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Face aux coupures d’électricité : le photovoltaïque peut-il devenir une solution accessible aux ménages ?

Von: tmps
01. August 2026 um 10:15

Les coupures d’électricité enregistrées ces dernières semaines dans plusieurs régions du pays ont rappelé la fragilité du réseau électrique national face aux pics de consommation estivaux. En pleine saison touristique, alors que les climatiseurs fonctionnent à plein régime dans les foyers, les hôtels, les commerces et les administrations, la demande en électricité atteint des niveaux particulièrement élevés.

Cette situation relance une question qui revient avec insistance : le développement du photovoltaïque chez les particuliers pourrait-il contribuer à atténuer la pression sur le réseau et offrir une plus grande autonomie énergétique aux ménages tunisiens ?

La Tunisie bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus importants du bassin méditerranéen. Ce potentiel fait du solaire une ressource stratégique encore largement sous-exploitée. Si le recours aux panneaux photovoltaïques progresse progressivement, leur adoption reste freinée par plusieurs obstacles, notamment le coût de l’investissement initial et la méconnaissance des dispositifs d’accompagnement existants.

 

Un réseau électrique mis à rude épreuve en été

Chaque été, la consommation d’électricité connaît une forte augmentation sous l’effet des températures élevées. Les climatiseurs deviennent indispensables dans de nombreux foyers, tandis que les hôtels, les restaurants, les cafés et les commerces fonctionnent à pleine capacité pour répondre à l’afflux de vacanciers. Cette hausse de la demande intervient souvent sur une période relativement courte, concentrée autour des heures les plus chaudes de la journée. Le réseau électrique doit alors répondre à des besoins exceptionnels, ce qui accroît le risque de perturbations lorsque la consommation dépasse certains seuils. Avec le réchauffement climatique, les épisodes de fortes chaleurs tendent à devenir plus fréquents et plus intenses. Cette évolution laisse penser que les besoins en climatisation continueront d’augmenter dans les années à venir, renforçant la nécessité de diversifier les sources de production d’électricité et de mieux maîtriser la consommation.

 

Le photovoltaïque, une piste de plus en plus crédible

Dans ce contexte, l’énergie solaire apparaît comme une solution particulièrement adaptée aux caractéristiques de la Tunisie. Grâce à un fort ensoleillement tout au long de l’année, les installations photovoltaïques permettent aux particuliers de produire une partie de leur propre électricité, réduisant ainsi leur dépendance au réseau national. Au-delà de la baisse potentielle de la facture énergétique, cette technologie présente également un intérêt environnemental en limitant le recours aux énergies fossiles et en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Consciente de ces enjeux, la Tunisie a mis en place plusieurs mécanismes destinés à encourager l’équipement des ménages. Le programme PROSOL Elec Économique, notamment, prévoit des aides financières et des facilités de remboursement pour certaines catégories de consommateurs souhaitant installer des panneaux photovoltaïques. L’objectif est d’alléger le coût de l’investissement et d’accélérer la transition vers une énergie plus durable. Malgré ces initiatives, le rythme d’adoption demeure encore limité par rapport au potentiel dont dispose le pays.

 

Rendre le solaire plus accessible

Le principal frein reste le coût d’une installation photovoltaïque. Même si cet investissement peut être amorti sur plusieurs années grâce aux économies réalisées sur la facture d’électricité, il représente une dépense importante pour de nombreux ménages. À cela s’ajoutent d’autres difficultés, comme la complexité perçue des démarches administratives, le manque d’information sur les aides disponibles ou encore les conditions d’accès à certains dispositifs de financement. Beaucoup de particuliers hésitent ainsi à franchir le pas, faute de vision claire des avantages économiques à long terme.

Pour plusieurs spécialistes de l’énergie, le développement du photovoltaïque résidentiel pourrait pourtant contribuer à mieux répartir la production électrique et à réduire progressivement la pression exercée sur le réseau national, notamment lors des pics de consommation estivaux. Une adoption plus large permettrait également d’accélérer la transition énergétique du pays tout en renforçant la sécurité d’approvisionnement. Les coupures d’électricité observées cet été montrent que la question énergétique ne se limite plus à la seule capacité de production, elle pose également celle de l’évolution du modèle de consommation. Dans un pays disposant d’un fort potentiel solaire, le photovoltaïque apparaît comme une piste crédible pour accompagner cette transition. Si cette technologie ne constitue pas, à elle seule, une réponse à l’ensemble des défis du secteur, son développement pourrait contribuer à bâtir un système énergétique plus résilient, tout en offrant aux ménages une plus grande maîtrise de leur consommation et de leurs dépenses.

Leila SELMI

 

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Vivre sans courant ni eau : comment la Tunisie apprend à s’adapter

31. Juli 2026 um 13:22

La Tunisie a connu des coupures tournantes d’électricité et des délestages du 12 au 26 juillet. Une vague de chaleur intense faisant peser une menace sur le réseau électrique. Face à ces perturbations, qui touchent également l’approvisionnement en eau, les ménages tunisiens modifient leurs comportements d’achat et de consommation. Si certains citoyens développent des stratégies d’anticipation autonomes, les petites et moyennes entreprises décrivent une situation devenue, déclarent-elles, une menace pour l’activité économique.

Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur constate que le Tunisien commence à intégrer ces contraintes dans son quotidien et s’adapte de manière autonome. Il cite l’exemple de la difficulté actuelle à se procurer de petits générateurs électriques sur le marché. Un signe, précise-t-il, que les citoyens anticipent désormais les interruptions de courant et cherchent eux-mêmes des solutions.

Il évoque toutefois une forme de manipulation subie par le consommateur, dont les décisions d’achat seraient désormais dictées par l’influence des réseaux sociaux et des mécanismes d’ingénierie sociale. Ce qui relevait à l’origine d’un simple manque de ressources en eau et en électricité aurait ainsi été transformé en une crise profonde par la puissance des images circulant sur internet, poussant les consommateurs à stocker des quantités de produits largement supérieures à leurs besoins réels.

M. Riahi pointe par ailleurs une absence de vision proactive et de planification de la part des autorités, qui affecterait directement la stabilité du marché : le spectacle de rayons vides dans les grandes surfaces génèrerait une anxiété immédiate chez les consommateurs. Il déplore également un déficit de communication autour des coupures de services. L’absence d’explications claires, de préavis et d’accompagnement empêcherait ainsi les ménages comme les acteurs économiques, à l’image des chefs d’usines, d’anticiper l’impact sur leur activité. Cette instabilité dans la diffusion de l’information venant, selon lui, perturber l’acte d’achat et le comportement général du consommateur.

Pour réguler sainement les habitudes de consommation de la population, M. Riahi estime que seule une stratégie globale fondée sur la transparence et la diffusion d’une information fiable serait efficace.

Les entreprises, premières victimes de l’instabilité énergétique

Ces perturbations ont également des répercussions sur l’activité économique, qui rejaillissent sur le quotidien des ménages. Abderrazek Houas, porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises, estime que la situation ne relève plus d’un simple aléa technique mais constitue, à ses yeux, une menace existentielle pour l’économie nationale, les entreprises tunisiennes étant devenues otages d’une instabilité énergétique qu’elles ne peuvent plus absorber.

Si l’énergie solaire représente, pour lui, la solution de fond, elle demeure inaccessible faute de moyens d’investissement. Les groupes électrogènes ne seraient ainsi que des palliatifs précaires : au-delà d’une heure et demie de coupure, ces équipements risqueraient la surchauffe, voire l’incendie, mettant en péril l’intégrité des locaux.

M. Houas souligne que l’ouverture d’une entreprise génère des charges fixes immédiates, telles que le loyer et les salaires, pouvant atteindre par exemple 800 dinars par jour. Lorsque le courant fait défaut, cette somme se transforme instantanément en dette cumulée pour le lendemain, l’entrepreneur n’étant pas, affirme-t-il, en échec par manque de productivité mais par l’hostilité de son environnement.

Cette précarité est particulièrement visible dans le secteur de la pêche, où les usines de glace, dont les machines valent selon lui des milliards, préfèrent stopper toute activité et placer leurs employés en congé technique afin d’éviter des réparations coûteuses liées aux variations de tension. Privés de glace pour conserver leurs prises, les pêcheurs sont alors contraints de brader leurs produits à n’importe quel prix pour éviter qu’ils ne pourrissent.

L’impact s’étend également aux professions libérales, à l’image des cabinets dentaires, où l’absence d’électricité paralyse non seulement l’outillage de soin mais aussi la gestion informatique, rendant impossible l’accès aux dossiers des patients. Certains industriels parviennent à déplacer leur production la nuit pour honorer leurs commandes, mais cette flexibilité reste impossible pour les menuisiers ou les réparateurs de pneus, dont l’activité est liée aux horaires diurnes.

Une transition solaire réclamée face à l’inertie politique

Sur le plan politique, M. Houas constate une inertie chronique : les discours sur la transition énergétique se succèdent depuis les gouvernements de Mehdi Jomaa et de Habib Essid, sans qu’aucune réalisation concrète ne soit visible dans les administrations publiques ou les habitations. Il regrette que la Tunisie n’ait pas suivi l’exemple de pays comme l’Italie, où le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi de subventionner le carburant pour protéger la production et le transport des fluctuations mondiales.

Pour l’association, qui a mené des visites de terrain afin de constater ces dommages, la solution réside dans une accélération massive du recours au solaire. Une telle transition permettrait, souligne M. Houas, de soulager le réseau de la STEGSTEG, notamment lors des pics de consommation de fin juillet et du mois d’août, et de garantir la continuité économique nécessaire à la survie des petites et moyennes entreprises.

Au final, Lotfi Riahi noté sur seule une information transparente et fiable permettrait de canaliser durablement ces comportements. Tandis qu’Abderrazek Houas estime que c’est une accélération du recours au solaire qui garantirait la continuité de l’activité des entreprises. Deux réponses distinctes à une même réalité : celle de foyers et d’entreprises contraints de composer, au jour le jour, avec les coupures d’électricité et d’eau.

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