoriale, de qualité de la gouvernance et de confiance institutionnelle.

L’évolution de la situation hydraulique en Tunisie dépendra moins de la mise en œuvre de réponses ponctuelles aux épisodes de pénurie que de la capacité des politiques publiques à s’inscrire dans une approche stratégique, intégrée et prospective. Une telle orientation suppose d’articuler l’adaptation au changement climatique, la modernisation des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de l’efficience des réseaux de distribution, la rationalisation des usages agricoles, le développement des ressources en eau non conventionnelles, le recours aux innovations technologiques ainsi que le renforcement des mécanismes de gouvernance et de coordination institutionnelle.

Dans cette perspective, l’enjeu dépasse la seule gestion opérationnelle des crises hydriques. Il concerne la capacité des institutions à anticiper les évolutions environnementales, démographiques, économiques et territoriales susceptibles de modifier durablement l’équilibre entre l’offre et la demande en eau. Cette anticipation implique le développement d’outils de planification, de systèmes d’information fiables, d’une évaluation régulière des politiques publiques et d’une gouvernance fondée sur la coordination entre les différents secteurs concernés.

À mesure que les ressources hydriques deviennent plus limitées et que leur répartition fait l’objet de tensions croissantes, la gestion de l’eau tend à s’imposer comme une question transversale mobilisant des enjeux de sécurité alimentaire, de développement économique, d’aménagement du territoire, de protection des écosystèmes et de cohésion sociale. Dans ce contexte, les choix relatifs à la politique de l’eau ne relèvent pas uniquement de considérations techniques ou administratives, ils constituent un domaine stratégique dont les orientations influencent, à moyen et à long terme, les trajectoires de développement et les capacités de résilience de l’État face aux transformations climatiques et environnementales.



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Prise en charge des frais de soins par la CNAM : n’est-il pas grand temps de relever le plafond de remboursement ?

Von: tmps
20. Juli 2026 um 09:20

Deux ans seulement après la révision à la hausse du plafond annuel de remboursement des frais de soins par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, la réalité économique a rattrapé, puis balayé cette décision qualifiée alors d’«historique». L’inflation galopante, conjuguée à une hausse continue des tarifs des consultations médicales et à l’explosion du prix des médicaments, a rendu les nouveaux seuils obsolètes. Pour l’assuré social tunisien, le plafond de la CNAM n’est plus un bouclier protecteur, mais une barrière dérisoire franchie dès les premiers mois de l’année. 

Pour comprendre le désarroi grandissant des assurés sociaux tunisiens, il convient de se rappeler l’enthousiasme qui avait entouré le dernier relèvement du plafond annuel de remboursement des frais de soins. L’assuré célibataire sans personne à charge avait vu son plafond de remboursement annuel passer de 300 à 450 dinars tunisiens. Pour une famille de quatre personnes à charge, le plafond de base avait bondi de 600 à 1.350 dinars. À cela s’ajoutaient des bonifications ciblées : 100 dinars par ascendant à charge, 100 dinars par enfant en situation de handicap, ainsi que des enveloppes de 150 dinars pour les soins dentaires et le suivi de grossesse. La prise en charge des lunettes médicales avait, elle aussi, été portée de 50 à 200 dinars. 

Cette réforme d’envergure, saluée à juste titre à l’époque, visait à corriger un décalage criant et intenable avec l’évolution du coût de la vie. Cependant, ce que les autorités n’avaient pas anticipé -ou du moins, n’avaient pas les moyens de contenir-, c’est que cette bouffée d’oxygène allait être quasi instantanément consumée par la spirale inflationniste interne et la révision en cascade des grilles tarifaires de santé libérale en 2025 et 2026.

L’élément déclencheur de la caducité rapide de la réforme de 2024 s’est produit dès le 1er janvier 2025. Après des années de stagnation de leurs émoluments et de négociations infructueuses, le Conseil national de l’Ordre des médecins a adopté une nouvelle fourchette d’honoraires pour le secteur libéral, entraînant une hausse brutale du coût de l’accès au cabinet médical.

La consultation chez un médecin généraliste est ainsi passée dans une fourchette allant de 40 à 55 dinars. Quant aux médecins spécialistes, leurs tarifs ont bondi pour s’établir fermement entre 55 et 80 dinars, tandis que les neuropsychiatres exigent désormais entre 60 et 85 dinars par consultation. Pour les visites à domicile ou les actes d’urgence de nuit, les prix s’envolent régulièrement au-delà de 120 dinars, voire 160 dinars. 

Dès lors, l’arithmétique devient impitoyable pour le portefeuille du contribuable. Pour un assuré social célibataire disposant du plafond de 450 DT, il suffit de consulter un médecin spécialiste quelques fois par an et d’acheter des médicaments pour épuiser l’intégralité de sa couverture annuelle. 

Si la révision des honoraires des praticiens a porté un coup sévère au budget santé des ménages, c’est au niveau des comptoirs des pharmacies que le fardeau est devenu véritablement insoutenable. Au cours des dernières années, une mise à jour tarifaire massive a touché plus de 60% des médicaments commercialisés en Tunisie, presque tous revus à la hausse.

Des ménages acculés à des choix cornéliens

Selon les données publiées récemment, la part des médicaments représente désormais 23,8% des dépenses totales de santé des ménages tunisiens, une proportion qui a pratiquement doublé en l’espace de quatre ans.

Cette «inflation pharmaceutique» s’explique principalement par la dépréciation continue du dinar tunisien face aux monnaies fortes comme le dollar américain et l’euro, qui renchérit mécaniquement les importations de matières premières actives et de molécules innovantes par la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT). À cela s’ajoute la hausse des coûts de fabrication pour l’industrie nationale des génériques, prise en étau entre la hausse des coûts d’exploitation et des marges réglementées de plus en plus étroites.

Aujourd’hui, l’insuffisance flagrante du plafond annuel de remboursement accule les familles tunisiennes à des choix cornéliens. Pour un ménage appartenant à la classe moyenne ou à faible revenu, financer des soins de base relève désormais du parcours du combattant. De nombreux patients en arrivent à différer des examens médicaux capitaux, à renoncer à des soins de prévention ou à interrompre unilatéralement la prise de traitements prescrits, faute de moyens financiers.

Ce renoncement aux soins présente un risque sanitaire majeur : il aggrave des pathologies bénignes et finit par surcharger les structures d’hospitalisation publiques d’urgence, ce qui engendre un coût économique infiniment plus lourd pour la collectivité nationale.

Le modèle à trois filières mis en place par la CNAM (filière publique, filière privée et système de remboursement des frais) est ainsi menacé d’asphyxie. Alors que les hôpitaux publics croulent sous la demande et souffrent de carences structurelles chroniques, l’alternative du secteur libéral devient inaccessible à la majorité des cotisants à cause de plafonds d’un autre temps, déconnectés de la réalité économique des cabinets et des officines.

Le constat est sans appel : le relèvement des plafonds de 2024, indispensable lors de sa mise en œuvre, a été totalement annihilé par la déferlante inflationniste de 2025 et 2026. L’appel à une nouvelle réévaluation des plafonds n’est plus une simple revendication syndicale ou un souhait de confort matériel, c’est un impératif de sauvegarde de la santé publique.

Comme l’a rappelé le président de la République, Kaïs Saïed, lors de sa réunion tenue le 2 mars 2026 avec la Cheffe du gouvernement et le ministre des Affaires sociales, l’assainissement et la réforme des caisses sociales ne doivent pas se faire au détriment des acquis des affiliés. La viabilité à long terme du modèle tunisien de la protection sociale dépend intimement du respect des principes de justice et d’équité sociale. Or, la justice sociale commence par garantir qu’un travailleur qui cotise toute sa vie puisse se soigner dignement sans basculer dans la précarité. Il est plus que jamais urgent que la CNAM mette en place un mécanisme d’indexation dynamique de ses plafonds annuels, calqué sur l’évolution réelle de l’indice des prix à la consommation et des tarifs de référence des professionnels de santé libéraux. Le temps presse car chaque jour d’immobilisme supplémentaire contraint un peu plus les citoyens à choisir arbitrairement entre préserver leur santé et subvenir aux besoins élémentaires de leur foyer. 

Walid KHEFIFI

 

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La culture, un enjeu de souveraineté : pour une refondation de la gouvernance culturelle

Von: farhat
20. Juli 2026 um 08:26

Par Mondher AFI

Les orientations des pouvoirs publics tunisiens accordent à la culture une place importante dans les politiques nationales, en tant que levier de préservation du patrimoine, de consolidation de la cohésion sociale et d’affirmation de l’identité nationale. Cette orientation a été réaffirmée à plusieurs reprises par le Président de la République, Kaïs Saïed, dans le cadre de ses interventions consacrées aux enjeux culturels.

Toutefois, la traduction de ces orientations dans les politiques publiques suppose l’élaboration d’une stratégie culturelle globale, fondée sur une vision à long terme, une gouvernance institutionnelle cohérente et une articulation équilibrée entre la sauvegarde du patrimoine, le soutien à la création, la transmission des savoirs et le développement de la recherche.
Dans les sociétés contemporaines, la culture ne peut être considérée comme un secteur secondaire ou une simple succession de manifestations artistiques. Elle constitue un élément essentiel de la construction collective, un espace où une société élabore ses représentations, transmet sa mémoire et imagine son avenir. Elle participe à la formation du citoyen, au renforcement du lien social et au rayonnement international d’un pays.
Ainsi, la question fondamentale n’est pas seulement de savoir combien d’événements culturels sont organisés, mais de s’interroger sur la capacité de la politique culturelle à produire du sens, à soutenir durablement la création et à construire un environnement favorable à l’émergence des idées et des œuvres.

De la gestion culturelle à la gouvernance culturelle
Une institution culturelle ne peut être réduite à une administration chargée de gérer un calendrier de festivals, d’assurer le fonctionnement des établissements ou d’organiser des manifestations ponctuelles. Ces missions sont nécessaires, mais elles ne constituent qu’une partie de la fonction culturelle de l’État.
Dans une conception moderne de la gouvernance culturelle, le rôle des pouvoirs publics consiste également à protéger le patrimoine matériel et immatériel, encourager la création, favoriser la circulation des œuvres, développer les industries culturelles et créatives, soutenir la recherche et garantir l’accès du plus grand nombre aux biens culturels.
Lorsque l’action culturelle se concentre principalement sur la logique événementielle, le risque est de voir la culture perdre progressivement sa dimension structurante au profit d’une approche plus conjoncturelle. Les festivals et les grandes manifestations demeurent des instruments importants de visibilité et de diffusion, mais ils ne peuvent remplacer une stratégie globale capable d’accompagner les transformations profondes de la société.
La véritable question est donc celle du passage d’une culture administrée à une culture gouvernée : une culture pensée comme un écosystème où interagissent institutions publiques, créateurs, chercheurs, associations, collectivités territoriales et citoyens.

Les créateurs : acteurs du bien culturel commun
La relation entre l’institution culturelle et les créateurs constitue l’un des indicateurs essentiels de la vitalité d’une politique publique. L’écrivain, l’artiste, le chercheur, le musicien ou le cinéaste ne sont pas de simples bénéficiaires de dispositifs administratifs, ils sont des producteurs de valeur symbolique et des acteurs de la mémoire collective.
La Tunisie possède un capital humain considérable dans les domaines de la littérature, des arts, des sciences humaines et du patrimoine. Une grande partie de cette richesse repose sur l’engagement personnel, l’initiative associative et des dynamiques souvent construites avec des moyens limités.
Cette réalité pose une question fondamentale : comment garantir que ceux qui contribuent à faire vivre la culture puissent disposer d’un environnement institutionnel qui accompagne leur action plutôt que de fragiliser davantage leurs conditions d’exercice ?
Le soutien public à la création ne doit pas être envisagé comme une assistance accordée aux artistes, mais comme un investissement collectif dans un bien commun. La culture produit des effets qui dépassent largement le champ artistique : elle développe l’esprit critique, renforce la cohésion sociale, nourrit l’éducation et participe à l’attractivité d’un pays.

Quand les acteurs culturels deviennent les principaux financeurs de l’action culturelle
Les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses associations culturelles, clubs littéraires et initiatives citoyennes indépendantes mettent en évidence des enjeux structurels qui dépassent les seules contraintes organisationnelles. Elles interrogent les conditions effectives de participation des acteurs de la société civile à la production, à la diffusion et à la démocratisation de la vie culturelle.
Ces organisations ne s’inscrivent généralement pas dans une logique marchande. Leur action relève d’une mission d’intérêt général fondée sur la promotion de la lecture, l’accompagnement de la création artistique et littéraire, la valorisation des jeunes talents, la transmission des savoirs ainsi que l’animation culturelle de territoires souvent insuffisamment dotés en infrastructures et en ressources. À ce titre, elles constituent un maillon essentiel de l’écosystème culturel et contribuent au renforcement de la cohésion sociale, de la citoyenneté culturelle et de la diversité des expressions artistiques.
Dans cette perspective, les débats relatifs aux modalités d’accès aux équipements culturels publics ne sauraient être appréhendés sous le seul angle des procédures administratives ou des contraintes budgétaires. Ils renvoient à une problématique plus fondamentale touchant aux principes mêmes de la gouvernance culturelle. Il s’agit de déterminer si les infrastructures culturelles doivent être administrées selon une logique essentiellement patrimoniale et gestionnaire, privilégiant la préservation des biens publics et la maîtrise des coûts, ou si elles doivent également être conçues comme des biens communs culturels, destinés à favoriser la participation citoyenne, la création artistique, le débat intellectuel et la circulation des connaissances.
L’enjeu est donc moins celui du financement que celui du modèle de politique culturelle retenu. Une gouvernance exclusivement administrative risque de réduire les équipements culturels à de simples espaces de gestion, alors qu’une gouvernance fondée sur une approche partenariale reconnaît leur fonction de plateformes de coopération entre les institutions publiques, les créateurs, les associations et les citoyens. Dans cette approche, la valeur d’un équipement culturel ne se mesure pas uniquement à son taux d’occupation ou à son équilibre financier, mais également à sa capacité à produire du lien social, à stimuler l’innovation culturelle, à élargir l’accès aux pratiques artistiques et à favoriser l’expression de la pluralité des sensibilités.
Un espace culturel accomplit pleinement sa mission lorsqu’il dépasse sa fonction d’infrastructure matérielle pour devenir un lieu vivant de création, de réflexion critique, de dialogue intergénérationnel et de construction du capital culturel collectif. C’est précisément cette dimension immatérielle qui confère aux équipements culturels leur véritable utilité publique et qui justifie l’élaboration de mécanismes de gouvernance conciliant les exigences de bonne gestion avec les impératifs de démocratisation culturelle et de soutien à l’initiative associative.

La qualité, la diversité et les critères de légitimité culturelle
Les politiques culturelles contemporaines reposent sur un équilibre complexe entre pluralisme et exigence. La diversité des expressions artistiques constitue une richesse fondamentale, mais elle ne signifie pas l’abandon de toute référence qualitative.
Encourager la création contemporaine, soutenir de nouvelles formes artistiques et répondre aux évolutions des pratiques culturelles ne doit pas conduire à négliger les critères liés à la compétence, à la créativité, à la profondeur des œuvres et à leur contribution au patrimoine culturel.
La confiance entre les institutions et les acteurs culturels dépend largement de la transparence des mécanismes de sélection, de financement et de programmation. Une gouvernance culturelle efficace suppose des règles lisibles, des procédures équitables et une évaluation régulière des politiques mises en œuvre.

La culture comme politique publique de long terme
La communication institutionnelle constitue aujourd’hui une composante essentielle de l’action publique. Elle répond aux exigences de transparence, informe les citoyens des politiques mises en œuvre et valorise les réalisations des institutions. Toutefois, si elle participe à la visibilité de l’action culturelle, elle ne saurait, à elle seule, constituer un indicateur fiable de la vitalité culturelle d’un pays. Celle-ci dépend avant tout de la capacité des institutions à créer un environnement favorable à la production intellectuelle, à la création artistique, à la préservation du patrimoine et à la diffusion des savoirs.
Dans cette perspective, la confiance entre les institutions publiques et les acteurs culturels apparaît comme une condition fondamentale de l’efficacité des politiques culturelles. Les écrivains, les artistes, les chercheurs, les associations culturelles et les initiatives citoyennes ne sont pas de simples bénéficiaires de l’action publique, ils participent directement à la production du capital culturel national. Leur contribution dépasse largement le cadre des manifestations ponctuelles. Ils alimentent le débat public, enrichissent la mémoire collective, favorisent la circulation des idées et participent à la construction d’une conscience critique indispensable au développement démocratique et intellectuel de la société.
L’enjeu consiste donc à dépasser une approche essentiellement administrative de la gestion culturelle pour instaurer une gouvernance fondée sur le dialogue, la concertation et la reconnaissance mutuelle. Une politique culturelle durable ne se limite pas à promouvoir les activités réalisées, elle crée les conditions institutionnelles, juridiques et financières permettant l’émergence de nouvelles initiatives, la diversification des expressions artistiques et la consolidation d’un tissu culturel capable de répondre aux mutations contemporaines. La qualité d’une politique culturelle se mesure moins à la quantité des événements organisés qu’à sa capacité à renforcer durablement les institutions culturelles, à soutenir les créateurs et à garantir un accès équitable à la culture sur l’ensemble du territoire.

La culture comme investissement stratégique dans le développement de la société
Dans un contexte marqué par l’accélération des transformations technologiques, des mutations géopolitiques et de la mondialisation des échanges symboliques, la culture s’impose comme un levier stratégique du développement durable et de la souveraineté nationale. Elle ne peut plus être envisagée comme un simple secteur d’activité ni réduite à une succession d’événements, mais doit être appréhendée comme une politique publique structurante, capable de produire du sens, de renforcer la cohésion sociale et de consolider le capital symbolique de la nation.
Une telle ambition suppose une gouvernance culturelle ouverte, fondée sur la concertation permanente entre les institutions publiques, les créateurs, les universitaires, les professionnels du patrimoine, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile. L’efficacité des politiques culturelles dépend désormais de leur capacité à mobiliser l’intelligence collective, à intégrer la diversité des expertises et à anticiper les profondes mutations des pratiques culturelles.
Les intellectuels, les écrivains et les artistes constituent une ressource stratégique pour toute nation. Leur fonction dépasse la production d’œuvres : ils élaborent les référentiels symboliques qui permettent à une société de comprendre ses transformations, de préserver sa mémoire, d’exercer son esprit critique et d’imaginer son avenir. Soutenir la création revient ainsi à investir dans le capital intellectuel et culturel du pays. À long terme, la puissance des nations se mesurera autant à leur capacité d’innover sur le plan des idées et des imaginaires qu’à leurs performances économiques, car la souveraineté culturelle demeure le fondement durable de toute souveraineté.

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Pourquoi, chaque été, nos champs et forêts sont menacés d’incendie ?

Von: tmps
19. Juli 2026 um 09:26

Voilà que depuis toujours, la saison estivale est marquée par ces incendies qui ravagent champs et forêts occasionnant des dégâts importants. Il est vrai que la plupart des incendies sont brusques et imprévus, mais les causes des feux de forêt sont généralement connues et attendues, surtout lorsque la température est très élevée et que la pluie vient à manquer. C’est le moment propice pour que la moindre étincelle enflamme des brindilles, puis des herbes sèches, des buissons, des arbres et enfin, la forêt tout entière. 

Des causes naturelles sont certes à l’origine des feux de forêt, mais aussi les causes humaines sont importantes, comme la malveillance et l’incivisme : un mégot de cigarette mal éteint jeté au sol, un barbecue mal maîtrisé peuvent provoquer un incendie. De plus, il y a une autre cause liée à des actes criminels puisque les feux de forêt sont souvent allumés volontairement par des pyromanes. En effet, la cadence avec laquelle les incendies se déclenchent de façon répétitive et le fait qu’ils se soient tous déclenchés dans des champs de blé, ne poussent-ils pas à croire qu’il y a quelque chose de suspect ?

Le nombre des incendies va crescendo

En 2026, la Tunisie a déjà enregistré au moins 417 incendies depuis le 1er mai, un chiffre qui est supérieur à celui de la même période de l’année dernière. De plus, entre le 1er juin et le 5 juillet 2026, une certaine augmentation du nombre d’incendies a été constatée dans des régions comme les gouvernorats du Kef, de Béja et de Jendouba. Par ailleurs, jusqu’à mi-juillet 2026, on compte déjà plusieurs centaines d’incendies déclenchés dans plusieurs régions du pays. Selon les rapports diffusés par la Direction Générale des Forêts, les données montrent une augmentation progressive du nombre d’incendies en Tunisie au fil des années, soit plus du double par rapport à avant 2010. L’on se demande si à cette époque-là, nos champs et forêts étaient plus protégés qu’aujourd’hui. Y aurait-il d’autres facteurs qui sont à l’origine de ces feux ? Serait-ce un phénomène naturel dû au réchauffement du globe et de la hausse de température en cette saison estivale ? 

Cependant, ces incendies sont souvent déclenchés suite à un comportement humain, irresponsable et irréfléchi provenant d’individus paranoïaques, qu’on appelle des pyromanes, ces personnes qui souffrent d’une impulsion incontrôlable à allumer des incendies de manière délibérée et répétée, trouvant dans cet acte criminel un soulagement et une satisfaction. Et dire que souvent, ces pyromanes perpétuent leurs actes sans être interceptés par les gardes forestiers ou la Direction Générale des Forêts ! Pourtant, les autorités tunisiennes, notamment la Direction Générale des Forêts, ont récemment procédé à des arrestations de pyromanes dans le cadre de la lutte contre les incendies. Ces actions font partie des efforts pour maîtriser les départs de feu volontaires qui contribuent à la recrudescence des incendies en Tunisie. 

Impacts néfastes sur l’agriculture et l’environnement

Il n’y a aucun doute que les incendies ont des impacts significatifs et souvent dévastateurs sur l’agriculture et l’environnement. En agriculture, les incendies détruisent directement les cultures en brûlant les plantes, ce qui entraîne une perte immédiate de la production agricole. Les pertes peuvent affecter les récoltes en cours ainsi que les plantations futures, réduisant la disponibilité alimentaire locale et nationale. Ils peuvent également détruire la matière organique du sol, essentielle à la fertilité. En outre, les incendies touchent souvent le bétail qui peut être blessé ou tué. De même, la destruction des pâturages réduit la disponibilité de nourriture pour les animaux, affectant la production laitière et la reproduction.

Quant aux impacts des incendies sur l’environnement, ils peuvent affecter la biodiversité. En effet, ils détruisent les habitats naturels, mettant en danger la faune et la flore locale. Certaines espèces peuvent être décimées localement, surtout celles qui sont endémiques ou déjà vulnérables. Dans ce cas, la régénération naturelle peut être lente, voire impossible dans certains cas. C’est qu’il faut des années entières pour reboiser une forêt incendiée.

Eviter la propagation des feux

Au cas où les incendies, causés par des facteurs naturels ou humains, seraient évidents, compte tenu des fortes chaleurs de ce mois de juillet, notre devoir serait d’éviter la propagation des feux que ce soit dans les champs ou dans les forêts. Aussi faut-il prendre les mesures préventives nécessaires afin d’éviter de grandes pertes. Nous avons certes une stratégie nationale pour la protection des forêts contre les incendies qui se base principalement sur un programme d’action pour coordonner avec toutes les parties intervenantes, l’ouverture des circuits forestiers et le contrôle des points d’approvisionnement en eau, dont le nombre s’élève à 355. Il s’agit, également, de l’adoption du système des patrouilleurs et la création de 43 centres avancés d’alerte précoce, d’information et d’intervention rapide. Mais il reste beaucoup à faire. Lors d’un incendie, il est important de maîtriser la propagation, en particulier si des habitations, des bâtiments d’élevage ou de stockage de l’engrais ou des engins se trouvent à proximité. Si le début d’incendie ne peut être arrêté par les moyens présents sur place, la Direction Générale des Forêts insiste sur la priorité qui est de prévenir pour faire évacuer tous les bâtiments.

Hechmi KHALLADI

 

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Protection contre le décrochage scolaire et inclusion des élèves en situation de handicap :  entre ambition stratégique et défis de la mise en œuvre

Von: tmps
19. Juli 2026 um 08:26

 Par Mondher AFI

La séance d’audition consacrée à la protection des enfants menacés de décrochage scolaire, à l’inclusion des élèves en situation de handicap ainsi qu’aux perspectives de réforme du système éducatif, tenue le 9 juillet 2026 devant la Commission des services et du développement social du Conseil national des régions et des districts, s’inscrit dans le cadre de la vision générale de réforme de l’État portée par le Président de la République, Kaïs Saïed.

Cette orientation stratégique traduit une volonté de repenser l’école non seulement comme une institution de transmission des savoirs, mais également comme un instrument de cohésion sociale, de réduction des inégalités et de consolidation du capital humain.

Cependant, comme dans toute réforme publique d’envergure, la définition d’une vision stratégique ne constitue que la première étape. La véritable mesure de son efficacité réside dans sa traduction opérationnelle. Or, les politiques éducatives révèlent souvent un décalage entre l’ambition des orientations nationales et leur concrétisation sur le terrain. Ce décalage ne remet pas nécessairement en cause la pertinence des objectifs poursuivis, il met plutôt en évidence la complexité des mécanismes institutionnels chargés de leur mise en œuvre. Les contraintes administratives, les limites des ressources humaines et financières, les disparités territoriales et la coordination parfois insuffisante entre les différents intervenants ralentissent le rythme de réalisation des réformes et réduisent leur impact sur les établissements scolaires.

Le décrochage scolaire : une problématique systémique

Les données présentées au cours de la séance témoignent d’une évolution positive grâce au renforcement des réseaux d’accompagnement, aux cellules d’écoute, au suivi psychosocial et aux Écoles de la deuxième chance. Cette approche marque une rupture avec une conception strictement curative du décrochage scolaire en privilégiant désormais l’anticipation, la prévention et l’accompagnement individualisé.

Toutefois, les recherches en sociologie de l’éducation montrent que le décrochage scolaire ne constitue jamais un phénomène exclusivement pédagogique. Il résulte d’une accumulation de facteurs économiques, sociaux, familiaux, territoriaux, psychologiques et institutionnels. Les inégalités sociales, la précarité, l’éloignement géographique, la fragilité des infrastructures, les difficultés d’apprentissage ou encore les transformations du rapport des jeunes à l’école participent simultanément à la production du risque de rupture scolaire.

Dans cette perspective, la lutte contre le décrochage ne peut être limitée au seul espace scolaire. Elle suppose une coordination durable entre les politiques éducatives, sociales, sanitaires et territoriales afin de construire un environnement protecteur autour de l’enfant. L’efficacité de cette stratégie dépendra moins de la multiplication des dispositifs que de leur articulation, de leur continuité et de leur capacité à intervenir précocement avant que les situations d’exclusion ne deviennent irréversibles.

L’intégration de plus de douze mille élèves en situation de handicap dans les établissements scolaires constitue une avancée importante vers la reconnaissance du droit universel à l’éducation. Elle traduit une évolution des politiques publiques vers une approche davantage fondée sur les droits humains et l’égalité des chances.

Néanmoins, les standards internationaux rappellent que l’inclusion ne peut être assimilée à une simple présence physique dans les établissements ordinaires. Une école véritablement inclusive suppose une transformation profonde de l’environnement éducatif : accessibilité des infrastructures, adaptation pédagogique, disponibilité d’accompagnants spécialisés, formation continue des enseignants, équipements adaptés et coopération permanente entre les secteurs de l’éducation, de la santé et des affaires sociales.

Les difficultés relevées dans plusieurs régions illustrent l’écart qui peut subsister entre les principes consacrés par les textes et leur application concrète. Les contraintes budgétaires, les insuffisances organisationnelles, les disparités territoriales et les difficultés de coordination institutionnelle limitent encore l’effectivité de ce droit. Ainsi, la question centrale n’est plus celle de la reconnaissance juridique de l’inclusion, largement acquise, mais celle des capacités administratives, techniques et financières nécessaires pour la rendre pleinement opérationnelle.

 

La gouvernance comme condition de réussite

L’analyse comparée des réformes éducatives met en évidence que leur efficacité ne dépend pas exclusivement de la qualité des orientations stratégiques ou des objectifs affichés, mais repose essentiellement sur les modalités de leur gouvernance, de leur pilotage et de leur mise en œuvre. Les systèmes éducatifs qui enregistrent des progrès durables sont généralement ceux qui disposent d’institutions capables d’assurer la continuité des politiques publiques, de coordonner les différents niveaux décisionnels, de mobiliser les ressources nécessaires et d’adapter les interventions aux réalités territoriales, sociales et démographiques. La gouvernance constitue ainsi un facteur structurant qui conditionne la traduction des choix politiques en résultats observables.

Dans le contexte tunisien, l’examen des politiques éducatives fait apparaître un ensemble de contraintes principalement liées aux mécanismes d’exécution et de régulation. La complexité des procédures administratives, la dispersion des responsabilités entre les différents niveaux de décision, l’hétérogénéité des capacités institutionnelles, l’insuffisance des dispositifs de suivi et d’évaluation, ainsi que les disparités persistantes entre les régions influencent le rythme et l’efficacité de la mise en œuvre des réformes. Ces éléments témoignent moins d’une absence d’orientations stratégiques que des difficultés inhérentes à leur opérationnalisation et à leur inscription dans une logique de gouvernance intégrée.

Dans cette perspective, la consolidation des politiques éducatives suppose le développement de mécanismes institutionnels fondés sur la planification stratégique, la coordination intersectorielle, l’évaluation continue des résultats, la production d’indicateurs fiables et la clarification des responsabilités des différents acteurs. Une telle approche favorise l’ajustement progressif des politiques publiques aux évolutions du système éducatif et contribue à renforcer leur cohérence, leur efficacité et leur capacité d’adaptation aux transformations économiques, sociales et technologiques.

 

Vers une école plus équitable et plus résiliente

La prévention du décrochage scolaire et la pleine inclusion des élèves en situation de handicap constituent désormais des critères fondamentaux d’évaluation de la performance des systèmes éducatifs contemporains. Elles ne relèvent plus uniquement de considérations pédagogiques ou sociales, mais traduisent la capacité d’un État à construire un modèle de développement fondé sur la justice éducative, la cohésion sociale et la valorisation durable du capital humain. À travers ces deux enjeux se mesure la faculté des politiques publiques à garantir un accès équitable aux apprentissages, à prévenir les mécanismes de marginalisation scolaire et à offrir à chaque enfant les conditions nécessaires à la réalisation de son potentiel, indépendamment de son origine sociale, de son territoire de résidence ou de sa situation de handicap.

Au regard de ces éléments, le décrochage scolaire ne saurait être réduit à un simple abandon des études ou à une interruption ponctuelle du parcours éducatif. Il constitue l’aboutissement d’un processus cumulatif d’exclusion progressive, résultant de l’interaction complexe de facteurs individuels, familiaux, institutionnels, économiques, culturels et territoriaux.

Bien avant la rupture définitive avec l’école, apparaissent des signes précurseurs tels que l’absentéisme répété, les difficultés d’apprentissage, la démotivation, la dégradation des performances scolaires, les tensions avec l’institution éducative ou encore le sentiment de ne plus trouver sa place au sein de l’environnement scolaire. Le décrochage représente ainsi la manifestation visible de dysfonctionnements plus profonds qui affectent simultanément les politiques éducatives, les mécanismes de protection sociale et les conditions de développement des territoires.

Ses conséquences dépassent largement le cadre scolaire. Elles affectent durablement les trajectoires individuelles en limitant l’accès à l’emploi qualifié, en renforçant la précarité économique, en accroissant les risques d’exclusion sociale et en réduisant les possibilités de mobilité sociale intergénérationnelle. À l’échelle collective, le décrochage entraîne une perte considérable de ressources humaines, affaiblit la compétitivité économique, accentue les inégalités sociales et territoriales, nourrit les phénomènes de pauvreté structurelle et peut favoriser diverses formes de vulnérabilité sociale, notamment la marginalisation, la délinquance ou l’économie informelle. Il représente ainsi une forme particulièrement coûteuse de gaspillage éducatif et d’inefficience des investissements publics consacrés à l’éducation.

L’inclusion des élèves en situation de handicap s’inscrit dans la même logique de transformation des systèmes éducatifs. Elle ne peut être envisagée comme une simple mesure compensatoire ou comme une politique d’assistance destinée à des catégories spécifiques d’élèves. Elle suppose une redéfinition profonde de l’organisation scolaire afin de garantir l’accessibilité physique, pédagogique, numérique et sociale des établissements, d’adapter les méthodes d’enseignement à la diversité des besoins éducatifs, de renforcer les compétences des personnels éducatifs et de promouvoir une culture institutionnelle fondée sur la reconnaissance de la diversité comme richesse collective plutôt que comme facteur de différenciation. L’inclusion constitue ainsi un principe structurant qui interroge la capacité de l’école à accueillir tous les élèves sans discrimination et à transformer ses propres pratiques plutôt qu’à exiger des apprenants qu’ils s’adaptent à des normes rigides.

Une lecture critique conduit toutefois à dépasser les approches exclusivement centrées sur les comportements individuels des élèves ou sur les difficultés des familles. Une part importante des situations de décrochage trouve également son origine dans les insuffisances structurelles des systèmes éducatifs eux-mêmes : programmes peu adaptés aux réalités sociales, méthodes pédagogiques insuffisamment différenciées, faiblesse des dispositifs d’accompagnement personnalisé, orientation scolaire parfois inéquitable, inégalités territoriales persistantes, déficit de coordination entre les secteurs éducatif, social et sanitaire, ainsi qu’une prise en compte encore insuffisante des besoins spécifiques des élèves vulnérables. Le décrochage apparaît alors moins comme un échec individuel que comme le révélateur des limites d’un système incapable d’assurer durablement la réussite de tous.

Dans cette perspective, la lutte contre le décrochage scolaire et la promotion d’une école pleinement inclusive ne peuvent se limiter à des interventions correctives intervenant après la rupture scolaire. Elles exigent une stratégie globale fondée sur la prévention précoce, le repérage des facteurs de risque, le renforcement du partenariat entre l’école, la famille et les acteurs sociaux, l’amélioration de la qualité des apprentissages, le développement d’environnements scolaires bienveillants et la mise en œuvre de politiques publiques intégrées articulant éducation, protection sociale, santé, développement territorial et insertion professionnelle. Ce n’est qu’à cette condition que l’école pourra pleinement remplir sa mission de réduction des inégalités, de promotion de la citoyenneté et de construction d’un développement humain inclusif et durable.

Les orientations présentées témoignent d’une évolution significative des politiques publiques vers une approche plus inclusive et plus préventive. Toutefois, leur réussite dépendra principalement de la capacité des institutions à assurer une mise en œuvre continue, coordonnée et évaluée, fondée sur des ressources suffisantes et une gouvernance efficace. Le véritable enjeu ne réside donc plus dans la définition des objectifs, largement identifiés, mais dans la capacité à transformer ces orientations en résultats mesurables, durables et équitablement répartis sur l’ensemble du territoire national. C’est à cette condition que la réforme éducative pourra produire une amélioration réelle de la qualité de l’école tunisienne et renforcer son rôle comme levier de développement humain, de cohésion sociale et de réduction des inégalités.

 

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Vague de chaleur : un quotidien à l’épreuve des fortes températures

Von: farhat
17. Juli 2026 um 08:29

La hausse des températures annoncée à partir de cette semaine marque le début d’un nouvel épisode de forte chaleur qui devrait toucher une grande partie du pays. Comme chaque été, les Tunisiens devront composer avec un mercure en nette hausse, parfois accompagné de vents de sirocco qui accentuent la sensation de chaleur et rendent l’air plus difficile à supporter. Si ces épisodes sont désormais récurrents, leurs conséquences dépassent largement le simple inconfort.

Ils modifient progressivement les habitudes de vie, influencent les comportements, pèsent sur le budget des ménages et mettent sous pression plusieurs services essentiels. Au fil des années, la canicule est devenue bien plus qu’un phénomène météorologique, elle façonne désormais notre quotidien.

Des habitudes de vie qui changent au rythme du thermomètre
Lorsque les températures dépassent les normales saisonnières, les journées ne s’organisent plus de la même manière. Les rues se vident progressivement à l’approche de midi, les déplacements sont reportés en fin d’après-midi ou en soirée et de nombreuses familles choisissent de rester à l’intérieur pendant les heures les plus chaudes. Les cafés climatisés, les centres commerciaux et les plages deviennent des lieux privilégiés pour échapper à la chaleur, tandis que les promenades et les activités de loisirs commencent souvent après le coucher du soleil. L’été impose ainsi un nouveau rythme de vie, où les horaires sont dictés par le soleil plus que par les habitudes.
Cette adaptation concerne également le monde du travail. Les ouvriers du bâtiment, les agriculteurs, les agents municipaux, les livreurs ou encore les forces de l’ordre poursuivent leurs missions malgré des conditions parfois éprouvantes. Travailler plusieurs heures sous une chaleur intense augmente le risque de fatigue, de déshydratation et de malaises. Certaines entreprises réaménagent les horaires lorsque cela est possible afin d’éviter les périodes les plus chaudes, mais de nombreux professionnels n’ont d’autre choix que de poursuivre leurs activités en plein soleil. La canicule devient alors un véritable défi pour la santé et la productivité. Les fortes chaleurs influencent aussi le sommeil. Lorsque les températures restent élevées durant la nuit, beaucoup de personnes peinent à trouver un sommeil réparateur. Les réveils nocturnes sont plus fréquents, les nuits paraissent plus courtes et la fatigue s’accumule au fil des jours. Cette mauvaise qualité de sommeil peut avoir des répercussions sur la concentration, l’humeur et la vigilance, notamment chez les conducteurs ou les personnes exerçant des métiers nécessitant une attention constante.

Une facture plus lourde pour les ménages
L’un des premiers effets de la chaleur se ressent également dans le portefeuille. Pour maintenir une température supportable à l’intérieur des logements, les climatiseurs et les ventilateurs fonctionnent parfois pendant de longues heures. Les réfrigérateurs sont davantage sollicités, tandis que les besoins en eau augmentent avec les douches plus fréquentes, la préparation de boissons fraîches ou l’arrosage des jardins. Résultat : les consommations d’électricité et d’eau progressent sensiblement durant les mois d’été.
Cette hausse des dépenses intervient souvent à une période déjà coûteuse pour les familles. Les vacances scolaires, les déplacements, les loisirs et les dépenses liées à la saison estivale pèsent déjà sur le budget des ménages. L’augmentation des factures vient alors s’ajouter à ces charges, obligeant certains foyers à arbitrer entre confort et économies. Toutes les familles ne disposent d’ailleurs pas d’un climatiseur ou d’un logement suffisamment isolé pour faire face aux fortes chaleurs. Pour elles, supporter les températures élevées devient une contrainte quotidienne.
Les commerces voient eux aussi leurs habitudes évoluer. Les bouteilles d’eau, les boissons fraîches, les glaces, les ventilateurs et les climatiseurs figurent parmi les produits les plus recherchés dès que le mercure grimpe. Les marchés enregistrent également une forte demande pour les fruits riches en eau, comme la pastèque ou le melon, tandis que certains commerçants adaptent leurs horaires afin d’accueillir davantage de clients en soirée. La chaleur modifie ainsi les comportements de consommation et oblige de nombreux professionnels à s’adapter.

Des services publics davantage sollicités
Les épisodes de canicule ne touchent pas uniquement les particuliers. Ils mettent également les services publics sous pression. Les établissements de santé constatent généralement une augmentation des consultations pour déshydratation, épuisement ou malaises liés à la chaleur, notamment chez les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques. Les autorités sanitaires rappellent régulièrement l’importance de boire suffisamment d’eau, d’éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et de limiter l’exposition directe au soleil.
Les fortes températures entraînent également une augmentation de la consommation d’électricité à l’échelle nationale. Lorsque des centaines de milliers de climatiseurs fonctionnent simultanément, la demande en énergie atteint des niveaux particulièrement élevés. Les gestionnaires du réseau doivent alors répondre à ces pics de consommation afin d’assurer la continuité de l’alimentation électrique, un défi qui revient chaque été avec l’installation des vagues de chaleur. La chaleur affecte aussi les déplacements. Conduire sous des températures élevées peut provoquer une fatigue plus rapide, une baisse de la vigilance et un temps de réaction plus long. Les longs trajets deviennent plus éprouvants, surtout lorsque les véhicules ne sont pas équipés d’un système de climatisation performant. Les animaux domestiques souffrent eux aussi des fortes chaleurs, obligeant leurs propriétaires à adapter les promenades et à veiller davantage à leur hydratation.
Les agriculteurs ne sont pas épargnés. Les épisodes de chaleur accélèrent l’évaporation de l’eau et augmentent les besoins d’irrigation des cultures. Le bétail est également plus vulnérable aux températures extrêmes, ce qui impose des mesures supplémentaires pour préserver son bien-être. Ces contraintes viennent s’ajouter aux défis déjà posés par la gestion des ressources en eau durant la saison estivale. Au-delà des conséquences immédiates, la répétition de ces épisodes montre que la canicule s’installe progressivement comme une composante durable des étés tunisiens. Les habitants adaptent leurs horaires, les entreprises réorganisent parfois leur activité, les services publics renforcent leur vigilance et les familles revoient leurs habitudes de consommation. Ce qui était autrefois considéré comme un épisode exceptionnel tend désormais à devenir une réalité récurrente.
Face à cette évolution, l’adaptation apparaît comme une nécessité. Les comportements individuels restent importants, mais ils devront s’accompagner d’une réflexion plus large sur l’aménagement des villes, la performance énergétique des bâtiments, la gestion des ressources en eau et la protection des personnes les plus vulnérables. Car la canicule ne se résume plus à quelques journées particulièrement chaudes. Elle influence désormais l’organisation de la société, l’économie et la qualité de vie de millions de Tunisiens. Chaque nouvel épisode rappelle que la chaleur n’est plus seulement une caractéristique de l’été, mais un défi auquel le pays devra apprendre à faire face de manière durable.

Leila SELMI

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Santé maternelle et néonatale : transition démographique, justice sociale et gouvernance sanitaire

Von: farhat
16. Juli 2026 um 08:26

Par Mondher AFI

Le 10 juillet 2026, au siège de son département à Tunis, le ministre de la Santé, Dr Mustapha Ferjani, a présidé une réunion de travail consacrée au renforcement de la santé maternelle et néonatale. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre des orientations présidentielles impulsées par le Président de la République, Kaïs Saïed, en faveur de la modernisation du système national de santé et de l’amélioration de la qualité des soins périnataux.

La stratégie présentée repose sur le renforcement des compétences des professionnels de santé, l’harmonisation des protocoles cliniques, l’amélioration des circuits de référence, la généralisation du dossier médical numérique interopérable, l’intégration progressive des données du secteur privé et le développement d’une coordination plus efficace entre les différents niveaux de prise en charge, dans l’objectif d’améliorer la qualité, la continuité et l’équité des soins maternels et néonataux sur l’ensemble du territoire.
Comme le rappelle Émile Durkheim, «les faits sociaux doivent être expliqués par d’autres faits sociaux». La santé maternelle ne dépend donc pas uniquement de la qualité des actes médicaux, elle traduit également les conditions sociales dans lesquelles vivent les populations.
L’accès aux soins, le niveau d’instruction des femmes, la protection sociale, les infrastructures de transport, les revenus des ménages et les disparités territoriales influencent directement les risques liés à la grossesse et à l’accouchement. Dans cette perspective, la mortalité maternelle constitue moins un simple indicateur sanitaire qu’un révélateur des inégalités sociales.
À cet égard, l’Organisation mondiale de la Santé considère depuis plusieurs années que la réduction de la mortalité maternelle nécessite une approche globale combinant prévention, accès universel aux soins, qualité des services et réduction des inégalités.
Les analyses démographiques montrent que la Tunisie s’inscrit depuis plusieurs décennies dans une transition démographique relativement avancée au sein du Maghreb.
Selon Kingsley Davis, «la transition démographique est l’une des plus profondes transformations sociales de l’histoire moderne». Elle ne se limite pas à la baisse de la fécondité, elle traduit une transformation des comportements familiaux, de la condition féminine, des politiques de santé et du développement économique.
Les travaux consacrés à l’évolution démographique des pays maghrébins montrent que la baisse de la mortalité infantile et maternelle accompagne généralement la généralisation de la médecine préventive, l’amélioration du niveau de vie, la scolarisation des filles et la modernisation des services publics.
Cependant, comme le soulignent plusieurs démographes, cette transition demeure fragile lorsque les progrès sanitaires ne sont pas accompagnés d’une croissance inclusive et d’une réduction des inégalités territoriales.
Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que «les chances de vie sont inégalement distribuées selon la position sociale des individus».
Cette observation demeure particulièrement pertinente dans le domaine de la santé maternelle. Les complications obstétricales sont souvent aggravées par des facteurs non médicaux : éloignement géographique des maternités, pauvreté, précarité des transports, faiblesse du suivi prénatal ou insuffisance des ressources humaines spécialisées.
Dans cette perspective, renforcer uniquement les équipements hospitaliers ne suffit pas. Une politique efficace doit également agir sur les déterminants sociaux de la santé afin de réduire les inégalités de départ.

La gouvernance sanitaire à l’épreuve des territoires
L’un des apports majeurs de la réunion du 10 juillet réside dans la volonté de renforcer la coordination entre les différents niveaux du système de santé.
Cette orientation rejoint les principes contemporains de la gouvernance sanitaire qui privilégient l’intégration des parcours de soins, la continuité de la prise en charge, la circulation de l’information médicale et l’évaluation permanente des performances.
La numérisation du dossier médical, l’intégration des données du secteur privé et l’harmonisation des protocoles constituent, à cet égard, des leviers importants pour améliorer l’efficacité du système et réduire les ruptures dans la prise en charge.
Le démographe français Alfred Sauvy écrivait : «Gouverner, c’est prévoir».
Cette formule résume parfaitement l’enjeu de la politique de santé maternelle. Investir dans la grossesse, l’accouchement et les premiers jours de vie ne relève pas uniquement de la médecine, il s’agit d’un investissement dans le capital humain, dans la cohésion sociale et dans le développement futur du pays.
Chaque réduction de la mortalité maternelle ou néonatale améliore les indicateurs de développement humain et renforce les capacités futures de la société.

Vers une politique intégrée de la santé maternelle
L’amélioration durable de la santé maternelle ne peut reposer uniquement sur le renforcement des capacités hospitalières ou sur l’augmentation des ressources allouées aux services de soins. Elle suppose une approche systémique intégrant les dimensions sanitaires, sociales, territoriales, économiques et informationnelles qui influencent le parcours de santé des femmes avant, pendant et après la grossesse. Une telle orientation implique de dépasser une logique centrée sur la prise en charge curative pour privilégier une politique publique fondée sur la prévention, la continuité des soins, l’équité territoriale et l’évaluation permanente des résultats.
La création d’un observatoire national de la santé maternelle et néonatale renforcerait la gouvernance en centralisant les données, en harmonisant les indicateurs et en orientant les politiques publiques sur des bases scientifiques, tout en identifiant les disparités territoriales. Le développement de la télémédecine et des solutions numériques améliorerait l’accès aux soins spécialisés, notamment dans les régions insuffisamment desservies. Parallèlement, la formation continue des sages-femmes, des obstétriciens et des autres professionnels de la santé périnatale contribuerait à renforcer la qualité et la sécurité des prises en charge. Cette évolution devrait s’accompagner d’un renforcement des services de proximité intégrant le suivi prénatal, l’accompagnement psychosocial et le suivi postnatal. Enfin, des dossiers médicaux numériques interopérables favoriseraient la continuité des soins, la coordination institutionnelle et une planification sanitaire davantage fondée sur les données.
Enfin, l’intégration des sciences sociales dans l’analyse des politiques de santé apparaît indispensable afin de mieux comprendre les déterminants culturels, économiques, éducatifs et territoriaux qui influencent le recours aux soins, l’adhésion aux programmes de prévention et les inégalités de santé. Une telle approche permet d’appréhender la santé maternelle comme un phénomène multidimensionnel où les facteurs médicaux interagissent avec les conditions de vie, les normes sociales, les niveaux d’instruction et les mécanismes institutionnels. Dans cette optique, l’amélioration de la santé maternelle constitue moins un objectif sectoriel qu’un indicateur de la capacité des politiques publiques à garantir un accès équitable à des soins de qualité, à renforcer la résilience du système de santé et à promouvoir le bien-être des femmes tout au long de leur parcours reproductif.
La réunion stratégique du 10 juillet 2026 dépasse le cadre d’une concertation administrative classique. Elle marque l’émergence d’une approche plus systémique de la santé maternelle et néonatale, dans laquelle la qualité des soins ne peut être dissociée des réalités sociales, démographiques, territoriales et économiques. Cette évolution traduit une prise de conscience que les indicateurs de santé ne sont pas uniquement le produit des performances hospitalières, mais aussi le reflet des conditions de vie, du niveau d’éducation, de l’accès équitable aux services publics et de la capacité des institutions à accompagner les femmes tout au long de leur parcours de maternité.

Les défis à l’horizon 2030
À l’horizon 2030, la réussite de cette stratégie dépendra avant tout de la transformation des orientations annoncées en politiques publiques évaluables et durables. Cela suppose une gouvernance fondée sur des données fiables, un système d’information performant, une évaluation régulière des résultats et une capacité d’adaptation permanente aux évolutions démographiques et épidémiologiques. La réduction des disparités territoriales, l’amélioration de la qualité des soins obstétricaux et néonataux, le renforcement des ressources humaines, ainsi que l’intégration effective de la prévention dans les politiques de santé constitueront les principaux indicateurs de cette transformation.
Toutefois, le progrès ne pourra être pleinement atteint que si plusieurs conditions structurelles sont réunies. Il implique d’abord un investissement continu dans les soins de santé primaires, dans la formation des professionnels, dans les infrastructures sanitaires des régions les moins favorisées et dans la modernisation numérique du système de santé. Il exige également une meilleure articulation entre les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection sociale et du développement territorial, car la santé maternelle relève d’une responsabilité collective qui dépasse largement le seul champ médical.
Une autre condition essentielle réside dans le renforcement de la culture de prévention. Informer les femmes et leurs familles sur le suivi de la grossesse, l’accouchement, la période postnatale et le développement du nouveau-né contribue à réduire les risques évitables et favorise des décisions éclairées. L’éducation sanitaire doit ainsi devenir un levier central de la politique publique, au même titre que les investissements matériels ou les réformes organisationnelles.
L’amélioration durable de la santé maternelle passe également par une attention accrue au bien-être des femmes au-delà de l’accouchement. Les enjeux de santé physique, psychologique et sociale durant les mois qui suivent la naissance demeurent souvent insuffisamment pris en compte alors qu’ils conditionnent la qualité de vie des mères, le développement de l’enfant et la stabilité familiale. Une politique moderne de santé maternelle ne peut donc se limiter à assurer la survie, elle doit viser la qualité de vie, l’accompagnement, l’écoute et la continuité des soins.
Cette ambition suppose également de renforcer les droits, les capacités d’autonomie et l’accès des femmes aux services de santé tout au long de leur parcours de vie. Les recherches en santé publique montrent que les sociétés qui investissent dans l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes et la protection sociale obtiennent durablement de meilleurs résultats en matière de mortalité maternelle et néonatale. La santé devient alors un facteur de développement humain autant qu’un indicateur de justice sociale.
Les expériences internationales démontrent enfin que la majorité des décès maternels et néonataux reste évitable lorsque les systèmes de santé garantissent un accès rapide à des soins de qualité, une prise en charge coordonnée et un suivi continu avant, pendant et après la grossesse. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’augmenter les moyens disponibles, mais d’améliorer leur efficacité, leur répartition territoriale et leur capacité à répondre aux besoins réels des populations.
À l’horizon 2030, la santé maternelle et néonatale pourrait s’imposer comme un indicateur stratégique de la qualité de la gouvernance publique. Cette ambition suppose la mise en œuvre de politiques intégrées, fondées sur l’équité, l’innovation et l’évaluation continue, afin de garantir à chaque femme et à chaque nouveau-né un parcours de soins sûr, accessible et durable.

 

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Crise de liquidités de la CNAM : le grand «rafistolage» d’un système à bout de souffle

Von: tmps
15. Juli 2026 um 17:28

En cet été 2026, le système de protection sociale en Tunisie traverse une tempête financière d’une gravité inédite qui menace d’ébranler les fondations mêmes de l’accès aux soins pour des millions de citoyens. L’épicentre de cette crise se situe au niveau de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), dont les retards de paiement de plus en plus lourds ont poussé les prestataires de soins du secteur privé au bord de la rupture contractuelle. Pour éviter une suspension catastrophique du système du tiers payant, des accords de dernière minute ont été conclus à l’arraché au début du mois de juillet.

Dans le cadre du tiers payant, les prestataires de soins conventionnés avec la CNAM perçoivent de l’assuré social 30% du montant global des frais de soins. Le reliquat fait l’objet d’un décompte adressé au centre régional ou local de la caisse, afin qu’elle procède au paiement intégral du prestataire de soins dans un délai ne dépassant pas quelques semaines ouvrables à compter de la date de réception du décompte et ce, par virement bancaire ou postal au compte indiqué dans le dossier d’adhésion.

Cependant, loin de marquer la fin de la crise, ces compromis fragiles ne résolvent rien sur le fond. En se contentant de calmer la colère des professionnels de santé à coups de promesses de règlements à court terme, la CNAM et le ministère des Affaires sociales s’adonnent à une pure politique de «rafistolage». Cette gestion à vue de la pénurie de liquidités permet d’éviter temporairement la paralysie des soins, mais elle occulte sciemment l’urgence absolue d’une réforme profonde et structurelle du régime d’assurance maladie et du système des retraites, qui sont plus que jamais interdépendants. 

Un tiers payant sous perfusion et une gestion au jour le jour 

L’alerte est maximale au niveau des syndicats des prestataires de soins privés qui refusent désormais de servir de variables d’ajustement financier. À l’issue d’une réunion cruciale tenue le mercredi 8 juillet 2026, l’Intersyndicale des professions médicales dans le secteur privé a fustigé la dégradation continue d’une situation qu’elle avait déjà dénoncée lors d’une première mise en garde en décembre 2025. Ce collectif regroupe des piliers de la santé libérale en Tunisie tels que le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML), le Syndicat tunisien des médecins dentistes de libre pratique (STMDLP), le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), le Syndicat tunisien des biologistes privés (STBP) et les chambres syndicales nationales des cliniques privées et des centres d’hémodialyse affiliés à l’UTICA. Tous s’accordent à dire que les retards de remboursement accumulés asphyxient l’équilibre financier des structures sanitaires privées et font peser un risque immédiat sur la continuité des prestations dues aux assurés sociaux.

Face au spectre imminent d’un blocage généralisé du mécanisme du tiers payant, le ministère des Affaires sociales a multiplié les interventions d’urgence pour colmater les brèches. Le 2 juillet 2026, le SPOT a annoncé la poursuite du système du tiers payant dans les pharmacies conventionnées, suite à des engagements de la CNAM de couvrir les mois de mai et juin, tout en promettant d’établir un accord-cadre clair pour les six mois à venir afin de stabiliser la relation contractuelle.

Une dizaine de jours plus tard, le Syndicat tunisien des biologistes privés a emboîté le pas en suspendant sa décision de mettre fin au tiers payant après une réunion de crise avec le ministre des Affaires sociales et les dirigeants de la caisse. Néanmoins, à l’instar de l’ensemble de la profession, les biologistes préviennent que ce sursis reste strictement conditionné au respect rigoureux et ponctuel par la CNAM de ses engagements financiers. Ces suspensions successives des arrêts de travail illustrent la précarité extrême du régime actuel d’assurance maladie.

La CNAM, «banquière forcée» des caisses de retraite en faillite

De son côté, le secteur public de la santé subit tout aussi violemment l’incapacité de la CNAM à honorer ses dettes. Selon les données alarmantes dévoilées le 6 juillet par le secrétaire général du Syndicat des médecins, des pharmaciensdes médecins-dentistes hospitalo-universitaires, la CNAM traîne une ardoise astronomique de 2,2 milliards de dinars de dettes impayées envers les hôpitaux publics. Cette rétention forcée de fonds tarit les budgets des structures hospitalières étatiques, les privant des ressources nécessaires pour renouveler leurs équipements, assurer la maintenance technique indispensable et s’approvisionner régulièrement en consommables médicaux de base. 

Le système sanitaire tunisien dans sa globalité, public comme privé, se retrouve pris en otage par cette crise de liquidités. Le «rafistolage» opéré en urgence auprès des syndicats libéraux n’est qu’une infime digue face à un océan de dettes systémiques, qui fragilise directement le droit constitutionnel des citoyens à la santé.

Pour comprendre les racines de cette pénurie chronique de liquidités, il convient de dépasser les symptômes pour analyser les flux réels de la sécurité sociale tunisienne. Le grand paradoxe de la CNAM réside dans le fait qu’elle n’est pas structurellement déficitaire, si l’on s’en tient au volume théorique des cotisations sociales qui lui sont allouées. Son incapacité à rembourser ses prestataires découle d’un «mécanisme de vases communicants institutionnalisé» et destructeur pour le secteur de la santé.

Les cotisations d’assurance-maladie prélevées à la source sur les salaires des secteurs public et privé sont centralisées, mais elles sont détournées de leur destination initiale. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) font face à des déficits abyssaux, creusés par le vieillissement de la population, la stagnation de l’emploi formel et le poids écrasant de l’économie informelle. Pour le ministère des Affaires sociales, l’interruption ou le retard du versement des pensions de retraite aux centaines de milliers de seniors tunisiens représenterait une ligne rouge. 

Le choix politique de court terme a donc été d’utiliser depuis 2015 les ressources de la CNAM (ses parts légitimes dans les cotisations sociales) pour maintenir à flot la CNSS et la CNRPS, afin qu’elles puissent poursuivre le versement des pensions. En transformant l’assurance maladie en tiroir-caisse forcé des régimes de retraite en faillite, l’État vide la CNAM de ses liquidités courantes, l’empêchant de payer les pharmaciens, les biologistes et les hôpitaux publics.

L’évitement de la réforme ou l’art de repousser l’inévitable

Les autorités compétentes esquivent ainsi, une fois de plus, les réformes de fond indispensables du régime d’assurance-maladie et, par extension, d’un système de retraite structurellement failli. Les accords fragiles avec les prestataires de soins privés agissent comme de simples analgésiques sur un corps social profondément malade, maintenant le système en état de sursis permanent. Ce traitement symptomatique au coup par coup démontre un refus obstiné des autorités de s’attaquer aux causes réelles du mal par de grandes réformes. Pour sortir définitivement de cette impasse, une refonte courageuse s’impose à travers plusieurs leviers majeurs. Il s’agit, en premier lieu, d’instaurer une indépendance financière de la CNAM, grâce à une étanchéité budgétaire stricte et absolue, garantissant que chaque dinar cotisé par les travailleurs pour la santé soit sanctuarisé et exclusivement affecté aux prestations médicales et hospitalières.

Le deuxième chantier consiste à réformer les régimes de retraite. Cela passe nécessairement par une réévaluation des âges légaux de départ à la retraite, un réajustement des taux de contribution, une lutte implacable contre le secteur informel pour élargir l’assiette des cotisants, l’instauration de nouvelles taxes parafiscales sur les comportements à risque et les produits nocifs pour la santé (tabac, alcool, usines polluantes, etc.).

Les récents protocoles d’accord conclus en juillet 2026 pour préserver le mécanisme du tiers payant ne sont, en somme, qu’un cautère sur une jambe de bois. Ils offrent au gouvernement quelques mois de répit, mais laissent les causes profondes de la crise intactes. On ne peut indéfiniment financer les pensions de retraite en «affamant» l’assurance-maladie et en asphyxiant les hôpitaux publics. À force de privilégier le colmatage d’urgence au détriment d’une réingénierie globale du modèle de protection sociale, les décideurs s’exposent à un réveil brutal où le système de solidarité nationale finira par s’effondrer définitivement, laissant les assurés sociaux seuls face aux coûts prohibitifs de la maladie.

Walid KHEFIFI

 

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Les relations tuniso-russes :  70 années de continuité diplomatique à l’épreuve des mutations géopolitiques

Von: tmps
15. Juli 2026 um 16:46

Par Mondher AFI

La célébration du soixante-dixième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République tunisienne et la Fédération de Russie, État successeur de l’Union des Républiques socialistes soviétiques sur le plan du droit international, constitue une étape significative dans l’évolution des relations bilatérales entre les deux pays. Depuis leur établissement en 1956, ces relations se sont développées dans un environnement international en constante mutation, marqué par la fin de la bipolarité, la recomposition des rapports de puissance et l’émergence de nouvelles configurations géopolitiques.

Malgré ces transformations, la coopération tuniso-russe a conservé une certaine continuité, reposant sur des mécanismes de dialogue politique, des échanges institutionnels réguliers et la recherche de convergences dans plusieurs domaines d’intérêt commun.

Cet anniversaire intervient dans un contexte où la politique étrangère tunisienne est conduite, sous le suivi du Président de la République, Kaïs Saïed, selon des orientations privilégiant la consolidation de la souveraineté nationale, l’élargissement des partenariats internationaux et la diversification des relations extérieures, dans le respect des principes du droit international et de l’égalité souveraine entre les États. Dans cette perspective, les relations avec la Fédération de Russie s’inscrivent dans une approche diplomatique fondée sur l’équilibre des partenariats, la défense des intérêts nationaux et le maintien d’un dialogue ouvert avec l’ensemble des acteurs internationaux, indépendamment des recompositions qui caractérisent le système international contemporain.

L’échange de messages de félicitations entre Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, s’inscrit dans cette dynamique. Au-delà de sa dimension protocolaire, cet échange traduit la volonté des deux États de préserver un dialogue politique régulier et de poursuivre une coopération fondée sur le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité souveraine et la recherche d’intérêts communs. Il reflète également la continuité d’une relation diplomatique qui, tout en s’adaptant aux évolutions du contexte international, demeure structurée autour d’une approche pragmatique privilégiant la concertation politique et le développement progressif de la coopération bilatérale dans les domaines jugés prioritaires par les deux parties.

Une relation construite dans la durée

Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques le 11 juillet 1956, la Tunisie et la Russie ont entretenu des liens caractérisés par une remarquable continuité. Si les contextes internationaux ont profondément évolué, la coopération bilatérale a su s’adapter aux changements intervenus avec la fin de la guerre froide, la disparition de l’Union soviétique et l’émergence d’un système international plus complexe.

Contrairement à plusieurs configurations des relations soviéto-arabes durant la guerre froide, largement structurées par les logiques de bipolarisation idéologique, les mécanismes d’alignement stratégique et les dynamiques de compétition entre les deux blocs, les relations entre la Tunisie et l’Union soviétique, puis avec la Fédération de Russie après 1991, se sont progressivement distinguées par une orientation sensiblement différente. Elles se sont construites selon une logique davantage pragmatique, dans laquelle les considérations politiques, économiques et diplomatiques ont généralement prévalu sur les affinités doctrinales ou les solidarités idéologiques.

Cette spécificité s’explique notamment par la doctrine diplomatique tunisienne, historiquement fondée sur le principe du non-alignement, la diversification des partenariats extérieurs et la préservation d’une autonomie décisionnelle vis-à-vis des grandes puissances. Dans cette perspective, les relations avec Moscou n’ont jamais reposé sur une adhésion à un projet idéologique commun ni sur une volonté d’intégration à une sphère d’influence déterminée. Elles se sont développées à travers une coopération sélective, modulée en fonction des intérêts nationaux respectifs, de l’évolution des rapports de force internationaux et des opportunités offertes par les transformations de l’environnement géopolitique.

L’analyse de cette trajectoire met en évidence une forme de réalisme diplomatique caractérisée par une faible intensité idéologique et une forte capacité d’adaptation aux mutations du système international. Les interactions bilatérales ont ainsi été principalement déterminées par des considérations relatives au développement économique, aux échanges commerciaux, à la coopération scientifique et technique, aux secteurs de l’énergie, de l’enseignement supérieur, du tourisme ainsi qu’à la concertation sur certaines questions internationales d’intérêt commun. Cette dynamique illustre une conception des relations internationales dans laquelle la coopération est moins le produit d’une proximité doctrinale que le résultat d’une convergence ponctuelle d’intérêts stratégiques, économiques et institutionnels.

Dans cette optique, la relation tuniso-russe apparaît comme un exemple d’interaction interétatique fondée sur une rationalité pragmatique plutôt que sur une logique d’alignement idéologique. Sa continuité historique résulte moins de la permanence d’une communauté de valeurs politiques que de la capacité des deux États à préserver des canaux de dialogue, à adapter leurs mécanismes de coopération aux transformations du contexte international et à inscrire leur partenariat dans une approche fonctionnelle privilégiant les bénéfices mutuels, la flexibilité diplomatique et la recherche d’équilibres compatibles avec les priorités nationales de chacun. Cette évolution traduit une forme de coopération durable dont la stabilité repose essentiellement sur la convergence des intérêts objectifs et sur une gestion pragmatique des relations bilatérales, indépendamment des recompositions idéologiques ayant marqué les différentes phases de l’ordre international contemporain.

Le pragmatisme comme fondement du partenariat

L’analyse des relations internationales montre que les politiques étrangères des États sont principalement déterminées par la défense de leurs intérêts nationaux et par leur capacité à s’adapter aux évolutions de l’environnement international. Dans cette perspective, ni la Tunisie ni la Fédération de Russie ne font exception à cette logique. Leurs politiques extérieures s’inscrivent dans une démarche pragmatique où les considérations de sécurité, de développement économique, de stabilité politique et de diversification des partenariats occupent une place centrale. Les relations bilatérales ne relèvent ainsi ni d’une logique idéologique ni d’un système d’alliances exclusives, mais d’une convergence d’intérêts définie en fonction des priorités propres à chacun des deux États.

Les transformations intervenues depuis la fin de la guerre froide ont profondément modifié les équilibres du système international. L’émergence progressive d’un ordre davantage multipolaire, la diversification des pôles de croissance économique, la montée des enjeux énergétiques, alimentaires et technologiques, ainsi que l’intensification des interdépendances économiques ont conduit de nombreux États à adapter leurs stratégies diplomatiques. Dans ce contexte, la Russie a progressivement réorienté sa politique extérieure afin de préserver ses intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires, tandis que la Tunisie a poursuivi une politique de diversification de ses partenariats extérieurs visant à renforcer son autonomie diplomatique et à élargir ses marges de coopération avec différents acteurs internationaux.

Les relations tuniso-russes s’inscrivent précisément dans cette dynamique d’adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques. Pour la Tunisie, la coopération avec la Russie constitue l’un des instruments de diversification de ses relations extérieures, sans remettre en cause ses autres partenariats traditionnels. Pour la Russie, la Tunisie représente un partenaire stable en Méditerranée et en Afrique du Nord, offrant des perspectives de coopération dans plusieurs secteurs présentant des intérêts réciproques.

 Cette complémentarité favorise le développement de projets communs dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la santé, du tourisme, des technologies et des échanges culturels.

Cette relation bilatérale se caractérise ainsi par une approche fonctionnelle fondée sur la recherche d’avantages mutuels plutôt que sur des considérations idéologiques. Son évolution reflète une tendance plus large observée dans les relations internationales contemporaines, où les États privilégient des partenariats flexibles, évolutifs et sectoriels, adaptés aux mutations du système international. Dans cette perspective, la coopération entre la Tunisie et la Russie apparaît comme un partenariat pragmatique, fondé sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’équilibre des intérêts et la recherche d’une coopération susceptible de contribuer au développement économique, scientifique et technologique des deux pays. Cette logique confère aux relations tuniso-russes une stabilité relative, tout en leur permettant de s’adapter aux évolutions de l’environnement géopolitique international sans être tributaires des fluctuations conjoncturelles des rapports de puissance.

Les défis d’un environnement international en mutation

L’ordre international connaît aujourd’hui une profonde recomposition, marquée par le retour des rivalités entre grandes puissances, la montée des pôles émergents et l’accélération des transformations économiques et technologiques.

Dans ce contexte, les relations tuniso-russes s’inscrivent dans une dynamique de diversification des partenariats internationaux. Pour la Tunisie, il s’agit de maintenir un dialogue ouvert avec l’ensemble de ses partenaires, tout en préservant son autonomie décisionnelle. Pour la Russie, le développement des relations avec les pays du Sud participe à une stratégie plus large de consolidation de sa présence diplomatique et économique dans différentes régions du monde.

Cette convergence ne relève pas d’une logique d’alliance, mais d’une coopération adaptée aux intérêts réciproques et aux évolutions de l’environnement international.

Soixante-dix ans après l’établissement de leurs relations diplomatiques, la Tunisie et la Fédération de Russie disposent d’un cadre de coopération qui a su évoluer au rythme des transformations du système international sans perdre sa cohérence ni sa continuité. Cette relation ne repose ni sur une logique d’alliance stratégique ni sur des affinités idéologiques, mais sur une approche pragmatique fondée sur la convergence d’intérêts, le respect de la souveraineté des États et la recherche d’avantages mutuels. Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, la diversification des centres de décision et l’intensification des interdépendances économiques, cette coopération offre encore d’importantes perspectives de développement.

Les perspectives d’évolution des relations tuniso-russes reposent sur l’existence de domaines de coopération susceptibles d’être progressivement consolidés en fonction des priorités de développement des deux pays et de l’évolution du contexte international. Les secteurs de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de la santé, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la transformation numérique, de l’innovation, des investissements et du tourisme offrent des possibilités de coopération qui pourraient être davantage développées dans le cadre de mécanismes institutionnels plus structurés. La concrétisation de ces perspectives demeure toutefois liée à la capacité des deux parties à renforcer le dialogue entre les administrations, les opérateurs économiques, les universités et les centres de recherche, ainsi qu’à améliorer les conditions favorisant les échanges commerciaux, les investissements et la circulation des compétences.

Par ailleurs, la concertation diplomatique entre la Tunisie et la Fédération de Russie au sein des organisations internationales constitue un cadre de dialogue permettant d’échanger sur les principales questions régionales et internationales, dans le respect des principes de la Charte des Nations unies, du droit international et de l’égalité souveraine des États. Dans cette perspective, le soixante-dixième anniversaire des relations diplomatiques illustre la continuité d’un dialogue bilatéral qui privilégie une coopération pragmatique, adaptée aux intérêts des deux pays et aux évolutions du système international, sans logique d’alignement, mais dans une recherche d’équilibre, de réciprocité et de bénéfices mutuels.



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Climatisation : des degrés qui font grimper la facture d’électricité

Von: tmps
12. Juli 2026 um 09:26

Dès que les températures grimpent, le même réflexe s’installe dans les foyers, les bureaux et les commerces : fermer les fenêtres, saisir la télécommande et allumer le climatiseur. En quelques années, cet appareil est devenu presque incontournable pendant l’été tunisien. Face à des épisodes de chaleur plus difficiles à supporter, la climatisation n’est d’ailleurs plus toujours perçue comme un simple confort. Mais son utilisation intensive a un coût qui se révèle souvent au moment de recevoir la facture d’électricité.

Le problème ne réside pas seulement dans le fait d’allumer un climatiseur, mais aussi dans la manière de l’utiliser. Une température très basse, un appareil qui fonctionne pendant de longues heures, des fenêtres mal isolées ou un logement exposé au soleil peuvent considérablement augmenter les besoins en énergie. À l’échelle d’un seul foyer, la différence peut sembler limitée. Mais lorsque les climatiseurs fonctionnent simultanément dans des centaines de milliers de logements, leur impact se fait sentir sur l’ensemble du système électrique. Les documents de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie soulignent d’ailleurs que la généralisation de la climatisation entraîne des pointes de surconsommation électrique. Le phénomène est particulièrement visible pendant les périodes de forte chaleur, lorsque la demande augmente brutalement à certaines heures de la journée. La STEG a elle aussi, dans plusieurs de ses rapports d’activité, directement associé les pointes estivales à la forte sollicitation des équipements de climatisation. 

Le thermostat, ce petit réglage qui change beaucoup de choses

Lorsqu’il fait très chaud, la tentation est grande de régler le climatiseur sur une température particulièrement basse. Beaucoup espèrent ainsi rafraîchir la pièce plus vite. Pourtant, le thermostat ne fonctionne pas comme un bouton permettant d’accélérer instantanément le refroidissement. Il indique surtout à l’appareil la température qu’il doit tenter d’atteindre et de maintenir. Plus l’écart entre la chaleur extérieure et la température demandée à l’intérieur est important, plus le système de climatisation est sollicité. Dans une pièce exposée au soleil, mal isolée ou traversée par des entrées d’air chaud, l’appareil peut alors fonctionner pendant de longues périodes pour essayer de maintenir la température choisie. Cette durée de fonctionnement supplémentaire se traduit directement par une consommation d’électricité plus élevée. La qualité du logement joue donc un rôle aussi important que le climatiseur lui-même. Le ministère chargé de l’Énergie distingue deux grands leviers d’efficacité énergétique dans les bâtiments. Le premier est passif et concerne notamment l’orientation, l’isolation thermique et l’étanchéité. Le second est actif et repose sur la performance des équipements, leur régulation et le comportement des utilisateurs. Autrement dit, même un appareil efficace consommera davantage s’il doit continuellement lutter contre la chaleur qui pénètre dans le logement. 

Fermer les fenêtres lorsque la climatisation fonctionne, limiter l’exposition directe au soleil ou encore éviter de refroidir inutilement des pièces inoccupées ne relève donc pas seulement du bon sens. Ces gestes agissent sur la durée pendant laquelle l’appareil doit fonctionner. L’ANME rappelle d’ailleurs dans ses guides consacrés aux logements économes en énergie que la climatisation suppose de maintenir portes et fenêtres fermées pendant son fonctionnement et que sa consommation électrique reste importante. Cette question prend une dimension particulière dans les logements anciens ou mal conçus pour faire face aux fortes chaleurs. Dans certains appartements, les murs et les toitures accumulent la chaleur pendant la journée avant de la restituer le soir. Le climatiseur doit alors compenser les faiblesses du bâtiment. Le problème énergétique ne commence donc pas toujours avec la télécommande : il peut être inscrit dans la conception même du logement.

L’étiquette énergétique, un détail qui n’en est pas un

Tous les climatiseurs ne consomment pas la même quantité d’électricité pour fournir un service comparable. C’est précisément pour permettre au consommateur de distinguer les appareils les plus performants des plus énergivores que la Tunisie a instauré un système de certification et d’étiquetage énergétique. Le dispositif officiel comprend huit classes. La classe 1 correspond aux équipements les plus économes en énergie, tandis que la classe 8 désigne les plus consommateurs. Pour les climatiseurs, l’étiquetage énergétique est encadré par la réglementation depuis 2009. La Tunisie a ensuite progressivement interdit la commercialisation des appareils les moins performants : les classes 6, 7 et 8 ont été écartées du marché en 2009, la classe 5 en 2010 et la classe 4 en 2011. Cette réglementation montre à quel point le choix de l’appareil constitue un enjeu national. Lors de l’achat, le prix reste naturellement un critère déterminant pour les familles. Mais le coût réel d’un climatiseur ne se limite pas à la somme payée en magasin. Il faut aussi tenir compte de l’électricité consommée pendant plusieurs étés.

Un appareil moins performant peut sembler plus économique au moment de l’achat tout en coûtant davantage sur la durée. À l’inverse, un équipement plus efficace peut réduire les besoins en électricité à service comparable. L’étiquette énergétique devient ainsi un outil de comparaison aussi important que la puissance, la marque ou le prix. La question de la puissance mérite également une attention particulière. Un climatiseur doit être adapté à la taille de la pièce, à son exposition et aux caractéristiques du bâtiment. Le fonctionnement énergétique dépend donc d’un ensemble de facteurs qui vont bien au-delà du simple choix d’une température sur la télécommande.

Quand le confort individuel devient un enjeu collectif

L’impact de la climatisation ne s’arrête pas à la porte du logement. Lorsque la chaleur touche simultanément tout le pays, des milliers d’appareils se mettent en marche au même moment. La consommation augmente alors rapidement et le réseau électrique doit répondre à une demande particulièrement forte. Ce phénomène est ancien et documenté. Les rapports de la STEG ont déjà montré que les conditions climatiques estivales influencent directement les appels de puissance. Une année marquée par une forte vague de chaleur entraîne une sollicitation plus importante de la climatisation, tandis qu’un été plus clément peut limiter la demande. Le défi consiste donc à concilier deux réalités. D’un côté, il serait irréaliste de demander aux ménages de renoncer à la climatisation alors que les périodes de forte chaleur rendent parfois les logements difficiles à supporter. De l’autre, l’usage massif et peu maîtrisé de ces appareils alourdit les factures et accentue les pointes de consommation. La réponse ne passe pas nécessairement par la privation. Elle repose davantage sur une meilleure utilisation des équipements et sur des bâtiments mieux adaptés au climat. La politique tunisienne d’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel s’appuie d’ailleurs sur ces deux dimensions : améliorer les qualités du bâtiment lui-même et optimiser les équipements ainsi que les usages. 

À l’échelle d’un foyer, fermer une fenêtre ou choisir un appareil performant peut sembler dérisoire. Pourtant, la consommation électrique nationale est précisément la somme de millions de gestes individuels. Pendant les journées les plus chaudes, quelques heures de fonctionnement supplémentaires dans chaque logement peuvent devenir une charge considérable pour l’ensemble du réseau. La climatisation restera sans doute l’un des équipements les plus utilisés des étés tunisiens. La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut ou non l’allumer, mais comment éviter qu’un besoin légitime de fraîcheur ne se transforme en surconsommation. Entre le choix de l’appareil, l’état du logement et le réglage du thermostat, quelques décisions apparemment mineures peuvent peser lourd. Car en été, les degrés que l’on cherche à gagner sur le thermomètre finissent souvent par se retrouver, eux aussi, sur la facture.

Leila SELMI

 

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En vue de les aider dans leur choix :  des tuyaux pour les nouveaux bacheliers 

Von: tmps
11. Juli 2026 um 09:30

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a mis à la disposition des nouveaux bacheliers le nouveau guide d’orientation universitaire pour l’année 2024. Ces derniers sont invités à y accéder pour formuler leurs choix. Les lauréats qui ont réussi brillamment avec des moyennes excellentes n’ont pas de souci puisqu’ils peuvent obtenir leur premier choix. Les autres peinent souvent à sélectionner leurs choix et n’accèdent pas toujours à la filière universitaire qu’ils préfèrent. Vu le grand nombre de filières universitaires, le nouveau bachelier trouve parfois des difficultés à effectuer son choix.

Le guide d’orientation universitaire comprend tous les critères que les futurs étudiants doivent respecter (calcul de score, score du dernier orienté, capacité d’accueil, étapes de l’orientation, conditions et procédures de la réorientation…) ainsi que l’ensemble des offres d’études universitaires dans les universités publiques et privées. Le guide comprend également l’ensemble des offres de formation professionnelle pour le cycle de Technicien supérieur (formation professionnelle pour bacheliers). En vue d’aider les nouveaux bacheliers dans leurs choix, nous leur proposons quelques filières qui promettent une formation menant à des métiers d’avenir.

Les métiers de l’audiovisuel 

Le guide d‘orientation propose plusieurs filières dans le domaine de l’audiovisuel dont la formation dure trois ans. Les nouveaux bacheliers peuvent opter pour des études accompagnées d’une formation dans ce domaine et ce, en optant, selon leur score, pour l’obtention d’une licence fondamentale de technicien du son ou une licence en audio-visuel ou encore en multimédias ou en techniques cinématographiques (assistant-réalisateur, images et lumières, son et montage), assurés par l’Institut Supérieur des Arts Multimédia de la Manouba et par d’autres instituts régionaux comme l’Institut Supérieur des Arts et Métiers répartis sur plusieurs gouvernorats. Lors de leurs études, les étudiants recevront une formation spécifique concernant le domaine audiovisuel, comme l’installation des équipements sonores et la captation du son, l’édition de fichiers audio ou encore le mixage et la diffusion. Parmi les débouchés accessibles après cette option, on retrouve, entre autres, les métiers d’ingénieur du son, de perchman, d’opérateur de prise de son, de régisseur son, d’assistant studio et de sonorisateur.

Electricité et énergies renouvelables 

Le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi propose des formations et certifications adaptées en électricité et en énergies renouvelables. Les cursus universitaires et techniques en Tunisie proposent des formations en génie électrique, énergie, et plus spécifiquement en énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc.). Ces formations sont souvent proposées dans les écoles d’ingénieurs, universités et centres de formation professionnelle pour lesquels les nouveaux étudiants peuvent opter. Ils peuvent développer des compétences en conception, installation, maintenance et gestion des systèmes électriques et des installations d’énergies renouvelables. Ils apprennent aussi les normes de sécurité, les techniques d’efficacité énergétique et les technologies innovantes. Les diplômés issus de ces différentes instances universitaires peuvent être recrutés par la STEG pour la gestion, la production et la distribution d’électricité, y compris les projets d’énergies renouvelables, ainsi que par les entreprises industrielles et du bâtiment pour l’installation et la maintenance des systèmes électriques et énergétiques, notamment dans le cadre de la transition énergétique sachant qu’aujourd’hui, les énergies renouvelables constituent un secteur en croissance avec des opportunités dans l’installation de panneaux solaires, éoliennes, systèmes de chauffage écologique et services liés à l’efficacité énergétique.

Les études agroalimentaires 

Parmi les filières proposées aux nouveaux bacheliers dans le guide figurent celles qui ont trait à l’alimentation et aux industries agroalimentaires. L’Ecole Supérieure des Industries Alimentaires de Tunis (ESIAT) est un établissement public d’enseignement supérieur, dont la vocation est de former des ingénieurs (Bac+5), des licences appliquées (Bac+3) et de délivrer des mastères et des doctorats en Industries alimentaires. Elle fait partie d’un ensemble d’autres instituts d’enseignement supérieur agricole répartis sur les universités tunisiennes. Concernée comme tous les établissements supérieurs par l’application du système LMD, cette école adhère à ce système en instituant la licence appliquée qui prendra ainsi la place du cycle de formation de technicien supérieur. Cette licence doit répondre aux besoins du marché de l’emploi dans le domaine de l’industrie alimentaire.

Une licence fondamentale en Production Animale et Ressources Alimentaires est délivrée par l’Ecole Supérieure d’Agriculture de Mateur, l’Institut National Agronomique de Tunisie sous la double tutelle du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Cette école offre la possibilité aux étudiants titulaires d’une licence de poursuivre leurs études en vue d’obtenir un master (Diplôme national d’ingénieur en production animale et végétale). 

Spécialités de l’environnement

Le guide d’orientation propose des filières qui débouchent sur un diplôme de techniciens supérieurs ou des ingénieurs en la matière. L’Institut Supérieur des Sciences et Technologies de l’Environnement (ISSTE) est un établissement d’enseignement supérieur spécialisé en environnement dans l’acception large du terme. Eu égard à la complexité des problématiques environnementales, la formation au sein de l’institut est polyvalente et interdisciplinaire.

L’ISSTE de Borj Cédria est l’un de ces instituts qui assure aux étudiants, dans le cadre du système LMD, la formation nécessaire qui les prépare aux différentes spécialités exigées dans ce secteur. Cet institut fait partie du technopôle de Borj Cédria, spécialisé dans les énergies renouvelables, l’eau, l’environnement et la biotechnologie végétale. Ce technopôle regroupe en son sein des instituts supérieurs divers (sciences et technologies de l’environnement, informatique et études technologiques) et différents centres de recherche dans ces secteurs.

L’ISSTE est doté de tout l’équipement nécessaire à la pointe de la technologie et des ressources humaines qualifiées et expérimentées garantissant aux étudiants une formation adaptée au progrès technologique et adéquate aux potentialités du marché de l’emploi dans le secteur de l’environnement. Une licence appliquée est octroyée aux étudiants ayant accompli les trois ans avec succès qui leur permettrait d’entrer dans le marché de l’emploi en qualité de technicien supérieur dans l’architecture de protection et de lutte contre la pollution de l’environnement. L’ISSTE réalise depuis sa création des taux de réussite très importants. Les diplômés de l’ISSTE, titulaires d’une licence appliquée dans l’une des spécialités de l’environnement auront des perspectives d’emploi variées. Ils pourront créer leurs propres projets, poursuivre leurs études pour obtenir un master ou un doctorat en la matière ou travailler dans le secteur public ou privé dans les domaines suivants : les bureaux d’études spécialisés, les laboratoires d’analyses publics ou privés, les entreprises privées (collecte, recyclage et traitement de déchets, traitement de l’eau, entretien d’espaces…), les organisations non gouvernementales nationales et internationales et d’autres possibilités d’emploi non moins intéressantes. Le ministère de l’Environnement, le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, ainsi que les petites et moyennes entreprises sont prêts à embaucher les diplômés de l’ISSTE.

Formation professionnelle

En dehors des filières universitaires proposées dans le guide d’orientation, le nouveau bachelier peut y trouver d’autres voies disponibles dans le cadre du système de formation professionnelle et ce, à travers les différents Centres Sectoriels de Formation aux Métiers du Tertiaire qui fournissent des formations requises par le marché du travail et permettent à l’étudiant d’acquérir des compétences, des aptitudes et des spécialisations dans plusieurs domaines dans ces différents centres sectoriels où l’étudiant peut bénéficier d’une formation initiale dans les métiers du tertiaire. Les programmes ont été élaborés en collaboration avec les entreprises selon l’approche par compétences.

Au sein de ces centres sectoriels, la formation est assurée par un cadre de formateurs et de consultants en médias et en orientation professionnelle, ainsi que par des conseillers dans la formation et l’encadrement. Les formateurs sont recrutés parmi les ingénieurs et les techniciens de haut rang, et sont soumis à des stages pédagogiques avant d’entamer leurs tâches. La formation s’effectue en collaboration avec les recruteurs éventuels pour s’assurer que les jeunes acquièrent des compétences requises par les employeurs. Ces centres sectoriels reposent sur la formation en alternance, un mode de formation qui nécessite une coordination étroite entre l’organisme de formation et les entreprises, afin que les apprenants puissent bénéficier d’une formation cohérente et efficace. Ces centres sectoriels de formation aux métiers du tertiaire sont nombreux et se répartissent sur tous les gouvernorats.

Hechmi KHALLADI



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Banque centrale, souveraineté économique et mutations des équilibres macroéconomiques 

Von: tmps
11. Juli 2026 um 08:26

 Par Mondher AFI

Le 6 juillet 2026, au Palais de Carthage, le Président de la République Kaïs Saïed a reçu le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhair Nouri, venu lui remettre le rapport annuel de la Banque centrale au titre de l’année 2025. Cette rencontre institutionnelle s’inscrit dans un contexte caractérisé par les profondes transformations de l’économie mondiale, la reconfiguration des rapports de puissance économique et l’évolution du rôle des banques centrales dans la gouvernance des États.

 

Elle intervient également après la participation du Gouverneur aux travaux du Congrès financier de la Banque de Russie, organisé à Saint-Pétersbourg, où la Tunisie a pris part aux échanges en qualité d’invitée d’honneur.

Au-delà de son caractère protocolaire, cette rencontre offre une grille de lecture pertinente des enjeux économiques auxquels la Tunisie est confrontée. Les éléments présentés lors de cet entretien – croissance économique, inflation, réserves en devises, remboursement de la dette extérieure et participation aux forums économiques internationaux – ne doivent pas être appréhendés comme une simple succession de données statistiques. Ils traduisent les interactions permanentes entre politique monétaire, stabilité financière, coopération internationale et développement national. L’analyse de ces éléments permet de mieux comprendre les mécanismes qui structurent l’économie tunisienne dans un environnement international marqué par une incertitude croissante et par l’émergence de nouveaux espaces de coopération économique.

 La Banque centrale au cœur de la gouvernance économique

Les banques centrales occupent aujourd’hui une place essentielle dans l’organisation des économies contemporaines. Initialement chargées de l’émission de la monnaie et de la régulation de la circulation monétaire, elles exercent désormais des responsabilités beaucoup plus larges qui concernent la stabilité des prix, la supervision bancaire, la préservation de la confiance dans le système financier et la protection des équilibres macroéconomiques. Dans une économie ouverte comme celle de la Tunisie, ces missions prennent une dimension particulière, puisque les fluctuations internationales influencent directement les marchés financiers, les échanges commerciaux et les mouvements de capitaux.

La remise du rapport annuel constitue ainsi un exercice de transparence institutionnelle qui permet d’apprécier la situation économique du pays à partir d’indicateurs objectivés. Ce document ne se limite pas à dresser un bilan comptable de l’année écoulée, il met également en évidence les évolutions de l’environnement économique, les risques susceptibles d’affecter la stabilité financière ainsi que les perspectives de l’économie nationale. Les banques centrales produisent en effet une expertise indispensable à la compréhension des transformations économiques, dans un contexte où les décisions publiques nécessitent une information fiable et régulièrement actualisée.

Les indicateurs présentés lors de la rencontre offrent des éléments d’appréciation sur la situation macroéconomique du pays. Le taux de croissance renseigne sur l’évolution de l’activité économique, tandis que l’inflation constitue un indicateur de la stabilité des prix et du pouvoir d’achat. Les réserves en devises permettent d’évaluer la capacité du pays à couvrir ses besoins en importations et à honorer ses engagements extérieurs. De son côté, le respect des échéances de remboursement de la dette contribue à apprécier la crédibilité financière de l’État sur les marchés. Pris séparément, ces indicateurs rendent compte de dimensions spécifiques de l’économie ; analysés conjointement, ils offrent une lecture plus complète des équilibres macroéconomiques, sans pour autant suffire, à eux seuls, à rendre compte de l’ensemble des dynamiques économiques et sociales.

Toutefois, la littérature économique contemporaine rappelle que ces indicateurs ne constituent pas une fin en soi. Comme l’ont montré Amartya Sen et Joseph Stiglitz, les performances macroéconomiques prennent leur véritable signification lorsqu’elles s’accompagnent d’une amélioration durable des conditions de vie, d’un renforcement des capacités productives et d’une consolidation des institutions. Les banques centrales participent à la création d’un environnement favorable au développement, mais leur action s’inscrit dans un ensemble plus vaste où interviennent également les politiques budgétaires, industrielles, éducatives et sociales.

La participation tunisienne aux forums économiques internationaux

La rencontre du 6 juillet 2026 a également permis d’évoquer les résultats de la participation tunisienne au Congrès financier organisé par la Banque de Russie, en marge de la vingt-neuvième édition du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Cet événement, placé sous le thème «Dialogue pratique : la voie vers un avenir stable», a réuni des responsables politiques, des gouverneurs de banques centrales, des représentants d’institutions financières, des universitaires et des acteurs économiques provenant de plus d’une centaine de pays et de régions.

L’intérêt de cette participation dépasse la seule dimension diplomatique. Les forums économiques internationaux constituent aujourd’hui des espaces de dialogue où s’élaborent des réflexions sur les mutations du système financier mondial, les nouvelles formes de coopération monétaire, les mécanismes de financement du développement, la transformation numérique des systèmes bancaires et les défis liés aux crises économiques successives. Ils offrent également un cadre d’échange d’expériences entre institutions confrontées à des problématiques souvent similaires, malgré la diversité de leurs contextes nationaux.

La présence de la Tunisie comme invitée d’honneur traduit son insertion dans ces espaces internationaux de concertation économique. Elle permet de renforcer les échanges techniques entre banques centrales, d’élargir les possibilités de coopération financière et de suivre les évolutions des pratiques internationales en matière de régulation bancaire, de paiements numériques, de cybersécurité financière et de gestion des risques macroéconomiques. Dans un contexte marqué par la diversification des partenaires économiques et par l’émergence d’un système international plus multipolaire, cette participation illustre également l’importance croissante de la diplomatie économique dans les stratégies nationales de développement.

Le choix de Saint-Pétersbourg comme lieu de cette rencontre n’est pas anodin. Depuis sa création en 1997, le Forum économique international est devenu un espace majeur de réflexion sur les transformations de l’économie mondiale. Les débats qui y sont organisés portent autant sur les investissements, les innovations technologiques et les transitions énergétiques que sur les nouvelles architectures financières internationales. Pour les banques centrales, ces rencontres constituent des occasions privilégiées de comparer les expériences nationales et d’anticiper les évolutions susceptibles d’influencer la stabilité financière mondiale. 

Les indicateurs macroéconomiques entre stabilité financière et développement

Les données présentées au cours de cette rencontre offrent une lecture de l’évolution de la situation macroéconomique. Elles mettent en évidence des efforts de consolidation des équilibres économiques et financiers, tout en rappelant les défis persistants liés à la croissance, à l’investissement, à l’emploi et à la résilience de l’économie face aux contraintes internes et externes.

Toutefois, l’interprétation de ces indicateurs nécessite une lecture nuancée. Le taux de croissance renseigne sur l’évolution de la production de biens et de services, mais il ne permet pas, à lui seul, d’évaluer les effets de cette évolution sur l’emploi, les revenus, les disparités régionales ou la réduction des inégalités. De la même manière, le ralentissement de l’inflation constitue un indicateur de stabilité des prix, sans que cela implique automatiquement une amélioration du pouvoir d’achat ou des conditions de vie de l’ensemble de la population.

Les réserves en devises représentent un instrument de sécurité économique en permettant de financer les importations et d’absorber d’éventuels déséquilibres extérieurs. Quant au remboursement des engagements financiers internationaux, il traduit le respect des obligations contractuelles de l’État et contribue à l’évaluation de sa situation financière par les partenaires et les marchés.

Pris isolément, chacun de ces indicateurs renseigne sur une dimension spécifique du fonctionnement de l’économie. Leur analyse gagne toutefois à être replacée dans une perspective plus large intégrant les transformations structurelles, les politiques publiques, l’investissement, l’emploi, la productivité et les dynamiques sociales. Les indicateurs macroéconomiques permettent ainsi d’apprécier la stabilité économique, sans constituer à eux seuls une mesure complète du développement.

Les économistes contemporains insistent sur la nécessité d’articuler ces données quantitatives avec des indicateurs relatifs à l’investissement, à la productivité, à l’innovation, à l’emploi, au capital humain et au développement territorial. La qualité d’une trajectoire économique dépend de la capacité à transformer la stabilité financière en croissance durable, à renforcer la compétitivité des entreprises et à favoriser la création de valeur dans l’ensemble des régions du pays. Cette approche multidimensionnelle conduit à considérer les performances macroéconomiques comme des conditions favorables au développement, sans les confondre avec le développement lui-même.

 Les perspectives de la Tunisie dans un environnement économique en mutation

L’économie mondiale traverse une période de recomposition profonde marquée par le déplacement progressif des centres de croissance, la multiplication des pôles d’influence économique et financière ainsi que l’évolution des mécanismes de coopération internationale. Cette dynamique s’accompagne d’une diversification des échanges commerciaux, d’une transformation des chaînes de valeur mondiales et d’une redéfinition des rapports entre les économies développées et émergentes. Dans ce contexte, les États sont conduits à adapter leurs stratégies économiques afin de renforcer leur capacité de résilience face aux chocs externes, de sécuriser leurs approvisionnements, de diversifier leurs partenaires économiques et financiers et d’améliorer leur aptitude à s’insérer dans un environnement international caractérisé par une incertitude croissante et des mutations rapides.

Pour la Tunisie, cette évolution implique de concilier stabilité monétaire, attractivité économique et capacité d’adaptation aux nouvelles dynamiques internationales. La Banque centrale joue un rôle important dans cette perspective en contribuant à la confiance des opérateurs économiques, à la stabilité du système bancaire et à la prévisibilité des politiques monétaires. Toutefois, la consolidation des équilibres financiers ne constitue qu’une composante d’une stratégie plus large mobilisant également les politiques d’investissement, l’innovation, la recherche scientifique, la formation du capital humain et l’amélioration de la gouvernance économique.

Les transformations actuelles de l’économie mondiale montrent également que la coopération internationale ne se limite plus aux relations commerciales. Elle concerne désormais les échanges d’expertise entre banques centrales, le développement des technologies financières, la sécurisation des systèmes de paiement, la régulation des flux numériques et la gestion des risques liés aux changements géopolitiques. Dans ce contexte, la participation aux grands forums internationaux représente un moyen de suivre les évolutions des pratiques économiques, de renforcer les capacités institutionnelles et de mieux anticiper les défis futurs.

La rencontre du 6 juillet 2026 offre ainsi un cadre d’analyse permettant de mettre en relation plusieurs dimensions essentielles de la gouvernance économique contemporaine. La remise du rapport annuel de la Banque centrale, la présentation des principaux indicateurs macroéconomiques et la participation tunisienne aux travaux du Congrès financier de la Banque de Russie et du Forum économique international de Saint-Pétersbourg témoignent de l’articulation croissante entre politiques économiques nationales et transformations de l’environnement international. L’ensemble de ces éléments montre que la stabilité monétaire, la solidité institutionnelle et l’ouverture aux espaces internationaux de coopération constituent des composantes complémentaires d’une réflexion plus large sur les trajectoires de développement de la Tunisie dans un monde en profonde mutation.

 

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Les relais autoroutiers : des tarifs exorbitants

Von: tmps
09. Juli 2026 um 09:18

Les usagers de l’autoroute menant de Tunis à Hammamet, à Sousse et jusqu’à Gabès vers le sud ou de Tunis à Bizerte ou à Béja vers le nord, s’offrent souvent une pause à l’un de ces relais qui s’installent sur leur chemin afin de se reposer ou de se restaurer dans les magasins ou restaurants qui vendent des produits ou des aliments de consommation rapide affichant souvent des tarifs jusqu’à deux ou trois fois plus chers que dans les magasins du centre-ville ou dans les supermarchés. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations.

En effet, des sandwichs se vendent à partir de 15 dinars, des cafés dont le prix dépasse les 3,500 dinars, un morceau de gâteau s’achète entre 5 et 7 dinars, des chips pour enfants affichent des prix allant de 4 à 7 dinars. Un chef de famille de quatre ou cinq membres doit s’attendre à une note assez salée pour fournir le goûter ou la collation nécessaire à ses enfants lors d’une pause dans ces relais. L’on se demande si ces prix souvent délirants ne cachent pas des marges indues. A vrai dire, nombreux sont les Tunisiens qui rouspètent face à ces prix exorbitants de produits de base comme de simples sandwichs ou bouteilles d’eau vendus sur les aires de nos autoroutes. 

 

Les commerçants se justifient

Ces commerçants installés sur nos autoroutes ne nient pas la hausse des prix qu’ils affichent sur leurs produits. Ils justifient cette hausse par les charges qu’ils sont tenus de respecter au regard de l’État dans le cadre de leurs contrats de concession. De quoi gonfler les coûts d’exploitation de ces lieux. L’un de ces commerçants nous a confié : «Nous avons l’obligation d’apporter un certain nombre de services publics sur ces relais routiers, par exemple d’avoir une présence humaine 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cette présence permanente a un coût, lié notamment aux frais de personnel. Tout cela est donc répercuté sur les prix de vente.» Un autre commerçant, tenant une cafétéria, nous a affirmé qu’«il y a des services gratuits offerts aux clients, comme les toilettes, les tables et les chaises où ils peuvent se reposer, les services d’hygiène et de propreté, l’entretien des toilettes… Donc, ce qui est payant est cher, car il faut couvrir ce qui est gratuit.» C’est que ces commerces fonctionnent selon un système de péréquation entre ce qui est gratuit et ce qui est payant. Pour d’autres commerçants, ce n’est pas facile d’avoir une boutique ou un magasin sur une autoroute ; leur gestion est généralement déléguée à des entreprises spécialisées, via des appels d’offres. Et ces entreprises doivent verser des redevances aux concessionnaires d’autoroutes qui sont d’ailleurs très élevées. D’ailleurs, les commerçants se battent pour la concession d’une supérette d’autoroute.

 

Des automobilistes captifs

Toutes les aires situées au bord de nos autoroutes drainent chaque jour beaucoup de monde, notamment en cette période de vacances d’été, qui pour acheter du carburant pour son véhicule, qui pour manger un sandwich ou siroter un café. Surtout parmi les vacanciers qui empruntent généralement ces autoroutes pour aller se rafraîchir sur les plages d’Hammamet ou de Sousse ou passer un weekend dans l’un de leurs hôtels.

Il vous arrive d’être fatigué pendant que vous roulez sur autoroute et que vous devez faire une pause pendant votre voyage dans ces relais pour vous reposer ou vous restaurer, quitte à effectuer des dépenses imprévues ou excessives, étant donné le prix élevé des produits à consommer.

La majorité des automobilistes préfère s’arrêter dans ces relais plutôt que de sortir de la voie express et de faire plusieurs kilomètres pour trouver une boulangerie ou acheter un casse-croûte. Une pause sur l’autoroute leur paraît plus rapide et plus pratique, quoique plus coûteuse. Cependant, certains voyageurs préfèrent s’approvisionner en ville, avant de s’engager dans l’autoroute, histoire de ne pas dépenser beaucoup d’argent dans l’achat des produits vendus auprès des stations autoroutières. D’autres encore préfèrent emprunter la route nationale, moins rapide certes, mais plus gaie et plus animée, et ils ont la possibilité de s’approvisionner en nourriture auprès des commerces rencontrés de part et d’autre de la route, ce qui leur coûterait moins cher.

Enfin, si ces relais veulent accroître leur gain, parfois en l’absence de contrôle, en affichant des prix exorbitants, dans le but d’amortir leurs dépenses, personne n’est obligé d’y mettre les pieds et il serait plus simple d’apporter sa propre consommation et la déguster sur les tables mises à la disposition des clients sans rien payer. D’ailleurs, bon nombre d’usagers des autoroutes ont recours à cette solution…

Hechmi KHALLADI 

 

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Le renouveau de l’action consulaire

Von: tmps
09. Juli 2026 um 08:26

Par Mondher AFI

Dans le cadre des orientations arrêtées par le Président de la République, Kaïs Saïed, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a présidé, le 1er juillet 2026, à l’Académie diplomatique internationale de Tunis, une session de formation consacrée aux services consulaires numériques. Organisée au profit des agents appelés à rejoindre les missions diplomatiques et consulaires à l’étranger, cette initiative traduit la volonté d’adapter l’action consulaire aux évolutions de l’administration publique, de la mobilité internationale et des attentes croissantes des citoyens.

La fonction consulaire occupe aujourd’hui une place centrale dans la diplomatie contemporaine. Si l’ambassade incarne la représentation politique de l’État, le consulat constitue son prolongement administratif, juridique et humain auprès des ressortissants établis à l’étranger. Il est l’espace où s’exerce quotidiennement la relation entre l’administration et le citoyen, faisant du service consulaire un indicateur essentiel de la qualité du service public.

La fonction consulaire constitue l’une des expressions les plus concrètes de la continuité de l’action de l’État au-delà de ses frontières. Son fondement juridique repose principalement sur la Convention de Vienne sur les relations consulaires, qui définit les droits, les obligations et les prérogatives des autorités consulaires dans leurs rapports avec les ressortissants de l’État d’envoi ainsi qu’avec les autorités de l’État de résidence. Ce cadre normatif confère à l’action consulaire une double légitimité : internationale, en raison de son inscription dans le droit des relations entre États, et nationale, puisqu’elle assure la continuité du service public auprès des citoyens établis à l’étranger.

Dans cette perspective, le consulat ne constitue pas une simple structure administrative délocalisée. Il représente une institution stratégique où s’articulent les exigences de protection des personnes, de sécurité juridique et de préservation de l’autorité de l’État. Les missions qui lui sont confiées couvrent un champ d’intervention particulièrement étendu : délivrance et renouvellement des documents officiels, gestion de l’état civil, légalisation et authentification des actes, assistance administrative et juridique aux ressortissants, protection des personnes vulnérables, accompagnement des citoyens confrontés à des procédures judiciaires ou à des situations de détresse, ainsi que coordination des opérations d’assistance et d’évacuation lors de crises sanitaires, sécuritaires ou de catastrophes naturelles. L’activité consulaire participe ainsi à la garantie de la sécurité juridique des citoyens tout en assurant la permanence de l’action publique en dehors du territoire national.

Toutefois, l’évolution des relations internationales et l’intensification des mobilités humaines ont profondément transformé la nature de la fonction consulaire. Celle-ci dépasse désormais le cadre traditionnel des prestations administratives pour devenir un véritable levier de diplomatie économique, sociale et culturelle. Les représentations consulaires accompagnent les opérateurs économiques dans leur implantation à l’étranger, facilitent les échanges commerciaux, identifient les opportunités d’investissement, contribuent à la promotion de l’attractivité du territoire national et participent à la diffusion d’informations économiques stratégiques. Elles deviennent ainsi des interfaces entre les politiques publiques nationales et les dynamiques économiques internationales.

Parallèlement, les consulats jouent un rôle essentiel dans le maintien des liens entre l’État et ses communautés établies à l’étranger. Ils accompagnent les initiatives associatives, soutiennent les activités culturelles, facilitent les démarches administratives des membres de la diaspora et contribuent à préserver les liens linguistiques, historiques et identitaires avec le pays d’origine. Cette dimension témoigne de l’élargissement progressif de la diplomatie contemporaine vers une diplomatie de proximité, où la qualité de la relation avec les citoyens devient un élément constitutif de l’action extérieure de l’État.

Les sciences administratives soulignent que la performance des institutions publiques ne se mesure plus uniquement à la conformité des procédures ou à la production d’actes administratifs, mais également à leur capacité à répondre efficacement aux besoins des usagers. À cet égard, les analyses de Max Weber relatives à la rationalisation de l’administration conservent une portée particulière : la légitimité de l’institution publique repose sur la compétence de ses agents, la prévisibilité de ses procédures, l’impartialité de ses décisions et l’efficacité du service rendu. La fonction consulaire constitue ainsi un espace privilégié d’observation de la qualité de la gouvernance publique, dans la mesure où elle place l’administration en interaction directe avec les citoyens et confronte quotidiennement les principes de l’État de droit aux réalités concrètes de l’action administrative.

 

La transformation numérique : un changement de gouvernance

Cette orientation a accordé une place centrale à la transformation numérique des services consulaires, illustrant une évolution qui dépasse largement l’introduction de nouveaux outils technologiques. Elle s’inscrit dans un processus plus large de modernisation de l’administration publique, où le numérique devient un levier de réforme des modes de gouvernance, de simplification des procédures et d’amélioration de la qualité du service public. Cette orientation traduit ainsi une mutation profonde des modes de gouvernance de l’administration publique, dans laquelle le numérique devient un facteur structurant de l’organisation institutionnelle, de la prise de décision et de la relation entre l’État et les usagers.

Le développement des services consulaires dématérialisés s’inscrit ainsi dans une stratégie de modernisation visant à renforcer l’efficacité, la transparence et la qualité du service public. La transformation numérique ne saurait être réduite à une simple substitution des supports papier par des plateformes électroniques. Elle constitue une recomposition des processus administratifs fondée sur la rationalisation des procédures, l’interopérabilité des systèmes d’information, la circulation sécurisée des données et l’amélioration continue de la qualité des prestations publiques. Elle conduit les administrations à repenser leur fonctionnement autour d’une logique de service, où la rapidité d’exécution, la fiabilité des informations, la traçabilité des opérations et la simplification des démarches deviennent des critères essentiels d’évaluation de la performance publique.

Dans le domaine consulaire, cette évolution revêt une importance particulière en raison de la dispersion géographique des communautés nationales et de la diversité des situations administratives auxquelles elles sont confrontées. La mise en place de services numériques permet de réduire les contraintes liées à la distance, de limiter les déplacements, d’accélérer le traitement des demandes et d’assurer une continuité du service public indépendamment des contraintes spatiales ou temporelles. L’administration consulaire évolue ainsi vers un modèle davantage centré sur l’accessibilité, la disponibilité permanente des services et la capacité d’offrir des réponses adaptées aux besoins des citoyens établis à l’étranger.

Cette modernisation s’inscrit également dans une conception renouvelée de la gouvernance publique, fondée sur l’exploitation stratégique des données, l’amélioration des capacités d’analyse et l’intégration progressive des technologies émergentes, notamment celles relevant de l’intelligence artificielle. L’utilisation raisonnée de ces instruments ouvre la voie à une gestion plus anticipative des flux administratifs, à une meilleure allocation des ressources humaines, à une personnalisation accrue des services et à une optimisation des délais de traitement. Dans cette approche, la donnée publique devient un véritable levier de pilotage de l’action administrative, permettant d’éclairer la décision, d’identifier les besoins des usagers et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Les recherches de Christopher Hood et de Christopher Pollitt montrent que les administrations contemporaines tendent à dépasser une logique exclusivement procédurale pour adopter une culture de la performance fondée sur les résultats, la qualité du service et la satisfaction des usagers. Cette évolution ne remet pas en cause les principes fondamentaux de légalité, d’égalité et de continuité du service public, elle vise au contraire à leur donner une traduction plus effective grâce à des organisations administratives plus réactives, plus transparentes et davantage orientées vers les besoins réels des citoyens.

La transformation numérique des services consulaires ne devrait pas être réduite à une simple opération de dématérialisation des procédures administratives. Une approche limitée à l’introduction d’outils numériques, sans révision des modes d’organisation ni adaptation des pratiques de gestion, risquerait de reproduire les mêmes lourdeurs administratives sous une forme électronique. La modernisation ne peut produire des résultats durables qu’à travers une refonte des processus, une meilleure coordination entre les services et l’instauration de mécanismes rigoureux de suivi, d’évaluation et de contrôle de la performance.

Par ailleurs, l’absence d’indicateurs objectifs permettant de mesurer la qualité des prestations, les délais de traitement ou le niveau de satisfaction des usagers constitue une limite importante à toute politique d’amélioration continue. Une administration numérique ne peut être performante sans dispositifs permanents d’audit, de traçabilité des opérations et d’évaluation des résultats, capables d’identifier les dysfonctionnements et d’orienter les décisions correctives.

Enfin, la modernisation des services consulaires devrait dépasser une logique strictement technologique pour s’inscrire dans une réforme plus globale de la gouvernance administrative. Cela implique de renforcer l’interopérabilité des systèmes d’information, de développer les compétences numériques des agents et de placer les besoins des citoyens au cœur de la conception des services. À défaut d’une telle approche intégrée, la transformation numérique risque de demeurer une évolution technique sans impact significatif sur l’efficacité, la transparence et la crédibilité de l’action consulaire.

 

Former pour moderniser l’action consulaire

L’organisation d’échanges professionnels entre les différents postes consulaires constitue un levier pour renforcer la formation des agents au contact des réalités du terrain. Toutefois, ces initiatives devraient être intégrées dans un dispositif permanent de formation continue reposant sur le partage des expériences, l’analyse de cas pratiques et l’évaluation régulière des compétences. Une telle approche permettrait d’améliorer l’adaptation des agents aux évolutions des missions consulaires, d’harmoniser les pratiques administratives et de renforcer durablement la qualité des services rendus aux usagers.

Dans cette perspective, l’expérience des usagers devrait être davantage mobilisée comme un levier d’amélioration des services consulaires. Les retours des citoyens pourraient être systématiquement recueillis, analysés et intégrés dans un processus d’évaluation continue afin d’identifier les dysfonctionnements, de simplifier les procédures administratives et de renforcer la qualité de l’accueil. Cette démarche favoriserait une administration davantage centrée sur les besoins des citoyens et fondée sur une logique d’amélioration permanente plutôt que sur la seule conformité procédurale.

Plus largement, l’évolution des fonctions consulaires impose une réflexion approfondie sur les modes d’organisation, les outils numériques et les compétences professionnelles requises. Les consulats sont appelés à devenir des espaces de services publics innovants, capables d’assurer une protection efficace des ressortissants, d’accompagner les communautés tunisiennes établies à l’étranger et de soutenir les échanges économiques, culturels et scientifiques. Atteindre cet objectif suppose d’investir davantage dans la transformation numérique, de développer une culture de l’évaluation de la performance, de renforcer la coordination entre les postes consulaires et d’instaurer une démarche de modernisation continue afin de répondre aux exigences croissantes de mobilité internationale, de proximité administrative et de qualité du service public.



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Concours d’accès aux collèges pilotes : légère amélioration du taux de réussite 

Von: tmps
08. Juli 2026 um 09:29

Joie, surprise, soulagement, pleurs et déception. Comme chaque année, toutes les émotions sont au rendez-vous pour les élèves du primaire après l’annonce des résultats du concours d’accès aux collèges pilotes (appelé couramment sixième). Admis ou recalé ? Le verdict est tombé hier matin.

Les résultats du concours national d’entrée aux collèges pilotes (sixième année primaire) pour l’année 2026 ont été dévoilés par le ministère de l’Education. 17.710 élèves ont obtenu une note de 10/20 ou plus, soit un taux de réussite de 35,66%. Parmi les admis, 5.317 élèves ont été admis en sixième. Sur les 62.497 élèves inscrits à l’examen, 49.661 se sont présentés. Le ministère de l’Éducation a précisé que 5.317 candidats admis ont été orientés vers des écoles préparatoires. Les deux meilleurs élèves sont Yosri Souissi, de l’école primaire Hay El Mostakbal de Sfax 1, et Salma Faïdi, de l’école primaire Menzel Mehiri de Kairouan, tous deux ayant obtenu la note de 19,20 sur 20. Les deux admis n’ont pas cessé de rendre hommage à leurs parents, à l’administration de l’école et à leurs enseignants qui les ont accompagnés et encouragés tout au long de l’année. Ce taux de réussite est en légère augmentation par rapport à 2025 où, sur les 64.079 élèves inscrits, seuls 51.584 se sont présentés aux épreuves. Parmi les présents, 17.703 candidats ont obtenu une moyenne supérieure ou égale à 10 sur 20, soit un taux de réussite de 34,32%. Toutefois, seulement 2.683 élèves ont été orientés vers les collèges pilotes.

Phobie de la «sixième»?

Pourquoi un taux de réussite aussi réduit cette année encore ? Quelles sont les origines et les explications de ce taux d’échec dans cette session ? Des questions qui s’imposent d’elles-mêmes, qui préoccupent les premiers concernés et qui ouvrent un débat sur ce taux faible. Chacun a son propre angle de vision, des responsables administratifs, des professeurs et des élèves que nous avons rencontrés. Le taux de réussite est en baisse, il a même atteint 42% en 2017 et 2018, 50.35% en 2019, 45,44% en 2020, 36.15% en 2023 et 39,67% en 2024. La sixième restera un diplôme important. Mais il ne doit plus être considéré comme l’aboutissement du système. Il doit devenir une étape dans un parcours cohérent, construit progressivement et tourné vers l’avenir. La réussite éducative ne se mesure pas uniquement à la sortie de l’école primaire. Elle se mesure à la capacité d’un jeune à transformer ses talents en projet de vie. Face à un échec scolaire, il est essentiel de comprendre d’où il provient. L’enfant est en souffrance et il faut savoir pourquoi. Il va avoir tendance à se décourager rapidement s’il ne réussit pas malgré ses efforts. Les problèmes peuvent être divers et variés : difficultés d’apprentissage, manque de concentration, anxiété de performance, peur de l’échec, manque de confiance en soi. Ces facteurs peuvent entraver la capacité de l’enfant à mobiliser ses ressources. Il est important de ne pas se baser sur des interprétations mais sur des faits. Faire un bilan pour comprendre ce qu’il se passe est une étape cruciale. Il y a toujours une raison à l’échec scolaire que rencontre l’enfant. Réussir à identifier les signes de l’échec scolaire peut être un processus délicat. Certains signes peuvent être évidents, comme un manque d’intérêt pour l’école. Il y a d’autres signes moins patents. Ils incluent des changements dans le comportement de l’enfant, le refus de parler de l’école, l’impact du milieu familial et l’affichage de stress ou d’anxiété. Il est important d’être attentif à ces signes pour repérer les signes de l’échec scolaire chez l’élève. Ridha Zahrouni, président de l’Association tunisienne des parents et des élèves, précise que la principale explication réside dans le choix de nombreux élèves de ne pas participer au concours, notamment lorsqu’ils estiment ne pas avoir le niveau requis pour accéder aux collèges pilotes. Il a rappelé que le concours de la sixième n’est pas obligatoire, mais constitue une voie d’accès aux établissements préparatoires pilotes. Cette situation, selon lui, pousse certains élèves à renoncer à l’examen, soit parce qu’ils pensent ne pas pouvoir réussir, soit parce qu’ils préfèrent éviter de confronter leur niveau réel à une évaluation nationale, précisant que l’obligation de passer cette épreuve permettrait d’évaluer le niveau des classes et des établissements éducatifs, en faisant du concours un outil de diagnostic du système scolaire tunisien.

 Le privé fait-il mieux que le public ?

Lorsque l’on considère évaluations nationales et examens, les écoles privées affichent de meilleurs résultats que les écoles publiques. Est-ce le simple reflet de leur composition sociale plus favorisée ? Ou faut-il y voir un «effet» propre à ces établissements ? Pour Nadia, enseignante dans une école privée, « les élèves du privé bénéficient d’un encadrement plus renforcé, de cours de soutien, d’un environnement social plus favorable, de diverses ressources pour leurs apprentissages». Samia, enseignante, estime que «les écoles privées enregistrent de meilleurs résultats que les établissements publics. D’importantes différences sont observées dans les résultats d’apprentissage entre les secteurs public et privé. Les écarts sont tout particulièrement marqués en français et en mathématiques.»

Toutefois, l’école publique occupe une place importante dans l’imaginaire collectif des Tunisiens. 50% des personnes sondées ne sont pas prêtes à abandonner l’école publique, même si elles possèdent les moyens financiers pour inscrire leurs enfants dans le secteur privé. En dépit des efforts quantitatifs, le système éducatif tunisien souffre encore de défaillances qualitatives majeures qui persistent. Le passage d’une classe à une autre dans le primaire sans tenir compte des exigences de possession des compétences des élèves a impacté la qualité de l’apprentissage, ce qui a augmenté artificiellement la qualité de l’enseignement. Le ministère de l’éducation devra ainsi revoir les méthodes et programmes d’enseignement, la formation des enseignants, la pédagogie, les cours de soutien, l’enseignement préscolaire, etc. dans le cadre d’une réforme globale dans l’objectif d’améliorer la qualité de l’enseignement dans le public.

Kamel BOUAOUINA

 

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Viandes rouges et fourrages : des prix en forte hausse sur la période 2010-2026

Von: tmps
08. Juli 2026 um 08:29

L’Office de l’élevage et des pâturages (OEP) a publié ses statistiques sur la conjoncture des prix des bétails et des fourrages grossiers couvrant la période 2010-2026. Ces données portent notamment sur la variation des prix de vente des fourrages grossiers. Par ailleurs, les statistiques détaillent l’évolution des prix moyens de vente des viandes rouges selon les différentes régions.

S’agissant des prix moyens de vente des viandes rouges (en dinars par kilogramme vif) dans l’ensemble des catégories de bétail, les tableaux statistiques de l’Office révèlent une progression continue.

En janvier 2010, le kilogramme vif s’échangeait à 5,3 dinars pour l’agneau, 4,9 dinars pour l’antenais, 4,5 dinars pour le caprin, 3,9 dinars pour le taurillon maigre et 3,7 dinars pour le taurillon engraissé.

Au cours de la période 2010-2020, les prix ont évolué à un rythme relativement modéré. À partir de 2022, la hausse s’est toutefois fortement accélérée, culminant en mai 2026, où des niveaux records ont été enregistrés, avec 35,1 dinars/kg vif pour l’agneau, 33,5 dinars pour l’antenais, 30 dinars pour le caprin, 22,5 dinars pour le taurillon maigre et 22,4 dinars pour le taurillon engraissé.

En juin 2026, les prix ont légèrement reflué, tout en demeurant à des niveaux élevés. Ils s’établissaient à 30,3 dinars/kg vif pour l’agneau, 28,9 dinars pour l’antenais, 27 dinars pour le caprin, 21,9 dinars pour le taurillon maigre et 21,8 dinars pour le taurillon engraissé.

 

Brebis : entre 260 et 300 dinars en 2010 et 2.500 dinars en 2026

Quant aux brebis, les tableaux de l’Office indiquent qu’elles suivent la même tendance. Les statistiques montrent que les prix moyens de vente ont fortement progressé dans toutes les régions du pays entre 2010 et 2026.

En février 2010, une brebis se négociait entre 260 et 300 dinars selon les régions, 260 dinars dans le Nord et le Sahel, contre 300 dinars dans les régions du Centre et du Sud.

En janvier 2026, les prix ont été multipliés par près de huit à neuf. Ils atteignaient 2.200 dinars par tête dans le Nord, 2.250 dinars dans les régions du Centre et du Sud et culminaient à 2.500 dinars dans le Sahel, qui enregistre le niveau de prix le plus élevé. 

La balle de foin passe de 6 dinars en 2010 à 28 dinars en 2023, puis à 14 dinars en 2026

En outre, les fourrages grossiers n’échappent pas à la hausse. Les données relatives aux balles de foin montrent une augmentation significative des prix au cours de la même période, ponctuée par un pic exceptionnel en 2023.

En novembre 2010, le prix maximal d’une balle de foin s’établissait à 6 dinars dans le Nord et à 5,5 dinars dans les régions du Centre-Sud et du Sahel.

La flambée des prix a atteint son pic en décembre 2023, où les prix maximaux ont atteint 18 dinars dans le Nord et 28 dinars aussi bien dans les régions du Centre-Sud que dans le Sahel, soit des niveaux près de cinq fois supérieurs à ceux observés au début de la période.

En janvier 2026, les prix se sont repliés par rapport à ce pic, tout en restant nettement supérieurs à ceux de 2010. Ils s’établissaient à 10 dinars la balle dans le Nord, 12 dinars dans le Sahel et 14 dinars dans les régions du Centre et du Sud.

 

Marché des ovins : vers un programme national de régulation pour la campagne 2026-2027 

La régulation des prix s’impose aujourd’hui comme l’une des priorités du gouvernement. Ce sujet a été abordé à plusieurs reprises par le président de la République ainsi que par les différentes parties prenantes concernées.

Dans ce cadre, plusieurs pistes de solution ont été proposées. Récemment, le 1er juillet 2026, l’Office de l’Élevage et des Pâturages a organisé une séance de travail consacrée au lancement de l’élaboration d’un programme national de régulation du marché des ovins. 

L’Office a expliqué que les grandes orientations ainsi que les objectifs stratégiques du programme visent à organiser le marché des ovins de l’Aïd, à améliorer la performance de la filière de l’élevage et à renforcer la sécurité alimentaire, à travers la mise en place de mécanismes d’intervention publique à la fois équilibrés et efficaces.

«Le programme repose sur plusieurs principes fondamentaux, notamment le soutien lié à la production, la gouvernance contractuelle et le suivi numérique des différentes étapes de sa mise en œuvre. Ces mécanismes permettront d’assurer un meilleur équilibre entre les coûts de production et le pouvoir d’achat des citoyens, de lutter contre les pratiques spéculatives et de renforcer la transparence ainsi que l’efficacité du système de commercialisation», a souligné Haïkel Hochlef, chef de cabinet du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.

Le chef de cabinet a également souligné l’importance de cette démarche, qu’il a qualifiée d’étape fondatrice dans l’élaboration des premières orientations du programme. «Cette initiative s’inscrit dans une approche structurelle et durable visant à organiser le marché des ovins de l’Aïd et à garantir l’approvisionnement dans les meilleures conditions, grâce à un ensemble d’avantages et d’incitations destinés aux éleveurs, afin de soutenir la production nationale et de renforcer la stabilité du marché», a-t-il affirmé.

Nouha MAINSI



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L’eau sous pression :  l’été met à l’épreuve les ressources hydriques 

Von: tmps
07. Juli 2026 um 09:30

Avec l’arrivée des fortes chaleurs, la consommation d’eau augmente inévitablement en Tunisie. Douches plus fréquentes, arrosage des jardins, remplissage des piscines, nettoyage des terrasses, activité touristique et besoins agricoles : durant les mois d’été, la demande atteint ses niveaux les plus élevés. Cette hausse saisonnière, longtemps considérée comme un phénomène ordinaire, prend aujourd’hui une dimension beaucoup plus préoccupante dans un pays confronté à un stress hydrique structurel. Même si les pluies enregistrées au cours des derniers mois ont permis une nette amélioration du niveau des barrages, la question de l’eau reste l’un des défis majeurs de l’été 2026.

Les indicateurs sont certes plus rassurants que ceux des années précédentes. Au début du mois de juin, les réserves des barrages étaient estimées à près de 1,4 milliard de mètres cubes, avec un taux de remplissage supérieur à 60%. Quelques semaines auparavant, au début du mois de mai, ce taux avait même atteint environ 67%, grâce à des apports cumulés estimés à 1,56 milliard de mètres cubes depuis le début de l’année hydrologique. Cette amélioration offre une marge de sécurité appréciable après plusieurs années particulièrement difficiles. Elle ne signifie toutefois pas que la Tunisie peut relâcher ses efforts. Car l’équilibre reste fragile et la pression exercée sur les ressources augmente précisément au moment où les températures grimpent et où les besoins se multiplient. 

Une consommation qui s’envole avec les températures

L’été modifie profondément les habitudes de consommation. Dans les foyers, l’eau est davantage utilisée pour l’hygiène, le rafraîchissement et le nettoyage. Dans les zones touristiques, l’arrivée des vacanciers entraîne une hausse brutale de la population présente et, par conséquent, des besoins en eau potable. Hôtels, restaurants, cafés, maisons de location et résidences secondaires sollicitent davantage les réseaux de distribution. Dans certaines régions côtières, cette demande saisonnière se concentre sur quelques semaines et peut mettre les infrastructures à rude épreuve.

À cette consommation domestique et touristique s’ajoutent les besoins du secteur agricole. L’été correspond à une période particulièrement sensible pour l’irrigation, alors que l’évaporation augmente sous l’effet de la chaleur. Les mêmes ressources doivent ainsi répondre à plusieurs besoins essentiels : fournir de l’eau potable aux habitants, soutenir l’agriculture, accompagner l’activité économique et répondre à la demande touristique. Cette concurrence entre les usages devient plus difficile à gérer lorsque les vagues de chaleur se prolongent.

La pression ne vient donc pas uniquement de la quantité d’eau disponible dans les barrages. Elle dépend également de la capacité des réseaux à transporter et distribuer cette eau au moment où la demande atteint son maximum. Une région peut disposer de ressources suffisantes à l’échelle nationale tout en connaissant localement des perturbations, notamment en raison d’équipements vieillissants, de capacités de pompage insuffisantes ou de réseaux qui ne parviennent pas à absorber les pics de consommation. Les autorités ont d’ailleurs reconnu que la rareté des ressources, le vieillissement de certaines infrastructures et la hausse de la demande figurent parmi les principales causes des difficultés d’approvisionnement observées dans plusieurs régions. 

La question du gaspillage devient, dans ce contexte, particulièrement sensible. Chaque été, certains usages non essentiels se multiplient précisément aux heures où la demande est la plus forte. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux a déjà appelé les citoyens à rationaliser leur consommation lors des périodes de forte demande. À l’occasion de l’Aïd al-Adha, qui a coïncidé cette année avec une hausse des températures, elle avait notamment recommandé de reporter certains usages secondaires au-delà de 18 heures afin de réduire la pression sur le réseau et de préserver un approvisionnement plus équitable. 

Des moyens importants mobilisés pour éviter les perturbations

Face au risque de tensions estivales, le gouvernement a mis en place un programme d’urgence destiné à sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été 2026. Ce plan comprend 81 projets, dont 35 étaient déjà en cours de réalisation au mois de juin, pour un coût global estimé à 58 millions de dinars. Il prévoit notamment le forage et le raccordement de 38 puits profonds, la maintenance ou la rénovation de 26 stations de pompage ainsi que des interventions sur 22 réseaux de distribution.  Les zones rurales constituent un autre point sensible. Un programme de 147 millions de dinars porte sur 187 systèmes hydrauliques destinés à près de 248.000 habitants. Il prévoit l’amélioration de dizaines d’installations existantes, la remise en exploitation de systèmes à l’arrêt, la création de nouveaux puits et la mobilisation de camions-citernes pour les zones montagneuses ou difficiles d’accès. La Sonede a également annoncé avoir réalisé 56 projets, pour un coût global de 81 millions de dinars, notamment dans les régions confrontées à un déficit hydrique. Ces investissements montrent que la gestion de l’eau en été ne se résume plus à attendre le niveau des barrages. Elle nécessite une surveillance permanente des équipements, une maintenance préventive et une capacité d’intervention rapide. À la mi-juin, une réunion de coordination a d’ailleurs été consacrée à l’état des installations hydrauliques et électriques en prévision du pic de consommation estivale. 

Au-delà de l’été, un changement de modèle devenu indispensable

Les pluies récentes ont apporté un répit, mais elles ne peuvent constituer une réponse durable. La Tunisie reste exposée à une forte variabilité des précipitations et aux conséquences du changement climatique. Une bonne saison hydrologique peut améliorer temporairement les réserves sans résoudre les problèmes structurels : pertes dans les réseaux, surexploitation de certaines nappes, infrastructures vieillissantes et demande croissante. C’est pourquoi la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050 prévoit des investissements considérables, estimés à 74,5 milliards de dinars. Plus de la moitié des investissements programmés doivent être consacrés à la valorisation des ressources non conventionnelles, notamment le dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées, mais aussi à la modernisation des réseaux, à la collecte des eaux pluviales et à l’amélioration de la gestion des ressources. 

Le développement des eaux usées traitées pourrait notamment jouer un rôle majeur dans les prochaines décennies. Le ministère de l’Agriculture envisage 120 projets destinés à valoriser, à l’horizon 2050, jusqu’à 450 millions de mètres cubes de ces ressources. Une partie pourrait être consacrée à l’irrigation agricole, aux espaces verts, à l’industrie et aux zones humides, réduisant ainsi la pression exercée sur l’eau conventionnelle. Mais les investissements publics ne suffiront pas à eux seuls. La gestion de l’eau dépend également d’un changement durable des comportements. Réparer rapidement les fuites domestiques, éviter de laisser couler l’eau inutilement, limiter les lavages excessifs et privilégier des méthodes d’arrosage plus économes sont autant de gestes qui prennent une importance particulière lorsque des millions de consommateurs augmentent simultanément leurs besoins.

L’été 2026 s’ouvre donc dans une situation moins alarmante que les précédents, grâce à des réserves de barrages plus confortables. Mais cette amélioration ne doit pas créer une illusion d’abondance. Le véritable défi n’est plus seulement de disposer de suffisamment d’eau après une période pluvieuse, mais d’apprendre à gérer une ressource limitée dans la durée. À mesure que les températures augmentent et que les usages se multiplient, chaque été rappelle que la sécurité hydrique de la Tunisie dépendra autant des grands projets d’infrastructure que d’une nouvelle culture de consommation.

Leila SELMI

 

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L’enfance tunisienne : ce miroir fragile de notre avenir

Von: tmps
07. Juli 2026 um 08:26

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il est des sujets que l’on croit connaître parce qu’ils nous accompagnent depuis toujours. L’enfance en fait partie. Chacun de nous a été enfant, chacun de nous croise chaque jour des enfants dans la rue, à l’école, dans les transports, dans les familles, dans les cafés, devant les écrans ou aux portes des établissements scolaires. Pourtant, l’enfance reste souvent la grande absente de notre débat public. On parle d’économie, de politique, de prix, de salaires, de dettes, de crise sociale, mais rarement de l’enfant comme centre de gravité de la nation. Or, si l’on veut comprendre l’état réel d’un pays, il ne suffit pas d’écouter les discours officiels ni de lire les indicateurs économiques. Il faut regarder comment vivent ses enfants, comment ils dorment, comment ils mangent, comment ils apprennent, comment ils jouent, comment ils espèrent et parfois comment ils se taisent.

En Tunisie, l’enfance porte à la fois une mémoire de progrès et une inquiétude profonde. Le pays a longtemps été fier de son école publique, de la scolarisation massive, de la place accordée à la santé, de la protection juridique de l’enfant et de cette idée, longtemps partagée, selon laquelle chaque génération devait vivre un peu mieux que la précédente. L’enfant tunisien était alors le symbole d’une promesse, celle d’une société qui avançait par le savoir, la famille, l’effort et l’ascension sociale. Mais cette promesse semble aujourd’hui fragilisée. Elle n’a pas disparu, mais elle est devenue moins évidente, moins sûre, parfois même moins crédible pour une partie des familles qui regardent leurs enfants grandir avec tendresse, mais aussi avec une forme d’inquiétude qu’elles n’osent pas toujours nommer.

L’enfance n’est pas seulement une période douce que l’on évoque avec nostalgie. Elle est une fondation. Ce que l’on donne ou ce que l’on refuse à un enfant devient plus tard une attitude, une confiance, une blessure, une réussite ou une révolte. Une société qui néglige ses enfants ne voit pas immédiatement les conséquences de cette négligence. Elles apparaissent plus tard, dans l’échec scolaire, dans la violence sociale, dans le découragement des jeunes, dans la perte du goût de l’effort, dans le sentiment d’abandon ou dans cette fatigue morale qui traverse parfois les familles les plus ordinaires. C’est pourquoi parler de l’enfance tunisienne, ce n’est pas ouvrir un dossier secondaire, c’est interroger, avec gravité, le futur même de notre pays.

L’école, promesse nationale en perte de souffle

L’école demeure le premier lieu où se joue le destin de l’enfant tunisien. Elle a été, pendant des décennies, le grand passage vers la dignité sociale. Dans beaucoup de familles modestes, elle représentait presque une religion civile : apprendre pour sortir de la pauvreté, réussir pour honorer les parents, obtenir un diplôme pour ne pas revivre les difficultés des générations précédentes. Cette croyance dans l’école a construit une grande partie de la Tunisie moderne. Elle a permis à des enfants nés dans des villages pauvres, dans des quartiers discrets ou dans des familles sans relations, d’entrer dans l’université, dans l’administration, dans la médecine, dans l’enseignement, dans l’ingénierie, dans la culture et dans la vie publique.

Mais l’école actuelle ne rassure plus comme avant. Elle accueille encore, mais elle ne retient pas toujours. Elle enseigne encore, mais elle ne convainc pas toujours. Elle promet encore, mais elle ne garantit plus. Les classes surchargées, la fatigue des enseignants, les inégalités entre régions, la dépendance excessive aux cours particuliers, l’usure des bâtiments, le manque d’activités artistiques et scientifiques, ainsi que le décrochage progressif de nombreux élèves ont changé le rapport des familles à l’institution scolaire. Pour certains enfants, l’école reste un espace d’ouverture. Pour d’autres, elle devient un lieu de découragement, où l’on se sent perdu, jugé, dépassé ou simplement invisible.

Le problème n’est pas seulement scolaire. Il est social. Un enfant qui arrive en classe sans petit-déjeuner suffisant, sans soutien familial, sans espace calme pour étudier, sans transport régulier ou sans confiance en lui ne part pas avec les mêmes chances qu’un autre. L’égalité proclamée par l’école se heurte alors à l’inégalité vécue dans les maisons, les quartiers et les régions. La réforme de l’école ne peut donc pas se limiter aux programmes, aux examens ou aux horaires. Elle doit considérer l’enfant dans son ensemble : son corps, sa santé, sa langue, son environnement familial, son rapport à la lecture, son besoin de jeu, son besoin d’être encouragé et reconnu.

Quand la pauvreté vole l’insouciance

La pauvreté des enfants est probablement l’une des réalités les plus dures à regarder. Elle ne se limite pas au manque d’argent. Elle signifie parfois une alimentation moins équilibrée, des soins reportés, des vêtements insuffisants, des fournitures scolaires achetées avec peine, des loisirs absents, une chambre partagée, du bruit, de l’angoisse et cette sensation précoce que le monde n’offre pas les mêmes portes à tous. Il y a des enfants qui apprennent très tôt à ne pas demander, à ne pas réclamer, à comprendre les silences des adultes, à deviner qu’un cahier, un médicament, une paire de chaussures ou un simple trajet peuvent devenir des problèmes.

L’enfant pauvre comprend souvent la difficulté avant même de savoir la nommer. Il voit la fatigue du père, l’inquiétude de la mère, la tension autour des dépenses, les calculs répétés à la fin du mois. Cette conscience précoce peut fabriquer des enfants trop vite sérieux, trop vite silencieux, parfois trop vite adultes. On croit parfois que l’enfant ne comprend pas, parce qu’il joue encore, parce qu’il sourit, parce qu’il court dans la rue. Mais l’enfant enregistre tout. Il enregistre les humiliations discrètes, les comparaisons, les privations, les promesses reportées, les regards des autres et les petites blessures de l’inégalité.

Une société qui laisse ses enfants grandir dans le sentiment d’exclusion prépare ses propres fractures de demain. Soutenir un enfant, ce n’est pas faire de la charité, c’est prévenir l’échec scolaire, la marginalisation, la violence, la maladie, le chômage et la reproduction de la pauvreté. La Tunisie ne manque pas seulement de ressources, elle manque parfois d’une vision claire de l’enfance comme investissement prioritaire. On construit des routes, on discute des budgets, on annonce des projets, mais l’enfant reste trop souvent placé à la périphérie des décisions. Pourtant, chaque dinar investi dans la petite enfance, dans la santé scolaire, dans les bibliothèques, dans les cantines, dans le transport, dans les clubs de quartier et dans l’accompagnement familial est un dinar investi dans la stabilité future du pays.

Protéger l’enfant, au-delà des textes

La Tunisie dispose d’institutions, de lois et de mécanismes destinés à protéger les enfants. C’est un acquis qu’il ne faut pas minimiser. Mais la protection réelle ne dépend pas seulement de l’existence des textes, elle dépend de leur application, de la proximité des services, de la formation des intervenants, de la capacité des familles à demander de l’aide et de la rapidité des réponses lorsqu’un enfant est en danger. Dans beaucoup de situations, le problème n’est pas l’absence totale de cadre, mais la distance entre le cadre annoncé et la réalité vécue.

La violence reste une question sensible. Elle existe dans certains foyers, dans certaines écoles, dans la rue, parfois même dans le langage quotidien. Elle peut être physique, mais aussi verbale, psychologique et symbolique. On humilie un enfant, on le compare, on le menace, on le réduit au silence, puis on s’étonne plus tard qu’il manque de confiance, qu’il se replie sur lui-même ou qu’il reproduise la brutalité qu’il a reçue. Une société qui banalise la violence éducative finit par fragiliser son propre lien humain. L’autorité n’a pas besoin de brutalité pour exister, elle a besoin de cohérence, de patience, de limites claires et de respect.

Il faut aussi parler des enfants invisibles : ceux qui vivent dans les zones rurales éloignées, ceux qui quittent l’école, ceux qui travaillent trop tôt, ceux qui portent un handicap, ceux qui vivent dans des familles éclatées, ceux qui subissent la négligence, ceux qui se taisent parce qu’ils ne savent pas à qui parler. L’enfance vulnérable n’est pas toujours spectaculaire, elle est souvent discrète, cachée derrière une porte, un silence, une absence répétée en classe, un regard fatigué ou une agressivité que personne ne prend le temps de comprendre. Protéger l’enfant, c’est donc apprendre à voir ce qui ne crie pas encore.

Grandir à l’âge des écrans

L’enfant tunisien d’aujourd’hui grandit dans un monde traversé par les écrans. Le téléphone portable, les réseaux sociaux, les vidéos courtes, les jeux en ligne et les images permanentes occupent une place immense dans son quotidien. Le numérique peut ouvrir des horizons formidables : apprendre, découvrir, communiquer, créer, écouter une autre langue, regarder une expérience scientifique, visiter un musée lointain sans quitter sa chambre. Mais il peut aussi enfermer, isoler, exposer à la violence, au harcèlement, à la comparaison sociale et à une forme de fatigue mentale continue.

Le danger n’est pas l’écran en lui-même, mais l’absence d’accompagnement. Beaucoup d’enfants sont techniquement connectés, mais affectivement seuls devant ce qu’ils voient. Ils naviguent dans un monde d’images rapides, de modèles artificiels, de désirs fabriqués et de violences banalisées, sans toujours disposer des outils pour comprendre, trier, résister ou se protéger. Là encore, la famille et l’école doivent apprendre à dialoguer avec l’enfant au lieu de se contenter d’interdire ou de laisser faire. Interdire sans expliquer produit souvent la ruse. Laisser faire sans guider produit l’abandon. Entre les deux, il existe une éducation au numérique, patiente et humaine, qui apprend à l’enfant à rester libre dans un monde qui cherche sans cesse à capter son attention.

La culture, le sport, la lecture, le théâtre, la musique, les clubs scientifiques et les espaces publics sûrs sont essentiels. Un enfant ne grandit pas seulement avec des manuels scolaires, il grandit avec des expériences, des rencontres, des jeux, des émotions, des modèles, des lieux où il peut découvrir ce qu’il aime et ce qu’il peut devenir. Priver l’enfant de culture, c’est réduire son imaginaire. Or un pays qui réduit l’imaginaire de ses enfants réduit aussi son propre avenir. Il ne suffit pas de demander à l’enfant de réussir, il faut lui donner des raisons d’aimer la vie, d’aimer apprendre, d’aimer créer, d’aimer appartenir à une communauté qui le reconnaît.

Il faut donc replacer l’enfance au centre de notre réflexion collective. Non pas dans les slogans, mais dans les décisions concrètes. Chaque budget, chaque réforme scolaire, chaque politique sociale, chaque choix urbain, chaque programme culturel devrait poser une question simple : qu’est-ce que cela change pour les enfants ? Les protège-t-on mieux ? Les instruit-on mieux ? Les écoute-t-on davantage ? Leur donne-t-on une chance plus juste de grandir ? Une ville sans trottoirs sûrs, sans jardins, sans bibliothèques, sans terrains de sport accessibles, sans transports réguliers et sans espaces de rencontre n’est pas seulement une ville inconfortable, c’est une ville qui dit aux enfants qu’ils ne sont pas sa priorité.

L’enfance tunisienne n’est pas seulement une catégorie d’âge. Elle est notre miroir. Elle nous renvoie ce que nous sommes devenus et ce que nous refusons parfois de voir. Si nos enfants doutent trop tôt, se taisent trop souvent, quittent l’école trop vite ou grandissent avec le sentiment d’être oubliés, alors le problème n’est pas seulement le leur. Il est le nôtre. À l’inverse, si nous savons les protéger, les instruire, les écouter et leur ouvrir des chemins, alors la Tunisie retrouvera peut-être ce qui lui manque le plus aujourd’hui : une confiance profonde dans son avenir. Car un pays ne se relève jamais seulement par ses chiffres. Il se relève par la manière dont il prend la main de ses enfants et leur dit, avec des actes plus qu’avec des discours : vous comptez, vous êtes attendus, et l’avenir a besoin de vous.



L’article L’enfance tunisienne : ce miroir fragile de notre avenir est apparu en premier sur Le Temps News.

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