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ZOOM – L’avenir n’attend pas : le débat tunisien…

15. Januar 2026 um 05:27

L’avenir n’attend pas, mais certains persistent à le regarder avec une angoisse profonde, comme si le progrès était une menace et non une promesse. On en vient à se demander si les grands esprits de notre époque ne sont pas terrifiés par le monde qu’ils ont pourtant contribué à penser. La technologie avance à pas de géant, l’intelligence artificielle et la robotique redessinent le paysage du travail, mais voilà que certains économistes semblent vivre dans un univers parallèle où les machines attendraient docilement l’aval des professeurs pour exister.

Daron Acemoglu, figure respectée et auréolée d’un Nobel, suggère une vision qui ressemble étrangement à une nostalgie assumée. Il prône des réformes fiscales destinées à décourager une automatisation jugée excessive, imagine des consultations obligatoires des salariés avant toute implantation technologique dans l’entreprise, comme si l’innovation devait désormais demander la permission pour franchir les portes des usines et des bureaux. C’est, en somme, une tentative de dompter un fleuve impétueux en plantant quelques roseaux sur ses rives. Une lutte contre une marée qui emporte tout, un pari impossible, comme celui de contenir l’océan avec une digue de sable fraîchement moulée à la main.

La grande illusion d’Acemoglu!

Le raisonnement n’est pas dénué de noblesse. Il prétend ralentir le progrès afin d’épargner les travailleurs que la logique économique et l’efficacité technologique tendent à marginaliser. Mais il repose sur une grande illusion : celle de croire qu’il existe un juste milieu contrôlable entre l’homme et la machine, une automatisation qu’on pourrait calibrer comme un thermostat en hiver. Qui déterminerait ce que signifie « trop automatiser » ? Quelles institutions décideraient où se situe la frontière morale, sociale, ou économique du progrès acceptable ? Les technologies n’obéissent pas aux ministères, mais aux courbes d’apprentissage, aux effets d’échelle, aux incitations économiques, et à l’implacable concurrence mondiale. Taxer une transition ne la rend pas plus humaine : elle la rend seulement plus lente, plus coûteuse et, souvent, plus inefficace.

Dans le fond, Acemoglu propose un renversement complet de la logique économique moderne : abaisser artificiellement la productivité du capital dans le seul but de préserver celle du travail humain. C’est demander à un marathonien de s’alourdir d’un sac de sable afin de laisser une chance au marcheur. L’histoire du progrès n’a jamais été écrite dans ces termes.

 

On peut dès lors imaginer, avec un sourire, les décisions qu’il aurait défendues au début du XXᵉ siècle. Aurait-il limité la vitesse des voitures au trot du cheval ? Institué des taxes punitives sur les moteurs thermiques pour protéger les palefreniers ? Exigé des consultations préalables auprès des éleveurs d’étalons avant que Ford ne lance son modèle T ?

 

Qui regrette l’ère des carrioles ?

On peut dès lors imaginer, avec un sourire, les décisions qu’il aurait défendues au début du XXᵉ siècle. Aurait-il limité la vitesse des voitures au trot du cheval ? Institué des taxes punitives sur les moteurs thermiques pour protéger les palefreniers ? Exigé des consultations préalables auprès des éleveurs d’étalons avant que Ford ne lance son modèle T ? L’industrie équestre a été balayée, et pourtant, personne aujourd’hui ne regrette l’ère des carrioles et des ferronnières. Ce qui est disruptif ne demande jamais la permission de l’ordre établi.

L’un des aspects les plus déroutants de la proposition d’Acemoglu réside précisément dans cette idée d’associer les salariés à la validation des innovations qui pourraient les remplacer. Un tel mécanisme reviendrait à instaurer dans toutes les organisations une bureaucratie paralysante, des comités permanents d’évaluation, des procédures sans fin, des vetos implicites, bref une machine lourde chargée de freiner toutes les autres. Imagine-t-on les dactylographes statuant sur l’introduction des ordinateurs, les archivistes votant sur l’arrivée des bases de données, ou les projectionnistes de cinéma approuvant le numérique ? Si l’humanité avait adopté cette logique, elle en serait probablement encore à discuter de l’avenir de l’imprimerie.

 

La réalité est simple et brutale : l’automatisation n’est pas un choix politique. C’est une loi gravitationnelle de l’économie moderne. La compétition mondiale la stimule, les avancées exponentielles en IA l’alimentent, et la quête des entreprises pour survivre la rend inexorable.

 

La réalité est simple et brutale : l’automatisation n’est pas un choix politique. C’est une loi gravitationnelle de l’économie moderne. La compétition mondiale la stimule, les avancées exponentielles en IA l’alimentent, et la quête des entreprises pour survivre la rend inexorable. On ne ralentit pas une marée avec un décret, pas plus qu’on ne modifie la trajectoire du vent en votant une taxe.

Mais où se situe le débat tunisien?

S’obstiner à protéger le travail humain tel qu’il existe équivaut à maintenir vivant un monde en train de disparaître. L’enjeu réel n’est pas de contenir l’automatisation, mais de repenser la manière dont la valeur est créée et distribuée. Une société où il faudra garantir des revenus et une stabilité sociale sans forcément passer par le salariat traditionnel. Une fiscalité orientée non plus vers l’emploi mais vers les flux de valeur. Une redistribution qui permette à tous de bénéficier des gains d’efficacité générés par les machines. Une éducation tournée vers l’analyse, la créativité, les compétences humaines non substituables, et non plus vers la compétition contre des algorithmes.

C’est là que se joue le débat tunisien, même si la transition technologique y avance moins vite qu’ailleurs : non dans le refus du monde qui arrive, mais dans la capacité à y inscrire notre société, nos talents et notre modèle économique. La Tunisie ne peut pas se permettre de rester sur le quai tandis que le train du progrès mondial s’éloigne. Il lui faut accompagner la mutation, préparer les jeunes aux métiers qui n’existent pas encore, construire un filet de sécurité qui protège sans figer, encourager l’innovation plutôt que la suspecter.

 

La Tunisie ne peut pas se permettre de rester sur le quai tandis que le train du progrès mondial s’éloigne. Il lui faut accompagner la mutation, préparer les jeunes aux métiers qui n’existent pas encore, construire un filet de sécurité qui protège sans figer, encourager l’innovation plutôt que la suspecter.

 

L’erreur d’Acemoglu est de regarder le travail, quand c’est la société tout entière qui devrait être observée. Chercher à ralentir l’avenir pour préserver le présent, c’est forcément perdre les deux. Le seul futur viable est celui qui accueille le progrès et le redistribue, plutôt que celui qui le refuse et s’épuise à combattre ses conséquences.

 

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**  Acemoglu, économiste turco-américain, est l’une des figures majeures de la recherche économique contemporaine.Le 14 octobre 2024, Acemoglu et Robinson ont été décorés du prix Nobel, ces derniers ayant coécrit de multiples ouvrages et ayant une pensée économique proche. Nous étudierons la pensée de ces deux hommes, que vous avez peut-être déjà croisés en cours d’ESH, puisque ce sont des auteurs fondamentaux sur plusieurs chapitres, notamment sur la question du développement des économies émergentes.

https://misterprepa.net/acemoglu-institutions-developpement-economique/

 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IA

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Chronique économique – La Tunisie face à son propre basculement

12. Januar 2026 um 05:20

Il y a dans les chiffres secs publiés par la Banque centrale une sorte d’aveu silencieux. Entre les décimales des taux monétaires et le solde mouvant des comptes courants, se lit l’histoire d’un pays qui tente d’inventer sa sortie de crise, sans vraiment savoir encore si le monde lui ouvre la porte ou referme le verrou. Janvier 2026 a la couleur de l’entre-deux : celle d’une accalmie portée presque malgré elle par les vents extérieurs, mais lestée d’incertitudes profondes sur la manière dont la Tunisie saura traduire cette parenthèse en nouveau départ.

Le climat international d’abord. Longtemps écrasée par la poigne des banques centrales occidentales, l’économie mondiale respire timidement. Les hausses de taux successives de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne ont laissé des traces sur les marchés, les dettes publiques, les devises et les sociétés. Mais voici que les discours se nuancent, les autorités monétaires desserrant doucement l’étau qu’elles avaient imposé pour dompter l’inflation. Ce reflux prudent ouvre des marges de manœuvre aux économies dites périphériques ; la Tunisie est parmi elles. Une baisse du coût de l’argent, un dollar moins dominateur, des sorties de capitaux moins brutales : autant d’oxygène attendu par un pays dont chaque respiration économique dépend encore, trop souvent, de l’étranger.

Pour autant, ce répit international n’est pas pure bienveillance. Il demeure suspendu à une galaxie de risques : tensions persistantes au Moyen-Orient, expansion fragmentée du commerce mondial, volatilité énergétique et fragilité structurelle de la croissance chinoise. Chaque perturbation planétaire, même minuscule, peut traverser les océans, rebondir sur les places financières et venir heurter les côtes tunisiennes avec la brutalité d’une vague inattendue.

À l’intérieur du pays, les indicateurs racontent une histoire plus nuancée, presque paradoxale. Le marché monétaire se détend, reflet fidèle de la réduction du taux directeur décidée par la Banque centrale (BCT). Le taux monétaire glisse sous les 7 %, les banques échangent davantage entre elles, la liquidité remonte à la surface comme une rivière longtemps enfouie. Il serait facile d’y voir le signe d’un renouveau imminent, comme si une simple décision technique suffisait à remettre l’économie en marche. Mais cette détente reste, pour l’heure, largement comptable. Une baisse des taux ne crée pas le crédit productif ; elle en crée seulement la possibilité. La Tunisie demeure confrontée à la même question qui traverse depuis des années ses débats publics, souvent théoriques : l’argent disponible peut-il devenir argent utile ?

Le budget de l’État, lui, continue de porter la marque d’une fatigue chronique. Le compte courant du Trésor diminue, rappel que chaque début d’année est une bataille de trésorerie, surtout lorsque les créanciers extérieurs attendent leur échéance. Le pays a allongé l’échéance de ses dettes, passant des bons à court terme aux émissions assimilables de maturité plus longue : une stratégie rationnelle, mais qui exige sang-froid, crédibilité et discipline fiscale. Derrière les chiffres, c’est la souveraineté financière que l’on entend claquer, comme un drapeau fatigué par le vent.

Dans ce paysage exigeant, le salut vient une fois encore de l’extérieur, mais d’un extérieur particulier : celui qui appartient aux Tunisiens eux-mêmes. Touristes qui reviennent, expatriés qui transfèrent, diaspora qui réinjecte indirectement confiance et devises. Le pays vit encore grâce à son monde parallèle, celui qui s’étend de Paris à Riyad, de Berlin à Montréal. Les recettes touristiques atteignent un record, les transferts familiaux continuent de progresser malgré la morosité internationale. Ce sont eux qui maintiennent les réserves de change à un niveau encore rassurant, autour de cent jours d’importation. Ce sont eux aussi qui évitent que le dinar ne sombre, au moment précis où le dollar cède quelques ailes et permet à la monnaie nationale de regagner centimètre après centimètre une crédibilité mise à mal par des années d’érosion.

 

Lire aussi – Tourisme tunisien : plus de 8 milliards de dinars de recettes en 2025

 

Mais au-delà des chiffres, ce début d’année pose la question essentielle, celle à laquelle chaque gouvernement, chaque institution, chaque citoyen fini par revenir : que faire de cette respiration ? La Tunisie ne manque ni de constats ni de diagnostics. Elle manque de stratégie continue, de volonté stabilisée, de réformes qui ne se brisent pas au premier cycle électoral. Le pays a devant lui une configuration rarement offerte : une conjoncture internationale moins hostile, un système bancaire moins asphyxié, un dinar stabilisé, une activité touristique et migratoire qui remplit les caisses au moment où l’économie locale peine à générer ses propres moteurs.

Reste à décider ce que l’on construit sur ce terrain provisoirement dégagé. Un choix assumé de réorienter le crédit vers l’économie productive et la transformation industrielle. Une politique fiscale qui cesse de fonctionner en mode pompier et commence enfin à penser développement. Un État qui dialogue avec ses banques, non comme débiteur captif mais comme partenaire stratégique. Une diplomatie économique qui cesse de quêter et commence à négocier.

Car au fond, ces chiffres du 09 janvier disent la même chose que les précédents : le pays est au bord d’un possible tournant. Les vents, pour une fois, ne sont pas contraires. Mais ils ne souffleront pas toujours. Et c’est désormais à la Tunisie, non au monde, de décider si elle veut prendre le large ou rester immobile sur ses amarres, à guetter ce que l’horizon lui offrira par hasard.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (09 jan. 2026), données prix Brent / marché pétrolier (09 jan. 2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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ZOOM – 2010-2025 — L’écho des occasions manquées, entre Washington, Bruxelles… et Tunis

10. Januar 2026 um 12:10

Il est des décisions qui, loin des tribunes, changent la face du monde. Ainsi, la Réserve fédérale américaine (Fed), dans un geste à la fois audacieux et calculé, vient de rouvrir les vannes du quantitative easing. Quarante milliards de dollars par mois, créés ex nihilo, dissous dans les artères du marché américain comme un sérum vital destiné à empêcher la panne du cœur économique. La Fed n’écrit pas l’histoire, elle la fabrique à coups de milliards, assumant que la monnaie est un outil politique, un levier de puissance, et non un monument sacralisé par les orthodoxies.

Pendant ce temps, l’Europe tremble sur le quai de gare, pétrifiée à l’idée d’enfreindre ses dogmes. La Banque centrale européenne demeure immobile, prisonnière d’une interprétation théologique de ses statuts, comme si la monnaie devait être tenue à distance de la volonté humaine. L’abîme se creuse : à l’Ouest, des dirigeants qui acceptent que le financement de l’économie exige audace et responsabilité ; sur le Vieux Continent, des gouvernants qui voient encore dans la banque centrale un organisme suspect, dont la puissance doit être tenue en laisse.

Ce contraste transatlantique dit plus qu’une divergence technique : il révèle une différence de civilisation économique. Aux États-Unis, l’État et sa banque centrale avancent d’un même pas, convaincus que l’injection de liquidités n’est ni une trahison morale ni un risque existentiel; mais une manière d’assurer la continuité du pacte national. En Europe, l’idée même qu’une Banque centrale puisse soutenir la dépense publique provoque l’urticaire des élites politiques, figées entre une morale fiscale d’un autre âge et une compréhension étroite de la stabilité.

 

En Europe, l’idée même qu’une Banque centrale puisse soutenir la dépense publique provoque l’urticaire des élites politiques, figées entre une morale fiscale d’un autre âge et une compréhension étroite de la stabilité.

 

Vu de la Tunisie, ce débat semble se dérouler dans un autre monde. Pourtant, il nous concerne plus que jamais.

Depuis 2011, notre pays a traversé des crises successives, des gouvernements éphémères et des promesses de réformes continuellement reportées. Pendant que la Fed soutenait la croissance et maintenait l’activité, et que la BCE, malgré ses réticences, ouvrait graduellement la voie à des interventions inédites, notre Banque centrale a dû se battre sur une autre scène : celle de l’inflation importée, des déficits chroniques, du dinar assiégé et d’un système bancaire sous-capitalisé. Là où les grandes économies disposent de marges monétaires souveraines, la Tunisie, à peine sortie d’une décennie de bouleversements, se retrouve enfermée dans une logique défensive, le nez collé à la paroi du réel.

Les années 2010-2025 resteront sans doute comme celles des occasions manquées : ni relance concertée, ni vision stratégique; pas de réforme de la dépense publique et encore moins de refonte du financement de l’économie. Alors que d’autres injectaient des centaines de milliards pour soutenir l’entreprise, l’emploi et l’innovation, notre pays s’enfonçait dans l’austérité tacite, les arbitrages hésitants, le manque d’investissement public et l’émiettement budgétaire.

 

Les années 2010-2025 resteront sans doute comme celles des occasions manquées : ni relance concertée, ni vision stratégique; pas de réforme de la dépense publique et encore moins de refonte du financement de l’économie.

 

Nous observons l’Europe avec fascination, souvent avec envie, parfois avec agacement, mais nous semblons oublier que l’Union, malgré sa prudence excessive, mobilise des instruments dont nous ne disposons même pas. Notre débat national s’enlise dans des alternatives faussées : faut-il serrer le crédit pour préserver le dinar ou le relâcher pour sauver la croissance ? Faut-il réduire les dépenses au risque de casser la demande ou les soutenir en accroissant un déficit déjà insoutenable ?

Pendant que les économies matures s’autorisent à faire usage de leur système monétaire comme d’un bien collectif, nous, faute de vision, avons cédé à la fatalité. Notre dépendance externe nous prive de marges d’action. Mais cette dépendance n’est pas une fatalité. En effet, elle est la conséquence d’une décennie de gouvernance hésitante, de réformes abandonnées et d’une incapacité persistante à articuler politique budgétaire, monétaire et industrielle dans un récit cohérent.

 

Notre débat national s’enlise dans des alternatives faussées : faut-il serrer le crédit pour préserver le dinar ou le relâcher pour sauver la croissance ? Faut-il réduire les dépenses au risque de casser la demande ou les soutenir en accroissant un déficit déjà insoutenable ?

 

Le vrai drame tunisien n’est pas seulement l’absence d’argent, mais l’absence de volonté d’en créer au sens économique du terme : par l’investissement productif, l’innovation, la montée en gamme des secteurs exportateurs, la restructuration de l’État et la mise en confiance des citoyens et des marchés. La Fed agit parce que l’Amérique croit encore en son avenir. L’Europe hésite parce qu’elle doute d’elle-même. Et la Tunisie se fige parce qu’elle ne sait plus où elle va.

Le vrai drame tunisien n’est pas seulement l’absence d’argent, mais l’absence de volonté d’en créer au sens économique du terme : par l’investissement productif, l’innovation, la montée en gamme des secteurs exportateurs, la restructuration de l’État, et la mise en confiance des citoyens et des marchés.

 

Il est encore temps de reprendre la main. Mais le temps n’attendra pas. Dans un monde où les puissances se financent avec audace pour construire demain, rester immobile revient à choisir le déclin.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Scénario haussier du dollar : le dinar au carrefour des forces invisibles

08. Januar 2026 um 05:23

Il y a dans le mouvement des devises une dramaturgie silencieuse qui ne cesse de façonner les économies, même lorsque les médias n’en font pas leur titre et que les citoyens ne sentent encore qu’un souffle au-dessus de leur portemonnaie. L’histoire récente de l’EUR/USD, avec un euro se redressant au-dessus du seuil de 1,1735 et un dollar qui semble provisoirement desserrer l’étreinte, appartient à cette dramaturgie. Une oscillation, un coup de rein technique sur les marchés, presque imperceptible pour l’œil non averti, mais porteur d’une signification profonde : le monde semble se préparer non pas à un dollar qui faiblit, mais à un dollar qui se redresse, s’affirme, se ressaisit. Ce souffle avant la course dit tout d’un cycle qui ne fait que commencer.

À première vue, la photographie du moment semble contredire ce récit (1). L’euro, ragaillardi, remonte la pente qu’il avait « glissée » ces dernières semaines, comme un marcheur retrouvant son second souffle après une halte. La zone des 1,1660, qui tenait comme un plancher fragile, a suffi à redonner courage aux acheteurs. Les écrans se sont allumés, les algorithmes ont suivi, les investisseurs se sont replacés au-dessus de 1,1710, jusqu’à ce que le fameux 1,1735 soit franchi, comme une porte symbolique qu’il fallait repasser avant d’espérer d’autres horizons.

Les indicateurs techniques racontent avec leur langage mécanique cette scène fugace : un MACD qui vire timidement dans le positif, un RSI qui grimpe encore sans basculer vers l’euphorie, des moyennes mobiles qui se replient l’une derrière l’autre comme des nuages se dispersant. À cet instant précis, tout semble possible : l’euro pourrait prolonger sa remontée jusqu’aux retracements plus ambitieux, retrouver l’envie de se mesurer au-dessus de 1,18, prendre un peu d’air.

Mais derrière cette légère remontée, se cache un paradoxe que seuls ceux qui scrutent l’horizon devinent déjà. Ce n’est pas l’euro qui a véritablement changé de nature ; c’est le dollar qui, l’espace d’un moment, a décidé de se replier, avant d’éventuellement reprendre son galop. Il suffit de tendre l’oreille aux conférences de presse, aux minuties de langage de Jerome Powell ou de Christine Lagarde, pour saisir une vérité plus ample : la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ne marchent pas au même rythme, ne regardent pas les mêmes spectres, ne redoutent pas les mêmes monstres.

Aux États-Unis, le cœur économique bat toujours fort. Bien sûr, des fissures apparaissent par endroits : foyers d’endettement, fragilités bancaires, appétit boursier démesuré pour quelques géants numériques. Mais l’ossature tient. Le marché du travail continue de défier les pronostics, l’inflation recule mais ne cède pas entièrement, et la Fed observe, prudente, presque guetteuse, refusant de baisser trop vite sa garde sur les taux. Les investisseurs le savent : si le rendement demeure attractif, l’Amérique est encore l’endroit où le capital trouve refuge, intérêt et liquidité – ces trois mots qui guident, depuis des décennies, les mouvements invisibles de la finance mondiale.

L’Europe, de son côté, traverse un hiver moral. Sa croissance, timide, peine à retrouver des couleurs. L’industrie vacille comme un arbre fatigué par trop de vents contraires. Les politiques budgétaires demeurent hésitantes, bien trop conscientes des erreurs passées pour oser des relances vigoureuses. La BCE, qui avait entonné la marche arrière sur les taux pour soutenir une économie qui ne parvient pas à s’arracher, a dû ralentir le pas. Le résultat est clair : la monnaie unique retrouve un peu de souffle, mais sans conviction durable, comme un coureur qui accélère avant de se rappeler qu’il est encore très loin du but.

Entre ces deux continents, le dollar reprend alors naturellement son rôle préféré : celui de l’aimant mondial. Peu importe que l’or monte à sa suite, que les investisseurs se diversifient dans les obligations, les métaux, ou même dans d’autres zones monétaires. L’histoire dit qu’à chaque période où la visibilité se brouille, où l’incertitude s’épaissit, le billet vert finit par retrouver sa place au sommet du théâtre.

Pour la Tunisie, dont le dinar se situe à la périphérie de ces forces colossales, la conséquence est immédiate, presque mécanique. Le pays vit, respire et consomme au rythme de deux devises : l’euro pour commercer, l’euro pour exporter, l’euro pour attirer les touristes ; le dollar pour importer, se chauffer, se déplacer, s’alimenter, produire, se soigner. Chaque conteneur de blé, chaque tonne de gaz, chaque litre d’essence porte sur lui l’empreinte verte de la devise américaine.

Alors, lorsque le dollar frémit, le coût de la vie tunisienne réagit. Ce n’est pas une réaction rapide, brutale ou évidente. C’est un lent suintement, un phénomène capillaire. Le carburant pèse sur les transporteurs ; le transport pèse sur les marchandises ; les marchandises pèsent sur les familles. L’État absorbe une partie du choc, à travers les subventions, comme un amortisseur qui se fatigue. Et au bout du parcours, les ménages le sentent : leur panier n’achète plus la même chose qu’hier.

La dette extérieure ajoute une ombre plus lourde encore à ce tableau. La Tunisie rembourse en devises fortes ce qu’elle emprunte : elle ne peut imprimer ni dollars, ni euros. Lorsque la devise américaine se renchérit, le simple fait d’honorer les engagements acquis devient un effort supplémentaire. C’est comme gravir une pente qui se redresse à mesure qu’on avance. Les services de la dette croissent, les marges budgétaires se racornissent, la recherche d’emprunts nouveaux devient plus coûteuse, parfois même plus incertaine. Le dollar, dans ce contexte, n’est pas seulement une monnaie. Il est un pouvoir.

Et pourtant, dans ce paysage heurté, quelque chose de nouveau s’est mis à germer en Tunisie, presque en silence. Les familles « épargnent » autrement. Les entrepreneurs « diversifient ». L’immobilier en berne, alors, l’or, longtemps perçu comme une relique, « retrouve une noblesse ». Le dollar lui-même devient un symbole de prudence et de projection, autant que d’inquiétude. Les marchés parallèles, les réseaux informels, les bureaux de change officiels composent ensemble une fresque qui raconte, sans discours, que le Tunisien ne croit plus aveuglément aux certitudes d’hier. Ce qui, pour d’autres pays, est une option financière, pour la Tunisie devient un réflexe culturel.

Ainsi, le scénario haussier du dollar n’est pas un simple dossier technique réservé aux salles de marché. C’est un récit qui court sous la peau du pays. Il touche le prix du pain, le coût du bus, la facture du port, les marges des petites entreprises, la solvabilité de l’État, la patience du citoyen. Il révèle ce qu’un pays dépendant doit regarder en face : sa fragilité, mais aussi ses potentiels.

Si la montée du dollar est un défi, elle peut devenir aussi un révélateur. Révéler que la Tunisie doit se libérer un peu plus de ses dépendances énergétiques, investir dans son indépendance alimentaire, bâtir une industrie exportatrice, et même réinventer son rapport au financement extérieur. Révéler que les marchés n’ont rien d’abstrait : ils sont le miroir de ce que le pays consomme, de ce qu’il produit, et de ce qu’il aspire à devenir.

Le dollar, comme toutes les forces puissantes, ne transige pas. Mais c’est parfois dans l’adversité que les nations apprennent à regarder au-delà du court terme. Et si 2026 devait être l’année où la Tunisie découvre que sa relation au billet vert ne se subit plus seulement mais peut se comprendre, se maîtriser, s’anticiper, alors le dinar pourrait cesser d’être spectateur de son destin pour devenir, enfin, acteur de sa propre trajectoire.

 

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(1) : Salle des marchés de l’IAEF (ONG) : 07/01/2026 12:25:04

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

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