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TRIBUNE – Tunisie–Royaume-Uni : du soutien aux startups à la souveraineté technologique

08. September 2026 um 16:33

La venue à Tunis, le 17 septembre prochain, d’une délégation britannique de haut niveau consacrée à l’innovation et à l’entrepreneuriat, constitue un signal intéressant pour l’écosystème tunisien. 

Organisée dans le cadre d’une initiative britannique dédiée aux entrepreneurs et faisant suite à la deuxième participation consécutive de la Tunisie à la London Tech Week, cette rencontre témoigne de l’intérêt croissant porté aux potentialités de notre écosystème entrepreneurial.

 

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Mais au-delà des rencontres institutionnelles, des séances de networking et de l’accès potentiel aux investisseurs, une question plus structurante mérite d’être posée : que voulons-nous réellement construire à travers cette relation avec le Royaume-Uni ? Car l’enjeu ne devrait pas être seulement d’attirer davantage de capitaux vers nos startups. Il est aussi de transformer cet intérêt international en capacités technologiques durables, en emplois qualifiés, en propriété intellectuelle et en entreprises capables de se projeter sur les marchés internationaux.

 

Du financement à la capitalisation

Le Royaume-Uni dispose de l’un des principaux pôles européens du financement technologique et du capital-risque. Pour les startups tunisiennes, cette profondeur financière représente une opportunité considérable. Mais l’enjeu est de dépasser la logique classique de recherche de financement. Il s’agit de construire des passerelles permettant à nos entreprises d’accéder aux fonds, aux accélérateurs, aux réseaux commerciaux et aux marchés britanniques. Et ce, tout en conservant en Tunisie une part significative de la création de valeur.

Autrement dit, le capital doit devenir un accélérateur de capacité et non simplement une source de financement. Une startup qui lève des fonds à l’étranger mais dont les fonctions stratégiques, les centres de décision et la propriété intellectuelle quittent progressivement le pays ne constitue pas nécessairement un succès du point de vue de la souveraineté économique.

Le véritable indicateur doit donc être plus exigeant : combien de capital international permettons-nous d’attirer, mais surtout combien de valeur technologique parvenons-nous à créer et à retenir ?

 

De la sous-traitance à la co-innovation

La Tunisie dispose depuis plusieurs années d’un écosystème favorable à l’entrepreneuriat innovant, notamment à travers le Startup Act. Mais cette dynamique doit désormais franchir un nouveau palier. La sous-traitance technologique peut créer des emplois et générer des revenus. Elle ne doit cependant pas constituer l’horizon ultime de notre politique numérique.

L’objectif devrait progressivement être de passer :

  • de l’exécution à la conception ;
  • de la prestation à la solution ;
  • du service à la propriété intellectuelle ;
  • de l’outsourcing à la co-innovation.

 

Cette évolution est particulièrement pertinente dans des domaines où les intérêts des deux écosystèmes peuvent converger : intelligence artificielle, cybersécurité, FinTech, logiciels industriels, technologies énergétiques et services numériques à forte valeur ajoutée.

L’enjeu n’est pas de demander un transfert unilatéral de technologie. Il est de construire des projets communs, dans lesquels les compétences tunisiennes et britanniques produisent ensemble des solutions susceptibles d’être commercialisées sur plusieurs marchés. C’est ainsi que la coopération peut progressivement passer d’une relation de fournisseur–client à une relation de partenaires technologiques.

 

La diaspora comme infrastructure de connexion

Cette stratégie doit également intégrer une ressource souvent sous-estimée : la diaspora tunisienne au Royaume-Uni. La diaspora peut devenir une véritable infrastructure de connexion technologique entre les deux écosystèmes. Elle peut faciliter l’accès aux investisseurs, aux universités, aux entreprises, aux réseaux professionnels et aux marchés, tout en permettant aux compétences tunisiennes établies à l’étranger de contribuer à des projets développés depuis la Tunisie.

 

La question n’est donc plus uniquement celle du retour des compétences. Elle est aussi celle de leur circulation. Un ingénieur tunisien installé à Londres peut contribuer à une entreprise tunisienne sans nécessairement revenir s’y installer. Un chercheur peut participer à un programme de R&D commun. Un entrepreneur peut ouvrir simultanément des marchés en Tunisie et au Royaume-Uni. La mobilité peut ainsi devenir un instrument de souveraineté plutôt qu’un simple indicateur de fuite des cerveaux.

 

De l’écosystème startup à la plateforme euro-africaine

Le rapprochement avec le Royaume-Uni ouvre également une dimension géoéconomique. La Tunisie ambitionne de se positionner comme une plateforme reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. Dans cette perspective, la technologie peut devenir l’un des principaux vecteurs de cette ambition. Il ne s’agit pas de proclamer que la Tunisie est déjà un hub technologique régional. Il s’agit de construire les conditions qui lui permettraient de le devenir.

Cela suppose de connecter trois éléments :

Capital britannique +Talents et startups tunisiens + Marchés africains et méditerranéens + Solutions technologiques exportables.

La Tunisie pourrait ainsi progressivement passer du rôle de territoire d’exécution à celui de territoire de conception, d’intégration et d’exportation de solutions technologiques.

 

Le véritable transfert de technologie : la capacité de produire

C’est probablement ici que se situe le cœur du sujet. Le transfert de technologie ne devrait pas être mesuré uniquement par le nombre de logiciels importés, de contrats signés ou de centres de services implantés. Il devrait être évalué à partir d’une question beaucoup plus simple :

Quelles nouvelles capacités la coopération permet-elle de créer en Tunisie ?  Des ingénieurs mieux formés ? Des laboratoires communs ? Des brevets ? Des produits exportables ? Des startups capables de changer d’échelle ? Des compétences en IA et cybersécurité ? Des entreprises tunisiennes intégrées aux chaînes technologiques internationales ?

C’est cette capacité cumulative qui transforme une coopération économique en actif stratégique.

Passer des intentions aux projets

La prochaine étape devrait donc être très concrète. Chaque partenariat stratégique devrait pouvoir être évalué à travers quelques indicateurs simples :

  • Montant des investissements mobilisés ;
  • Nombre de projets de R&D conjoints ;
  • Emplois technologiques créés en Tunisie ;
  • Propriété intellectuelle développée localement ;
  • Startups accompagnées vers l’international ;
  • c
  • Chiffre d’affaires export généré ;
  • Nombre de compétences tunisiennes connectées aux projets ;
  • Marchés africains et méditerranéens effectivement ouverts.

 

Cette approche permettrait d’éviter un écueil classique de la diplomatie économique : confondre la multiplication des rencontres avec la multiplication des résultats. Une coopération internationale n’est véritablement stratégique que lorsqu’elle produit des capacités nouvelles et mesurables.

 

De l’attractivité à la souveraineté technologique

Le partenariat tuniso-britannique offre ainsi une opportunité qui dépasse largement le financement des startups. La Tunisie peut chercher à attirer des capitaux, des investisseurs et des technologies. Mais elle doit simultanément veiller à ce que cette ouverture contribue à renforcer son propre écosystème productif et technologique.

La souveraineté technologique ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie être capable de choisir, de concevoir, d’intégrer, de maîtriser et, lorsque cela est possible, de produire les technologies stratégiques dont dépend notre développement. Le Royaume-Uni peut apporter du capital, des réseaux, des marchés, des compétences et une profondeur technologique considérable.

La Tunisie, de son côté, peut apporter ses talents, son agilité entrepreneuriale, sa proximité avec l’Europe et l’Afrique et sa capacité à devenir un terrain de conception et d’expérimentation. Le véritable enjeu est donc de transformer ces complémentarités en capacité commune.

La réussite de cette coopération ne se mesurera pas seulement au nombre de startups tunisiennes rencontrées à Tunis, ni au montant des financements mobilisés.

Elle se mesurera à une question beaucoup plus stratégique : après le partenariat, la Tunisie sera-t-elle technologiquement plus capable qu’avant ?  Si la réponse est oui, alors nous ne parlerons plus simplement de soutien aux startups.

Nous parlerons de co-innovation, de création de valeur et, progressivement, de souveraineté technologique.

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Percée historique de l’extrême droite en Allemagne : Poutine et Trump s’en frottent les mains 

08. September 2026 um 09:19

La poussée de l’extrême droite record dans l’Est de l’Allemagne crée un séisme politique qui pourrait aussi faire les affaires du Kremlin et de Washington.

Analyse.

 

L’Allemagne s’est réveillée, lundi 7 septembre 2026, avec une gueule de bois carabinée. Bien qu’annoncée depuis des semaines dans les sondages, la victoire du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans les élections régionales en Saxe-Anhalt, l’un des länders les plus pauvres de l’ex-Allemagne de l’Est, a pris de cours la classe politique, y compris le flamboyant Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt. Lequel revendique un « mandat très clair pour gouverner », mais reconnaît portant que son parti ne dispose pas de majorité.

Une victoire tronquée

Une victoire électorale, certes, mais pas encore les clés du pouvoir puisque l’AfD n’a pas remporté la majorité absolue des scrutins. Son score lui permet d’obtenir 39 sièges sur 83 au Parlement régional, soit 3 sièges de moins que les 42 nécessaires pour gouverner seule.

 

Lire aussi: Allemagne : l’extrême droite s’impose en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix

 

A noter à ce propos que jusqu’ici tous les autres partis ont exclu de coopérer avec l’AfD, sauf le BSW, un petit mouvement de gauche dont certaines positions sur l’immigration ou la guerre en Ukraine se rapprochent de celles du parti d’extrême droite. Ce parti populiste, avec ses cinq députés, devrait jouer un rôle clé dans la séquence politique, puisque qu’il s’est dit prêt à coopérer avec l’AfD sans, pour le moment, accepter une coalition.

Faut-il rappeler enfin que contrairement à d’autres formations d’extrême droite en Europe, l’AfD n’a jamais cherché à se « dédiaboliser ». Son programme pour la Saxe-Anhalt propose notamment de supprimer le droit fondamental à l’asile, d’exclure des écoles les élèves handicapés et les enfants de réfugiés, de promouvoir « la famille traditionnelle, composée du père, de la mère et du plus grand nombre possible d’enfants », ou de réviser l’enseignement de l’histoire pour en finir avec le « masochisme national » et la « perpétuation d’une névrose » autour du nazisme.

La gifle

Mais c’est surtout le score historique de l’AfD lors de ces  élections régionales en Saxe-Anhalt qui résonne comme une véritable gifle pour la classe politique allemande. Selon les résultats encore provisoires, arrêtés à 3h21 le 7 septembre, le parti d’extrême droite a recueilli 43,8 % des suffrages, reléguant très loin derrière lui la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui ne décroche que 17,2 %. Les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et la gauche radicale Die Linke ont recueilli respectivement 9,3 %, 8,9 % et 8,6 %. 5 % des scrutins sont allés à la gauche radicale anti-migrant du BSW. Tandis que les libéraux du FDP sont quant à eux éjectés du Parlement avec 2,6 % des voix.

En effet, le parti de l’extrême droite réalise la plus grande progression de l’histoire de la République fédérale allemande, avec un score en hausse de 23 points par rapport à 2021, traduisant ainsi l’ampleur du séisme politique qui confirme, scrutin après scrutin, l’enracinement de l’AfD dans cet ancien bastion de l’Allemagne de l’Est.

Autre indicateur de l’importance de ce scrutin régional : la mobilisation exceptionnelle des électeurs. Dans ce Lander de 2,1 millions d’habitants de l’ex-Allemagne de l’Est, quelque 1,7 million d’électeurs — soit environ 3 % du corps électoral allemand — se sont rendus aux urnes. Avec 77,8 % de participation, le scrutin enregistre une hausse spectaculaire de 17,5 points par rapport à 2021 et atteint ainsi le niveau de participation le plus élevé jamais enregistré en Saxe-Anhalt depuis la réunification allemande.

Friedrich Merz fragilisé

S’exprimant devant la presse à l’issue d’une réunion de la direction de la CDU, le chancelier Friedrich Merz a qualifié la défaite de son parti aux élections régionales de revers majeur.

« Nous sommes tous profondément choqués », a-t-il avoué, reconnaissant que le parti ne s’attendait pas à un tel résultat, « la plus lourde défaite électorale subie par la CDU depuis des décennies ». Il a par ailleurs appelé au respect des « valeurs de la Constitution ». Tout en soulignant que l’alternance politique faisait partie de la démocratie mais que certains principes ne pouvaient être remis en cause.

A noter que cette défaite de la CDU risque de fragiliser davantage Friedrich Merz, déjà fortement impopulaire, et sa grande coalition entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates du SPD. Celui-ci avait affirmé dès 2018 vouloir « diviser par deux » l’électorat du parti d’extrême droite. Mais en un an et demi, aucun des grands problèmes de l’Allemagne n’a été résolu : croissance économique faible, hausse de la dette publique…

Réactions

En Italie, le vice-Premier ministre, Matteo Salvini, a salué sur X la victoire du parti d’extrême droite. Il a déclaré que ce succès « met en lumière la forte demande de changement » et montre qu’« une autre Europe est possible ».

Pour sa part, le dirigeant de Vox en Espagne, Santiago Abascal, a qualifié ce résultat de « grande espérance pour l’Allemagne et pour l’Europe ».

En France, le député du Rassemblement national (RN), Jean-Philippe Tanguy, a déclaré sur BFMTV qu’il prenait « acte d’un vote populaire de ras-le-bol face à des partis du système qui ne gèrent pas l’immigration, l’économie, les prix de l’énergie ». Tout en rappelant que son parti avait rompu avec l’AfD. Le RN, qui est en quête de légitimité et de normalisation, a en effet pris ses distances avec le parti allemand à la radicalité assumée.

Pour Donald Tusk, Premier ministre polonais, « seuls les idiots ou les traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l’AfD en Allemagne ». Même inquiétude côté français, via la voix du ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, pour qui « nous vivons avec ce résultat un moment grave en Europe », exhortant à « entendre avec humilité les colères, les inquiétudes, les peurs et y répondre ».

Au final, qui sont les véritables gagnants du scrutin de dimanche ? En premier lieu, Vladimir Poutine. Car voir l’extrême droite progresser dans la première puissance économique européenne ne peut que servir les intérêts du Kremlin, alors que l’AfD réclame la levée des sanctions contre Moscou, la fin du soutien militaire à Kiev et la reprise des achats de gaz russe.

Mais le président russe n’est pas le seul à pouvoir se réjouir de cette poussée. Donald Trump y trouve également son compte. Depuis son retour à la Maison Blanche, son camp dénonce régulièrement ce qu’il présente comme l’ostracisation des droites nationalistes européennes et défend l’AfD comme une force politique injustement exclue du pouvoir.

La percée électorale du parti allemand vient ainsi conforter un discours qui conteste ouvertement le cordon sanitaire imposé à l’extrême droite en Europe.

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De la Goulette à la Marsa : Quand l’histoire fuse de chaque grain de sable

08. September 2026 um 08:47

Ciel voilé. Au point où, enveloppé dans la brume, le Bou Kornine est invisible en plein midi. Une chaleur moite écrase Tunis et ses banlieues où, ce matin, mes pas balancent entre la Goulette et la Marsa. Une longue promenade rendue plus difficile par un soleil accablant et un pied gauche que je dois ménager en attendant une guérison complète. On a l’âge de ses artères et aussi celui de ses articulations et ligaments.

Les couleurs vives des bateaux

Le port de pêche à la Goulette m’a toujours comblé. Je l’ai souvent observé de la terrasse de la Petite Étoile et parfois, j’ai remonté le quai, longeant les bateaux et rêvant aux mers lointaines. À vrai dire, je n’ai pas le pied marin et le plancher des vaches me suffit. Il n’en reste pas moins qu’un port est une fenêtre ouverte sur le large et le rire des mouettes une invitation au voyage.

Quand l’histoire cède le pas aux pêcheurs

Les pêcheurs sont plongés dans leurs tâches quotidiennes, recousant les filets, nettoyant les pièges à poulpe et vérifiant l’état de leurs embarcations. Même concentration studieuse dans tous les ports de pêche disséminés le long du golfe.

J’aime retrouver ces atmosphères qui ressemblent à celles de Malte, de la Sicile ou de la Sardaigne, ces ports improvisés qui parfois sont au milieu d’une ville comme entre Khereddine et le Canal de la Goulette.

Mêmes impressions aux ports puniques de Carthage, là où, autour de l’îlot de l’Amirauté, l’histoire cède le pas aux bateaux recouverts de couleurs vives et de bandes horizontales.

Au loin, Gammarth, Utique et Porto Farina

Plus loin, à la Marsa, d’autres mouillages évoquent Utique, Gammarth et Porto Farina qui sont de l’autre côté du cap. Je ne me suis jamais lassé de ces ports impromptus et toujours laissé tenter par la beauté rustique de ces barques qui habitent le littoral, à quelques pas de la ville.

L’un des plus beaux lieux de Tunis n’est-il pas à l’entrée de la Goulette là où des centaines de pêcheurs à la ligne viennent taquiner le mulet et boire un verre de Koudiat frais à la santé de la marée ?

Ici, veillent deux lions et les armoiries husseinites

Sans transition, je me retrouve à Beit El Hikma, dans l’ancienne demeure de Lamine Bey peuplée aujourd’hui d’académiciens et de livres savants. Cette maison sur laquelle veillent deux lions et les armoiries husseinites, a connu le moment historique du basculement de la Régence de Tunis dans la République tunisienne.

Comme la Goulette a connu la liesse mythique du retour de Bourguiba, statufié à l’entrée de la ville, un mouchoir blanc à la main, de retour d’exil et prêt à embrasser son destin.

Caresser du regard des mégalithes oubliés

Ces traces sont partout. Je les croise au quotidien. Elles sont un enchevêtrement dont il faut savoir s’extirper. À quelques mètres de Beit El Hikma, je reviens vers un artefact historique incomparable, un morceau miraculeusement préservé de la muraille de la Carthage punique.

Qui aujourd’hui, hormis les archéologues, se soucie de ce pan de rempart ? Je continue pour ma part à y revenir sans autre but que celui de palper des yeux le passé lointain et caresser du regard des mégalithes oubliés.

Château marin et baraques de plage

À la Marsa, Qobbet El Hawa est un horizon incontournable. Enfants, nous venions jouer sous les pilotis et y cueillir des moules. Nous étions comme envoûtés par ce château marin qui se trouvait non loin de la baraque de plage que nous habitions pour l’été.

Aujourd’hui, lorsque je revois ce monument, je me demande comment une ville peut dédaigner l’un de ses repères les plus évidents jusqu’à l’effondrement. Avec un goût d’amertume, je reviens vers le Saf Saf et revisite le cœur battant de la Marsa ou du moins l’épicentre exact où mon cœur et la Marsa ne font qu’un.

Les collines rouges d’Amilcar

J’ai gardé pour la fin le plus flamboyant de mes paysages intimes. Je ne sais pourquoi, j’ai toujours associé les collines rouges d’Amilcar à Gustave Flaubert. Bien sûr, la lecture de Salammbô invitait à inscrire la littérature dans un topos et ces monts écarlates s’y prêtaient à merveille.

Quand nous descendions vers la mer, plage d’Amilcar, cette couleur ocre et sa texture friable nous subjuguaient et cinquante ans plus tard, je me souviens parfaitement de ces moments distraits du banal, où la poésie et le roman jaillissaient de la pierre. Et lorsque j’y reviens comme aujourd’hui, je revois toute une classe en goguette entre les limbes bleues et l’histoire qui fusait de chaque grain de sable.

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