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Afrique : quelle place pour la France ?

11. Mai 2026 um 17:31

L’ouverture du sommet Africa Forward, nouvelle dénomination des traditionnels sommets France-Afrique, intervient au moment où la France a largement perdu de son influence sur le continent, en particulier au Sahel. L’occasion aussi de tirer le bilan de cette relation entre l’ancienne puissance coloniale et le continent, ce au terme des près de dix ans de pouvoir d’E. Macron. Si ce dernier avait d’emblée manifesté sa volonté de refonder la relation entre la France et ses anciennes colonies du continent, force est de constater que le président Macron n’a pas véritablement réussi dans son entreprise de reconstruction de la « politique africaine » de la France.

 

Le poids du passif de la « Françafrique »

Ancienne puissance coloniale, le cas de la France est significatif. Puissance moyenne et régionale, la France n’a pas renoncé à exercer son influence sur le continent africain. Au terme des divers processus de décolonisation, la France a malgré tout déployé des rapports de domination plus indirects. Une forme de néocolonialisme connu sous le nom de « Françafrique », qui visent les puissants réseaux politiques, économiques, miliaires (bases militaires au Gabon, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique ou à Djibouti…) et autres systèmes d’alliances qui ont permis à l’ancienne puissance coloniale de peser et d’influencer l’ordre interne des pays francophones d’Afrique. La Françafrique a ainsi perduré au-delà de la présidence du général de Gaulle, y compris par l’ingérence, la corruption et le paternalisme (à la base du modèle postcolonial).

D’emblée, l’influence française a néanmoins été concurrencée (dans les domaines stratégiques du militaire, de l’énergie, des matières premières et du commerce) durant la guerre froide par l’URSS, mais aussi par les Etats-Unis.

 

Une séquence historique de rejet de la France

Désormais, l’influence de la France est confrontée à une double contestation. D’un côté, de nouveaux partenaires comme la Chine, la Russie ou la Turquie déploient des stratégies offensives en Afrique. De l’autre, suivant un mouvement de fond, les pays du continent prennent leurs distances avec la France, et l’Europe en général. De jeunes leaders politiques, militaires et religieux soutenus par des franges substantielles des populations civiles (mues par un ressentiment du passé colonial, mais aussi par le rejet des « valeurs occidentales » et double jeu de dirigeants français qui, tout en prônant la démocratie, ont régulièrement soutenu des dictateurs autocrates au nom d’intérêts propres) sont porteurs d’un discours nationaliste qui rejette une présence militaire française perçue comme l’héritage de l’époque coloniale.

Véritable tournant historique, la fin de l’« opération Barkhane » est l’aboutissement de cette dégradation des relations avec les pays de l’Afrique subsaharienne : fin novembre 2024, le Sénégal et le Tchad ont annoncé leur volonté de rompre leurs accords de coopération militaire avec la France, des décisions qui font suite au départ forcé des troupes françaises de trois pays sahéliens voisins : le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Une éviction qui se conjugue à un inexorable déclin du poids commercial de la France sur l’ensemble du continent. Si la France demeure le deuxième investisseur sur l’ensemble du continent africain et tente de diversifier ses partenariats commerciaux (avec les pays de l’Afrique anglophone), ses positions commerciales sont de plus en plus concurrencées par des intérêts chinois, turques ou indiens lestés du poids d’un passé colonial.

Pour tenter de relancer ces relations, la France investit désormais dans la dimension mémorielle des relations avec les pays africains, comme l’atteste l’adoption définitive du texte de loi tendant à faciliter les restitutions des œuvres d’art pillées durant la colonisation. Il s’agit là d’un geste politique et symbolique fort en vue de construire des relations sur des bases apaisées.

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Trump, un poids pour le soft power des Etats-Unis

04. Mai 2026 um 07:59

La dégradation de l’image des Etats-Unis ne cesse de croître, y compris parmi leurs alliés occidentaux. Le discours et l’action brutale du président Trump affectent le traditionnel pouvoir d’attractivité de la première puissance mondiale, comme l’atteste la baisse du volume de touristes en visite dans le pays. Dans un siècle marqué par la confrontation systémique avec la Chine, Trump prend le risque d’affaiblir le soft power des Etats-Unis.

 

Le soft power : une idée de la puissance

Alors que les Etats-Unis constatent les limites de leur hard power et de leur puissance militaire dans leur guerre contre l’Iran, c’est l’idée même de soft power qui rejaillit avec force.

La distinction entre hard power et soft power a été conçue par le politologue américain Joseph S. Nye au début des années 1990. Face à la thèse d’un déclin américain avancée en 1987 par l’universitaire Paul Kennedy dans « Naissance et déclin des grandes puissances » (1989), Joseph S. Nye souligne les transformations de nature de la puissance américaine à l’heure de la société de l’information. Outre leur puissance de coercition fondée sur des dimensions militaires et économiques, les Etats-Unis disposent en effet d’une puissance d’attraction et de séduction permise par un ensemble de moyens pacifiques. Ces derniers servent à influencer la position des autres acteurs et/ou à orienter les relations internationales en faveur des intérêts américains, y compris pour l’adoption de positions, de normes … La notion de soft power traduit ainsi l’idée de pouvoir atteindre ses objectifs sans recours à la force, par la « capacité à séduire ».

Parmi les principaux vecteurs d’influence, d’attraction, de séduction et de persuasion constitutifs du soft power théorisé par J. Nye, citons la culture, le droit et le modèle de société (avec les valeurs qu’il charrie).

 

Le soft power américain : une puissance en déclin

Si le soft power américain reste dominant, au travers des films et séries qui transitent désormais par les plateformes de streaming, ou par l’importation des débats sociaux et intellectuels liés aux mouvements sociétaux (MeToo ou Black Lives Matter), le leadership moral des Etats-Unis est abîmé. La croyance dans l’American way of life a nettement décliné.

Depuis l’élection puis la réélection de Donald Trump, sa vision du monde rompt largement avec les règles libérales censées guider les nations depuis 1945, mais aussi avec une certaine conception du soft power des Etats-Unis. En témoignent des décisions aussi symboliques que la révocation de l’accueil d’étudiants étrangers à l’université Harvard, emblème du rayonnement des Etats-Unis dans le monde. Plus largement, Trump fustige les grandes universités américaines, mais aussi les sites culturels tels que les musées Smithsonian de Washington ou encore le Kennedy Center, grand lieu de spectacle. Tous sont accusés par le président républicain de mener un « endoctrinement idéologique » progressiste…

En outre, l’administration Trump II a rompu avec la politique américaine menée jusqu’à présent en matière d’aide publique au développement : le traditionnel premier donateur au monde a suspendu les fonds engagés par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid), agence indépendante créée en 1961 dont il a été décidé la fermeture. Donald Trump n’a cure de séduire ou d’influencer ; pour lui, la puissance ne s’exerce que par l’intimidation, le « deal » ou la force. De fait, le pouvoir d’entraînement des Etats-Unis ressort affaibli de ce mode d’action (par exemple, leur retrait d’une série d’organisations internationales n’a pas été suivi d’un mouvement en ce sens de leurs propres alliés, à l’exception d’Israël).

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