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Tunisie | Pour une économie politique de l’investissement

23. Mai 2026 um 09:18

Pendant que la Nouvelle-Zélande signe des pactes d’urgence avec Singapour pour sécuriser vivres et carburants, pendant qu’Australie et Japon mutualisent leurs terres rares et leurs engrais, pendant que l’Union européenne constitue discrètement des stocks stratégiques de fertilisants, la Tunisie, elle, stocke quoi ?  Ses complaintes. Ses décrets. Et ses excuses.

Moktar Lamari, Ph.D *

Le Financial Times titrait ce matin sur ce qu’il appelle la «nouvelle mode du thésaurisation», ce réflexe de nations prévoyantes qui anticipent une ère de rareté globale. Des gouvernements lucides — Wellington, Canberra, Bruxelles — ont compris que le monde post-mondialisation ne pardonnera pas l’impréparation. Ils investissent dans les molécules : cuivre, eau, lithium, béton, terres agricoles. 

Ils misent sur le Hard Asset, Local Operations — ce que les Anglo-Saxons appellent désormais le trade Halo. 

Pendant ce temps, la Tunisie mise sur quoi ? Sur la rente de position géographique, sur les transferts de la diaspora, et sur la bienveillance du l’Union européenne (UE). Autrement dit, sur la charité organisée.

Le chiffre qui gifle : 12 % de FBCF/PIB

Voici la vérité nue, sans anesthésie : la formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui. 

En vingt ans, la Tunisie a réduit de moitié sa capacité à se doter de machines, d’infrastructures, d’usines, de recherche et développement. C’est le taux d’investissement d’une économie en dépression, pas en transition.

À titre de comparaison : le Maroc investit autour de 30 % de son PIB. L’Éthiopie, pays parmi les plus pauvres du continent, dépasse 35 %. La Chine, au même stade de son décollage économique, était à 40 %. Et la Tunisie ? Elle se gargarise de ses plages et de son «potentiel». Le potentiel non investi, c’est un moteur qui rouille dans un garage fermé.

La rente de la sieste

Il existe en Tunisie une économie politique de la siesta — structurelle, culturelle, institutionnelle. On préfère la fiesta de la consommation importée à la sueur de la production locale. On applaudit la demande, on punit l’offre. On subventionne le gaspillage énergétique, on taxe l’initiative entrepreneuriale. On protège les rentes des incumbents ** — publics ou privés — on décourage les entrants.

Jeff Currie, stratégiste chez Carlyle, cité dans le FT, note que les investisseurs ont été si éblouis par les services numériques qu’ils ont négligé pendant des décennies les actifs physiques — énergie, matériaux, agriculture. L’erreur est coûteuse. 

La réalité physique finit toujours par prendre sa revanche, selon l’expression de Robert Rubin, ex-secrétaire américain au Trésor. En Tunisie, cette revanche n’est pas une menace future : elle est déjà là, quotidienne, sous forme de délestages, de pénuries de médicaments, d’écoles qui s’effondrent et de routes que les pluies emportent.

Pas de salut sans investissement

Le modèle de Solow — accessible dans n’importe quel manuel de licence — est formel : la croissance à long terme d’une économie dépend de son stock de capital et de sa productivité totale des facteurs. 

Il n’y a pas d’alternative. Ni la démagogie, ni le nationalisme économique, ni les discours sur la souveraineté ne remplacent une grue sur un chantier ou un brevet déposé dans un laboratoire.

Kais Saïed a raison de parler de souveraineté. Mais la souveraineté sans capital fixe, c’est un drapeau planté sur des ruines. 

La vraie indépendance économique passe par deux passerelles incontournables, et aucune oraison populiste ne peut les court-circuiter : la productivité d’abord, l’investissement ensuite — ou plutôt simultanément. L’une nourrit l’autre. Une économie productive attire le capital. Un capital bien alloué génère de la productivité. 

La Tunisie a besoin des deux, maintenant, ensemble.

Une politique de l’offre, pas de la demande

L’erreur stratégique des quinze dernières années est d’avoir cherché la croissance par la demande — augmentations salariales dans la fonction publique, subventions généralisées, crédit à la consommation — sans jamais réformer l’appareil productif. C’est une politique procyclique dans les bons moments et catastrophique dans les crises. 

La Tunisie a besoin d’un choc de l’offre : réduction des délais administratifs d’obtention des permis de construire et d’investir, réforme foncière, fiscalité favorable au réinvestissement des bénéfices, zones économiques spéciales réellement fonctionnelles, et un système bancaire qui prête aux PME plutôt qu’aux bons du Trésor.

Une politique contracyclique et proactive, c’est investir dans les infrastructures quand l’activité ralentit, réformer quand la pression sociale est gérable, innover quand le monde se réorganise. Pas attendre. Pas gérer la pénurie. La prévenir.

Le monde change : la Tunisie somnole

La crise du détroit d’Ormuz, les tensions sur les terres rares, le réarmement logistique des nations sérieuses — tout cela recompose la géoéconomie mondiale à une vitesse vertigineuse. Des pays émergents repositionnent leur appareil productif, diversifient leurs sources d’énergie, sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement. 

La Tunisie, elle, attend son prochain rapport du FMI.

Il est temps de dire aux Tunisiens ce que personne n’ose dire avec clarté : la prospérité ne se réclame pas, elle se produit. Elle ne vient pas de Bruxelles, ni de Washington, ni du Golfe. Elle vient du travail mieux organisé, de l’innovation systématique, de l’investissement courageux dans les secteurs à haute valeur ajoutée — numérique, agroalimentaire, pharmaceutique, énergies renouvelables, tourisme culturel premium.

L’ère de la rareté globale est une opportunité pour les nations qui produisent. Elle est une sentence pour celles qui consomment à crédit.

La Tunisie a tous les ingrédients d’un rebond : une population jeune, une position géographique stratégique, une diaspora compétente, un tissu d’entrepreneurs résilients. 

Ce qu’elle n’a pas encore, c’est une politique d’investissement crédible, une gouvernance économique cohérente, et un leadership qui dit aux citoyens la vérité : on ne sort pas de la crise par la siesta.

Le réveil est une question de survie nationale. Et il a déjà trop tardé. 

* Economiste universitaire.

** Le titulaire actuel d’une fonction, d’un emploi ou d’un poste politique et qui cherche à conserver son mandat.

Blog de l’auteur : E4T.

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France : riposte à la hausse des prix de 710 M€

22. Mai 2026 um 09:20

Le gouvernement français a annoncé, jeudi 21 mai, un nouveau plan d’aides de 710 millions d’euros destiné à amortir l’impact de la hausse des prix des carburants sur plusieurs secteurs professionnels. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient et sur le détroit d’Ormuz.

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, entouré de six ministres, a détaillé les mesures de soutien destinées à préserver l’activité économique. Les pêcheurs, agriculteurs, chauffeurs de taxi, aides-soignantes et plusieurs catégories de transporteurs figurent parmi les professions ciblées par ce dispositif exceptionnel.

Depuis plusieurs semaines, la France multiplie les dispositifs de soutien afin d’éviter un ralentissement brutal de l’économie. Dès mars 2026, Paris avait déjà annoncé des aides d’urgence pour certains transporteurs routiers, agriculteurs et pêcheurs confrontés à l’envolée des prix du carburant.

Face à la flambée des coûts énergétiques, l’exécutif assume une stratégie d’aides ciblées plutôt qu’une réduction générale de la fiscalité sur les carburants. Le chef du gouvernement a écarté toute baisse massive des taxes, estimant qu’une telle mesure pèserait trop lourdement sur les finances publiques françaises. « Le pays doit tourner », a-t-il déclaré, tout en refusant d’appeler les Français à limiter leurs déplacements.

Cette nouvelle enveloppe s’inscrit dans un climat économique européen de plus en plus tendu. A cet égard, les derniers indicateurs PMI montent que l’activité économique de la zone euro connaît sa contraction la plus forte depuis plus de deux ans et demi, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et de la hausse des prix de l’énergie. Les services, particulièrement exposés à l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, figurent parmi les secteurs les plus fragilisés.

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