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L’édito de Hédi Mechri : Classement de Shanghai – Universités tunisiennes : le grand décrochage

13. September 2026 um 06:00

Un malheur n’arrive jamais seul. À croire que les coupures brutales d’électricité et d’eau en pleine canicule – et sur une période qui paraît une éternité – ne suffisent pas à nos peines. On n’en finit pas d’endurer les affres des pénuries qui s’incrustent dans tous les recoins de l’économie et de la société. L’ennui, c’est qu’il n’y a pas que les pics prolongés de chaleur pour lever le voile sur l’étendue des dysfonctionnements, des défaillances et des échecs en matière de gestion d’eau et d’électricité, deux des trois principaux défis auxquels est confronté de tout temps le pays.

Le troisième, en l’occurrence celui de l’enseignement supérieur, nous renvoie aujourd’hui à notre triste réalité et à nos propres limites qui ne sont inscrites nulle part si ce n’est à travers les coupes budgétaires dont est victime notre système d’éducation. Ces restrictions font craindre le pire : elles ajoutent à nos interrogations et à nos appréhensions.

Pour preuve et comme pour faire écho à ces inquiétudes, le classement de Shanghai 2026 des 1000 premières universités dans le monde. Passent encore les trois premières universités américaines, talonnées par les deux prestigieuses universités britanniques, les universités françaises qui améliorent leur rang dans le top 10, sans oublier l’ascension fulgurante des établissements chinois qui évoluent à l’image du pays sur le toit du monde des technologies émergentes. On chercherait en vain la moindre trace d’universités tunisiennes alors même que deux ou trois d’entre elles faisaient, il y a si peu, partie de l’élite, quoique en fermant la marche du top 1000. Pourtant, on voit se positionner de nouveaux pays émergents d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique sans grand passé universitaire. Des pays neufs en émergence rapide qui affichent haut et fort leur ambition planétaire à travers le levier universitaire. Et ils s’y distinguent, accentuant du coup notre déclassement.

 

Pour preuve et comme pour faire écho à ces inquiétudes, le classement de Shanghai 2026 des 1000 premières universités dans le monde… On chercherait en vain la moindre trace d’universités tunisiennes alors même que deux ou trois d’entre elles faisaient partie de l’élite…

 

Il y a moins de deux décennies, on figurait dans l’univers universitaire en bien meilleure position. Nos universités les plus en vue étaient perçues comme de réelles promesses d’avenir et suscitaient beaucoup d’espoir. Nos diplômés étaient au niveau des standards mondiaux. Nos doctorants en Europe, en Amérique et ailleurs, passés par le filtre local, brillaient de mille feux au point que cela limite considérablement leur retour au pays.

Le séisme révolutionnaire, l’instabilité politique, les troubles sociaux, les difficultés de l’économie écrasée par le poids des intrigues politiques, la déliquescence de l’État, qui aurait perdu la maîtrise et le contrôle des rouages, des mécanismes et de la régulation des transformations économiques et sociales, ont détruit les anciens repères et modifié la structure du budget de l’État. La révolution, avec son cortège de désordre, de chaos, de montée du terrorisme, d’ici et d’ailleurs, a sonné le glas du capital humain qu’elle est censée valoriser et hisser au plus haut de l’échelle des valeurs nationales.

La santé et l’enseignement auront été paradoxalement les victimes expiatoires de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. La défense et la sécurité nationales ont pris le dessus sur la santé et l’enseignement. C’est la fin d’un cycle de plus de 50 ans où nos préférences structurelles privilégiaient le beurre au détriment des canons. Depuis 2011, on assiste à une inversion des priorités, ce qui n’est pas d’ailleurs sans rapport avec la chute inexorable de l’investissement et le ralentissement de la croissance. La sécurité du pays, dira-t-on, est à ce prix. On en mesure aujourd’hui l’impact désastreux sur l’infrastructure en matière de santé et d’éducation dont on ne saurait décrire l’état de délabrement. Hôpitaux, écoles, lycées, universités, centres de formation, hier joyaux de la couronne, font aujourd’hui peine à voir.

 

La défense et la sécurité nationales ont pris le dessus sur la santé et l’enseignement. C’est la fin d’un cycle de plus de 50 ans où nos préférences structurelles privilégiaient le beurre au détriment des canons.

 

Nos établissements universitaires, nos grandes écoles portent la marque de l’usure du temps, les stigmates de la faillite financière et des contraintes budgétaires. Figures emblématiques du pays dès les premiers stades de sa reconstruction, fierté nationale, vitrines de notre volonté d’émergence rapide et voies d’accès au futur, ces établissements, nés sous le dôme d’un centralisme étatique, sont aujourd’hui victimes d’inextricables restrictions budgétaires. Privés d’autonomie financière, de marges de manœuvre et accablés d’un mode de gouvernance d’un autre âge, ils manquent de ressources financières, là où il faut beaucoup de moyens matériels et humains, d’enseignants de valeur promus d’ici et venus d’ailleurs. Nos institutions universitaires font ce qu’elles peuvent, dans la limite du possible, sans se résigner. Elles sont contraintes de réduire la voilure au point d’être concurrencées par la montée en puissance d’universités privées qui progressent sur les décombres de l’enseignement public. Qui n’en continue pas moins d’afficher quelques îlots d’excellence : les études d’ingéniorat, de science, d’informatique, de robotique, de médecine constituent une véritable éclaircie dans le ciel universitaire brumeux.

Ironie de l’histoire, ces foyers d’excellence, legs des temps héroïques et cœur battant de la nation, profitent moins au pays qui les a formés au prix d’énormes sacrifices qu’à ceux qui se préparent à les accueillir. Les difficultés de tout ordre, le brouillard politique, l’incertitude du lendemain, l’absence d’un grand projet économique, d’un vaste dessein national et de perspectives pour les jeunes et moins jeunes, si ce n’est l’éphémère et inconsistante idée de sociétés communautaires au frais de l’État et à contre-courant de la marche du siècle, laissent peu de choix aux jeunes diplômés tentés par une vie meilleure à l’étranger.

 

Nos institutions universitaires font ce qu’elles peuvent, dans la limite du possible, sans se résigner. Elles sont contraintes de réduire la voilure au point d’être concurrencées par la montée en puissance d’universités privées qui progressent sur les décombres de l’enseignement public.

 

Finalement, peu de nouveaux élus universitaires et davantage de candidats au départ sous des cieux plus cléments. L’Europe, les pays du Golfe, le Canada et bien d’autres puissances, embarqués sur les nouvelles technologies et en quête de compétences humaines, n’ont d’autres fins que d’écrémer chez nous le marché des nouveaux diplômés et pas qu’eux. Au nom du droit à la mobilité – du reste à géométrie variable – et sous de fallacieux programmes ou préceptes d’immigration voulue ou choisie, ils attirent celles et ceux à qui le pays ne pouvait offrir de meilleures perspectives d’emplois, de véritables plans de carrière et de meilleures conditions de travail et de vie. Pour beaucoup, quitter le pays sans en être dans le besoin c’est aussi le signe d’une manifestation de défiance à l’égard des politiques. Manière de voter avec leurs pieds.

Retour à la case départ. Face à la frénésie de la rentrée scolaire et universitaire qui s’empare du pays et devant le sacrifice que consentent les familles souvent pas loin de la précarité, pour voir éclore ces graines de génies, nous assistons impuissants à leur départ en fin de parcours. Sans aucune compensation financière de nos partenaires européens plus prompts à nous confiner au rôle de soutier de la sécurité et de gardien des côtes européennes pour combattre – au mépris du droit – l’immigration irrégulière. On est bien loin du discours et des proclamations de foi en faveur de la politique de voisinage, de solidarité euro-méditerranéenne, d’une communauté de destin et de prospérité partagée.

Ainsi va le monde. Hier, l’occupant faisait main basse sur nos ressources extractives. Ses héritiers n’en font pas moins, l’hypocrisie en plus, sans jamais couper les ponts avec le passé. La prédation des ressources extractives a la vie dure. Aux minéraux d’hier s’ajoute, sur une vaste échelle au nom du droit à la mobilité, celle des compétences humaines. Un pan entier de l’intelligence nationale s’envole et disparaît au moment où le pays a le plus besoin de ces architectes et de ces acteurs du futur. À qui la faute ?

 

Ainsi va le monde. Hier, l’occupant faisait main basse sur nos ressources extractives. Ses héritiers n’en font pas moins, l’hypocrisie en plus, sans jamais couper les ponts avec le passé. La prédation des ressources extractives a la vie dure. Aux minéraux d’hier s’ajoute, sur une vaste échelle au nom du droit à la mobilité, celle des compétences humaines.

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Cet éditorial est paru dans le magazine de L’Economiste maghrébin N°953, du 8 au 23 septembre 2026, sous le titre « Déclassement« 

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OCDE – PISA 2025 : la lecture décroche en France et dans le monde

09. September 2026 um 16:39

Les performances en lecture des élèves de 15 ans connaissent un net recul dans la plupart des pays de l’OCDE. En France, le score tombe à 456 points, contre 474 en 2022, confirmant une dégradation qui touche également les mathématiques. L’essor des écrans, les difficultés de concentration et les nouveaux usages de l’intelligence artificielle alimentent les interrogations.

Publié le 8 septembre 2026, le rapport PISA 2025 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) constitue l’une des évaluations internationales les plus larges jamais réalisées. Quelque 760 000 élèves de 15 ans, répartis dans 91 pays et économies, ont participé à cette édition.

Le constat est particulièrement sévère en matière de lecture. La moyenne des pays de l’OCDE atteint 466 points en 2025, contre 482 en 2022. Depuis 2015, le recul atteint 28 points, soit l’équivalent d’environ un an et demi d’apprentissage.

Selon l’OCDE, environ trois pays ou économies sur quatre disposant de données comparables ont enregistré une baisse significative des performances en lecture entre 2018 et 2025.

 

Lire aussi :PISA 2025 : l’Asie confirme sa domination, le Maroc à la peine et un Maghreb largement absent

 

Cette dégradation ne se limite d’ailleurs pas à la lecture. Les performances moyennes en mathématiques ont également fortement diminué, tandis que les résultats en sciences se sont davantage stabilisés sur la période récente. L’OCDE estime désormais qu’environ un élève de 15 ans sur cinq est en difficulté dans chacune des trois disciplines évaluées.

La France passe sous la moyenne de l’OCDE

La France n’échappe pas à cette tendance. Les élèves français obtiennent en 2025 un score de 456 points en compréhension de l’écrit, contre 474 points en 2022. Ce résultat place la France sous la moyenne de l’OCDE et parmi les niveaux les plus faibles jamais enregistrés par le pays dans l’enquête PISA.

Le recul français ne concerne pas uniquement la lecture. L’OCDE relève également une baisse des performances en mathématiques, tandis que le niveau en sciences reste globalement comparable à celui de 2022. Dans l’ensemble, les résultats français de 2025 figurent parmi les plus faibles mesurés par PISA.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que les inégalités sociales continuent de peser fortement sur les performances scolaires. L’OCDE souligne que l’origine socioéconomique demeure un déterminant majeur des résultats des élèves.

La « lecture hâtive » gagne du terrain

Au-delà du recul des scores, l’enquête met en évidence une transformation des pratiques de lecture. Les adolescents sont de plus en plus exposés à des flux continus d’informations numériques, favorisant une consultation rapide des contenus plutôt qu’une lecture approfondie.

Cette évolution alimente les inquiétudes sur la capacité des jeunes à comprendre des textes complexes, à hiérarchiser l’information et à distinguer les sources fiables des contenus trompeurs.

L’OCDE relève notamment que moins de la moitié des élèves des pays membres déclarent vérifier systématiquement la crédibilité des sources d’information tout en privilégiant les données scientifiques par rapport au simple « bon sens ».

L’intelligence artificielle, nouvel enjeu scolaire

L’arrivée massive des outils d’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension au problème. L’OCDE met en garde contre une utilisation de l’IA qui remplacerait l’effort personnel plutôt que de renforcer l’apprentissage.

Les élèves utilisant fréquemment l’IA pour certaines tâches scolaires, notamment résumer des textes, rédiger ou effectuer des recherches, obtiennent des résultats plus faibles en sciences que ceux qui ne l’utilisent pas dans ce cadre. L’écart peut atteindre 20 points, soit environ une année de scolarité.

L’organisation ne préconise toutefois pas de bannir la technologie. Elle estime au contraire que l’IA et les outils numériques peuvent contribuer à améliorer l’apprentissage lorsqu’ils sont utilisés de manière ciblée et sous l’encadrement des enseignants.

Un avertissement pour les systèmes éducatifs

Le rapport PISA 2025 dépasse ainsi la seule question du niveau scolaire. Il pose celle de la capacité des systèmes éducatifs à préserver l’attention, la compréhension et l’esprit critique à l’heure de la multiplication des écrans et des outils numériques.

Pour l’OCDE, le redressement passe notamment par un enseignement davantage centré sur les fondamentaux, un investissement dans les enseignants, un accompagnement ciblé des élèves en difficulté et une implication accrue des familles.

Le recul de la lecture apparaît dès lors comme l’un des signaux les plus préoccupants de cette nouvelle édition de PISA : derrière une baisse statistique des scores se dessine une question plus profonde sur la capacité des jeunes générations à lire, comprendre, vérifier et penser dans un environnement saturé d’informations.

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Liberté d’investissement 2026 : la Tunisie signe son pire score depuis 1995

07. September 2026 um 14:04

Le classement 2026 de l’indice de liberté d’investissement, établi par The Global Economy à partir des données de la Heritage Foundation, dessine une Afrique à deux vitesses. Sur une moyenne mondiale de 53 points, le Maroc s’impose comme le meilleur élève continental avec 80 points (17e mondial). Un record historique porté par une progression continue depuis 2024. Maurice suit avec 70 points, malgré un léger recul par rapport aux 80 points affichés entre 2019 et 2023.

Le trio sahélien Burkina Faso, Mali et Niger obtient des scores honorables (65, 65 et 55) grâce notamment à la stabilité monétaire du franc CFA. Mais ces performances masquent des droits de propriété très dégradés, parfois inférieurs à 20 points, assurent les auteurs du classement.

La Tunisie, elle, est malheureusement totalement absente de ce top 20 – et pour cause : le pays s’enfonce dans le classement général de liberté économique. Selon l’édition 2026 de l’indice de la Heritage Foundation, la Tunisie a obtenu son plus mauvais score et son plus mauvais rang depuis 1995, année de son Accord d’association avec l’Union européenne. Le pays affiche un score de 48,1 points sur 100 et se classe 156e sur 176 pays, une note en baisse d’un point sur un an. Ce score relègue désormais notre pays dans la catégorie des économies dites « réprimées », au 11e rang sur 14 pays de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord.

Le gap…

Cette dégringolade s’inscrit dans une trajectoire longue : le pays est passé de la 44e place mondiale en 2010 à la 156e en 2026, un basculement attribué à « une intervention étatique croissante, à des faiblesses institutionnelles et à des freins persistants sur l’investissement ». Sur le seul sous-indicateur de “liberté d’investissement“, celui qui structure le classement africain analysé plus haut, la Tunisie plafonnait déjà à 30 points lors de l’édition précédente. Un niveau qui l’aurait placée loin derrière le dernier du top 20 africain (le Burundi, à 50 points).

Le contraste avec le Maroc est frappant : les deux pays maghrébins, longtemps comparés, empruntent désormais des trajectoires opposées. Là où Rabat a gagné 15 points depuis 2019 pour atteindre un record; Tunis a perdu près de huit points sur la même période et glisse chaque année un peu plus vers le bas du classement mondial.

Les causes avancées rejoignent celles identifiées pour d’autres pays du classement africain, en l’occurrence : des lourdeurs administratives, une insécurité juridique, de la corruption, mais avec une intensité inédite pour la Tunisie. Les analystes locaux évoquent un climat des affaires en dégradation continue, une fuite des compétences et une croissance économique atone, loin des dynamiques entrepreneuriales des années 1990-2000. Comme le montre l’exemple du Maroc ou de la Côte d’Ivoire, un score de liberté d’investissement ne dit cependant jamais tout : il faut aussi regarder l’état de droit, la corruption et les droits de propriété pour juger de l’attractivité réelle d’un pays pour les capitaux.

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