Normale Ansicht

Héla Ben Hassine : Inférieur à 5 % du PIB, l’enjeu n’est plus le niveau mais l’efficacité de l’investissement public

03. Juli 2026 um 13:13

Alors que la préparation du budget de l’État relance le débat sur les priorités économiques, l’investissement public reste au cœur des interrogations. Pour L’Économiste Maghrébin, Héla Ben Hassine, maître de conférences en sciences économiques, dresse un constat sans concession : la Tunisie investit insuffisamment, mais surtout de manière inefficace. Une double faiblesse qui pèse lourdement sur la croissance, la compétitivité et le développement régional.

Un investissement public en recul depuis plus de quinze ans

Pour Héla Ben Hassine, l’investissement public constitue bien plus qu’une simple dépense budgétaire. Il représente « le principal levier permettant de renforcer durablement la capacité productive de l’économie », à travers la construction ou la modernisation des infrastructures, des établissements de santé, des écoles, des réseaux d’eau, de transport, d’énergie ou encore des infrastructures numériques.

Or, en Tunisie, son poids dans les finances publiques ne cesse de diminuer.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • La part de l’investissement public dans les dépenses de l’État est passée de 16,9 % en moyenne avant 2011 à 15,8 % aujourd’hui ;
  • Rapporté au PIB, il représente environ 5 %, contre près de 7 % dans les pays émergents comparables.

Pour l’économiste, cette évolution traduit un choix budgétaire préoccupant.

« Face aux contraintes budgétaires, l’investissement public est devenu la principale variable d’ajustement, alors même qu’il devrait constituer l’un des principaux moteurs de la croissance de long terme. »

L’augmentation de la dette publique, des dépenses salariales, des subventions et du service de la dette absorbe désormais une part croissante des ressources de l’État, reléguant les dépenses d’investissement au second plan.

« Sacrifier l’investissement aujourd’hui, c’est compromettre la croissance de demain »

Selon Héla Ben Hassine, réduire les investissements peut sembler une solution de court terme, mais cette stratégie engendre un coût économique considérable. « En sacrifiant l’investissement aujourd’hui, on compromet la croissance, la compétitivité et les recettes fiscales de demain ».

L’universitaire estime ainsi que la Tunisie n’investit pas suffisamment au regard de ses besoins de développement. Mais, insiste-t-elle, la question n’est pas uniquement quantitative. « Le véritable enjeu est de concilier quantité et qualité. Augmenter les crédits d’investissement est nécessaire, mais cela ne produira les effets attendus que si les projets sont correctement sélectionnés, bien préparés et exécutés dans les délais ».

Le FMI pointe un problème d’exécution, pas seulement de moyens

S’appuyant sur le rapport Public Investment Management Assessment (PIMA) du FMI, l’universaire souligne un paradoxe : la Tunisie dispose d’un cadre institutionnel relativement solide, parfois comparable, voire supérieur, à celui de plusieurs pays émergents. En revanche, les difficultés apparaissent au niveau de la mise en œuvre.

Le diagnostic du FMI met notamment en évidence :

  • Une programmation pluriannuelle insuffisante ;
  • Des évaluations ex ante limitées ;
  • Des critères de sélection des projets perfectibles ;
  • Un suivi insuffisant des actifs publics ;
  • Une gestion encore fragile des partenariats public-privé.

Pour Ben Hassine, le défi consiste donc à transformer chaque dinar investi en infrastructures de qualité et en croissance durable.

Quels secteurs doivent être prioritaires ?

Plutôt que d’opposer les différents domaines d’investissement, Héla Ben Hassine plaide pour une hiérarchisation fondée sur leur impact économique.

Les infrastructures économiques arrivent en tête des priorités :

  • transport ;
  • logistique ;
  • énergie ;
  • eau ;
  • infrastructures numériques.

Ces investissements permettent de réduire les coûts de production, d’améliorer la compétitivité des entreprises et d’accroître l’attractivité du territoire pour les investisseurs privés, en particulier dans les régions de l’intérieur.

Elle insiste également sur l’importance de préserver les investissements dans le capital humain. « L’éducation, la santé et la formation améliorent durablement la productivité, favorisent l’innovation et soutiennent une croissance plus inclusive ».

Un lien direct entre recul de l’investissement et ralentissement de la croissance

Pour Héla Ben Hassine, la corrélation entre investissement public et performances économiques ne fait aucun doute.

Depuis 2011 :

  • L’investissement public est resté autour de 5 % du PIB ;
  • Sa contribution à la croissance s’est nettement amoindrie ;
  • Sa volatilité a plus que doublé.

Conséquence : la croissance économique a ralenti, le PIB est devenu plus instable et l’accumulation du capital public s’est essoufflée. « Moins l’État investit dans les infrastructures productives, moins le secteur privé peut produire efficacement. L’investissement public n’est pas une dépense : c’est un investissement dans la croissance future ».

Un levier pour l’emploi, les régions et la cohésion sociale

Au-delà de son impact macroéconomique, l’investissement public constitue également un puissant outil de développement territorial. Chaque projet d’infrastructure génère des emplois directs dans le bâtiment et les travaux publics, mais aussi des emplois indirects chez les fournisseurs, les transporteurs et les PME locales.

Les investissements dans la santé, l’éducation, le numérique et/ou la transition écologique créent quant à eux des emplois plus qualifiés. Ils permettent également de réduire les disparités régionales.

En améliorant les routes, les réseaux d’eau, l’électricité, les infrastructures numériques, les hôpitaux et les établissements scolaires dans les régions de l’intérieur, l’État favorise ensuite l’installation d’investisseurs privés. « Un dinar investi dans une route ou un hôpital ne produit pas seulement des infrastructures ; il produit aussi davantage d’emplois, plus d’investissements privés et davantage de cohésion sociale ».

Le vrai problème : l’efficacité de la dépense publique

Pour l’universitaire, le diagnostic est clair : le principal défi réside aujourd’hui dans l’efficacité de l’investissement public.

Elle rappelle que :

  • L’écart d’efficience est estimé à près de 14 % par rapport aux meilleures pratiques internationales ;
  • L’ICOR (ratio investissement/croissance) est passé de 1,6 sur longue période à près de 2,9 entre 2012 et 2015, signe qu’il faut désormais beaucoup plus d’investissements pour générer une même unité de croissance.

Autrement dit, chaque dinar investi produit aujourd’hui moins de richesse qu’auparavant. Cette contre-performance s’explique notamment par :

  • Une sélection insuffisante des projets ;
  • Des retards d’exécution ;
  • Des évaluations préalables limitées ;
  • Une programmation budgétaire incomplète ;
  • Des procédures administratives lourdes ;
  • Un suivi insuffisant des résultats.

« La Tunisie possède souvent de bonnes règles sur le papier, mais leur mise en œuvre reste insuffisante », résume-t-elle.

Investir malgré une dette élevée ? Oui, à certaines conditions

La dette publique ne doit pas, selon Héla Ben Hassine, conduire à sacrifier systématiquement l’investissement. Pour ce faire, elle distingue clairement deux types d’endettement :

  • La « bonne dette », qui finance des infrastructures productives génératrices de croissance et de recettes fiscales ;
  • La « mauvaise dette », destinée à couvrir des dépenses courantes ou des déficits récurrents sans effet sur le potentiel économique.

À ses yeux, réduire l’investissement pour contenir la dette serait contre-productif. « Une stratégie reposant uniquement sur la réduction de l’investissement risque d’enfermer la Tunisie dans une trappe de faible croissance, rendant paradoxalement la dette encore plus difficile à stabiliser ».

Sa conclusion est sans équivoque : la soutenabilité de la dette dépend autant de la qualité des investissements financés que de leur volume. Autrement dit, « le véritable défi de la Tunisie n’est pas seulement d’investir davantage ; il est surtout de mieux investir ».

 

L’article Héla Ben Hassine : Inférieur à 5 % du PIB, l’enjeu n’est plus le niveau mais l’efficacité de l’investissement public est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

OCDE : les pistes pour redresser les finances françaises

01. Juli 2026 um 12:06

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) appelle la France à engager de nouvelles mesures budgétaires. Et ce, afin de restaurer durablement l’équilibre de ses finances publiques. Dans son dernier rapport économique consacré à la France, l’organisation estime qu’en l’absence de réformes supplémentaires, la dette publique pourrait atteindre 127 % du produit intérieur brut (PIB) français à l’horizon 2030.

Ce rapport de 160 pages présente plusieurs scénarios. Selon les hypothèses retenues, le ratio dette/PIB devrait s’établir entre 121 % et 125 % en 2029. À plus long terme, l’OCDE avertit que, sans action corrective, la dette de la France pourrait grimper jusqu’à 203 % du PIB en 2050.

L’organisation souligne également la progression continue du coût du service de la dette. Les paiements d’intérêts, qui représentaient 1,3 % du PIB en 2020, devraient atteindre 2,1 % en 2025. Et ce, avant de s’approcher de 5 % du PIB en 2050 si la trajectoire actuelle se poursuit.

Revoir les allègements de charges et certaines niches fiscales

Pour améliorer les recettes publiques, l’OCDE recommande de supprimer progressivement les réductions de cotisations sociales accordées aux ménages des classes moyennes, estimant que leur efficacité demeure limitée.

L’organisation propose aussi un relèvement de la fiscalité sur le diesel afin de rapprocher son niveau de taxation de celui de l’essence. Elle préconise par ailleurs un réexamen approfondi des nombreuses exonérations fiscales, dont le coût est évalué à près de 3 % du PIB. Ainsi qu’une réforme destinée à rendre la fiscalité sur le patrimoine plus équitable.

Au-delà des mesures fiscales, l’OCDE estime qu’un effort significatif doit également porter sur la maîtrise des dépenses publiques. Ses experts considèrent que les gains les plus importants à moyen et long terme pourraient être obtenus en améliorant l’efficacité des dépenses des collectivités territoriales. Ils recommandent, à cette fin, un examen approfondi de leurs compétences et de la répartition de leurs responsabilités.

Poursuivre la réforme des retraites

L’organisation plaide également pour la poursuite de la réforme du système de retraite. Elle recommande de relever progressivement l’âge légal de départ à 64 ans d’ici 2033, jugeant cette évolution nécessaire pour renforcer la soutenabilité des finances publiques face au vieillissement de la population et à la hausse attendue des dépenses sociales.

À travers cet ensemble de recommandations, l’OCDE estime que la France devra combiner réformes fiscales, rationalisation des dépenses publiques et poursuite des réformes structurelles afin d’enrayer la progression de son endettement et de préserver la viabilité de ses finances publiques sur le long terme.

L’article OCDE : les pistes pour redresser les finances françaises est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Contraction du PIB dans les pays de la zone euro

06. Juni 2026 um 10:59

L’économie de la zone euro s’est contractée (sur une base trimestrielle) en début d’année, la baisse du PIB irlandais ayant conduit à une révision des données d’Eurostat qui indiquaient initialement une faible croissance.

Le PIB de la zone euro a reculé de 0,2 % au premier trimestre, selon un rapport d’Eurostat publié vendredi 5 juin, contre une prévision précédente de croissance de 0,1 %. Ce repli s’explique principalement par la forte baisse du PIB irlandais, qui a chuté de 12,1 % au lieu des 2 % initialement prévus.

D’après les données d’Eurostat, au premier trimestre 2026, le PIB corrigé des variations saisonnières a reculé de 0,2 % dans la zone euro et de 0,1 % dans l’UE par rapport au trimestre précédent. Au quatrième trimestre 2025, le PIB avait progressé de 0,2 % dans les deux zones.

Le Danemark (+1,9 %) a enregistré la plus forte hausse par rapport au trimestre précédent, suivi de l’Estonie et de Malte (tous deux à +1,1 %). Des baisses ont été constatées en Irlande (-12,1 %), en Lituanie (-0,3 %), en Suède (-0,2 %) et en France (-0,1 %).

Emploi

Sur la base de données corrigées des variations saisonnières, Eurostat estime qu’au premier trimestre 2026, 221,2 millions de personnes étaient employées dans l’UE, dont 176,3 millions dans la zone euro.

Par rapport au même trimestre de l’année précédente, l’emploi a augmenté de 0,5 % dans la zone euro et dans l’UE au premier trimestre 2026, après une hausse de 0,7 % dans la zone euro et de 0,6 % dans l’UE au quatrième trimestre 2025.

Au premier trimestre 2026, la Lituanie (+1,8 %), Malte (+1,0 %) et l’Estonie (+0,9 %) ont enregistré les plus fortes hausses de l’emploi par rapport au trimestre précédent. Les plus fortes baisses ont été observées en Roumanie (-1,0 %), en Irlande (-0,8 %) et au Portugal (-0,4 %).

L’article Contraction du PIB dans les pays de la zone euro est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

❌