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Gaza sous silence | Le prix humain de l’impunité d’Israël

06. Januar 2026 um 11:11

Pour Pascal Boniface, auteur de ‘‘Permis de tuer : Gaza, génocide, négationnisme et hasbara’’ (éditions Max Milo, Paris, 25 avril 2025), le silence sur le génocide perpétré par Israël à Gaza est un danger moral et juridique. «Bombarder une population civile sous blocus est non seulement un crime de guerre, mais cela relève d’un risque génocidaire que la communauté internationale se doit de prévenir», écrit-il.

Djamal Guettala 

Depuis le 8 octobre 2023, Gaza vit sous un bombardement quotidien. Les frappes israéliennes touchent indistinctement civils et infrastructures, dans un territoire confiné, soumis à un blocus presque total. Les témoignages sont terrifiants : des enfants mutilés, des corps déchiquetés, des hôpitaux saturés et des maisons réduites en ruines. Dans les écoles, des enseignants racontent devoir improviser des cours dans des caves, pour protéger les enfants des explosions. «Chaque jour, je me demande si mes élèves reviendront à la classe le lendemain», confie une enseignante de Gaza, sous couvert d’anonymat.

Un danger moral et juridique

Pour Pascal Boniface, directeur de l’IRIS et auteur de ‘‘Permis de tuer : Gaza, génocide, négationnisme et hasbara’’, ce silence est un danger moral et juridique. «Bombarder une population civile sous blocus est non seulement un crime de guerre, mais cela relève d’un risque génocidaire que la communauté internationale se doit de prévenir», écrit-il.

Le droit international, imparfait mais progressif, existe pour protéger les populations. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Conventions de Genève, la Convention sur le génocide de 1948 et la Déclaration universelle des droits de l’homme posent des principes clairs : la guerre ne peut justifier l’extermination ou la privation totale d’un peuple. Pourtant, le droit est régulièrement foulé aux pieds, notamment par ceux-là mêmes qui en sont à l’origine.

Le livre de Boniface souligne la contradiction des puissances occidentales. Pendant la guerre en Ukraine, les bombardements sur des civils et la conquête illégale de territoires par la force ont suscité une indignation quasi unanime. Mais pour Gaza, ces mêmes standards sont oubliés. «Ceux qui dénoncent ce massacre sont accusés d’antisémitisme, tandis que les auteurs sont protégés», note l’auteur. Cette inversion morale, insiste-t-il, contribue à la banalisation d’une violence extrême et à l’impunité d’Israël, pourtant soumis aux obligations d’une puissance occupante.

L’ouvrage rappelle l’histoire : la création d’Israël en 1948, votée par l’Onu, visait à protéger les Juifs d’un nouvel holocauste et à instaurer une démocratie au Proche-Orient. Mais les guerres de 1948 et 1967 ont considérablement étendu son territoire, violant la norme du droit international qui interdit l’acquisition de territoires par la force.

La résolution 242 du Conseil de sécurité, exigeant un retrait d’Israël des territoires occupés, n’a jamais été mise en œuvre.

Sous blocus, toute fuite est impossible

Depuis, les conséquences humanitaires se sont aggravées. Gaza, territoire de 365 km², abrite près de 2 millions de personnes. Sous blocus, toute fuite est impossible. Les infrastructures sont détruites : un responsable humanitaire raconte comment «certaines familles passent des jours sans eau potable, avec des blessés graves impossibles à évacuer vers un hôpital fonctionnel».

Dans ce contexte, le droit humanitaire est bafoué, et le silence des médias internationaux rend ce crime invisible pour beaucoup.

Inverser la responsabilité et masquer le drame humain.

Boniface analyse également la dimension de la communication politique, la hasbara israélienne, qui vise à justifier ou minimiser ces actions. En France, tout critique est rapidement accusé d’antisémitisme. Selon l’auteur, cette tactique transforme ceux qui dénoncent en coupables symboliques, inversant la responsabilité et masquant le drame humain.

Le livre insiste sur l’importance d’agir avant qu’il ne soit trop tard. La Convention de 1948 prévoit que les États signataires doivent prévenir le génocide, et pas seulement le punir après coup. Le risque à Gaza, largement documenté par les Nations unies et les ONG, aurait dû déclencher une réaction internationale plus ferme. Le silence ou l’inaction est une forme de complicité.

Boniface se positionne comme journaliste et citoyen : il n’est ni pro-palestinien ni anti-israélien, mais pro-droit international. Il soutient la solution des deux États, Israël et Palestine dans les frontières sûres de 1967, et insiste sur le respect du droit plutôt que sur l’allégeance politique. «La morale peut être à géométrie variable – chacun a la sienne, le Hamas comme Netanyahou. Pas la règle de droit», écrit-il.

Au-delà des analyses géopolitiques, le livre expose l’impact humain. Les témoignages de Gaza décrivent la vie quotidienne comme un enfer permanent : enfants qui dorment sur des matelas par terre, familles entières réfugiées dans des sous-sols, blessures non soignées, amputations pratiquées sans anesthésie, angoisse constante de nouvelles frappes. Ces images, diffusées mais souvent ignorées par les médias mainstream, mettent en évidence l’urgence morale et politique.

Pour Boniface, se taire n’est pas une option. Le journaliste, le citoyen et l’État ont une responsabilité : refuser de fermer les yeux face à la violence extrême et à l’impunité. Ignorer le droit ou justifier sa violation au nom d’alliances stratégiques revient à légitimer la barbarie.

Permis de tuer est donc un appel à la conscience collective : face à l’injustice et au crime, le silence n’est jamais neutre. Dans un monde globalisé, où la force prime encore sur le droit, l’action, la vigilance et la parole deviennent les seuls moyens pour limiter la barbarie et protéger l’humanité. Pascal Boniface y rappelle que le choix n’est pas entre Israéliens et Palestiniens, mais entre droit et arbitraire, morale et complicité par le silence.

Pour ceux qui suivent l’actualité du Proche-Orient, ce livre est bien plus qu’une analyse géopolitique : c’est une pièce essentielle pour comprendre Gaza, un avertissement sur le prix humain de l’impunité et un manifeste pour que la voix de la conscience publique ne se taise jamais.

L’article Gaza sous silence | Le prix humain de l’impunité d’Israël est apparu en premier sur Kapitalis.

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