La saison du zhar est de retour à Nabeul
À Nabeul, au cœur du Cap Bon, le printemps embaume à nouveau le parfum intense du zhar, la fleur de bigaradier ou oranger amer qui rythme le calendrier agricole et familial de la région depuis des générations. Selon les estimations d’Imed Bey, président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, la récolte saisonnière de fleurs d’oranger dans le gouvernorat pourrait atteindre entre 11 000 et 14 000 tonnes cette année, confirmant l’importance symbolique et économique d’un secteur qui reste l’un des plus emblématiques du pays.
Paolo Paluzzi
Ce même directeur a expliqué que le secteur peut compter sur quatre structures professionnelles actives dans les zones rurales de Korba, Beni Khiar, Dar Chaabane et Nabeul, ainsi que sur deux coopératives.
La principale difficulté réside cependant dans la récolte, qui continue d’être effectuée selon des méthodes traditionnelles et requiert une main-d’œuvre qualifiée. Le manque de cueilleurs qualifiés, a souligné M. Bey, a un impact direct sur la qualité finale du produit.
Un savoir-faire féminin et familial
En termes de prix, une wazna, soit quatre kilogrammes de fleurs, se vend actuellement autour de 20 dinars (6 euros), alors que les producteurs auraient besoin d’un seuil d’au moins 30 dinars (9,1 euros) pour couvrir leurs coûts et assurer une marge viable.
Mais à Nabeul, le zhar n’est pas qu’une simple culture. C’est un rituel saisonnier, un savoir-faire féminin et familial, un code d’hospitalité. Entre mars et avril, la récolte se fait à la main, avec une extrême délicatesse, et que les fleurs sont ensuite utilisées pour la distillation de l’eau de fleur d’oranger, un ingrédient essentiel de la cuisine locale. Le zhar parfume le café, les pâtisseries, le couscous et les conserves, et est également présent lors des occasions sociales les plus solennelles, de l’accueil des invités aux mariages, où l’eau de fleur d’oranger reste associée à la chance et à la prospérité.
Le néroli, levier du marketing local
Derrière cet univers domestique se cache une filière haut de gamme. La distillation de la fleur de bigaradier produit le néroli, l’une des essences les plus recherchées en parfumerie internationale. Selon Onudi Tunisie et des sources de l’industrie des parfums, la production d’un seul kilogramme de néroli nécessite environ 1 000 kilogrammes de fleurs, et la valeur à l’exportation de l’huile essentielle peut varier entre 3 000 et 5 000 euros par kilogramme.
Une étude de l’Apia souligne également que la première unité de production de néroli à Nabeul remonte à 1903 et que cette culture demeure un élément important de la tradition familiale du Cap Bon, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. Ce n’est pas un hasard si, ces dernières années, la Tunisie a cherché à faire du néroli un levier pour le marketing local.
En 2025, la «Route des Fleurs de Bigaradier» a été présentée à Nabeul. Cet itinéraire, soutenu par les institutions tunisiennes et le projet Pampat-Onudi, vise à fédérer agriculture, artisanat, gastronomie, cosmétiques et tourisme expérientiel autour d’un produit emblématique de la région, bien au-delà de la saison des récoltes.
Dans cette mosaïque de parfums et de savoir-faire, le néroli reste un petit bijou de la Tunisie méditerranéenne : une matière première précieuse qui nourrit la mémoire, l’économie et le prestige international. Et tandis que le pays tente également de relancer ses exportations d’agrumes, visant à augmenter les expéditions d’oranges maltaises vers la France à environ 15 000 tonnes au cours de la saison 2025-2026, à Nabeul, la fleur continue de raconter l’histoire de la partie la plus intime de la chaîne d’approvisionnement, celle qui pousse dans les cours, passe par les alambics et finit par se retrouver dans les parfums de luxe.
Traduit de l’italien.
Source : Ansamed.
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