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Tunisie | Un prêt sans intérêt ou l’illusion de l’argent magique

15. April 2026 um 13:12

L’obtention d’un prêt sans intérêt auprès de la Banque centrale de Tunisie (BCT) – on parlera alors de «monétisation directe de la dette publique» – est le rêve de l’argent magique cher au Parlement tunisien. Une pareille opération risquerait d’augmenter la masse monétaire, de relancer l’inflation et de nuire à l’ensemble de l’économie nationale. Explications…

Larbi Ben Bouhali *

Toutes les écoles de pensée économique des XXe et XXIe siècles s’accordent sur un point : si les banques centrales augmentent la masse monétaire, l’inflation augmentera. Or, une inflation trop élevée nuira à l’ensemble de l’économie et nous conduira à une économie à deux classes, où les riches s’enrichiront et les pauvres s’appauvriront (Milton Friedman, Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Thomas Piketty et Carl Menger).

À cela s’ajouteront d’autres problèmes économiques, sociaux et politiques.

Corriger d’abord le double déficit chronique

Le Parlement devrait s’attaquer aux causes profondes du problème, qui ne réside pas dans la loi de la Banque centrale de Tunisie de 2016, mais dans le double déficit chronique que connaît l’État (twin deficits, déficits jumeaux) : un déficit budgétaire et un déficit commercial importants. Lorsqu’un État est déficitaire, il doit emprunter des sommes considérables. Il convient donc de corriger d’abord ce double déficit, puis de réformer le code de la Banque centrale de Tunisie.

Que le gouvernement emprunte directement auprès de la banque centrale ou auprès des banques commerciales, le résultat est le même : une forte inflation, une faible croissance économique et une économie à deux vitesses.

Prenons l’exemple des deux dernières années : le gouvernement a emprunté 14 milliards de dinars à la banque centrale et 11 milliards de dinars au système bancaire local. Cette année 2026, il devra emprunter à nouveau 27 milliards de dinars.

Premièrement, je suis opposé au financement direct de la dette publique tunisienne par la Banque centrale (monétisation de la dette publique).

Deuxièmement, je soutiens la réforme globale d la loi de la Banque centrale de Tunisie de 2016, ainsi que du système de paiement, de la législation sur les taux de change, du mandat de la Banque centrale en matière de stabilité des prix (inflation) et des règles prudentielles visant à réguler le système bancaire.

Un ensemble de mesures est nécessaire pour moderniser la Banque centrale et l’adapter aux réalités du XXIe siècle.

Lorsque la Banque centrale augmente la masse monétaire en circulation, elle perturbe l’économie dans son ensemble, détourne l’épargne des investissements productifs réels vers la surconsommation et le gaspillage des ressources rares, et creuse les inégalités. Plus important encore, elle dévalue le dinar et l’épargne totale, dont le taux a diminué, passant de 9 % du PIB en 2020 à 4,5 % en 2025.

Les parlementaires tunisiens devraient se poser la question suivante : pourquoi la Banque centrale suisse et la Banque centrale allemande sont-elles interdites par la loi et la constitution de prêter directement de l’argent à leurs gouvernements respectifs ?

Modifier la loi sur l’autonomie et l’indépendance de la Banque centrale de Tunisie ne résoudra pas les problèmes économiques du pays. Pourquoi ?

Le Parlement sait-il que la Banque centrale de Tunisie ne fournit que 20 % des liquidités du système bancaire et financier, les 80 % restants étant assurés par les banques commerciales et autres organismes de crédit, comme dans tout autre système bancaire au monde ?

Dès lors, pourquoi le Parlement souhaite-t-il légiférer sur ces 20 % de liquidités et ignorer les 80 % restants ?

Par ailleurs, le problème ne réside pas dans le fait que la Banque centrale puisse choisir entre un double mandat (stables prix et plein emploi) et un mandat unique (stables prix et inflation). (Single mandate or double mandate).

Prendre aux pauvres pour donner aux riches

Le problème est que lorsque la Banque centrale augmente la masse monétaire (M2/M3) de plus de 10 % par an pour financer l’État et l’économie, l’inflation monétaire se maintient à un niveau élevé, faussant l’économie et créant deux classes sociales distinctes : les très riches et les très pauvres, à l’image des situations au Venezuela et en Argentine.

C’est précisément ce qui s’est produit en Tunisie ces deux dernières années, lorsque la Banque centrale a accordé un prêt de 14 milliards de dinars à l’État en 2024 et 2025. Le Parlement tunisien devrait faire le point sur les deux dernières années et éviter de plonger l’économie tunisienne dans une profonde récession.

Il devrait s’atteler en priorité à la résolution des deux déficits majeurs que sont le déficit budgétaire et le déficit commercial.

La science économique du XXIe siècle est radicalement différente de celle des trois siècles précédents. En quoi ?

On nous a appris que la définition théorique de l’économie est «la gestion de la rareté des ressources réelles» afin de créer de la richesse et d’améliorer le niveau de vie de l’ensemble de la société.

Or, dans la réalité de ce XXIe siècle, l’économie keynésienne ne sert plus les intérêts de la société dans son ensemble et la politique monétaire est fortement influencée par la conjoncture budgétaire.

Lorsque les gouvernements du monde entier accumulent des déficits budgétaires, ils se tournent vers les banques centrales pour qu’elles impriment davantage de monnaie afin de refinancer les nouvelles dettes par l’ancienne.

Le niveau d’endettement mondial a atteint 300 000 milliards de dollars en 2025, soit environ 300 % du PIB mondial (Source : Banque des règlements internationaux – BRI – Bâle).

Les banques centrales du G20 disposent d’une offre monétaire illimitée (la rareté des ressources n’existe plus) et impriment des milliers de milliards de dollars pour maintenir la croissance du PIB indéfiniment. Telle est la réalité économique du XXIe siècle.

Mais lorsque les banques centrales impriment des milliards de dollars (FED, BoJ, ECB, BoE, Pboc) sans véritable production industrielle de biens et de services, l’ensemble de l’économie se trouve faussée par des niveaux d’endettement et de chômage élevés, une faible croissance de la productivité, et les riches s’enrichissent tandis que les pauvres s’appauvrissent.

Ainsi, supprimer l’autonomie et l’indépendance de la Banque centrale de Tunisie ne résoudra pas, et ne pourra pas résoudre, les problèmes économiques du pays.

Cela créera une économie à deux vitesses, avec une Bourse de Tunis progressant de 35 % par an tandis que l’économie réelle et productive croîtra de seulement 2,5 %, le tout accompagné d’une forte inflation, d’une faible croissance économique, d’un chômage élevé, de faibles gains de productivité et d’un endettement croissant d’année en année.

L’argent, transféré de la Banque centrale vers l’économie réelle, faussera les politiques monétaire et budgétaire, affaiblira le dinar et alimentera l’inflation. Les indicateurs macroéconomiques deviendront alors inopérants et ne refléteront plus fidèlement la performance de l’économie au cours du cycle économique.

N’oublions pas ce qui s’est passé ces deux dernières années lorsque la Banque centrale de Tunisie a injecté 14 000 millions de dinars (7 + 7) et tirons les leçons de cette expérience : l’augmentation de la masse monétaire (M2/M3) de 10 % par an a maintenu une inflation trop élevée et a créé des économies à deux vitesses, semblables à l’économie américaine avec un marché boursier élevé et une économie réelle stagnante, caractérisée par un niveau d’endettement et de chômage élevé.

La Bourse de Tunis et l’économie financière ont progressé de 35 % en 2025, mais l’économie productive réelle est restée en situation de stagflation, avec une croissance du PIB de 2,5 %, des niveaux d’inflation et de chômage élevés et une faible croissance du PIB.

L’histoire du prêt sans intérêt accordé au gouvernement par la BCT est une illusion, une véritable arnaque. Comment ?

Premièrement, l’économie tunisienne est une économie ouverte qui dépend des importations d’énergie et de matières premières pour produire et satisfaire la demande intérieure, et pour exporter ses excédents de production afin de constituer des réserves de devises. Or, la hausse des prix du pétrole brut et du gaz naturel sur le marché mondial creuse le déficit de la balance commerciale tunisienne.

Parallèlement, l’augmentation des subventions du gouvernement à l’alimentation et à l’énergie aggrave le déficit budgétaire d’année en année. Ce double déficit commercial et budgétaire contraint le gouvernement à emprunter toujours plus en devises étrangères, engendrant un déficit chronique de la balance des paiements courants.

La Tunisie doit emprunter en devises étrangères, et non en dinars, année après année, pour assurer sa croissance, satisfaire la demande intérieure et produire les biens et services nécessaires. Imprimer des dinars par la banque centrale pour acheter des devises étrangères et de l’énergie n’est pas une bonne politique économique.

Deuxièmement, depuis 2022, j’affirme que même si la Banque centrale de Tunisie émet 100 000 millions e dinars par an, cela ne résoudra pas le problème de la dette et ne stimulera pas la croissance économique. Pourquoi ?

Parce que la Tunisie doit acheter de l’énergie, des matières premières et du blé sur le marché mondial en devises étrangères (dollars américains et euros), et non en dinars tunisiens, et rembourser sa dette extérieure en euros et en dollars américains.

Par conséquent, la BCT doit toujours disposer de réserves de change d’au moins 150 jours pour pouvoir gérer la politique monétaire tunisienne, maintenir la stabilité des prix, maîtriser l’inflation, protéger le dinar de la dépréciation et honorer la dette extérieure à son échéance.

En résumé, le gouvernement du président Kaïs Saïed emprunte auprès des banques locales et de la banque centrale pour payer les salaires et les subventions, tandis que les ménages tunisiens dépensent cet argent auprès de ces mêmes banques et des supermarchés qui engrangent des profits colossaux. L’argent passe de la banque centrale aux poches des plus riches en Tunisie.

On constate clairement que la dette publique et le déficit budgétaire tunisiens augmentent, tandis que les entreprises cotées en bourse (oligopoles) voient leurs revenus et leurs profits exploser chaque année. Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent.

Indépendance de la BCT et stabilité financière

L’autonomie et l’indépendance protègent la Banque centrale de Tunisie des pressions politiques et lui permettent de se concentrer sur sa mission première : garantir la stabilité des prix, le plein emploi et la stabilité des systèmes bancaire et financier, protéger le dinar tunisien et préserver le patrimoine du peuple tunisien pour les générations actuelles et futures.

De plus, depuis 68 ans, la Banque centrale de Tunisie œuvre dans le cadre du mandat que lui confère la Constitution tunisienne et a toujours obtenu de bons résultats. Lors de la crise pétrolière et de la forte inflation des années 1970 et 1980, elle a su préserver le dinar tunisien et maintenir un système bancaire résilient pour financer l’économie.

De plus, la BCT a travaillé avec le gouvernement dans les années 1990 et a remboursé toute la dette du FMI, et a travaillé avec le gouvernement japonais pour organiser de nouveaux prêts en utilisant l’émission d’obligations Samurai afin de financer les besoins budgétaires du gouvernement tunisien et a recommencé à investir et à faire croître l’économie, et au premier trimestre 2007, l’économie avait progressé de 5,9 %.

Le Parlement devrait s’attaquer aux causes profondes des problèmes : le problème ne réside pas dans le code de la Banque centrale de Tunisie de 2016 ; la cause première est le déficit jumeau chronique que connaît le gouvernement : un déficit budgétaire et un déficit commercial importants. Lorsqu’un gouvernement est déficitaire, il doit emprunter des sommes considérables. Il convient donc de corriger d’abord ce déficit jumeau, puis de réformer le code de la BCT de 2016.

Par ailleurs, l’expérience des deux dernières années, marquée par un emprunt de 14 milliards de dinars auprès de la Banque centrale de Tunisie, nous permet de tirer des enseignements.

Nous constatons clairement que le discours du président Kaïs Saïed sur l’État-providence produit l’effet inverse : il prend aux pauvres pour donner aux riches. Le gouvernement est surendetté et n’a pas les moyens d’investir et de stimuler la croissance économique. De nombreuses entreprises publiques, telles que Steg, Tunisair, Sonede, Stir, etc., sont en difficulté.

Les deux seuls gagnants de la politique économique du président Saïed sont le marché financier tunisien (BVMT), dont les revenus ont augmenté de 35 % en 2025 grâce à la croissance de toutes les entreprises, et l’économie informelle, qui a progressé de 15 % en 2025 (atteignant 28,2 milliards de dinars en circulation).

En revanche, le principal perdant est l’État, qui s’endette toujours plus, contractant de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes : un véritable piège de la dette. Celle-ci a augmenté de 69 milliards de dinars ces cinq dernières années.

En fin de compte, le résultat est le suivant : le gouvernement emprunte auprès des banques commerciales et de la banque centrale tunisienne, puis distribue cet argent aux ménages sous forme de salaires et de subventions énergétiques. Ces derniers le restituent ensuite aux banques et aux supermarchés sous forme de dépenses alimentaires, de remboursement de prêts et d’énergie, générant ainsi des bénéfices nets pour les sociétés cotées à la Bourse de Tunis.

De plus, 75 % de la capitalisation boursière tunisienne repose sur les banques, les sociétés de crédit-bail et les compagnies d’assurance. Si l’on ajoute les supermarchés et les entreprises agroalimentaires, on constate clairement que ces entreprises réalisent d’importants profits au sein de la BVMT, tandis que le gouvernement et les ménages se retrouvent fortement endettés.

Les investissements directs étrangers en Tunisie sont extrêmement faibles, et en 2025, toutes les entreprises étrangères ont transféré leurs bénéfices de 3 milliards de dinars tunisiens hors de Tunisie, ce qui signifie qu’une très petite quantité de devises étrangères reste dans l’économie tunisienne pour l’investissement et la création de nouveaux emplois.

* Expert financier.

L’article Tunisie | Un prêt sans intérêt ou l’illusion de l’argent magique est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie peut résister aux chocs extérieurs sans appui du FMI

15. April 2026 um 08:26

Et si les ressources financières nationale (diaspora, tourisme régional, exportations agricoles et industrielles, IT…) rendent inutile un prêt de 2,5 milliards de dollars du FMI que suggèrent certains analystes pour permettre à la Tunisie de faire face aux répercussions négatives de la guerre israélo-américaine contre l’Iran sur l’économie mondiale ?

Naâmen Bouhamed *

L’article «Comment préserver l’économie tunisienne des séquelles de la guerre d’Iran» (Kapitalis, 12 avril 2026) de Larbi Ben Bouhali dresse un tableau alarmiste et un scénario anxiogène : réserves de change limitées (101 jours d’importation), hausse du cours du pétrole, baisse prévisible des transferts des migrants, et seule solution magique – un prêt du FMI de 2,5 milliards de dollars. Cette analyse, trop «dépendantiste», ignore les ressources endogènes et les secteurs dynamiques qui permettent à la Tunisie de résister sans sacrifier sa souveraineté. Voici les éléments manquants qui offre à la Tunisie une résistance économique sans faire appel au FMI et de garder son indépendance financière ainsi que sa souveraineté startégique.

1. Un prêt du FMI n’est pas une fatalité

Alternatives aux conditionnalités : l’auteur affirme que le FMI est la seule source de dollars à bas taux. Pourtant, la Tunisie peut lever des fonds via des sukuk (obligations islamiques), des lignes de crédit bilatérales avec la Chine ou les pays du Golfe, ou encore des emprunts auprès de la Banque islamique de développement, sans les conditionnalités structurelles (privatisations, gel des salaires) imposées par Washington.

Le coût caché du FMI : l’histoire montre que les programmes FMI en Tunisie (années 1980, 2016-2020) ont souvent aggravé les inégalités sans résoudre la dépendance extérieure. Accepter un nouveau prêt, c’est perpétuer le cycle de la dette.

2. Le FMI comme vecteur de dépendance

L’article passe sous silence le fait que le FMI est souvent l’instrument d’une tutelle étrangère. En imposant la libéralisation du compte capital et la suppression des subventions, le FMI affaiblit la capacité de l’État à réguler les prix (énergie, alimentation) et expose l’économie aux fuites de capitaux. La Tunisie doit sortir de ce piège en renforçant sa souveraineté monétaire (politique de change flexible, régulation des sorties de capitaux) plutôt qu’en appelant le FMI.

3. La manne des transferts de la diaspora

Contrairement aux craintes de l’article (risque de perte d’emploi des 100 000 Tunisiens du Golfe), les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) ont atteint environ 7 milliards de dinars (2,3 Mds $) en 2025. Même en cas de ralentissement dans le Golfe, ces transferts sont structurellement élevés et résilients. L’État pourrait les mobiliser davantage via des obligations diaspora ou des comptes en devises rémunérateurs. Les 2,5 Mds $ du FMI ne représentent donc pas un montant inaccessible.

4. La diversité de l’économie nationale

L’article ignore totalement le secteur agricole, pourtant créateur net de devises.

Huile d’olive : la Tunisie est le 2e exportateur mondial. En 2025, les exportations ont dépassé 2 milliards de dinars (650 M$). Avec la hausse des prix mondiaux liée aux tensions géopolitiques, ce chiffre pourrait croître de 15-20 % en 2026-2027.

Dattes et agrumes : ils génèrent 500-600 M$ par an, de manière stable.

5. Le phosphate reprend des couleurs :

M. Ben Bouhali n’évoque pas la reprise spectaculaire du secteur des phosphates.

Production en hausse : après des années de crise sociale, la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) a porté sa production à près de 5 millions de tonnes en 2025, avec un objectif de 7 Mt en 2027.

Recettes d’exportation : le Groupe Chimique Tunisien (GCT) a généré plus de 1,5 milliard de dinars (environ 500 M$) en 2025 grâce à l’acide phosphorique et aux engrais. La demande mondiale reste forte.

6. Les exportations des industries mécaniques:

L’article ignore superbement le secteur des industries mécaniques et électriques, qui est le premier secteur exportateur de la Tunisie, loin devant le textile ou le tourisme.

Poids dans les exportations : ce secteur représente environ 40 à 45 % des exportations industrielles totales de la Tunisie, soit plus de 15 milliards de dinars (environ 5 milliards de dollars) par an.

Sous-traitance automobile et aéronautique : Des entreprises comme Lear, Yazaki, Leoni, Latécoère, Safran ont des unités de production en Tunisie. Le pays exporte des faisceaux électriques, des câblages, des pièces mécaniques et des composants aéronautiques vers l’Europe et le monde.

Résilience face au choc pétrolier : Contrairement au tourisme (sensible au prix des billets d’avion), l’industrie mécanique répond à des contrats pluriannuels. La guerre en Iran n’affecte pas directement la demande européenne pour ces composants. Ces exportations génèrent des devises stables et prévisibles.

7. Un futur hub digital de l’Afrique

M. Ben Bouhali ignore la révolution numérique en cours.

Un secteur en pleine croissance : l’économie numérique tunisienne ne représente qu’environ 10 % de son potentiel, mais elle est en pleine expansion. Près de la moitié de l’activité des plateformes numériques tunisiennes est déjà tournée vers l’export.

Exportations de services IT (offshoring) : la Tunisie est une destination reconnue pour les centres d’appels, la conception de logiciels, et les services IT. Les recettes d’exportation des services du numérique (hors télécoms) dépassent aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars par an (entre 300 et 500 M$).

Intelligence artificielle et souveraineté numérique : la Tunisie mise sur l’IA et les data centers. L’objectif est de faire de la Tunisie le «hub digital du continent africain» en s’appuyant sur le câble sous-marin Medusa et la couverture 5G.

8. La résilience du secteur du tourisme :

L’article prédit une chute du tourisme mondial à cause du carburant cher, mais il néglige deux réalités : d’une part, la clientèle de proximité (Algérie, Libye) est peu sensible au prix du kérosène ; d’autre part, les Tunisiens de l’étranger reviennent massivement l’été, générant des devises et une consommation locale.

Touristes algériens : l’Algérie voisine représente le premier marché émetteur vers la Tunisie. En 2025, plus de 2,5 millions d’Algériens ont visité la Tunisie (soit près de 30 % des arrivées totales). Ils viennent pour les soins, le shopping, les loisirs familiaux et l’immobilier. Leur dépense moyenne par séjour est élevée (entre 300 et 500 euros), générant plus de 800 millions de dollars par an.

Touristes libyens : malgré l’instabilité politique en Libye, les flux restent soutenus (environ 800 000 visiteurs en 2025). Les Libyens privilégient les soins médicaux, les centres commerciaux de Tunis et les plages du Cap Bon. Leurs dépenses représentent entre 250 et 300 millions de dollars par an.

Avantage du transport terrestre : contrairement aux Européens (qui prennent l’avion, donc sensibles au prix du carburant), les Algériens et Libyens viennent majoritairement par la route (voiture, bus). La flambée du pétrole a peu d’effet sur leur décision, car le trajet est court (moins de 300 km pour la plupart). Ces flux sont donc peu vulnérables à la guerre en Iran.

Retours massifs des TRE en été : l’article mentionne les transferts financiers des TRE mais oublie qu’ils sont aussi des touristes à part entière.

Chaque année, entrejuillet et septembre, près de 600 000 à 800 000 Tunisiens résidant à l’étranger (France, Italie, Allemagne, Belgique, pays du Golfe) reviennent passer leurs vacances en Tunisie.

Dépenses sur place : contrairement aux touristes ordinaires, les TRE ne logent pas toujours dans des hôtels (ils ont des familles), mais ils dépensent massivement dans la consommation (nourriture, vêtements, électronique, artisanat), la location de voitures, les restaurants, les loisirs, et surtout l’immobilier (achats de terrains, d’appartements, rénovations). Leurs dépenses estivales sont estimées entre 1,5 et 2 milliards de dinars (500 à 650 millions de dollars) par an.

    Devises fraîches : les TRE arrivent avec des euros, dollars ou dinars convertibles, qu’ils échangent dans les banques ou les bureaux de change. Cela alimente directement les réserves de change de la BCT. C’est une source de liquidités qui ne dépend ni du FMI ni des marchés financiers.

    L’auteur craint que la hausse du carburant réduise les vols et les recettes touristiques. Mais :

    – le tourisme tunisien a survécu à des crises bien pires : attentats de 2015, pandémie de 2020, guerre en Ukraine (2022). En 2025, les recettes touristiques ont atteint 2,5 milliards de dollars (proche du record de 2018) ;

    – la clientèle régionale (Algérie, Libye) et les TRE représentent déjà plus de 50 % des arrivées et une part significative des dépenses. Contrairement aux Européens (plus sensibles aux prix des billets), ces deux segments sont captifs et fidèles.

    Même si les touristes russes ou allemands diminuaient légèrement, la proximité géographique et les liens familiaux des TRE assurent un socle solide.

    9. Le levier sous-exploité des énergies renouvelables :

    Enfin, n’oublions pas les projets dans le secteur des ERN (exportation d’électricité solaire vers l’Europe via l’Italie). À l’horizon 2028-2030, ces exportations pourraient rapporter 1 milliard de dollars par an à la Tunisie.

    Comparaison : le prêt FMI demandé (2,5 Mds $ sur 7 ans) représente moins de 3 mois des recettes combinées de ces secteurs. La Tunisie n’est donc pas à court de ressources ; elle souffre plutôt d’une mauvaise allocation et d’un manque de confiance, que le FMI ne résoudra pas.

    Conclusion : une indépendance économique possible

    L’article de Monsieur Larbi Ben Bouhali souffre d’un biais de «FMI-dépendance» : il ne voit le salut que dans l’endettement extérieur et les institutions de Bretton Woods.

    Pourtant, la réalité est tout autre :

    – les 2,5 milliards de dollars recherchés ne sont pas un obstacle insurmontable ;

    – les transferts des Tunisiens de l’étranger (2,3 Mds $/an), les industries mécaniques (5 Mds $/an), les phosphates (0,5 Md $/an), l’huile d’olive (0,65 Md $/an), les services IT/IA (en forte hausse), et surtout le tourisme régional (Algériens, Libyens, TRE estivaux) constituent une assise solide pour équilibrer les comptes extérieurs sans céder aux injonctions du FMI.

    Le vrai piège, c’est de croire que l’on ne peut s’en sortir qu’en s’endettant davantage auprès des mêmes institutions qui ont imposé l’austérité par le passé. La Tunisie peut choisir la voie de la souveraineté économique : valoriser sa diaspora, investir dans l’innovation et les industries à forte valeur ajoutée, capitaliser sur ses atouts touristiques régionaux, plutôt que de retomber dans le cycle infernal des plans d’ajustement structurel et détruire le capital humain de la Tunisie.

    * Consultant international.

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