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Anne Guéguen: « Il existe une véritable opportunité pour la Tunisie de se positionner comme un pivot entre l’Europe et l’Afrique »

06. Januar 2026 um 17:13

Elle nous a reçus à la résidence « la Maison de la mer » à La Marsa en tout début de matinée, avant d’entamer son marathon quotidien. Pour Anne Guéguen, ambassadrice de France en Tunisie, les journées commencent tôt et finissent assez tard tant elle est pleinement investie dans ce qu’il faut bien considérer comme la diplomatie économique. La diplomate assume sans la moindre hésitation le statut de partenaire historique de tout premier plan. La France est le premier investisseur et compte le plus grand nombre d’entreprises en Tunisie. À l’entendre, il ne peut en être autre- ment. Pour preuve, son engagement – de cœur et de raison – pour un partenariat mutuellement bénéfique entre la Tunisie et la France.

Elle nous livre, à cet effet, avec un naturel, une sincérité, une simplicité et une humilité dont elle ne s’est jamais départie, sa vision du partenariat économique bilatéral. Où l’on mesure toute l’étendue de son investissement personnel. Certains temps forts, rien que du dernier trimestre de l’année qui s’achève, illustrent le dynamisme des relations économiques bilatérales. Ainsi en est-il des rencontres d’affaires Tunisie 2025 à Paris, du Forum méditerranéen de l’IA, des 10 ans d’Expertise France et de l’engagement continu du groupe AFD.

L’année 2025, dira sans ambages la diplomate, aura été une année record pour multiplier les échanges et les investissements dans les deux sens. Elle est tout à fait à l’aise et en confiance au rayon des défis persistants de la relation économique bilatérale Tunisie-France, notamment s’agissant des visas et de la mobilité des
travailleurs et hommes d’affaires.

L’année 2026 s’annonce sous de meilleurs auspices avec déjà la mise en place de nouveaux outils pour accompagner et mieux orienter les acteurs de la relation économique bilatérale, en clair pour établir un « pont entre les écosystèmes des deux pays et renforcer le maillage des chaînes de valeur entre les deux économies.

À la tête de l’équipe économique France au complet en Tunisie, forte du Club IA de Business France déjà à l’œuvre et du nouveau lancement du Portail-Éco (tn.portaileco.fr), elle met en perspective et dessine en traits pleins les priorités pour le partenariat économique tuniso-français pour 2026. Interview:

Nous sommes en fin d’année 2025. La France est le premier partenaire et investisseur de la Tunisie. Comment assumez-vous ce statut et quels sont, pour vous, les faits les plus marquants de cette année ?

L’année 2025 a illustré la vitalité et l’équilibre de nos relations économiques, qui reposent sur une conviction : notre proximité est un atout stratégique pour les entreprises des deux rives de la Méditerranée. Je vais le démontrer par les chiffres. Les flux d’investissements directs français en Tunisie, sur les neuf premiers mois, s’élèvent à 640 millions de dinars tunisiens, soit autant que sur l’ensemble de 2024, avec une croissance de 28%. Ces flux, qui représentent de l’ordre d’un quart de l’IDE en Tunisie, se traduisent par près de 300 projets qui ont déjà généré 2 900 emplois depuis
janvier. Ces flux représentent presque autant que nos investissements au Maroc dont l’économie est trois fois plus importante, le double des investissements allemands, et environ 400 fois plus que ceux d’un grand partenaire asiatique. Cela mesure la confiance des investisseurs français.

La comparaison est donc éloquente. Pour ce qui concerne le commerce, nos échanges bilatéraux de biens et services atteignent 11 milliards et demi d’euros (en 2024), soit près de 40 milliards de dinars, et dégagent – un point essentiel, un excédent commercial de la Tunisie de plus de 3 milliards d’euros. Ce montant est supérieur au total des revenus en devises du tourisme, ou encore à ceux des transferts de fonds de la diaspora. Notre relation commerciale bilatérale contribue donc significativement à l’équilibre des comptes extérieurs de la Tunisie par l’apport de devises qu’elle génère, et plus largement, représente un moteur de croissance et de création d’emplois. À titre de comparaison, avec la Chine, la balance est inversée et l’excédent est du côté chinois. Cette dynamique est profondément réciproque.
Voilà six ans que la Tunisie est le premier investisseur africain en France en nombre de projets et d’emplois créés, avec environ 500 millions d’euros d’investissements en stock et quelque 450 entreprises ou établissements à participation tunisienne. En 2025, nous avons d’ailleurs accueilli une douzaine de nouveaux projets tunisiens dans le numérique, l’agroalimentaire et l’industrie. Cette relation a une dimension humaine tout aussi essentielle. La France accueille environ un million de Tunisiens et Franco-Tunisiens. En sens inverse, la Tunisie reçoit près d’un million de visiteurs français chaque année. Concernant la présence française résidente, les données consulaires recensent entre 20 000 et 25 000 personnes inscrites, et nous estimons la communauté française à 30000 personnes au moins.

Tout cela témoigne d’une attractivité mutuelle. C’est à la fois culturel, par notre proximité géographique et humaine de Méditerranéens, et rationnel, en termes de compétitivité et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Il existe ainsi une véritable opportunité pour la Tunisie, centrale en Méditerranée, de se positionner comme un pivot entre l’Europe et l’Afrique.

Le phénomène est effectivement réciproque, car il existe en Tunisie un écosystème d’innovation et de startups particulièrement dynamique. N’y aurait-il pas matière à développer davantage ce sujet ?

Absolument. L’exemple le plus emblématique demeure InstaDeep, fondée par Karim Beguir. Mais de nombreuses
initiatives se déploient dans le numérique, les services ou les biotechnologies. Parfois, ce sont des startups créées en France qui viennent s’implanter en Tunisie, souvent portées par des Franco-Tunisiens, qui perçoivent l’intérêt mutuel d’une présence des deux côtés. La place de Tunis constitue un pôle d’innovation crédible, comme l’a montré le Forum méditerranéen de l’intelligence artificielle tenu en novembre, avec la participation des ministres tunisiens des Technologies de la communication et de la Santé. Il y a une logique évidente à ce que les Européens et les Méditerranéens du Sud unissent leurs forces pour bâtir un écosystème d’IA et de numérique moins tributaire des géants américains ou chinois. Cette ambition repose sur la capacité d’innovation qu’incarne un pays comme la Tunisie. Je placerai l’IA, avec la santé et les énergies renouvelables, au rang de domaines phares pour notre relation économique
future.

Quels sont, pour vous, les événements les plus marquants de 2025 ?

Je vais reprendre brièvement l’année. Nous avons commencé en janvier par l’inauguration de la ligne D du RFR, un projet structurant pour le Grand Tunis, rendu possible grâce à des partenariats et financements avec des bailleurs européens, dont l’Agence française de développement (AFD) en est le chef de file pour ce projet. Cet exemple illustre parfaitement la manière dont l’AFD se positionne, avec une priorité clairement sociale, pleinement intégrée aux enjeux de développement de la Tunisie. En avril, le Forum de la transition écologique et énergétique a marqué une dynamique très structurante. Des entreprises françaises comme Qair et Voltalia ont remporté des appels d’offres pour construire de grandes centrales photovoltaïques, contribuant à progresser vers les objectifs de la stratégie tunisienne de transition
énergétique vers les énergies renouvelables, transition qui est maintenant une réalité tangible puisque la part du solaire dans le mix énergétique tunisien a doublé depuis mon arrivée. Autre événement majeur : la Conférence des Nations unies pour les océans à Nice en juin et, en marge, le Sommet Méditerranée connectée, un sujet clé pour la Tunisie. Il apparaît clairement que la Tunisie, dans le vaste projet IMEC, se trouve sur la bonne voie. Un autre moment fort de notre relation économique étaient les Rencontres d’affaires Tunisie-France à Paris le 28 octobre, organisées par notre opérateur Business France, une réussite avec environ 250 entreprises, qui a mis en valeur le caractère mutuellement bénéfique de nos échanges et cette dynamique vers un approfondissement des partenariats industriels. Concernant l’intelligence artificielle, le Forum méditerranéen de l’IA des 20 et 21 novembre a été un événement très complet et à grand succès, et sa dynamique devrait se prolonger à Marseille l’année prochaine. Enfin, il y a eu les 10 ans d’Expertise France, notre agence de coopération technique, qui a en Tunisie son bureau le plus important avec environ 130 collègues qui mettent en œuvre une vingtaine de projets de coopération. Là aussi, cela s’inscrit pleinement dans les priorités sociales et de développement durable de la Tunisie.

La suite de l’interview est disponible dans le mag de l’Economiste Maghrébin n 935 du 31 décembre 2025 au 14 janvier 2026

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Edito: Voeux

04. Januar 2026 um 05:15

Il y a un an, jour pour jour, à l’aube de l’année 2025 qui s’achève, on formulait le vœu de voir le pays se réconcilier avec lui-même, ses problèmes, la croissance et avec son avenir laissé en jachère. On appelait de nos vœux les plus chers l’amorce d’une désescalade politique, la fin d’une dérive sémantique et d’un déballage médiatique, d’ici et de là, pas loin de la faillite morale. Nos espoirs n’ont pas été exaucés. Les rivalités politiques, les tensions économiques et sociales, les litiges juridico-financiers se sont exaspérés et ont atteint leur point culminant de non-retour : le paysage politique et la société civile n’ont jamais été secoués et traversés par autant de fractures.

 

Point d’éclaircie : bien au contraire, l’année s’achève sans que l’on voie la lumière du bout du tunnel. Pis encore, elle se termine, attisée par une nouvelle flambée de polémique comme seul le pays a le secret, dans un épais brouillard et un craquement politico-social dont on n’a pas fini de mesurer l’étendue des dégâts.

 

Qu’avons-nous à gagner d’un tel schisme aux effets dévastateurs sur l’économie, l’harmonie sociale et le vivre-ensemble ? Du début jusqu’à la fin de 2025, les signes de tension, de crispation, de raidissement et de division se répandent comme une traînée de poudre, balayant tout sur leur passage. Point d’éclaircie : bien au contraire, l’année s’achève sans que l’on voie la lumière du bout du tunnel. Pis encore, elle se termine, attisée par une nouvelle flambée de polémique comme seul le pays a le secret, dans un épais brouillard et un craquement politico-social dont on n’a pas fini de mesurer l’étendue des dégâts.

L’année 2025 n’a pas dérogé à la règle. L’adoption du budget de l’Etat et de la loi de finances pour la même année a brouillé les pistes d’action, semé le doute et fait monter de plusieurs crans les tensions et les exacerbations des contribuables, des ménages et des entreprises. Un nouveau rendez-vous manqué dont on espérait qu’il consolide et institutionnalise la culture du dialogue et du consensus. Le pays a besoin d’une vision, d’un cap, d’une boussole, d’un appel d’air, d’une volonté de croissance et d’une fluidité dans la pensée et les textes de lois. Au lieu de quoi, on voit se reproduire le même rituel, fait de cahiers des charges indéchiffrables, de difficultés, d’obstacles et d’entraves qui n’ont pas lieu d’être. Les ménages s’y résignent, les acteurs économiques se lamentent, désespèrent, et certains se voient dans l’obligation de réduire la voilure.

D’une année à l’autre, de nouveaux pans de ce qui reste du sentiment de confiance s’effondrent, provoquant une véritable saignée dans l’investissement, les créations d’emplois et de richesses. Il faut toute la détermination et l’obstination de chefs d’entreprise au patriotisme chevillé au corps pour éviter que l’économie ne sombre dans une dépression sans fin. A l’évidence, ils ne se reconnaissent que dans le mouvement et l’action, quoi qu’ils endurent, quoi qu’il leur en coûte, ne serait-ce que pour préserver et sauvegarder ce qu’ils ont bâti. On ne s’explique pas autrement la résilience de l’économie nationale, en dépit de la déliquescence des entreprises publiques passées maîtres dans l’art de produire du déficit et de détruire valeurs et richesses, plombant ainsi la croissance.

L’économie se maintient à flot, la tête hors de l’eau, par les grands groupes privés qui continuent d’investir et de croire en l’avenir du pays.

Là où l’Etat a failli chute drastique de l’investissement public , le privé, dans ce qu’il a de plus performant, continue de ramer, fût-ce à contre-courant, sans effusion de reconnaissance. Il est à la manœuvre pour protéger notre marché de la déferlante de produits de pays tiers et élargir nos parts de marché à l’international sans les appuis et les soutiens conçus ailleurs à cet effet.

Le paysage industriel tunisien, marqué par la lente agonie des PMI/PME et l’état comateux d’entreprises publiques, n’a pas pour autant perdu toutes ses nuances. Il parvient même, en temps de crise, à se régénérer, à se réinventer, grâce à l’irruption de jeunes pousses qui débordent d’énergie et de créativité. On voit émerger et prendre place de nouvelles startups, portées par un immense goût d’entreprendre, au point qu’elles parviennent à défier les lois de la pesanteur de la bureaucratie administrative.

Elles sont l’illustration de notre génie national et entretiennent la flamme du rêve tunisien, contrarié par tant d’années de déshérence politico-économique. C’est cette Tunisie – loin du vacarme politique de 2025, qui se bat, innove, entreprend, pense global, même si ses racines sont ancrées dans les territoires. Ce sont ces nouveaux éclaireurs de l’économie qui sont à l’œuvre, dans l’idée de façonner, de réinventer le pays. Sans ces ingénieurs du futur, on craindrait pour notre avenir. Le pays retrouvera une forte trajectoire de croissance, en dépit du poids des prélèvements obligatoires et des dépenses improductives de l’Etat, quand s’opérera la jonction entre les grands groupes, les entreprises privées et la nouvelle vague de startups, principal creuset de l’IA. Ces points lumineux dans le ciel chargé du pays n’auront pas suffi à dissiper les nuages et les zones d’ombre. Ils n’en sont pas moins une réelle promesse d’avenir. Il eût fallu qu’ils soient plus nombreux, dotés de plus de moyens, et sans qu’ils aient à subir les restrictions et les difficultés administratives. C’est là que le bât blesse.

L’administration doit s’émanciper de ses dogmes d’un autre âge. Elle doit se libérer de ses propres hantises, de ses suspicions, de ses préjugés et d’un principe de réalité poussé à l’extrême, au point qu’il confine à l’inaction. Elle doit se convaincre de la nécessité de changer de regard envers les chefs d’entreprise, fervents militants et au cœur de la bataille économique, autrement que par le verbe de la souveraineté nationale. Elle doit y voir des partenaires et des alliés, là où ils sont perçus comme de potentiels suspects. Elle est comptable de leur réussite comme de leur échec. Elle ne peut pas se comporter en 2026 moins bien que l’administration du parti communiste chinois, convaincu assez tôt que le profit d’aujourd’hui, c’est l’investissement et l’innovation de demain et l’emploi d’après-demain. Elle ne saurait mieux réhabiliter les capitaines d’industrie par qui la croissance arrive.

Les lois ne sont pas conçues pour sanctionner, interdire, limiter la liberté d’entreprendre et l’horizon de développement des groupes dans l’agro-business, l’industrie, les services, ou les banques. Bien au contraire. Elles sont d’autant plus légitimes quand elles incitent à l’action, qu’elles libèrent les énergies, ouvrent de nouveaux horizons et dessinent de nouvelles perspectives. Et le cas échéant, en cas de dérive ou de détournement, elles doivent remettre les choses à l’endroit avec la fermeté requise. A cette précision près que plus les lois sont bonnes, appropriées, de leur temps, en phase avec la marche du monde, moins elles poussent au crime.

A quoi faut-il s’attendre et quelles seraient parmi nos attentes celles qui domineraient en 2026 ? S’il ne faut en retenir qu’une seule, ce serait celle d’afficher haut et fort notre attachement à l’unité nationale, à l’union sacrée. Il faut en finir avec cette situation lancinante de paix improbable et de guerre impossible dont on appréhende l’étendue des dégâts sur l’appareil productif et le corps politique et social.

 

Il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde pour s’en convaincre. Pour autant, le pire n’est jamais certain. La peur du vide et de l’inconnu pourrait bien réactiver notre instinct de conservation et de survie. La peur est bonne conseillère.

 

Si le souvenir du démon numide remonte à la surface et que le front intérieur vient à se fissurer et à se fracturer, le pire sera à craindre. Il ne faut pas s’attendre à une quelconque et hypothétique aide étrangère, de quelque nature qu’elle soit. Elle risque même de nous porter l’estocade. Il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde pour s’en convaincre. Pour autant, le pire n’est jamais certain. La peur du vide et de l’inconnu pourrait bien réactiver notre instinct de conservation et de survie. La peur est bonne conseillère.

En terre tunisienne, pays des paradoxes, le miracle n’est jamais exclu. L’exacerbation des tensions portées à incandescence qui a marqué 2025 pourrait et devrait pousser à davantage de raison en 2026. Les nuages qui planent sur le monde, les bruits de bottes et les préparatifs de guerre qui secouent la planète, les guerres économiques que rien ne semble arrêter, les fractures et le chambardement géopolitique mondial aux issues incertaines, l’irruption de l’IA dont on craint qu’elle va élargir la fracture numérique entre les peuples et les régions, nous contraignent à serrer les rangs, à ressouder le front intérieur. Et à élever en 2026 la réconciliation nationale au rang de priorité absolue avant qu’il ne soit trop tard. C’est notre vœu le plus cher.

Bonne et heureuse année

Cet edito est disponible dans le mag. de l’Economiste Maghrébin n°935 du 31 décembre 2025 au 14 janvier 2026.

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