Normale Ansicht

Samir Dilou | «L’état de santé de Rached Ghannouchi est stable»

21. August 2026 um 10:27

L’état de santé de Rached Ghannouchi (85 ans), ancien président de l’Assemblée des représentants du peuple et dirigeant du mouvement islamiste Ennahdha, incarcéré depuis plus de trois ans et condamné à de lourdes peines de prison dans différentes affaires, est jugée stable après sa sortie de l’hôpital, le 18 août 2026, et ses avocats ont été autorisés à lui rendre visite.

Samir Dilou, membre de son collectif de défense, a déclaré à The New Arab qu’il lui avait rendu visite, le 19 août, et que son état de santé était stable, malgré la faiblesse dont il souffre à la suite de problèmes de santé récents.

M. Ghannouchi avait été privé de visites et totalement isolé du monde extérieur, sans pouvoir suivre l’actualité pendant 23 jours, ce qui l’avait conduit à entamer une grève de la faim pour protester, a expliqué Me Dilou. Il a ajouté que M. Ghannouchi gardait le moral malgré tout ce qu’il a traversé, soulignant qu’il bénéficiait de soins au sein de la prison.

Le collectif de défense de M. Ghannouchi a indiqué, dans un communiqué publié le 19 août, que ce dernier avait été ramené lundi soir à la prison civile de Mornaguia, près de la capitale, après avoir séjourné à l’hôpital depuis le 29 juillet.

Le collectif a précisé que, durant son hospitalisation, M. Ghannouchi avait été maintenu en «isolement total», se voyant refuser les visites de ses avocats et de sa famille, et empêché de suivre l’actualité par les moyens accessibles aux autres détenus.

Cela s’est produit malgré les demandes répétées de la défense pour lui rendre visite et s’enquérir de son état de santé, selon le communiqué.

M. Ghannouchi est incarcéré depuis le 17 avril 2023 et a été condamné à plusieurs peines de prison, dont certaines à perpétuité, dans des affaires liées à un complot contre la sûreté de l’État.

I. B.

L’article Samir Dilou | «L’état de santé de Rached Ghannouchi est stable» est apparu en premier sur Kapitalis.

L’été du mécontentement en Tunisie

16. August 2026 um 12:46

Cinq ans après sa prise de pouvoir, le président tunisien Kaïs Saïed est confronté à son défi le plus sérieux à ce jour. Les pénuries d’eau et d’électricité, survenant durant un été aux chaleurs records (frôlant les 49 °C dans certaines régions), suscitent un mécontentement croissant à l’égard de sa gouvernance. Ces coupures amènent les Tunisiens à se détourner du populisme.

Sharan Grewal *

Le 25 juillet [2021], date anniversaire de la prise de pouvoir de Saïed, a été marqué par certaines des plus importantes manifestations organisées contre lui jusqu’à présent. La persistance des coupures d’eau et d’électricité a de nouveau déclenché des protestations les 4 et 5 août dans plusieurs régions du pays, et une autre manifestation est prévue à Tunis pour le 20 août.

Pendant des années, Saïed a réussi à surmonter les difficultés économiques en désignant des boucs émissaires : partis politiques, hommes d’affaires, migrants et puissances étrangères, entre autres. Mais aujourd’hui, ces discours populistes ne fonctionnent plus ; en partie parce que cinq ans se sont écoulés depuis sa prise de pouvoir, une période durant laquelle la population attend désormais des résultats concrets. Qui plus est, les pénuries d’eau et d’électricité sont objectivement plus graves que sous l’ère démocratique. Elles sont ressenties de manière viscérale : les Tunisiens constatent concrètement que le pays ne fonctionne plus. Les coupures de courant, y compris dans les hôpitaux, ont même entraîné la mort de certaines personnes. Pire encore, Saïed est resté largement absent, se contentant de promettre de s’en prendre aux comploteurs responsables des pénuries — un discours populiste éculé auquel peu de gens croient encore.

À cela s’ajoutent les atteintes perçues à la souveraineté de la Tunisie de la part de l’Algérie voisine, l’un des plus fervents soutiens de Saïed, avec qui un accord controversé de coopération en matière de défense a été signé l’an dernier.

En réaction aux manifestations, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a menacé d’intervenir en Tunisie pour éliminer les «terroristes» présumés (les manifestants ?), provoquant une levée de boucliers nationaliste, y compris chez certains des premiers partisans de Saïed.

Le mécontentement gagne les rangs du régime

Fait peut-être le plus surprenant, Saïed fait face à des critiques émanant du sein même du régime, alors que les membres de son entourage semblent prendre conscience de l’inéluctabilité de la situation.

Le Parlement, longtemps perçu comme une simple chambre d’enregistrement, compte désormais des membres qui critiquent ouvertement et directement le gouvernement, voire Saïed lui-même. Le député Hamdi Ben Salah a demandé que Saïed comparaisse devant le Parlement pour y être interrogé ; le député Ammar Al-Aidoudi a qualifié d’illégitime le second mandat de Saïed (au cours duquel il a recueilli un score supposé de 91 % des suffrages) ; et le député Ali Zaghdoud a entrepris de préparer une motion de censure contre le gouvernement.

On dirait que certains députés cherchent à quitter le navire en prévision de la chute du régime. Sur fond de rumeurs concernant l’état de santé de Saïed, ses [proches] eux-mêmes se livreraient à une lutte d’influence pour déterminer qui pourrait lui succéder.

De son côté, Saïed a déployé l’armée et la Garde nationale pour assurer l’approvisionnement en eau et a obtenu par la suite de l’électricité en provenance d’Algérie ; toutefois, il ne s’agit pas de solutions durables aux pénuries. Il pourrait tenter de rejeter la faute sur le Premier ministre et de remanier le gouvernement, mais après avoir vu défiler quatre Premiers ministres depuis sa prise de pouvoir, rien ne garantit qu’une telle mesure apaisera la colère de la population.

Les experts estiment que ces pénuries résultent d’années de sous-investissement public dans les entreprises d’État chargées de l’eau et de l’électricité (respectivement la Sonede et la Steg), lesquelles sont trop lourdement endettées pour entreprendre des améliorations d’infrastructure.

Ce n’est pas le premier été marqué par des coupures d’électricité et d’eau, ce qui amène les Tunisiens à se demander pourquoi le gouvernement n’a pas davantage anticipé la chaleur et pris des dispositions en amont.

Les limites des promesses populistes

Toutefois, il faut reconnaître qu’après avoir tourné le dos au Fonds monétaire international et à de nombreux alliés étrangers, le gouvernement dispose de peu de fonds pour investir. Comme l’a récemment souligné l’ancien Premier ministre Hichem Mechichi (évincé par Saied lors de sa prise de pouvoir) : «Saïed est totalement opposé aux bailleurs de fonds internationaux, mais il ne propose aucune alternative. Il a des idées populistes, mais elles n’ont aucun impact sur le terrain.»

Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha âgé de 85 ans et ancien président du Parlement — qui croupit aujourd’hui en prison alors que sa santé se dégrade — se montrait déjà optimiste en 2022, estimant que les Tunisiens finiraient par comprendre que le populisme ne repose que sur des promesses vaines. «Le populisme est comme une drogue», m’a-t-il confié lors d’un entretien. Il a ajouté : «Il vous anesthésie, vous procure une euphorie passagère, mais vous finissez par vous réveiller face à une triste réalité. Les gens voient désormais cette triste réalité : ils constatent la hausse des prix, la pénurie de produits de première nécessité, le chômage, les atteintes aux droits humains, l’emprisonnement de blogueurs, etc.»

Ghazi Chaouachi, ancien dirigeant du parti Courant démocrate — également emprisonné — m’a tenu des propos similaires. «Kais Saïed tient un discours populiste comparable à celui de Donald Trump», déclarait Chaouachi en 2022. Il a ajouté : «Avec le temps, les Tunisiens comprendront que toutes ses promesses sont sans lendemain et qu’elles mèneront à la ruine de la Tunisie plutôt qu’à sa réussite… Je pense qu’après ce que Kais Saïed a fait, la population sera traumatisée. Par la suite, le populisme refluera et perdra en popularité.»

Cinq ans plus tard, les Tunisiens prennent peut-être enfin conscience de la triste réalité. Les accusations populistes de Saied concernant des complots, des élites corrompues et des manigances étrangères sonnent de plus en plus creux lorsque les robinets s’assèchent et que la climatisation tombe en panne. Il reste incertain que la crise actuelle débouche sur une ouverture démocratique. Toutefois, si elle contribue à délégitimer enfin le populisme en Tunisie, cela facilitera le retour du pays à la démocratie lorsque cette transition finira par se produire.

Traduit de l’anglais.

* Chercheur principal non résident – ​​Politique étrangère, Centre pour la politique au Moyen-Orient.

Source : Brookings.  

L’article L’été du mécontentement en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

Ghannouchi suspend sa grève de la faim, Ennahdha réclame sa libération

11. August 2026 um 20:29

​Le chef du parti islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, a mis fin à la grève de la faim et à la suspension de son traitement médical, ce mardi 10 août 2026.

​Dans un communiqué, son comité de défense affirme que la direction de la prison civile de Mornaguia a informé ses avocats que Rached Ghannouchi avait accepté de lever son mouvement de protestation entamé le 6 août courant, et ce, à la demande de l’équipe médicale assurant son suivi à l’hôpital.

De son côté, Ennahdha s’est félicité de la décision de son président de suivre les recommandations médicales afin de préserver sa santé, soulignant son âge avancé et l’existence de maladies chroniques.

Le parti a par ailleurs exigé la levée de ce qu’il qualifie « d’isolement imposé par la ministre de la Justice », tout en réaffirmant le droit de Rached Ghannouchi de recevoir les visites de ses avocats et de sa famille, conformément à la loi.

La même source a aussi réclamé la libération de Rached Ghnannouchi, estimant que sa détention est arbitraire, tout en imputant aux autorités la responsabilité de toute dégradation de son état de santé et en annoçant avoir engagé des démarches légales contre « tous les responsables de cette situation ».

Y. N.

L’article Ghannouchi suspend sa grève de la faim, Ennahdha réclame sa libération est apparu en premier sur Kapitalis.

❌