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13 Août – La femme tunisienne, levier de développement et non sujet de polémique

13. August 2026 um 11:45

En Tunisie, les réseaux sociaux sont régulièrement le théâtre de débats autour de la gent féminine. Au cœur des attaques, le Code du statuts personnel (CSP), cette avancée historique qui, depuis 1956, a garanti aux Tunisiennes des droits inédits dans le monde arabo-musulman.

 

Aujourd’hui, une frange croissante de voix, souvent portée par des courants conservateurs, dénonce ce texte qu’elle accuse de fragiliser l’autorité masculine et d’ébranler les « valeurs traditionnelles ». Certains vont jusqu’à y voir une source d’« atteintes aux mœurs », estimant que l’émancipation juridique des femmes aurait ouvert la voie à un relâchement moral.

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L’excellence ne suffit pas

Mais ce procès fait l’impasse sur l’essentiel. Derrière les polémiques identitaires, on oublie trop souvent que la femme tunisienne est d’abord un acteur économique à part entière. On parle de son corps, de son mariage, de son héritage, mais rarement de son accès au travail, de sa place dans l’entreprise ou de sa contribution à la richesse nationale.

Les chiffres ne mentent pas. Les femmes tunisiennes arrachent chaque année leur excellence dans les examens nationaux, avec des taux de réussite au baccalauréat largement supérieurs à ceux des hommes. Elles investissent massivement les filières nobles, comme la médecine, la pharmacie, l’ingénierie et les sciences, et représentent aujourd’hui une majorité d’étudiants dans la plupart des disciplines stratégiques.

Cette réalité contredit le discours réducteur qui voudrait les cantonner à un rôle domestique ou subalterne. Pourtant, ce potentiel exceptionnel reste sous-exploité sur le plan professionnel. Le taux d’activité féminine en Tunisie demeure inférieur à 30 %, bien en deçà des capacités réelles de cette main-d’œuvre qualifiée.

Les freins sont nombreux, essentiellement le plafond de verre dans les postes de direction, la précarité de l’emploi informel, les charges familiales non partagées, et surtout un imaginaire collectif qui peine à concevoir la femme comme un pilier de la croissance.

 

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Sortir de la pensée primitive

Il est temps de changer de logiciel. Rester enfermé dans un débat stérile sur les « mœurs » ou la « pression sur les hommes », c’est condamner le pays à une pensée primitive, déconnectée des enjeux du 21ème siècle. La véritable question n’est pas de savoir si le Code du statut personnel a « trop » protégé les femmes, mais comment faire de cette protection un levier de développement. Comment transformer l’excellence scolaire en excellence professionnelle ? Comment faire des Tunisiennes des créatrices de richesse, des cheffes d’entreprise, des décideuses, et non plus seulement des diplômées sur le papier ?

La Tunisie a besoin de toutes ses forces vives pour relever ses défis économiques. Ignorer la moitié de sa population active potentielle est un luxe qu’elle ne peut plus se permettre. Il ne s’agit pas de nier les tensions sociales ou culturelles, mais de les dépasser en posant un regard lucide et moderne sur ce que les femmes apportent déjà, et sur ce qu’elles pourraient apporter si on leur en donnait les moyens.

L’émancipation juridique a été une étape fondatrice. L’émancipation économique doit être la suivante. Et celle-ci ne passera ni par la nostalgie d’un passé fantasmé ni par la peur de l’avenir, mais par la reconnaissance pleine et entière de la femme comme sujet économique, social et politique. C’est à ce prix que la Tunisie pourra véritablement avancer.

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13 Août – Fête de la femme : Voici pourquoi le CSP a tenu bon

13. August 2026 um 08:00

Bourguiba a fait de la libération de la femme une de ses marques de fabrique. Une affaire personnelle même lorsqu’on interroge son vécu, notamment familial. Mais, pour résister, le CSP a su beaucoup compter sur une certaine ADN tunisienne et sur la maturité de la société civile. C’est sans doute pourquoi la Tunisie est toujours pionnière à deux niveaux notamment : la polygamie et la répudiation.

On ne le dira, sans doute, jamais assez : le président Habib Bourguiba a manifesté un certain empressement à vouloir réformer le statut de la femme en Tunisie. Ainsi, le 13 août 1956, il y a soixante-dix ans donc, et alors que la Tunisie venait à peine d’obtenir son indépendance (20 mars 1956) et qu’il n’avait pas été investi de sa fonction de président de la République (25 juillet 1957) – il était le Premier ministre du dernier bey husseinite, Mohamed Lamine, il décide de franchir le Rubicon au niveau d’un dossier qu’il tenait à cœur pour faire une de ses marques de fabrique : il avait demandé que l’on inscrive sur la porte principale du Mausolée où il repose à Monastir « Le Combattant suprême, bâtisseur de la Tunisie moderne, libérateur de la femme ».

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP), on sait que le premier président de la Tunisie indépendante avait là fait preuve d’une réelle détermination qui servait une ambition qu’il n’a cessé de cultiver. Une ambition en fait personnelle née d’un vécu qui n’a cessé de l’habiter. Et ce, face à la situation de la femme qui était dépourvue de tous ses droits, abandonnée à son sort par de longues années d’assujettissement. En témoignent ses déclarations publiques quant à son environnement féminin et les inégalités qui le caractérisaient. Ou encore, le témoignage relatif au divorce de ses grands-parents pour un motif futile : sa grand-mère a été divorcée pour avoir servi « un repas froid » à son époux.

 

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP), on sait que le premier président de la Tunisie indépendante avait là fait preuve d’une réelle détermination qui servait une ambition qu’il n’a cessé de cultiver.

 

Autant dire que ce CSP, il le tenait, pour ainsi dire, comme à la prunelle de ses yeux. Et de son sillage, il avait non seulement décidé d’abolir la polygamie et la répudiation, mais aussi à faire d’une « manière transversale, à travers des textes constitutionnels, des codes juridiques majeurs, des lois organiques spécifiques et des mesures » une réalité quotidienne consacrant l’égalité homme-femme. A commencer par le biais de la généralisation de l’éducation, ouverte, donc, aux filles à tous les niveaux.

« De fortes mobilisations »

Reste que cette détermination de Bourguiba n’a pas été – loin s’en faut – la seule raison qui a fait que le CSP a duré. Force de constater, à ce niveau, que la Tunisie n’a pas été suivie dans le monde arabe entièrement pour ce qui est des droits des femmes et notamment pour ce qui est de la polygamie et la répudiation. Certes, des restrictions ont été établies à ses deux niveaux, comme l’autorisation du juge, la preuve d’un motif valable et le consentement de l’épouse notamment, mais aucun pays n’a apporté une réforme de fond en comble.

 

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On peut se demander, à ce propos, si Bourguiba savait quelque part que sa réforme n’allait cependant pas rencontrer une grande contestation du fait que le terrain social était bien prêt à l’accueillir. Et, ce pour, sans doute, deux raisons. La première est que les Tunisiens étaient en grande majorité monogames à l’heure de la réforme. La seconde a trait à l’importance de la femme dans l’histoire de la Tunisie. Certaines habitent jusqu’aujourd’hui le quotidien des Tunisiens. Comme Zaynab Nefzaouia (XIème siècle) « femme berbère des débuts de la dynastie almoravide, fondatrice et reine de Marrakech (Maroc) et ayant pris contrôle du Maghreb et d’une partie de l’Espagne ». Ou encore Oum Millel, princesse sanhajite (XIème siècle), qui a été la régente du roi Moez Ibnou Badiset, a gouverné, de ce fait, la Tunisie pendant sept ans (1016-1023), Fatma Al Fehria, princesse aghlabide, qui a, au IXème siècle, fondé l’université Al Quaraouiyine à Fès, au Maroc, et Aroua Al Quayraouanya (8ème siècle), connue pour avoir imposé au second khalife abbasside, Abbou Jaafar Al Mansour, de ne pas prendre une seconde femme, étant marié selon le contrat de mariage kairouanais (Al Sadek Al Quayraouanyi) qui stipule l’accord de la première épouse.

 

On se souvient peut-être qu’en 2012, un projet de la Constitution tunisienne avait proposé de définir la femme comme « complémentaire de l’homme au lieu de consacrer la pleine égalité des sexes.

 

On ne peut, alors que la Tunisie célèbre le 70ème anniversaire de la promulgation du CSP, qu’expliquer pourquoi le CSP a réussi à faire son petit bonhomme de chemin, la maturité de la société civile, et notamment celui des femmes, qui s’est toujours dressé contre les velléités d’un retour en arrière. Notamment ces appels plus ou moins clairs en vue de revenir sur des acquis. On se souvient peut-être qu’en 2012, un projet de la Constitution tunisienne avait proposé de définir la femme comme “complémentaire“ de l’homme au lieu de consacrer la pleine égalité des sexes. Une mention qui a provoqué une vive polémique et de fortes mobilisations.

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13 Août – Néjia Gharbi: « Les femmes doivent continuer à s’affirmer pour être mieux représentées dans les postes de decision »

13. August 2026 um 06:00

La Tunisie demeure, dans le monde arabe et musulman, l’un des pays les plus avancés en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes. Depuis l’indépendance, les Tunisiennes ont conquis des droits essentiels dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’emploi et de la participation à la vie publique. Pourtant, derrière ces acquis, une réalité persiste : dans les sphères du pouvoir et de la décision, le chemin vers l’égalité reste encore long.

Briser le plafond de verre demeure un défi, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Les femmes sont présentes, compétentes et engagées, mais elles restent encore trop peu nombreuses là où se prennent les décisions les plus importantes.

Dans les conseils d’administration, notamment, l’égalité est encore loin d’être atteinte. La progression existe, mais elle demeure lente. Selon les dernières données annoncées par la Bourse de Tunis lors de l’édition locale de l’initiative internationale Ring the Bell for Gender Equality, organisée à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, la part des femmes dans les conseils d’administration des entreprises tunisiennes s’élève désormais à 19%, contre 17% l’année précédente.

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Cette évolution témoigne de l’engagement croissant des institutions financières et de leurs partenaires en faveur d’une meilleure représentation des femmes. Mais elle révèle également l’ampleur du chemin qui reste à parcourir. Car derrière chaque pourcentage se trouvent des carrières interrompues, des compétences ignorées et des femmes parfois écartées de postes qu’elles auraient pleinement mérités.

 Néjia Gharbi: “Nous méritons beaucoup mieux”

La question demeure donc entière : quelle est aujourd’hui la place de la femme tunisienne dans les postes de décision ?

Néjia Gharbi, directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations, porte sur cette réalité un regard lucide et sans concession. Selon elle, la Tunisie est encore loin de répondre aux aspirations des femmes.

“ Nous ne sommes pas encore parvenus à une situation qui réponde réellement aux aspirations et aux attentes des femmes. Nous manquons encore de femmes dans les postes de décision, nous sommes très peu représentées dans les conseils d’administration ainsi que dans les fonctions importantes et influentes. Ce constat est parfois inquiétant notamment par rapport au nombre important de femmes très compétences dans tous les domaines . Je le ressens et j’en suis convaincue : la femme tunisienne mérite une meilleure représentativité ”, affirme-t-elle.

Pour la Directrice générale de la CDC, il est indispensable d’offrir davantage de possibilités aux femmes et de leur permettre d’exercer pleinement leur capacité à décider et à diriger.

“Il faut donner davantage de chances aux femmes d’accéder aux postes de décision et d’être plus représentées dans les conseils d’administration et ça était prouvé que sa participation à la prise de décision améliore énormément l’efficacité des conseils ” , souligne-t-elle.

Cette exigence ne relève ni d’un privilège ni d’une faveur. Elle repose sur un principe simple : les femmes qui disposent des compétences, de l’expérience et de la légitimité nécessaires doivent pouvoir accéder aux responsabilités qui leur reviennent. Le combat de la confiance en soi Néjia Gharbi estime toutefois que l’accès des femmes aux postes de responsabilité ne dépend pas uniquement des institutions. Il exige également une mobilisation individuelle et collective.

« La femme tunisienne n’a pas encore atteint l’objectif ni même le niveau auquel elle aspirons. Cela nécessite beaucoup d’efforts, notamment d’avoir confiance en soi, de se présenter lorsqu’il le faut et de défendre sa position », explique-t-elle. Elle évoque une réalité encore trop fréquente : des femmes parfaitement qualifiées sont parfois écartées ou remplacées par des hommes dont les compétences sont moindres. « Certaines femmes qui méritent d’être nommées à des postes importants se retrouvent parfois écartées pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les compétences »,  insiste-t-elle.

Ces mots résonnent comme un appel à ne plus accepter d’être écarté sans raison . À ne plus se contenter d’être présentes sans être entendues. À ne plus s’arrêter au niveau des postes inférieurs et persévérer pour pouvoir accéder aux premiers postes de décider.

Néjia Gharbi: « être fière d’être une femme, fière d’être une femme tunisienne »

Les femmes tunisiennes ont pourtant démontré, dans de nombreux domaines, leur capacité à exceller. Dans les parcours universitaires , la recherche, mais cette excellence n’est pas aussi visible dans la vie professionnelle, pourtant elle a accumulé les réussites et fait preuve d’une remarquable persévérance.  » Les femmes tunisiennes ont brillé dans leur parcours académique et de la recherche et les résultats universitaires le prouvent . Nous souhaitons qu’elles puissent continuer sur cette même voie dans la vie professionnelle . Il ne faut pas baisser les bras : il faut se battre, persévérer, avoir confiance en soi et être fière d’être une femme, fière d’être une femme tunisienne »,  rappelle Néjia Gharbi.

Son message est à la fois simple et puissant : continuer à avancer, à s’affirmer et à refuser les limites imposées. Car la réussite ne repose pas uniquement sur le talent. Elle exige aussi de la confiance en soi, de la résilience et la capacité de se relever chaque fois que l’on tente de fermer une porte. « Les femmes doivent continuer à briller et à s’affirmer afin d’obtenir ce qu’elles méritent. Grâce à un effort collectif et généralisé, nous pourrons parvenir à une meilleure représentation des femmes et leur permettre d’occuper la place qui leur revient, tant dans leur parcours professionnel que dans la vie civile », conclut-elle.

Le combat est donc loin d’être terminé. Il appartient aux institutions de garantir des chances équitables, aux entreprises d’éviter les discriminations et à la société de rompre avec les réflexes qui associent encore trop souvent le pouvoir à la figure masculine.

Quant aux femmes, le message est clair : croire en soi, persévérer, faire preuve de résilience, ne pas baisser les bras car le chemin est encore long .

 

 

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