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25 ans après le 11-Septembre : les leçons d’un monde fracturé, la mémoire des hommes intacte

11. September 2026 um 08:45

Le 11 septembre 2001, quatre avions détournés ont fait basculer l’Histoire contemporaine dans une nouvelle ère. Vingt-cinq ans plus tard, le quart de siècle qui nous sépare du jour où le ciel de New York s’est teinté de poussière et d’effroi offre le recul nécessaire pour mesurer l’ampleur de ce séisme, à la fois politique et humain.

En effet, entre ruptures géopolitiques majeures et blessures humaines indélébiles, le 11-Septembre n’est pas seulement un événement à commémorer : c’est la matrice du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Les événements au Moyen-Orient, la guerre de la Russie contre l’Ukraine, la situation de ni guerre ni paix entre la Chine et Taïwan, ou encore le Sahel et la Corne de l’Afrique, etc. sont là pour en témoigner.

La rupture géopolitique : de l’hyperpuissance aux décombres du XXIe siècle

Au tournant du millénaire, les Etats-Unis d’Amérique vivaient dans l’illusion de « fin de l’Histoire ». L’effondrement du bloc soviétique, avec la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, laissait place à une hyperpuissance sans rival apparent. Mais c’était sans compter une force puissante qui se préparait dans l’ombre. Ainsi, l’attaque coordonnée par Al-Qaïda est venue briser cette invulnérabilité perçue, démontrant la vulnérabilité extrême d’une nation face à la menace asymétrique du terrorisme transnational.

Comme réponse, Washington proclama la « guerre globale contre la terreur » ; un choix stratégique qui va redessiner la carte politique mondiale, mais pas comme le voulait l’Amérique. Car les invasions de l’Afghanistan en 2001, puis de l’Irak en 2003, qui devaient réorganiser le Moyen-Orient sous le signe de la démocratie libérale, n’ont servi qu’à apporter du chaos au chaos.

Du reste, vingt-cinq ans plus tard, le bilan est très amer. L’interventionnisme militaire a coûté des milliers de milliards de dollars aux contribuables, déstabilisé durablement des régions entières (Proche et Moyen-Orient entre autres) et suscité des réactions en chaîne complexes. Le retrait tragique et précipité de Kaboul en 2021 aura symboliquement refermé ce chapitre, laissant le pouvoir aux mains des mêmes Taliban qu’en 2001. Avec les conséquences humaines qu’on connaît aujourd’hui.

Pire encore, l’onde de choc s’est propagée à l’échelle globale. Les libertés publiques ont souvent cédé du terrain au profit de la doctrine de sécurité nationale – du Patriot Act à la surveillance de masse. La géopolitique mondiale s’est fragmentée, laissant le rôle d’arbitre mondial affaibli et accélérant l’émergence d’un monde multipolaire, marqué par l’affirmation de nouvelles puissances comme la Chine.

L’épaisseur humaine : sous la géopolitique, le sang et la mémoire

Cela étant, réduire le 11-Septembre à ses conséquences géopolitiques serait pourtant oublier ce qu’il fut d’abord : un drame humain d’une violence inouïe. 2 977 personnes innocentes auraient perdu la vie à New York, au Pentagone et dans un champ de Shanksville.

Derrière l’effondrement spectaculaire des Tours Jumelles, il y a eu des destins brisés en une fraction de seconde. Des employés arrivés tôt au bureau, des équipages de bord, des pompiers et des secouristes grimpant les escaliers à contresens du danger. Vingt-cinq ans plus tard, la douleur des familles n’a pas disparu ; elle a simplement changé de forme.

Cette tragédie s’est aussi prolongée dans le temps. Des milliers de personnes (premiers répondants, résidents du Lower Manhattan) ont développé des maladies graves liées à l’inhalation des poussières toxiques de Ground Zero. À l’autre bout de la chaîne humaine, au Moyen-Orient, des centaines de milliers de civils ont payé de leur vie les contrecoups de cette guerre contre le terrorisme. Le drame humain est universel et sans frontière. Ailleurs encore et de façon plus globale, tous les musulmans – ou presque – à travers le monde, des Etats-Unis, en Chine en passant l’Europe, l’Asie… continuent de payer ou de subir ces actes inconsidérés d’une poignée d’individus embrigadés malgré eux par des fanatiques d’un autre âge.

Un héritage en partage

Vingt-cinq ans après, une nouvelle génération est entrée dans l’âge adulte sans avoir aucun souvenir direct de ce 11 septembre 2001. Pour elle, cet événement appartient aux livres d’histoire au même titre que la chute du mur de Berlin. Pourtant, les règles de son quotidien : des contrôles dans les aéroports à la méfiance numérique, en passant par la montée des populismes et du repli identitaire, découlent directement de ce jour-là.

Le quart de siècle écoulé nous enseigne une leçon fondamentale : la sécurité et la force militaire ne remplacent pas – ou ne devraient pas remplacer – la diplomatie, le droit international et la compréhension mutuelle. Allez le dire à certains dirigeants.

En ce 25e anniversaire, honorer la mémoire des victimes exige davantage que des discours officiels sur les lieux de mémoire. Cela impose de porter un regard lucide sur le quart de siècle écoulé pour réapprendre à construire des ponts plutôt que des murs.

Dans un monde plus instable que jamais, la véritable résilience réside dans notre capacité à préserver notre humanité commune face à la barbarie et aux tentations de la division.

Ce monde instable est, hélas !, incarné par trois personnes qui font fi du droit international, qui se croient tout permis. Nous avons nommé le président américain Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine – au grand dam de ceux qui le défendent aveuglement -, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

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Inde | La génération Z remet en selle Rahul Gandhi

08. September 2026 um 07:35

Depuis près de vingt ans, Rahul Gandhi, fils de Rajiv et petit-fils d’Indira, est dépeint comme un homme politique privilégié et inefficace voire raté, incapable aussi bien de relancer le Parti du Congrès que de concurrencer le Premier ministre Narendra Modi et de faire vaciller son pouvoir. Le dirigeant nationaliste dirige l’Inde d’une main de fer depuis mai 2014. Toutefois, la donne semble enfin changer grâce à la génération Z qui ébranle Modi et qui semble trouver en Rahul Gandhi son nouveau leader. Ce dernier assume enfin l’héritage de sa famille et tisse des liens avec de jeunes électeurs désabusés. Gandhi, va-t-il faire sa mue d’un chef de l’opposition faible à un chef de l’opposition coriace ?

Imed Bahri

Dans une tribune publiée par le Washington Post, Rana Ayyub affirme que le paysage politique indien est témoin d’une transformation remarquable de l(image du chef de l’opposition, Rahul Gandhi, après qu’il ait été moqué et dénigré pendant des années de la part des partisans du Premier ministre Narendra Modi. 

Gandhi, longtemps dépeint comme un héritier politique incapable de défier Modi, a commencé à se défaire de cette image l’année dernière, profitant notamment du mécontentement croissant des jeunes Indiens face au chômage, au coût élevé des études, aux fuites d’examens et à la diminution des perspectives d’ascension sociale.

Relier les luttes quotidiennes des jeunes

Ayyub attribue ce changement à l’émergence de la génération Z qui, selon elle, se détache de l’image stéréotypée de Gandhi et interagit avec lui d’une manière spontanée via les réseaux sociaux. Elle souligne également que Gandhi lui-même a modifié son image publique, abandonnant une image politique traditionnelle pour une tenue plus jeune, afin de se rapprocher d’une génération qui a le sentiment que l’ancienne classe politique ne comprend ni son langage ni ses problèmes.    

Le tournant décisif remonte à la Bharat Jodo Yatra (La Marche pour l’unité de l’Inde), marche que Gandhi a entreprise à travers l’Inde et qui s’est achevée début 2023 et au cours de laquelle, ses échanges avec les étudiants, les chômeurs et les travailleurs précaires lui ont permis de prendre conscience de l’ampleur de la frustration économique chez les jeunes.

Le Washington Post soutient que les récentes manifestations de la jeunesse ont offert à Gandhi une opportunité politique majeure, lui permettant de recentrer sa campagne sur les jeunes et d’aborder des problèmes tels que la fraude aux examens, le chômage et la hausse des frais universitaires.

Dans ce contexte, il a lancé la campagne «La Voix des Étudiants», étendant ainsi son action aux étudiants de centaines de villes indiennes. Il cherche également à relier les luttes quotidiennes des jeunes à un problème plus vaste à savoir la concentration des richesses, du pouvoir et des opportunités économiques entre les mains d’une minorité.

L’héritier des traditions démocratiques et laïques

Parallèlement, Gandhi a commencé à renouer avec l’héritage politique de sa famille plutôt qu’à le défendre. Il invoque l’histoire de son arrière-grand-père, Jawaharlal Nehru, Premier ministre de l’Inde, ainsi que les sacrifices de sa grand-mère, Indira Gandhi, et de son père, Rajiv Gandhi, pour se présenter comme l’héritier des traditions démocratiques, laïques et constitutionnelles, et non simplement comme l’héritier d’une dynastie politique.

Ayyub soutient que cela représente une tentative de renverser l’un des principaux arguments de Modi contre Gandhi, transformant l’histoire de sa famille, utilisée pour le dépeindre comme un politicien privilégié, en un moyen de souligner les sacrifices de sa famille pour l’Inde.

Ayyub met toutefois en garde contre les limites de cette évolution notamment dans la relation de Rahul Gandhi avec la jeunesse musulmane. S’il s’exprime ouvertement sur la discrimination envers les Dalits*, il reste moins loquace sur la persécution des musulmans. Elle estime que si Gandhi veut convaincre les jeunes musulmans que sa défense de la Constitution et de la démocratie les inclut, il doit faire preuve de clarté dans ses déclarations publiques, au lieu de limiter ses véritables positions aux réunions de son parti.

En définitive, Gandhi est largement parvenu à se défaire de l’image dénigrante que ses adversaires lui ont forgée. Cependant, se débarrasser de cette image de «politicien raté» ne signifie pas nécessairement qu’il soit désormais capable de construire une opposition forte au gouvernement de Modi. Son véritable défi réside dans sa capacité à transformer les divers problèmes auxquels sont confrontés les jeunes –du chômage aux fuites d’examens, en passant par l’impunité policière et la persécution des dissidents– en un seul enjeu politique lié à l’érosion des institutions démocratiques caractérisée par l’affaiblissement progressif des contre-pouvoirs et de l’État de droit par le pouvoir en place.

S’il y parvient, la génération qui a mis au jour la vulnérabilité du gouvernement Modi pourrait aussi avoir fait émerger le chef de l’opposition que Modi n’a jamais eu à affronter. 

* Les Dalits, encore appelés Intouchables, sont des groupes d’individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors castes et affectés à des fonctions ou métiers jugés impurs. L’Inde compte 200 millions de Dalits.

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