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Les Houthis s’emparent du détroit de Bab el-Mandeb, le monde retient son souffle

14. September 2026 um 07:38

Les Houthis ont avancé vers l’ouest du Yémen, les forces armées du gouvernement internationalement reconnu et soutenues par l’Arabie Saoudite se sont rapidement effondrées et ont battu retraite et les Houthis se sont emparés du détroit de Bab el-Mandeb, voie maritime reliant la mer Rouge au Golfe d’Aden et seule alternative pour contourner le verrouillage du détroit d’Ormuz et pour exporter le pétrole saoudien. Comment ce scénario cauchemardesque a-t-il pu avoir lieu ? Concomitamment, des drones venus d’Irak ont frappé l’oléoduc Est-Ouest saoudien conduisant à sa fermeture. Ces événements n’ont pas uniquement donné des sueurs froides aux Saoudiens mais le monde entier retient son souffle car les conséquences peuvent être désastreuses que ce soit pour l’énergie surtout avec l’arrivée prochaine de l’hiver mais aussi pour le commerce international en général.

Imed Bahri

Dans le Sunday Times, version du week-end du Times, Mark Urban s’est interrogé sur les conséquences pour le monde de l’avancée rapide des Houthis dans l’ouest du Yémen. Il y soutient que l’effondrement soudain des forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen a engendré un scénario catastrophe, les forces supplétives iraniennes s’emparant du détroit de Bab el-Mandeb et perturbant le commerce mondial du pétrole. La prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis a déclenché une crise profonde. Compte tenu de l’impasse dans le conflit américano-iranien, cette situation représente des risques importants pour les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’économie mondiale.

Un scénario désastreux

Pour les Saoudiens, qui soutiennent depuis longtemps les forces gouvernementales yéménites, le contrôle de cette voie maritime vitale, conjugué à d’autres crises, a créé un scénario désastreux.

La semaine dernière, les Houthis ont lancé des attaques contre des installations énergétiques et des infrastructures civiles saoudiennes, faisant des dizaines de blessés.

Vendredi, le ministère saoudien de l’Énergie a annoncé la fermeture de l’oléoduc reliant l’est et l’ouest du pays, un contournement crucial du détroit d’Ormuz, après une attaque de drones lancée depuis l’Irak. Les alliés de l’Arabie saoudite, des États-Unis au Pakistan, en passant par l’Égypte et la Turquie, se sont abstenus, pour l’instant, de fournir un soutien militaire.

Ce changement soudain d’équilibre des forces est surprenant, d’autant plus que les forces gouvernementales yéménites avaient réalisé des progrès significatifs jusqu’au milieu de la semaine dernière, progressant vers l’ouest du pays. Il est intervenu après un mois marqué par une augmentation notable des exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz.

Après une avancée fulgurante en fin de semaine dernière, les forces houthies ont annoncé avoir pris le contrôle de la côte de la mer Rouge, s’assurant ainsi un accès vital via le détroit de Bab el-Mandeb. Mohammed al-Farah, membre du bureau politique houthi, a déclaré sur les réseaux sociaux que «cette victoire devrait être une leçon marquante et un avertissement pour ceux qui comptent encore sur la puissance saoudienne». Il a également menacé de détruire la principale raffinerie de pétrole du royaume, Ras Tanura, en cas de frappes aériennes saoudiennes sur Mocha, le port conquis par les Houthis jeudi lors de leur progression.

S’interrogeant sur la manière dont les Houthis ont réalisé cet exploit et sur sa signification, Urban a souligné que les désaccords entre les factions anti-houthies impliquées dans le conflit, ainsi que les relations tendues entre elles ont joué un rôle important dans les récents développements.

Plus tôt cette année, des avions de combat saoudiens ont bombardé des groupes yéménites alliés aux Émirats arabes unis, contraignant les forces émiraties à se retirer du Yémen. Le groupe houthi a exploité cette situation et contrôle désormais des zones où habitent 75% de la population yéménite alors même que les Zaïdites, le groupe confessionnel auquel appartiennent les Houthis, ne représentent qu’un tiers des 34 millions d’habitants du pays.

Echec de l’Arabie saoudite et des États-Unis

Grâce au soutien militaire et aux conseils des Gardiens de la révolution iraniens, les Houthis ont pu constituer une armée plus importante et plus redoutable. Bien que leurs forces combattantes actives ne dépassent pas 20000 hommes, avec les réserves, ce chiffre atteint plus de 150000, surpassant ainsi les effectifs de l’armée du gouvernement internationalement reconnu.

Compte tenu de la petite taille du pays, les forces gouvernementales, relativement peu nombreuses et souvent légèrement armées, peinent à maintenir leurs positions. Ces derniers jours, assiégées dans les régions désertiques de l’ouest, elles se sont effondrées. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des soldats en fuite humiliés alors qu’ils traversent le désert, certains s’arrêtant pour vendre leurs armes au bord de la route. Ailleurs, des factions rivales, se réclamant du même camp, se moquent des soldats qui ont battu retraite.

Selon certains témoignages, les Houthis auraient utilisé un faux message généré par intelligence artificielle, prétendument envoyé par le commandant des forces gouvernementales, ordonnant un retrait général. Ils ont sans aucun doute profité du manque de coordination entre les forces gouvernementales, les Saoudiens et les Américains, ce qui a entraîné un soutien aérien inefficace.

Selon Urban, l’échec de l’Arabie saoudite et des États-Unis ces dernières années à contenir les Houthis est largement dû à leur dépendance à la puissance aérienne et à l’absence de forces terrestres efficaces.

Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël, les Houthis ont subi des frappes aériennes israéliennes, britanniques, saoudiennes et américaines. Nombreux sont ceux qui ont remis en question la campagne de bombardements américains de huit semaines l’année dernière, mais celle-ci, conjuguée aux diverses incitations financières offertes par l’Arabie saoudite, a peut-être empêché les Houthis de mettre à exécution leurs menaces répétées de fermer le détroit de Bab el-Mandeb et de paralyser le secteur pétrolier du royaume.

Suite à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran en février, les Houthis sont restés neutres et largement à l’écart de l’escalade du conflit régional.

Cependant, la situation a changé après l’effondrement du mémorandum d’entente américano-iranien en juillet. La République islamique a alors utilisé ses alliés de l’Axe de la résistance pour accroître son influence dans la région en réponse au blocus américain du détroit d’Ormuz.

Les Houthis ont exploité la faiblesse des forces gouvernementales, brisant leur contrôle sur la côte et le détroit de Bab el-Mandeb. Les répercussions de cette situation commencent à se faire sentir sur les prix mondiaux de l’énergie et renforcent la position de l’Iran.

La fermeture de l’oléoduc saoudien aggrave les difficultés tant pour le pays que pour les États-Unis. Cet oléoduc transportait environ 5% de l’approvisionnement mondial en pétrole, selon Reuters. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril la semaine dernière pour la première fois depuis juillet.

L’Arabie saoudite se trouve confrontée à plusieurs choix difficiles. Ni la Turquie ni le Pakistan ne se sont empressés de fournir une assistance militaire dans le cadre de l’Accord de La Mecque pour la défense conjointe et le ministère saoudien des Affaires étrangères a exclu toute aide de ce type.

L’Iran à la manœuvre

De même, Axios a rapporté vendredi que les États-Unis avaient rejeté une demande saoudienne d’effectuer des frappes aériennes jeudi. Tariq Saleh, commandant de la coalition combattant les Houthis, a déclaré mercredi à CNN que les récentes déclarations concernant un soutien américain n’étaient que des paroles en l’air. Les risques sont désormais manifestes : contrôle des voies maritimes internationales par les Houthis, diminution continue des approvisionnements pétroliers saoudiens, renforcement significatif de l’Iran et reprise des hostilités et de la crise humanitaire au Yémen même.

Une option envisagée est la reconquête de l’île de Perim, qui permettrait de contrôler le détroit de Bab el-Mandeb. L’île est située près des bases américaines de Djibouti, de l’autre côté du détroit.

Selon Urban, cette option est envisageable, mais la probabilité d’un déploiement de troupes américaines sur le territoire yéménite est extrêmement faible.

Les Saoudiens, forts de leur expérience malheureuse lors de leur dernière invasion, sont parfaitement conscients des difficultés opérationnelles sur place. Cependant, la menace qui pèse sur leurs intérêts nationaux vitaux pourrait ne leur laisser d’autre choix. Farea al-Muslimi, de Chatham House à Londres, a déclaré : «Je serais très surpris si les Saoudiens ne lançaient pas une guerre à grande échelle au Yémen dans les plus brefs délais».

Si de nombreux experts estiment qu’il est possible de reconstruire les forces gouvernementales yéménites, voire de rétablir une coopération fructueuse entre les États du Golfe dans ce dossier, cela ne se fera pas rapidement.

Parallèlement, les pressions sur le marché de l’énergie, la hausse des prix des carburants et l’arrivée de l’hiver dans les pays occidentaux influenceront considérablement les décisions des responsables politiques. Les Saoudiens concluront probablement qu’ils doivent faire des concessions à la fois aux Houthis et à l’Iran, ce qui pourrait offrir aux faucons de Téhéran une occasion cruciale de s’opposer au président Trump.

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Après Ormuz, Bab el-Mandeb menace à son tour les approvisionnements tunisiens

12. September 2026 um 10:32

La prise de l’île stratégique de Périm par les Houthis fait apparaître un deuxième risque majeur sur les routes d’approvisionnement de la Tunisie. Après les perturbations du détroit d’Ormuz et leur impact sur le pétrole, c’est désormais l’axe reliant l’Asie à la Méditerranée via Bab el-Mandeb et Suez qui se retrouve sous pression.

Les Houthis se sont emparés vendredi 11 septembre de Périm, située au milieu du détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que de Dhubab, sur la côte yéménite. Cette progression renforce leur capacité à menacer la navigation dans ce passage stratégique.

Aucune fermeture générale du détroit n’est toutefois confirmée à ce stade. Bab el-Mandeb reste ouvert, mais le risque maritime augmente. Le passage constitue l’une des principales portes d’entrée de la mer Rouge pour les navires venant d’Asie et poursuivant leur route vers le canal de Suez et la Méditerranée.

Pour la Tunisie, deux risques différents

Ormuz représente d’abord un risque énergétique. Bab el-Mandeb ajoute une dimension logistique : si la situation sécuritaire pousse davantage d’armateurs à éviter la mer Rouge, les navires reliant l’Asie à la Méditerranée doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Ce détour entraîne des délais supplémentaires ainsi qu’une augmentation potentielle des coûts de transport, de carburant et d’assurance. Pour la Tunisie, ces surcoûts peuvent affecter les marchandises, équipements et intrants importés d’Asie.

Les tensions se répercutent déjà sur le transport pétrolier. Les tarifs des très grands pétroliers entre le golfe d’Oman et la Chine ont atteint des niveaux records, avec un coût du fret équivalant à environ 11,50 dollars par baril.

La situation s’est également tendue avec l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest après une attaque de drone. Cette infrastructure permet notamment d’acheminer du pétrole vers la mer Rouge en contournant le détroit d’Ormuz.

Lire aussi: Pétrole : Pourquoi la Tunisie importe-t-elle et exporte-t-elle en même temps ?

Un Brent à plus de 104 dollars

Le Brent a clôturé vendredi à 104,61 dollars le baril, en hausse de plus de 8% sur la semaine. Un niveau très éloigné de l’hypothèse de 63,3 dollars retenue dans la loi de finances tunisienne pour 2026.

L’écart dépasse désormais 41 dollars par baril et pourrait peser lourdement sur la facture énergétique si ces cours se maintiennent.

La Tunisie dispose néanmoins d’un premier amortisseur. Début septembre, le PDG de la SNDP-Agil, Khaled Bettine, indiquait que les stocks de carburants couvraient environ 30 jours de consommation nationale.

Ces réserves permettent d’absorber une perturbation temporaire des approvisionnements, mais ne protègent pas contre une hausse durable des cours.

Selon une estimation de l’IACE, avec un Brent à 100 dollars en moyenne, les dépenses de compensation énergétique pourraient atteindre 10,85 milliards de dinars, contre 4,993 milliards initialement prévus.

Pour la Tunisie, le défi devient ainsi double : sécuriser les approvisionnements tout en absorbant une facture énergétique et logistique susceptible de s’alourdir si les tensions persistent simultanément autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

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Les Houthis ne sont pas des marionnettes de Téhéran

27. August 2026 um 07:56

Il y a quelques années encore, les Houthis du Yémen étaient considérés comme des membres de second ou troisième rang de l’Axe de résistance iranien, ce qui incitait les décideurs politiques à les traiter comme un instrument de Téhéran. Même s’ils bénéficient des armes, de l’entraînement et de l’expertise des Iraniens, ils ont aussi leurs propres calculs et leurs propres intérêts et agissent en conséquence.

Imed Bahri

Le groupe armé, qui contrôle une grande partie du nord du Yémen, est désormais en mesure d’influencer la prochaine phase du conflit irano-américain s’il tente de rétablir le blocus du détroit de Bab el-Mandeb, considère Alexandra Stark dans le New York Times. Les Houthis pourraient relancer la guerre au Yémen, faire dérailler les efforts visant à parvenir à un accord avec l’Iran et entraîner les États-Unis plus profondément dans les conflits de la région, estime-t-elle.

L’une des principales hypothèses précédant l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, qui a débuté en février, était que les milices supplétives de l’Iran avaient été considérablement affaiblies.

Le Hezbollah, le groupe armé libanais qui fut jadis le plus fidèle allié de l’Iran dans la région, a subi de lourdes pertes face à Israël, tout comme le Hamas.

L’Iran a perdu un autre allié clé avec la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie en décembre 2024.

Les Houthis, dont les capacités militaires avaient également été affaiblies par les frappes américaines de 2024 et 2025, ne se sont pas précipités dans les combats lorsque les États-Unis et Israël ont commencé à frapper l’Iran cette année, ce qui, semble-t-il, les a épargnés d’attaques similaires. Peut-être, estime Alexandra Stark, attendaient-ils simplement le moment opportun.

La géographie confère aux Houthis un pouvoir exceptionnel

Grâce à leur position géographique unique, les Houthis peuvent perturber le commerce via le détroit de Bab el-Mandeb, un passage étroit à l’entrée de la mer Rouge par lequel transite entre 12 et 15% du commerce maritime mondial.

À l’autre extrémité de la mer Rouge se trouve le canal de Suez, voie de passage essentielle pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié destinés aux marchés nord-américain et européen.

Avec la fermeture effective du détroit d’Ormuz par l’Iran, les Houthis se trouvent aujourd’hui dans une position de force exceptionnelle.

Leur influence mondiale s’est considérablement accrue depuis la prise de Sanaa, la capitale yéménite, en 2014 et le renversement du gouvernement internationalement reconnu début 2015.

Lorsque les forces houthies ont progressé vers le sud en mars de la même année pour tenter de s’emparer de territoires dans le sud du Yémen, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis est intervenue. Un conflit local s’est ainsi transformé en conflit régional et en une crise humanitaire dévastatrice. Finalement, face à l’impasse des combats et à la pression internationale croissante, les deux camps ont convenu d’un cessez-le-feu négocié par l’Onu en avril 2022.

À cette date, les Houthis avaient établi un État de facto dans le nord du Yémen, tandis que le gouvernement, faible et soutenu par l’Arabie saoudite, contrôlait des parties du sud et de l’ouest.

Comment sont-ils parvenus à fermer la mer Rouge ?

Les Houthis ont démontré leur puissance en attaquant des navires en mer Rouge au début du conflit israélo-palestinien de 2023.

Utilisant du matériel rudimentaire et peu coûteux, comme des drones kamikazes, des missiles et des embarcations de surface autonomes (les USV, Uncrewed Surface Vessel), les Houthis ont rendu la navigation dans la région beaucoup plus dangereuse.

Le coût des assurances pour les navires commerciaux a été multiplié par vingt, bloquant de facto le détroit.

La seule alternative consistait à contourner la pointe sud de l’Afrique, ce qui allongeait le trajet de plus de 4 000 milles marins et augmentait considérablement les coûts de transport maritime.

Le mois dernier, les Houthis ont repris leurs attaques contre la navigation en mer Rouge, ciblant des pétroliers commerciaux liés à l’Arabie saoudite et des infrastructures énergétiques et de transport saoudiennes.

Les Houthis ont affirmé qu’il s’agissait de représailles suite à des frappes aériennes saoudiennes qui auraient visé la piste de l’aéroport de Sanaa le 13 juillet, apparemment pour empêcher l’atterrissage d’un avion iranien.

Actuellement, le transit des navires commerciaux se poursuit en mer Rouge mais le trafic des pétroliers a considérablement diminué au cours du mois dernier.

Les attaques des Houthis contre des navires, que le groupe armé revendique comme étant liés à l’Arabie saoudite, se sont poursuivies. L’attaque d’un cargo le 12 août a fait les premiers morts recensés lors de cette nouvelle vague d’attaques.

Ces derniers jours, les Houthis ont revendiqué des attaques contre un navire dans le port de Moka, en mer Rouge, contrôlé par les forces alliées au gouvernement yéménite internationalement reconnu. Ils ont également affirmé avoir ciblé des aéroports et des raffineries de pétrole en Arabie saoudite.

Ormuz fermé, la mer Rouge prend une importance accrue

Avec la fermeture effective du détroit d’Ormuz, la route mer Rouge-canal de Suez est devenue cruciale.

L’Arabie saoudite, en particulier, tentait de contourner Ormuz en transportant le pétrole brut par oléoduc jusqu’au port de Yanbu, sur sa côte ouest de la mer Rouge mais les récentes attaques des Houthis ont également compromis cette option.

Une fermeture quasi simultanée du détroit d’Ormuz et du canal de Suez aggraverait les problèmes du commerce mondial et ferait grimper encore davantage les prix du pétrole et l’inflation.

Les Houthis agissent-ils sur ordre de l’Iran ? Ce n’est pas aussi simple. Les Houthis sont désormais en mesure d’intensifier leur implication dans un conflit régional déjà dévastateur, compliquant davantage les efforts déployés pour y mettre fin.

Certains pourraient supposer que leurs actions sont dictées par l’Iran mais la réalité est probablement plus complexe. Les Houthis sont très opportunistes et ont fait preuve de pragmatisme sur la scène internationale, démontrant leur capacité à choisir le moment opportun pour s’engager dans des conflits et pour les intensifier.

Lorsqu’ils ont attaqué des navires en mer Rouge entre 2023 et 2025, ils ont affirmé que leur objectif était de faire pression sur Israël pour stopper la guerre à Gaza. Cependant, ces frappes ont également renforcé leur légitimité dans les zones qu’ils contrôlent au nord du Yémen, détournant l’attention de leurs échecs de gouvernance à un moment où leur popularité était en déclin.

Les Houthis semblent y voir une occasion d’accroître leur influence dans leurs négociations avec l’Arabie saoudite en vue d’un règlement politique du conflit yéménite, ou peut-être une chance de reprendre leurs attaques contre le gouvernement soutenu par la communauté internationale.

La précédente vague d’attaques houthies, entre 2023 et 2025, a eu un impact significatif, mais finalement gérable, sur l’économie mondiale. Des études réalisées à l’époque estimaient que les perturbations du transport maritime résultant de ces attaques n’auraient qu’un effet limité sur l’inflation. Cependant, la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb conjointement à celle du détroit d’Ormuz, serait tout autre, et ses répercussions économiques seraient probablement bien plus graves.

L’accord américano-iranien ne résoudra pas le problème

Alors que les États-Unis tentent de mettre fin à la guerre avec l’Iran, les Houthis menacent de reprendre les hostilités au Yémen.

Cette situation risque d’entraîner à nouveau l’Arabie saoudite dans le conflit, de menacer le commerce mondial du pétrole et de maintenir la région dans l’instabilité.

Il sera difficile de désamorcer les tensions régionales sans s’attaquer directement à la menace houthie, plutôt que de supposer que le problème puisse être résolu par un accord avec leur prétendu «maître», l’Iran.

Parallèlement, il ne faut pas croire qu’un accord avec l’Iran contraindra les Houthis à agir en conséquence.

La bonne approche, selon Alexandra Stark, consiste à les considérer comme un acteur indépendant, pragmatique et dangereux, prenant des décisions en fonction de leurs propres intérêts et non comme une marionnette agissant sur ordre de Téhéran.

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