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Iran, l’insurrection et la donne chiite

13. Januar 2026 um 10:58

Une formidable insurrection secoue le régime des Mollahs d’Iran. Elle risque de s’étendre et met en question l’existence du régime politique, théocratique, issue de la révolution iranienne de 1979, dirigée par l’Imam Khomeiny. De part la position stratégique de l’Iran, dans un Moyen-Orient, secoué par les guerres, les révoltes et les chutes de régimes politiques, depuis le renversement de Saddam Hussein, la chute probable de la théocratie qui y règne, et en raison des rapports économiques et politiques qui la lient à la Chine et à la Russie, va bouleverser de fond en comble, les rapports de force dans la région entre grande puissances. Mais l’Iran n’est ni l’Irak, ni la Syrie et encore moins le Liban, car il est dirigé par un ayatollah, guide suprême des chiites duodécimains, dits imamites, une fraction historique de l’Islam. Imam, dont le statut est presque divin, car représentant d’un autre Imam qui vit dans la grande occultation, (el ghayba el koubra), dans un plénum (barzkh), qui regroupe 12 imams, toujours vivants selon la tradition chiite, mais qui vivent dans les cieux, et dont le dernier, le douzième (duodécimain) va revenir sur terre pour faire régner la justice et la paix (c.a.d l’application stricte de la charia chiite).

Renverser ce régime n’est donc pas aussi simple, même si l’insurrection actuelle en cours, est la première depuis la révolution iranienne en 1979, quant à son ampleur et la nature des catégories sociales qui y ont participé. Et notamment le bazar, qui a joué un rôle déterminant dans la révolution islamique lorsqu’il a basculé en faveur du clergé religieux dirigé par le guide suprême l’Ayatollah Khomeini. La République islamique d’Iran a intégré clairement dans sa constitution que le pays doit être gouverné par les lois du chiisme imamite ». Ce qui signifie que les ayatollah Khomeiny et Khamini, ne sont que les représentants sur terre du douzième Imamet qu’ils sont de ce fait, parfaits, ma3soumoun, et ne peuvent jamais se tromper. Contrairement à l’Islam sunnite qui ne considère aucune perfection possible, même pour le prophète Mohammed. C’est une divergence théologique fondamentale entre les deux grandes fractions de l’Islam.

Le statut sacré de l’Imam Khamenei

Si on aborde cette question, c’est parce que nous avons remarqué que les médias notamment occidentaux, et même chez nous, font preuve d’une méconnaissance totale de l’importance de la question religieuse chiite, et notamment du chiisme imamite et n’abordent la question que sous l’angle des droits de l’homme, de la démocratie et surtout de la tentative de l’Iran de fabriquer l’arme nucléaire.

Non pas que ces questions ne soient pas importantes, mais ils oublient ou ils occultent un fait, qui va être déterminant dans l’évolution future et de l’insurrection populaire et du régime iranien lui-même.

En effet, les centaines de milliers de manifestants sont eux même chiites duodécimains et partagent la même croyance en l’existence d’un Imam occulté qui vit dans les cieux et qui régente totalement leur vie. La grande faute du Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi en 1979, c’était essentiellement d’avoir offensé cette croyance, en faisant l’apologie de l’Empire Perse datant de 5000 ans et d’avoir organisé une manifestation grandiose en son honneur. Ce qui était une provocation directe de la foi chiite imamite, en plus du fait qu’il a été porté sur le trône de Perse, par un coup d’Etat organisé par la C.I.A, qui avait renversé le premier ministre légitime Mohammed Mossadegh en 1953, qui avait nationalisé les compagnies pétrolières.

En fait il y a plus de 55 millions d’iraniens qui portent cette foi, plus de 70 % des habitants du Bahreïn, la majorité de la population irakienne, 32 % de la population libanaise, 10 % en Syrie, 5 % au Yémen (les houthis), plus de 70 % de la population en Azerbaïdjan, puis des fortes minorités en Inde, au Pakistan, et en Afghanistan. En tout plus de 130 millions de chiites qui croient que Khameini est un Ayatollah, donc forcément parfait, ma3soum et comme son titre l’indique, une sorte de représentant de Dieu sur terre. D’où il est clair que la question iranienne, ne ressemble aucunement à la question syrienne ou vénézuélienne, où il aurait suffi d’écarter « le dictateur » pour que le régime tombe.

C’est depuis l’an 874 apr.J.-C., que date l’occultation du 12ème imam duodécimain, mais c’est uniquement au XVI ème siècle que le premier Etat perse régi par la religion chiite prit naissance an Iran sous les Safavides, soit presque 10 siècles après le premier Etat Umayyade strictement sunnite. Pendant tout ce temps et après, les chiites vivaient en minorité religieuse opprimée, et ont pu résister à toutes les tentatives de les supprimer. C’est aussi l’occasion de rappeler, que le premier Etat chiite dans l’histoire a pris naissance chez nous, qui est l’Etat fatimide qui n’est resté que 60 ans et ayant pour capitale (el mehdiya, du nom d’elmehdi el montadher, l’imam occulté) de 909 à 969 apr.J.-C. Avant de se transporter au Caire. C’était encore le chiisme ismaélien qui donna naissance après, à toutes les sectes chiites, dont aussi les duodécimains.

Nous sommes donc en face d’une religion profondément ancrée dans l’inconscient collectif de plusieurs populations et particulièrement celle d’origine perse.

Comme le montre l’étude très approfondie du philosophe et historien Henri Corbin dans ses trois volumes sur « L’Islam iranien, aspects spirituels et philosophiques », les adeptes de cette doctrine, ne se voient gouvernés sur terre, que par un représentant de l’Imam en « occultation majeure ». Cette croyance est celle aussi des manifestants dans les grandes villes et villages de l’Iran et s’ils sont sortis pour protester, ce n’est que pour dénoncer les conditions de vie dégradantes dans lesquelles ils vivent, à cause de la mauvaise gouvernance de leurs dirigeants.

Malgré les efforts incroyables des médias occidentaux de faire croire que la révolte des Iraniens est pour la démocratie et les droits de l’Homme, que certaines élites iraniennes en exil épousent, l’insurrection iranienne n’a pas d’objectifs démocratiques, mais vise à améliorer les conditions de vie des citoyens iraniens. Les Occidentaux dénaturent, via leurs médias naturellement, la nature même de ce formidable soulèvement, dans l’objectif d’imposer leur vision de ce que doit être le futur gouvernement iranien. Pour cela, on a mis en avant le fils du Shah qui revendique tout simplement le retour à la monarchie, mais une monarchie remise sur le trône par l’armée américaine et l’armée sioniste, par les bombardements intensifs et la destruction de toute l’infrastructure militaire et civile de la nation iranienne comme cela s’est produit exactement il y a un an en Syrie.

L’objectif n’est ni d’instituer un Etat démocratique, mais essentiellement de détruire le complexe nucléaire iranien et de mettre la main sur le pétrole iranien afin d’étouffer progressivement la Chine comme c’est le cas pour le Venezuela.

En dépit des menaces d’intervention militaire, proférée par Donald Trump, les Américains n’ont ni les moyens militaires ou financiers d’imposer un changement de régime, car ils ont déjà échoué en Irak, en Afghanistan, sans parler du Vietnam, du Cambodge et du Laos.

L’Iran, rappelons-le, est un des rares pays au monde qui n’ont jamais été colonisés, même à la grande époque du colonialisme triomphant. Les USA peuvent faire très mal à l’Iran mais ne pourront pas changer le régime par la force.

D’ailleurs une intervention militaire renforcerait encore l’emprise du régime qui va appeler à la guerre sainte. Le régime iranien, n’est ni le Hezbollah ni le régime baathiste de la Syrie ou de l’Irak. L’idéologie imamite est le ciment du nationalisme iranien et seule une évolution interne peut faire évoluer le système vers un modèle plus libéral et plus ouvert. Seules les élites iraniennes sont capables de la faire de l’intérieur, élites elles-mêmes, empreintes de religiosité et de patriotisme extrêmes. Or, ces élites savent que ce que visent les Occidentaux, c’est uniquement leur pétrole et l’affaiblissement de leur défense de telle sorte qu’elle ne menace pas Israel. C’est pour cela qu’ils vont négocier avec les Américains un modus vivendi.

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Histoire d’une sordide vraie fake news

05. Januar 2026 um 11:34

Tout a commencé par la soi-disant révélation par une page des réseaux sociaux algériens de la copie d’un document dit « très secret » d’un supposé accord militaire entre la Tunisie et l’Algérie qui autoriserait l’armée algérienne à intervenir jusqu’à 50 km sur le territoire tunisien, au-delà de nos frontières communes, et même plus, quand la présidence tunisienne se trouverait en danger. Ce faux document, une fake news, fût diffusé au même moment ou une rencontre de haut niveau eut lieu entre notre ministre de la défense nationale, et les chefs de l’Etat major de l’armée algérienne, à Alger, ou des vrais accords militaires, relatifs à la coopération et à la sécurité des deux pays, ont été signés.

Le choix de la date de la diffusion de ce faux document est en lui-même significatif de la volonté d’une tierce partie de torpiller le rapprochement entre les deux pays. Mais le faux document est tellement mal conçu, que n’importe quel journaliste débutant aurait pris cela pour une farce médiatique, comme il en existe des milliers chaque jour sur les réseaux sociaux. C’était sans compter sur la politisation tous azimuts, de toute information, fausse ou juste, pour tirer sur l’adversaire. Grâce à l’IA, on peut fabriquer des photos, des vidéos et même imiter des voix et fabriquer des discussions fictives. C’est dire combien cette fake news, ne peut être fabriquée que par des amateurs. Or, nous vivons en pleine époque d’amateurisme, non pas seulement dans les médias; mais surtout chez les hommes et les femmes qui se prétendent politiques.

Propagande à la Goebbels

Cette règle est aussi valable pour les médias qui se rangent dans l’opposition au Président de la République, Kaïs Saïed, que pour les médias et chroniqueurs qui lui sont acquis. C’est la conséquence de la bipolarisation extrême de la vie politique et la radicalisation de l’opposition menée et dirigée par le parti Ennahdha et qui est due essentiellement aux condamnations à de lourdes peines de prison qui ont touché ses dirigeants.

La règle en matière de propagande islamiste étant simple, souffler sur le feu, quitte à ce que ce feu incendie le pays. C’est leur façon de faire de la politique, qu’ils ont pratiquée avant et après 2011. D’ailleurs dans cette affaire de fake news c’est le gendre de Ghannouchi lui-même, à travers sa page Facebook, qui s’est chargé « d’authentifier » le faux document et de crier au scandale. Cela aurait dû suffire normalement à nos journalistes pour faire leur travail d’investigation avant de publier quoique ce soit ou de commenter. Surtout que ce même individu, quand il était ministre des Affaires étrangères s’est illustré par sa profonde connaissance de nos frontières maritimes et même des noms des grandes capitales étrangères. Même les journaux qui se sont spécialisés dans la chasse aux fake news se sont abstenus de la faire et même qu’ils ont tenté de valider l’information.

Cette forme de propagande, qu’on doit à Goebbels, se base sur une règle immuable et dont l’efficacité est vérifiée : « Intoxiquez ! Intoxiquez ! Il en restera toujours quelque chose ! ». Avec l’apparition des fake news, et des réseaux sociaux, cette arme devient redoutable. Il y a deux semaines, le Président de la République Française Emmanuel Macron, a reçu un appel téléphonique d’un chef d’Etat africain le félicitant d’avoir échappé à un attentat !!!!! Macron s’est enquis auprès de ses services pour s’informer. Il s’agissait évidement d’une fake news ! Le malheureux chef d’Etat africain cherchait ses infos sur les réseaux sociaux et il n’est malheureusement pas le seul ! Macron a du faire une déclaration pour clarifier la situation et ordonné de prendre des mesures coercitives contre ce genre de sites.

Même les services spéciaux des grands Etats puissants sont souvent victimes de cette désinformation, quant ils ne recourent pas eux-mêmes aux mêmes méthodes d’intox. Goebbels est mort, il y a longtemps, mais sa méthode et sa théorie sont toujours efficaces et d’une actualité brulante, surtout dans les guerres de Gaza et d’Ukraine.

La Tunisie vient à son tour d’en faire les frais, car il est clair qu’un service étranger est derrière cette intox virale. Le problème pour nous est qu’une grande partie de la classe politique, au pouvoir et dans les différentes oppositions, tombe souvent dans ce travers, qui consiste à utiliser le faux pour confondre l’adversaire. Et c’est symptomatique d’une faiblesse structurelle dans la pensée politique. On appelle cela la mauvaise foi politique.

Nous sommes les alliés stratégiques des USA

En 2015, les USA, par la voix de leur Président, Barak Obama déclarait la Tunisie un allié stratégique majeur des USA, hors membres de l’OTAN. La question était discutée dans l’administration américaine depuis 1995. Un nouveau palier fût donc franchi dans la coopération militaire de notre pays avec les Etats-Unis. Il fût depuis honoré par les deux parties via la commission militaire mixte qui se réunit chaque année. Un compte rendu de ces réunions est systématiquement publié par les deux ministères de la Défense.

La Tunisie a profité de ce statut depuis cette date en développant ses capacités militaires pour la lutte contre le terrorisme, la défense de ses frontières, toutes les frontières y compris la frontière ouest. Des armes, dont des avions, des drones et du matériel de surveillance des frontières ont été achetés aux USA et l’on peut conclure que la sécurité de nos frontières et la lutte contre le terrorisme se sont renforcées.

Comment dès lors imaginer qu’un accord qui mettrait en cause ce processus de coopération militaire et sécuritaire puisse être signé avec un autre Etat, fusse-t-il un Etat ami ? Il est vrai, que la partie algérienne à l’époque sous Bouteflika, avait montré son hostilité à cet accord. Comment imaginer aussi, que les USA ne réagissent pas directement ou indirectement à ce supposé accord ? Il n’y a que les esprits faibles ou malfaisants pour avaler une telle couleuvre.

Pourtant, ce qui est incroyable, c’est que d’anciens ministres ou hauts responsables semblent avoir cru à ce qui est clairement un mensonge. Et ce, par dépit souvent vis-à-vis de Kaïs Saïed qui reste, quoi qu’on dise ou qu’on prétende, le représentant de la légitimité politique de l’Etat; même s’il a été élu par 11 % des électeurs. En aucune façon, on ne peut confondre la question démocratique, qui fait partie des questions de politique intérieure, avec les intérêts supérieurs de la Nation. La confusion est beaucoup plus grave, quand il s’agit de l’utilisation d’un vrai document probablement pour déstabiliser le pays et nuire aux relations avec l’Algérie.

Mais l’affaire a pris un tournant quand un magazine français spécialisé dans les affaires africaines et un prestigieux quotidien français, reprennent l’intox, en s’appuyant sur ces mêmes sites algériens qu’ils abhorrent d’habitude. Les deux articles en question évitent de noter tous les signes et erreurs qui démontrent que ce document ne peut être fait par des diplomates chevronnés puisqu’il y a erreur même sur les noms des personnes qui l’auraient signé. En plus d’erreurs de contenu, comme lorsqu’il précise que les frais des soldats algériens seraient payés par l’Etat tunisien, comme s’il s’agit d’un vulgaire contrat commercial. L’argument de poids utilisé par tous ces médias et tous ceux qui les ont relayés, comme s’il s’agit d’une révélation biblique, est l’absence de réponse de la part du ministère tunisien de la réponse ou du gouvernement.

C’est le comble du cynisme politico-médiatique ! Depuis quand un Etat qui se respecte répond aux mensonges et aux calomnies ? Parce que démentir officiellement, c’est tomber dans le piège de celui qui a créé le faux. Il est vrai qu’une vague allusion à ce document a été faite par Kaïs Saïed et qu’ensuite le chef de l’Etat algérien lui-même a répondu devant son parlement indirectement; tout en rappelant la solidité des liens entre les deux pays. Il est vrai que le ton paternaliste des politiciens algériens a suscité des réactions toujours négatives de la part des élites tunisiennes. C’était d’ailleurs aux Algériens de répondre car l’information est partie de sites algériens probablement hostiles au gouvernement. Mais l’intox a fait des ravages chez nous. Ce qui prouve que le système de communication et d’information gouvernemental n’est pas en bonne santé. Les médias comme m’a dit un ami français sont une arme à double tranchant et celui qui vit avec les médias meurt par ces mêmes médias.

Le meilleur moyen pour un pays de se prémunir contre ce danger qui va en s’aggravant est d’avoir un système médiatique crédible et professionnel. Ce qui est loin d’exister chez nous.

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