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La Tunisie rejoint le programme mondial du zéro déchet. Une seule zone concernée

10. Juli 2026 um 13:25

Dans le Grand Tunis, la bataille contre les déchets change de logique. Il ne s’agit plus seulement de ramasser et d’éliminer, mais de produire moins, recycler davantage et donner une seconde vie aux ressources. C’est l’objectif du projet SWAP (Transition vers le zéro déchet contre la pollution), lancé par le ministère de l’Environnement en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Pendant 5 ans, jusqu’en 2030, le projet ciblera 38 municipalités réparties entre Tunis, Ariana, Ben Arous et Manouba, une zone qui concentre près de 2,9 millions d’habitants, comme l’explique l’agence TAP. L’ambition? Faire du Grand Tunis un terrain d’expérimentation pour tester de nouveaux modèles de gestion des déchets et identifier des solutions pouvant être reproduites ailleurs en Tunisie. Doté d’un financement de 5 millions de dollars du Fonds mondial pour l’environnement (FEM), SWAP vise à accompagner les communes dans la mise en place de mécanismes de tri, de valorisation et de réduction des déchets à la source.

Le changement recherché est de taille; passer d’une approche où le déchet est considéré comme un problème à éliminer vers un modèle où il devient une ressource à valoriser. En effet, selon la même source, le projet mise notamment sur l’économie circulaire, avec plusieurs leviers: réduire l’utilisation des produits à usage unique, encourager l’éco-conception, améliorer le tri et développer les filières de recyclage. “Il ne s’agit pas seulement de collecter davantage de déchets, mais de produire moins de déchets”, a expliqué Céline Moyroud, représentante résidente du Pnud en Tunisie. A dire vrai, cette approche concerne aussi les entreprises, appelées à revoir leurs chaînes de production afin de limiter les déchets générés et mieux intégrer la responsabilité des producteurs dans la gestion de la fin de vie des produits.

D’ailleurs, l’un des axes importants du programme concerne les déchets organiques, qui représentent environ 70% des déchets produits en Tunisie. Le projet prévoit la mise en place d’une ligne de financement dédiée au compostage et à la valorisation organique. L’objectif est de développer des solutions locales permettant de transformer ces déchets en ressources, notamment pour l’agriculture et les activités liées à la valorisation des matières. Des plans d’investissement seront également préparés pour accompagner les municipalités dans la création d’infrastructures adaptées.

Le secteur privé appelé à entrer dans la boucle

Pour les responsables du projet, la transition vers le zéro déchet ne pourra pas reposer uniquement sur les budgets publics. Le développement d’une véritable économie circulaire nécessite l’arrivée d’investissements privés et l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés. Tri, recyclage, compostage, récupération des matières, logistique… plusieurs filières pourraient créer de nouvelles opportunités économiques autour des déchets. Le projet prévoit ainsi de travailler sur des mécanismes financiers et réglementaires capables d’encourager l’investissement dans ces secteurs.

Un modèle inspiré d’expériences internationales! Le projet SWAP ne concerne pas uniquement la Tunisie. Il est également déployé dans 4 autres villes pilotes: Freetown en Sierra Leone, Kocaeli en Turquie, Montevideo en Uruguay et Tianjin en Chine. La Suède apporte également son expertise dans le cadre de cette initiative, notamment à travers Avfall Sverige, l’association suédoise spécialisée dans la gestion des déchets et le recyclage.

À travers cette expérience pilote, le Grand Tunis cherche à construire un nouveau modèle! Moins de déchets produits, davantage de matières récupérées et de nouvelles activités économiques autour de la transition écologique.

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Tunisie | L’interminable bataille contre l’usage des sacs en plastique  

07. Juli 2026 um 11:50

Après des années de réglementations, d’accords avec le secteur industriel et de campagnes publiques de sensibilisation, la lutte contre les sacs en plastique à usage unique — l’un des symboles les plus visibles de la crise des déchets en Tunisie — n’a pas donné de résultats satisfaisants pour ne pas dire qu’elle a complètement échoué.

Un projet de loi, déposé par 25 députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), vise à relancer cette lutte en tentant de freiner l’utilisation des sacs à usage unique et à encadrer l’adoption d’alternatives durables, via un dispositif combinant interdiction progressive, contrôles techniques, sanctions et soutien aux entreprises.

La Tunisie consomme environ 4,2 milliards de sacs en plastique par an, soit près de 400 par habitant. La production annuelle de déchets plastiques est estimée à environ 188 000 tonnes — sur un total de plus de 2,5 millions de tonnes de déchets ménagers — alors qu’environ 60 % de ces déchets plastiques ne sont pas traités correctement et que les taux de recyclage restent faibles.

Le nouveau projet de loi, actuellement à l’étude au sein de la Commission de l’industrie, du commerce, des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement, vise à interdire les sacs à usage unique et à les remplacer par des sacs réutilisables ou biodégradables, tout en établissant des normes techniques précises pour prévenir les usages détournés et les certifications frauduleuses.

Vers un doublement des sanctions

Les partisans du texte soutiennent que le cadre existant — notamment le décret gouvernemental n° 32 de 2020 — n’a pas permis de réduire efficacement la pollution plastique. La proposition prévoit également des sanctions (pouvant être doublées en cas de récidive) ainsi que des mesures de contrôle fondées sur des analyses en laboratoire et des certificats de conformité.

Toutefois, le principal défi politique et économique réside dans la mise en œuvre effective de ces mesures. La Tunisie avait déjà adopté plusieurs dispositions par le passé : un premier accord volontaire avec les grandes enseignes de distribution en 2017, une extension aux pharmacies en 2018, puis un décret en 2020 interdisant la production, l’importation et l’utilisation de sacs à usage unique conventionnels, avec une mise en œuvre échelonnée (à partir du 1er mars 2020 pour les supermarchés et du 1er janvier 2021 pour les fabricants et fournisseurs). En 2022, la campagne «Soyons responsables» a été lancée, ciblant à la fois les commerçants et les consommateurs pour expliquer les interdictions et promouvoir les alternatives réutilisables.

Le décret prévoyait certaines exceptions, notamment pour les sacs plus épais, les sacs biodégradables ou ceux utilisés pour la pesée des fruits et légumes.

Toutefois, l’efficacité de ces mesures est restée limitée. Les sacs à usage unique demeurent très répandus dans les petits commerces, sur les marchés et chez les vendeurs de fruits et légumes.

Selon les observateurs de l’environnement et les professionnels du secteur, ces lacunes tiennent principalement à des problèmes d’application de la réglementation, aux importations informelles, à la définition technique des produits biodégradables ainsi qu’à la capacité des fabricants à adapter leurs lignes de production.

La résistance des industriels du plastique

La résistance des producteurs pèse sur ce dossier depuis des années. Le groupe de l’industrie du plastique de la Conect avait critiqué les modalités de l’interdiction, les jugeant inadaptées et peu soucieuses de la situation économique des fabricants, déjà fragilisés par les répercussions de la crise de 2020. Le président du groupe, Oussama Messaoudi, avait qualifié la mesure d’inefficace, arguant qu’elle «remplace simplement le plastique par du plastique» et soulignant les difficultés d’approvisionnement en matières premières alternatives.

Lors du dernier débat parlementaire, certains députés ont également réclamé une étude d’impact concernant les sites de production, l’emploi et le coût des alternatives pour les consommateurs.

Le délai de 12 mois fixé pour interdire la production, l’importation et la distribution de sacs à usage unique a été jugé insuffisant par certains, notamment pour les fabricants tenus de s’adapter à de nouvelles normes et d’obtenir des certifications.

Le projet de loi vise donc à faire évoluer l’approche, passant d’une interdiction pure et simple à une transition plus structurée, intégrant des mesures incitatives, des prêts à taux réduit et des avantages fiscaux pour aider les entreprises à adopter des produits de substitution.

I. B.

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